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reprises y et qui ne lui permit ni de sentir son autorité, ni de la faire respecter par ses. sujets, occasioiina des troubles qui pensèrent faire passer le royaiune dans une famille étrangère, et donna lieu à une infinité de querelles entre les princes qui , n^enyisageant dans leurs démarches que leur propre intérêt, sacrifièrent celui de TElat. Depuis les premiers signes de démence que Charles YI donna en iSgS, les princes se disputèrent Tautorité dans le gouvernement. Philippe r le - Hardi , duc de Bourgogne, et frère de Charles Y, Tobtint pendant quelque temps ; Louis , duc d^Orléans, s'en empara ensuite, et le crédit du duc de Bourgogne ayant pris le dessus à la cour en i4o3, obligea le duc d*Orléans à s'en désister; mais le premier étant mort Tannée suivante, son fils Jeansans -Peur, aussi hardi et plus ambitieux que son père, prétendit lui succéder au gouvernement de TEtat, comme à ses riches provinces. Le duc d'Or-> léans, qui avait eu du respect pour Page de son oncle, soufirit impatiemment que le fils voulût lui disputer une place qu'il croyait devoir ^posséder par le droit de b.^ naissance. Ce fut là la source de leur inimitié, dont les suites furent fatales à l'un et à l'autre. Louis fut tué par les ordres de Jean son cousin ; et celui-ci le fut douze ans après, à Montereau-Faut- Yonne , en présence du dauphin , par les partisans de la maison du duc d'Orléans, qui voulaient venger la mort de ce prince.
Il en est de ce point d'histoire comme de beaucoup d'fifutres, qui, lorsqu'on veut en examiner le dé-
tail , ne se trouvent pas rapportes dé la même mâ« nière par les historiens; s^ils s'^accordent dans le fait principal, ils varient dans les circonstances. Tous conviennent que le duc d^Orléans fut assassine en revenaht de rendre une visite à la reine Isabeau de Bavière; mais ils ne conviennent pas du lieu où était la reihe^ Les uns (i) disent qu^elle était au Louvre , et que c^était en revenant fort tard de ce palais que le duc d^Orlëans fut assassiné ; d^autres veulent ([ne cette princesse fut à Thôtel Saint-Paul : il y en a qui nomment en général l'hôtel de la reîne^ sans spécifier sa situation. Quant au lieu de Tassassinat, les auteurs ne sont pas plus précis. Selon les uns, c^était dans la rue ou proche la rue Barbette ; d'autres disent la vieille rue du Temple : enfin , ils ne conviennent pas plus du jour et dû Théurc où cet attentat fut commis. Toua ceux qui en ont parlé auraient cependant été plus exacts, s'ils avaient vt)ulu consulter quelques* uns de nos anciens hi^oriens, et en parti<;ulier les registres du parlementât dont la narration sur ce point même d'autant plus de croyance, qu'elle a été écrite le jour même de l'assassinau Yoici ce qu'on y lit.
(c Du mercredi 33 novembre 14^79 ce jour^ au u soir, environ huit heures, messire Louis^ fils ilu « roi Charles Y, et frère germain du roi Charles ré^ tt gnant, de présent duc d'Orléans; comte de Yalois, (( de Blois, de Beaumont, de Soissons, d'Angouléine , - - ■ • ■ ■ ■ ■ ' - » * — - '
(i) Bomfons, Antiqmtés de Paris, p. 877* — Abrégé àê Mézerai, édit de 17x7, in-ià, l. 6, p» 177*
i< de Dreux , de Porcien , de Périgord , de Luxem- « bourg , etc. , marié à M"" Valeniine , fille de feu .(( messire Galiache , duc de Milan , dont avait trois (( fils éi une fille , en revenant de Thôtel de la reine , (( qui est près de la porte Barbette, vers Téglise des (( Blancs -Manteaux, accompagné moult petitement <( selon son état , c^est assavoir de trois hommes à che- (( val et de deux à pied, à une ou deux torches, dece vaut rhôtel du mareschal de Rieux , en son âge de a trente -six ans ou environ, fust par huict ou dix (( hommes armés, qui étoient musses en une maison i( appellée Y Image Notre-Dame j estant devant Thô- « tel dudit mareschal, et où lesdits hommes avotent ((Conversé repost^ment par huict ou quinze jours, (( tué et meurtri.... le roy en son hôtel de Saint-^Paul, (( monseiçneiv de Guyenne, dauphin de Vienne et (( aîné fils du roi au Louvre, de l'âge d'environ unze (( ans, les ducs de Berry et de Bourbon ses oncles, le « roy de Sicile , le duc de Bourg(^ne , les comtes de (c Nevers, d'Alençon et de Clermont, messire Charles (t de leBret, connestable de France, et messire Pierre (( de Navarre, comte de Mortain, ses cousins -gérer mains, et plusieurs autres seigneurs, tant du sang (( royal que autres, étant à Paris, etc., ce prince, qui « si grand seigneur estoit et si puissant...., en si petit (c moment a 'fine ses jours moult horriblement et (c honteusement : et qui ce a fait, scietur autem (( posteh (i). »
(i) Félibien, Prem, just^at de VUst. de Pans, t. a, p. 549*
