‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 27 sur 54 · I. 7' uv. i · texte numérisé non relu

I. 7' uv. i

XXXI. U reste à examiner si Philippe - le - Bel a poursuivi les lemj^ers par un motif de vengeance. M. Tabbë de Vertol s'est fort ^attache à exposer les griefs que ce prince avait contre eux. « Les uns, ditce il , attribuaient Temprisonnement des templiers au (X ressentiment secret que ce prince, naturellement (( vindicatif, conservait, dit- on, de ce que pendant (( ses différends avec le pape Boni&ce YIII , ils s'é- « taient déclarés en faveur de ce pontife. On prétenu dait même qu'ils lui avaient fourni des sommes conc( sidérables ; et pour aigrir le roi , on ajoutait qu'un Ci templier, trésorier de Philippe, avait été assez in- <r fidèle II son maître, pour tirer cet argent des coffres (( mêmes du rôi, afin d'en aider l'ennemi, ainsi qu'on * c( le voit dans le sixième article des accusations in- (( tentées contre eux, et rapportées dans les Grandes k Chroniques de Saint-Demsj sous le règne de Phi- « lippe-le-Bel : Queux reconnurent du thrésor du a roi à Arrâens avoir donné à gens qui au roi <c avoient fait contrariété j laquelle chose étoit <c même dommageable au royaume. )>

c( En ceci, dit Belleforest, entendait -on Boni- (( face y m, ennemi mortel du roi, et avec lequel il (r avait querelle ordinaire ? » 11 n'en fallait pas davantage sans doute pour déterminer un prince du caractère de Philippe - le - Bel , à se porter atix plus grandes violences à l'égard d'un ordre qui l'avait si cruellement offensé, et à chercher toutes les occasions de le perdre.

Mais la justice ou l'injustice de la ccmdamnation

des templiers, ne dépend nullenlent des mdti& )>ons ou mauvais que Philippe pouvait avoir eus de les poursuivre. Si le motif de vetigeauôe qui détermine un accusateur, forme un préjugé contre la vérité dé Taccusation, il ne suffit pas pour la détruire, parce qu^un ennemi, quoique passionné, peut fort bien ac* cuser juste.

Philippe - le - Bel avait mille raisons de haïr les templiers : c^était un prince passionné et vindicatif, qui ne ménageait rien quand il était question de se satisfaire, et qui portait la haine jusqu'à là fureur. Il se Ùlïx en quelque sorte le dénonciateur de Tordre des templiers; il emploie toute son autorité pour les perdre. Il se plaint de ce que le pape a suspendu les pouvoirs des inquisiteurs et des évéques; il écrit à Clément lés lettres les plus vives et les plus pressantes pour faire révoquer cette suspension. Il lui marque, dans une de ses lettres, que les templiers ne manqueront pas de s'en prévaloir; que Hugues de Péralde ayant eu Thonneur de dîner avec les deux légats du pape, avait déjà rétracté sa première con^^ fession , et que Ton pouvait perdre par^là les preuves établies sur des confessions libres et ingénues qui n^avaient point été extorquées par les tortures.

Ces lettres , dit Tabbé de Vertot , font voir avec quelle impatience Philippe supportait le moindre retardement dans cette affaire ; elles prouveront même , si Ton veut, que ce prince agissait avec passion: mais il ne s'ensuit pas que les templiers fussent inno- Cens. Et combien de gens, des princes irrités et de

puissans ministres ont -ils fait faire le procès par un esprit de vengeance et de mécontentement, sans que Ton puisse accuser pour cela les juges qui les ont condamnés, de prévnaricatron et d'injustice! C^était souvent la haine et la colère qui les avait mis en cause, mais Quêtait la justice qui les condamnait.

XXXII. On objecte que lorsqu'il fut question de Tabolition entière de l'ordre au concile de Vienne, il n'y eut qu'un très -petit nombre de prélats qui fussent d'avis de le condamner^ que Clément lui-même, qui avait une connaissance ^ parfaite des informations, ne condamna l'ordre que provisiannellement , et qu'il déclara que selon les formes du droite il n'était pas en état de prononcer une sentence défi« nitive.

On répond qu'il ne fut jamais question au concile de Vienne de mettre en doute , après la lecture des informations, si les crimes des templiers étaient suffisamment vérifiés, mais uniquement si, selon les formes du droit ^ lé concile pouvait prononcer définitivement sur le sort de l'ordre sans l'avoir entendu. C'est ce que le pape veut dire dans sa bulle, et ce que Walsinghan, auteur anglais, cité par du Puy, explique plus particulièrement. Ce fut pour éviter cette difficulté , qui embarrassait beaucoup les canonistes, que le pape prit le parti de prononcer seulement contre, l'ordre , une sentence d'abolition provisionnelle , qui fut approuvée de tout le concile , sans qu'aucun des prélats ouvrît un seul avis favorable à l'innocence des accusés.

