‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 3 sur 54 · LÉGITIME · texte numérisé non relu

LÉGITIME

PAR BDLLET (i). •

Hugues Gapbt usurpa la couronne : tel est le lan^ gage de la plupart de nos écrivains. Il semble que pour intenter une accusation aussi grave contre le chef de Tauguste maison qui nous donne des maîtres depuis tant de siècles, il Êiudrait avoir en main les preuves les plus convaincantes. Je les ai cherchées , ces preuves^ dans les auteurs cràtemporâins, qui seuls peuveoi aous les feumir : loin d^y trouver des témoignages du erinte que Ton impute à ce prince y je n*y ai découvert que des monumens de la légitimité de son âectîoii.

Avaiit que d^entcer en matière, on ne peut se dis^ penser de donner un précis de Thistoire de nos rOfS, deptiift Charks-'le-Chauve jiisqu'è Hugues Gapet. t)n ne touchera point aux évènemens qui n^ont aucune tiaisen aveo le sujet que Ton traite.

Charles- le-Chauve eut deux fils; Charles et Louis,

(i) Extr. de la Mythologie française.

surnommé le Bègue. Il fit le premier^ roi d^Âqiiilaine ; il donna au second Tabbaye de Saint - Martin de Tours pour apanage. Il maria une fille qu'il avait, nommée Judith j à Edilulfe, souverain dks Saxons occidentaux en Angleterrcw Ce roi étant mort , Ethelkolde, son fils, quUl avait eu d'un {nremier mariage, épousa sa belle -mère : ce prince mourut après avoir vécu deux ans dana ce mariage incestueux (i). La princesse Judith revint alors en FraiKe,avec beaucoup d^argent qu'elle avait amassé de la vente de quantité de terres que les deux rois ses époux lui avaient données. Le roi son père lui* assigna Senlis peur sa de* meure. Elle était jeune; car à peine était-elle en âge Qubile quand elle passa en Angleterre, où elle ne fut que six ou sept ans. Elle vivait à Senlis en reine , et les seigneurs y venaient de temps eu temps faire leur cour. Le comte Baudouin en devim amoureux , et s'aperçut qu'elle répondait à ses inclinations (2). Il fit connaître sa passion à Louis, frère de la princesse^ qui lui proinit de U &yoriser* Il y a lieu de croire que Charles-le-Chauve n'agréa pas la proposition qu'on lui fit de ce mariage : cela détermina le prince Louis et le comte à l'enlèvement de, la princesse, qui y consentit sans peine. Elle changea d'habits, sortit de son palais, et fut emmenée dans, les Etats du roi de ïmc^ raine par les gens du comte. <

Le roi , fort irrité , fit fafre le {»*ocès au comte et à

(i) Annales de Saint-Bertin* (a) Ihid.y an* 86a.

la princesse^ Il assembla prompteineiit un concile d*ëvéques ^qut , sefeii les canons ,. excommunièrent Baudouin et Judith. Charles, pour péâir Louis son fils, qui était -entré dans le complot, lui ôta son abbaye.

Ce prince^ outré de ce châtiment, se tietira à la cour du duc de Bireiagne , qui lui avait &it offrir toutes ses forces poiN* qu^il pût se dédommager avantageiisement de Tapanage qu^on lui avait 6té;

Il n^ fut pas plutôt arrivé que, s*étant mis à la tête d'une armée de Bretons, il entra en Anjou, oh il fit de ^ands ravages; mais il-fiit défait à son retour par le comte Robert:

Ce prince, peu de temps après, revint dans la même provinoet aveiî de nouvelles troupes : il y iut encore mis en déroute;. et peu s'en fallut qu'il ne- fût pris lui-même. Tous ces événemens arrivèrent en 862%

Cette même année ^ Charles, roi d'Aquitaine, fik aîné de Charles -Je-Chauiva, ;se mtoiaà l'insu de son père, avec la veuve du comte Humbert (i)i Louis, son frère, dans le même \emps et pendant sa retraite en BretagAe, épousa Ansgarde, fille du comte Hart douin. . ^

Cette année n'était par l'éi^olue , que le prince Louis vint se jeter aux genoux de son père ,- lui demanda pardon de ses fautes, et lui promit, avec serment, une fidélité et une obéissance inviolables. Charles-le- Chauve, touché de son repentir, lui rendit son ^itié y

(1) AnwUes de SairU-^Bertin^

lui dbnna le tomié de Meaut et Tabbayede Sainl- Crespin de Sqmsqus ^ et rengagea à venir à #a cour avec son épouse {i^ Il y demeura effectivement depiik Ce tempa^ jouissant toujours des bonnes grâces de son père. Il eut d* Ansgarde deux fils , nommes Louis et CatlmUin. Ge ne futqu*àprès la naiteanee de ces deux enfans que Charles- le -Chauve i^bligea son fils de quitter Ansgarde; et que lui ayant £iit promettre avec serment de ïie la plus voir> il lui donna Adélaïde pour femme.

Charles y frère aSné de Louis ^ étant venu à mourir, Charles*le- Chauve donna au prince Lotiis, wn fils, de nouvelles marques de sa bonté en le faisant couronner roi d^Aquitaine (3).

L^an 8769 Charles-le-Chauve allant à Rûme prendre la couronne impériale, il déclara le 'prince Loui6 régent du royaume de France, pendant son absence ; «t lorsque Tannée suivante il repassa en Italie , il lui confia encore la même administration (3).

Charles-le^Uhauve, en mourant ^ donna h rknpét^i*» trice un acte scellé de son sceau , par lequel il déclarait le prince Louis son successeur (4). Il y joignit les ornemens royaux, qu*illa chargea de remettre à Ce prince, qui monu sur le trône immédiatement après la mort de son père.

(i) Annales de Satnt-Bertin. — Annales de Metz. (a) Iderhf an. 867.

(3) Idem y ann. 876. — Capitulaires de Charles-le-Chauve.

(4) Annales de Saint-Bertin , an. 877.

ce Lie roi Louis-Ie-Bègiie (nous transcrivons le Père u Daniel) se fit sacrer an c6ncile deTroyes, de la u main do pape. Après la cërëmonie da couronne- « ment, ce prince invita le pape à le venir voir eti « une maison royale qu'il avait auprès de Troyes. 11 u Vy réffla magnifiquement , loi fit tous les honneurs cr imaginables, et lui ^ aussi bien qu'Adélaïde, son « épouse 9 le comblèrent d'amitiés et d'honnêtetés^ et (c lui firent de magnifiques présens.

u Quand il fiit retourné à Troyes, le roi lui envoya « un seigkieur de ad cour, pour le prier de vouloir (( biea prendre un jour pour sacrer et couronner de H sa main la reine Adélaïde* Le pape s'en défendit, el (( pria le rtNl de ne te point presser là » dessus. L'hisc( toire ne manque peint en cet ^idroit:la cause de la Cl difficulté que faisait le pape ; mais il est hors de « doute que c'était celle que je vais dire.

a Lorsque Louis -le -«Bègue, vers l'an 86^^ se fiit c< révoUé contre le roi mm père, et qu'il «e fiit réfugié c^ en Bretagne, il époukt Ansgardé, dont il eut deux « fils, Louis et Carloman. Ce mariage s'était Êdtconire a la volonté du roi'(i), qui^ dans la suite ^ obligea « ce prince à répudier Ansgàrde, et à: épouser Adéi-i (( laide. Ce second itiariage fut regaitlé -.par le pape a comme illégitime : apparemment A n^drde vivait (( encore au temps dont je parle. C'est là ce qui

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(f) L'historien original ne dit pas contre le conséâèèment, mais sans le consentement de son père, et à son tnsà.

u empêcha le pape de couronner Adëk'ide (i). »

Le Père de Longueval, dans son Histoire de VE- ^ise gallicane j pense snr le refus du pape delà même manière que le Père Daniel.

Louisriè-fiègne, au lit de la mon, ordonna qn*on portât à Louis, son fils atné, la couronne, T^^e et toutes les autres marques de la royauté, recomman-' dant qu*on le i fit au plus t6t sacrer et couronner roi (2).

Ce prince, ainsi qu'on Ta dit pins haut, avait eu deux fils d'Ansgarde, Louis etCarloman. Il laissa en mourant, Adélaïde grosse d'un prince', qui fut pommé CharîeSj et depuis surnommé le Simple*

Quoique Louis - le - Bègue n'eût désigné ^ pomr sçn successeur que Louis, aîné de ses deux fils, et qu'il l'eût fait sacrer de son vivant, cependant les seigneurs du royaume résolurent de mettre ces deux princes sur le trône, et de partager entre eux l'Etat, selon la coutume de la nation. C'est pourquoi ils lesfi«ent sa-* crer et couronner à l'abbaye de Fèrrièrcs, par Ansegige, archevêque de Sens (3).