XXXm. On dit encore, pour infirmer la preuTC tirée des actes du procès ; que ces actes contiennent plusieurs faits visiblement absurdes, et qui sont cependant avoués par les accusés, ce qui paraît détruire absolument la force de leurs témoignages sur tous les autres. On voit , dans la nouvelle Histoire du Languedoc j le sommaire des dispositions que firent les templiers de cette province. Il y est dit qu^il paraissait un chat dans leurs chapitrés , que toute rassemblée adorait ce chat, que ce chat parlait, etc. Et un des articles proposés par le pape aux commissaires qui devaient interroger les templiers, porte qu^ils adoraient un certain chat qui leur apparaissait dans leurs assemblées. Cette accusation prouve manifesitement que Ton voulait faire regarder les principaux chevaliers du Temple comme autant de sorciers, à qui le démon se montrait sous la figure d*un chat, et leurs assemblées comme une espèce de sabbat. On ne voit point que les chevaliers qui fiirent interrogés à Paris et dans beaucoup d^autres villes du royaume, Faient été sur cet article; et si ceux de Languedoc .l'avouent, il est évident que Ton ne pourrait tirer aucune conséquence de leur aveu sur les autres faits. Après tout, les templiers auraient pu être très- coupables sans avoir été sorciers ni magiciens; et la difficulté ne peut avoir lieu que par rapport à ceux du Languedoc, puisque les aveux et les dépositions faites ailleurs, ne contiennent rien de semblable.

XXXiy. On ne dissimulera pas une autre difficulté sur les actes qui nous restent de cette procé-

dure ) d*aù Ton tire un argument très - fort pour la justification des templiers ; c'est de Toir qu'il y e&t si souvent parlé de deux sortes de statuts de Tordre ; les uns que Ton montrait au public^ et d'autres que l'on cachait avec soin y et qui n'étaient pas même connus de tous les cheval iers« On y parle aussi d'une idole qu'on adcMrait dans les chapitres; il ne paraît pas cependant que l'on ait représenté aux accusés cette idole et ces affreux statuts. S'ils avaient véritablement exista I on n'eût pas manqué de les produire ; et en les montrant , on aurait fermé la boqche |i tous ceux qui entreprenaient ^ défendre les templiers , et au grand -maître lui-même, quand il rétracta devant le peuple tout ce qu'il avait avoué devant les commissaires. Qu'auraient- ils pu répondre quand on leur aurait dit : Comment pouvez-vous nier des déswdres qui se trouvent prescrits dans les statuts secrets de l'or^lre des templiers? lisez-les vous-mêmes : ils renferment une preuve de la corruption de cet ordre, qui ne peut être éludée par aucun subterfuge.

Voilà l'idole que l'on adore dans vos chapitres: elle est telle que plusieurs accusés l'on décrite dans leurs dépositions. Cr, nous ne voyons ni par les actes qui nous restent, ni par les bulles du pape, ni par les lettres du roi , que l'on ait jamais produit contre eux ces témoins muets, dont le témoignage est sou^ vent plus fort et plus décisif que celui des témoins parlans.

Le roi avait fait arrêter tous les templiers en un même jour. On s'était emparé de leurs maisons ,* oa

avait saisi toas leurs papiers. Pourquoi donc ces statuts et cette idole n*ont-ils jamais paru?

On ne peut résoudre cette difficulté (ju'en disant ^ue les templiers s*attendaient depuis long-temps à des recherches , dont la seule crainte leur ayait 6it supprimer des preures â concluantes , lorsqu'ils étaient encore libres, et qu'ils avaient le pouvoir de les anéantir.

Clément Y nous apprend, dans une bulle adressée à Philippe -le -Bel, que ce prince lui ayant parlé à Lyon des crimes dont on accusait les templiers, ils lui avaient paru incroyables; mais que sur les instances du grand-maître et de plusieurs chevaliers qui se soumettaient à toutes sortes de peines , en cas qu'ils fussent jugés coupables, il avait ordonné que Ton en informât.

Le grand-maître s'attendait donc aune information contre son ordre; il la demandait, et elle lui fut promise : était -il naturel qu'il laissât subsister des preuves qui l'eussent d'abord convaincu , et qu'il ne tenait qu'à lui de faire disparaître (i)?

XXXY . Enfin , on ne peut s'empêcher d'être frappé de la rétractation que le grand - maître , le frère du dauphin d'Auvergne, les cinquante - neuf chevaliers qui furent brûlés à Paris, et les neuf qui périrent à Senlis par le même supplice, firent au milieu des

(i) M. Raynouard remarque que Ton eut grand soin d'empêcher le grand-maître d'avoir, avec le pape, une entrevue qui aurait pu éclaircir bien des choses.

flammes I et qu^ils continrent jusqu*a;U dernier soupir, quoiqu'ils fussent assurés de la vie s!ils persistaient dans leurs dépositions. Il faut donc ayouer, ainsi qu'on Ta déjà remarqué^ que quelque parti que Ton prenne sur Tafiaire des templiers, on y trouvera tou* jours des circonstances inexplicables (i).

(i) M. Raynouard, dans l'éloquent factum qu'il a publié en faveur des templiers, à la tête d.e sa tragédie de ce nom, fait observer que les. troubadours , si hardis dans leurs sir^ çenies, où, ne faisant aucune grâce à la dépravation de leur siècle, ils attaquaient i^ipitoyablement, le pape, le clergé, les princes et les grands, n'ont jamais porté d'acçus2|Upn contre les templiers*

( aas)

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