Carloman, roi de Bavière, étanti mort sans enfans légitimes, Louis, roi de Germanie, son firère, lui suc* céda dans ses Etats. Il donna à Arnolfe, ou Arnôul, fils naturel de Carloman , la Carinthie (4). Ls Père

(i) Amiaks de Saint-Bertin , an. 878.

(a) Ibid.y an. 879.

(3) lèid.

(4-) Annales de Ftdde, an. 880.

Daniel dit que sa qualité de bâtard Tavait fait exclure du royaume de son père.

Louis mourut Tan 88st , et laissa par sa mort son firère Carloman seul maître du royaume de France.

Carloman , second fils de Louis-le-Bègue, mourut Pan 884 (i)- Psur sa mort, il ne restait plus en France d*enfans de Louis-le-Bègue que Charles-le - Simple , pour lors âgé de cinq ans. Les seigneurs du royaume, sans aucun égard pour ce jeune prince, reconnurent pour leur souverain Tempereur Charles-le*Gros, qui restait seul de la postérité légitime de Charlemagne , dans la branche de Germanie (2).

L^an 887, les seigneurs de Germanie voyant la £air blesse de Charlesrle-Gros, prirent la résolution de le détrôner, et de choisir pour roi Amoul, fils bâtard de Carloman , prétendant lui donner par leur élection le droit à la couronne , que sa naissance lui refusait. Charles*le-Gros ne survécut que peu de jours à un si prodigieux revers.

Eudes, fils du comte Robert, fut élu roi de France, par les suffrages de la plus nombreuse partie des grands de TËtat , et par les vœux de presque tout le peuple. Quelques contrées du Languedoc refusèrent de le reconnaître, et restèrent sans maître. Foulques , archevêque de Reims, engagea quelques évêques ci quelques seigneurs à lui préférer Gui , duc de Spolette, dont il était parent; mais personne ne songea

(i) Annales de Fuide, an. 884»

(2) Annales de Metz, an. 884*

dans celte occasion à Charlcs^le^imple, quoiqu^il eût déjà dix ans. Eudes iîit sacré à Sens; il foi^ça bientAt Gui, son compétiteur^ à repasser les moiits; et les villes du Languedoc qui étaient demeurées pendant quelque temps dans Tanarchie , se soumirent à son obéissance (i).

Il y avait cinq ans qu^Eudes régnait avec beaucoup de gloire 9 lorsque Foulques , archevêque de Reims, qui lui avait suscité un concurrent, quand il fut élevé sur le trône, lui opposa un nouveau rival (ri). Il en* gagea quelques seigneurs à proclamer roi, Gharles-le- Simple. De là naquit une longue et sanglante guerre entre ces deux souverains. Les ravages de^ Normands qui désolaient la France , engagèrent ces deux princes à faire la paix , pour résister à ces fiers ennemis. Ils partagèrent entre eux le royaume. La France, depuis la Seine jusqu*aux Pyrénées, demeura à Eudes, et il céda à Charles tout le reste. Ce partage fut fait Fan 896 (3).

Eudes mourut une année après ce traité. Il laissa un fils, nommé Amoulj que quelques-uns proclamèrent roi. Mais ce jeune prince ayant vécu peu de jours , tous les sÂgneurs reconnurent Charles pour

(1) Reginon. Slgebert. — Annales de Fulde. — Annales de Metz. — Luitprand, 1. i, c. 6.

(a) Annales de Metz, ann. 8ga, 8g3, selon la manière de compter aujourd'hui.

(3) An. 896. — Chronic. bre^, apntd do Chesne, t. 3, an. 897.

lair SGOvaain , el k France ae iroinra ainsi rénnie sous son empire (i).

L*an 920, dans une assemblée des grands de TEiaty qui se tînt à Soîssens, il fiit résolu, d^un consentement unanime , de ne pkas reoonnaitre Charles pour nH(a). Un seigneur qui survint un moment après, les engagea à changer de résolution ; il les détermina' à rester soumis à Charles encore une année, sur la parole que ce prince leur fit donner de changer de conduite, et de ne plus se servir de son ministre Haganon , qui leur était odieux (3). L^ayant rappelé, les grands du royaume se soulevèrent contre lui , le déclarèrent indigne du trône, et i^rièrent Robert, frère d^Ëudes, de vouloir bien accepter la couronne. Celuici ayant déféré à Tinvitation de ces seigneurs, îk le conduisirent à Reims, où il Au sacré en 92a. L'année suivante, il fat tué dans une bataille qu'il donna près de Soissons, à son compétiteur Charles (4)>

Après la mort de Robert, les seigneurs de France élurent poor roi Rodolphe, duc de Bourgogne. Herbert, comte de Yermandois, feignant de vouloir rentrer dans le parti da Charles, attira ce prince dans ses Etais , où il le retint prisonnier. Il ne parut plus alors parmi les Français aucun reste du parti de ce rm; et la reine Ogive, sa seconde femme , se sauva

(i) Fita sancH Genulfi, I. a, an. S98. (a) Frodoardi Chnmic*

(3) Ibid.

(4) Ovrofu Ademaru — Chrotu S» Magdebmirg* — Frodoard.

en Angleterre , dans Ic^syaume de son père , avec son fils Louis (i).

La mort de Rodolphe^ arrivée en 986, fut suivie d*un interrègne dé plus de cinq mois. A la sollicitation du roi d'Angleterre et du duc de P^ormandie^ les seigneurs de France élurent enfin pour roi, Louis, dit ai Outre-mer j fils de Charles-le Simple (2).

L'an 954 j le roi Louis-d'Outre - mer mourut. HuguesJe-Grand fit élire Lothaire , fils de ce prince.

L'an 985*9 Lothaire mourut. Les grands de l'Etat élurent son fils Louis pour souverain. *

L'an 987 9 peu de jours après la mort de Louis , Hugues Capet, petit-fils du roi Robert, petit-nevei} du roi Eudes , le plus puissant des seigneurs de France , assembla à Noyon les grands de l'Etat, qui lui déférèrent la couronne d'une commune voix, sans aucun égard pour Charles, fils de Louifr<l'Outre«mer, et oncle du dernier roi. Quelques jours après , Hugues fut sacré à Reims.

Par ce récit , tracé fidèlement d'après les auteurs contemporains, on peut apercevoir qu'après la mort de Carloman et de Charles-le-Gros , il n^y avait plus de prince légitime de la race carlovingienne ; que toute la nation en jugeait ainsi; qu'elle se croyait, et qu'elle était effectivement rentrée dans le droit de se donner un maître ; qu'elle usa de ce droit en prenant

(i) Aimoinus, \. \^ dt Miraculis S. Beneàicii. — Glaber, 1. I, c. 12. — Frodoardi Chrotu, an. 928. (2) Dado., 1. 3. — Frodoardi Chroiu

des rois dans différente^ familles ; qu^elle n^avait en* core fixé son choix dans aucune maison pour y rendre la cooronne héréditaire , lorsiq[u*elle offrit le trâne à Hugues Capet; et que par cbnséi^ent Télectiôn qu'elle fit de ce seigneur pour son roi, fut très - légitiine. Mais il fiint mettre cette rérité dans un plus grand jour, et reyétir tous les évènemens dont elle dépend , des preuves les plus incontestables. C'est ce qu'on va faire en les examinant lés unis après les autres.

i« PROPosmoK.

Ansgarde a été épouse légitime de Louis-le-Bègué.

Ce fait est unanimement attesté par les auteurs contemporains.

L'annaliste dé Metz dit qile ce prince, encore jeune , s'unit parlés liens du mariage, avec Ansgarde, dont il eut deux fils, Louis et Carloman (i).

R^non emploie lés mêmes expressions que l'annaliste de Metz , pour désigner l'union de Louis - lé- R^ue avec Ansgarde (a).

(i) Hahtdt auUm cùm adhùc jweniUs OBiaiis flore poUeret, quandam pueiàtm nobilem nomi'ne Ansgard, sibi conjugii fàdert œpulatam, tx qùA duos Uheros suscepit eiegands forma, at ùt^ gends ammi wtute prœstantes. Horum unus Ludotvicus, aUet Carkmanmts çocahatur.

(a) Lttdoçicus Balbus ItabuU cùm adféc jweniUs mtatb flore poileret, quandam pUêUùm nobilem nandne Ansgarenk Mi conjugii fadere cofmlatam, esc ijuâ duos Uheros suscepii eUgantis

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