J^ai dit que ce récit avait étë écrit le même jour, ou au plus tard le lendemain , puisque les mots latins par lesquels il finit , supposent qu'on ne savaijL pas encore Fauteur de Tassassinat; or, on le sut le aS au soir, que le duc de Bourgogne en fit lui-même Taveu. Je reviendrai aux circonstances de cet horrible attentat, après que j'aurai éclairci ce qui concerne le local dont il est fait mention dans la narration. Il y est parlé de l'hôtel de la reine , situé près de la porte Barbette , de celui du maréchal de Rieux , et de la maison nommée V Image Notre-Dame. Les vestiges qui subsistent encore aujourd'hui du premier et du troisième de ces lieux, nqus feront connaître l'endicoit. précis de cette scène tragique^
L'hôtel de la reine était situé dans la vieille rue du Temple ; il en reste encore une porte , qu'on ne peut, à, la seule inspection, méconnaître pour être du nègne de Charles YI : quoique ses ornemens soient un peu dégradés, on> ne laisse pas d'y apercevoir une construction élégante, qui prouve que ce n'était pas l'entrée de la maison d'un particulier. Mais ce qui lève tout le doute, est que sur le haut de cette porte on voit sculpté un écu chai*gé de fleurs de lis sans nombre, surmonté d'un heaume ou casque, au-dessus duquel est une grande fleur de lis, et ayant pour support deux lions : cet écu ressemble à celui d'une monnaie de Charles YI appelée écu ou heaume (i). Cet hôtel est connu, dans nos anciens titres, sous le
(i) Traité des monnaies de le Blanc, p. a38. ,
nom éChôtel Barbette : ses bâtimens et ses jardins couvraient tout le terrain renferme entre la vieille rue du Temple, la rue de la Perle , la rue Pav^e et la rue des Francs-Bourgeois (i). On l'appelait la coui^ tille Barbette dès Tan 1 2^2 ; c'était la demeure d'Ëtieni^e Bjirbette, voyer de Paris^ maître de la monliiaie et prévôt des marchands en 1 29$ et 1 3 1 4* C'est cette même maison qui fut pillée par les Parisiens en ^Sqô, dans une sédition excita au sujet des monnaies, et dont l'insolence alla si loin, que le roi Philippe-le-Bel, qui demeurait aldrs au Temple, y fut lui-méoie attaqué. Je n'ai pii découvrir de quelle m^' nière cette maison avait passé à Jean de Montaigu, grand-maître de France ; mais elle lui appartenait en 1392, lorsqu'il y reçut le roi Charles VI, qui y vint soupçr et coucher avec sa cour, la veille de son dé« p^t pour la Bretagne , après avoir dit adieu à la rein^ çt ^\xx prince^es, à l'hôtel de Saint-Paul (2^); ce qui suppose que les bâtimens en étaient fort étendus. ]\[ontaignt ayant eu en don de Jean, duc de Berri, l'hôte} de. Giao, la demeure du fameux Hugues Aubriot, prévôt dç. Psiris, situé rue de Joui, dont il reste encore un grand corps de logis, vendit son hôtel Barbette à Isabeau de Bavière, qui se plut à embellir les ^âtii^iens et les jardins (3).
Ççt hôtel, dont il ne reste plus que la porte dont
(i) Sauvai, t. I, p. 68.
(a) Froîssart, t. 4) c. ^i* (3) Sauvai, t. a, p. i53.
je viens de parler, et une tourelle qui est à Tangle forme par la rue des Francs-Bourgeois et par la vieille rue du Temple , subsista toujours jusqu^en 1 56 1 , que Françoise de Brézé, duchesse de Bouillon, et Louise, sa sœur, duchesse d'Aumale, filles de Louis de Br&né et de Diane de Poitiers, qui en étaient propriétaires, le vendirent à des particuliers pour y bâtir (i). Ils y percèrent deux rues, Tune appelée aujourd'hui rue Barbette j et Tautre rue des Trois-P maillons. Ainsi , dans tous nos anciens titres, lorsqu'il est question de la rue Barbette avant Tan i56i, ce n'est pas de celle que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom qu'il faut entendre parler, mais de la portion dé la vieille rue du Temple qui s'étend depuis la rue des Blancs-Manteaux jusqu'à l'égoût couvert, et qu'on appelait rue Barbette à cause de l'hôtel de ce nom , qui y était situé. Il avait aussi communiqué ce nom à une porte de la vieille rtie du Temple qui était dans l'alignement de l'enceinte de Philippe- Auguste ; car cette enceinte passait sur le terrain où est maintenant bâti le chœur de l'église des Blancs-Manteaux, et s'étendait le long de la rue des Francs-Bourgeois, pour al- 1er aboutir à la nouvelle porte Bauders , presque visà-vis l'église des Jésuites de la rue Saint- Antoine.
On conçoit par^là ce que dit Monstrelet, que l'hôtel Barbette était au pied de la' porte de ce nom ; car la tourelle qui le termine du côté de la rue des Francs-
(i) Sauvai t. 2, p. lai.
Bourgeois^, ^*^^ ^^^^ éloignée que de trente pas.
Au reste, ce n^était pas seulement la portion de la vieille rue du Temple située hors de Tenceinte, qui s^appelait la rue Barbette; on donnait encore quelquefois ce nom à Ja partie qui était voisine de la porte 3ai*bçtte , dans Tintérieur de Tenceinte ; de là vient que tantôt cette partie est nommée rue Barbetfej et tantôt vieille rue du Temple^ Quant à la partie qui est du côté de la rue Saint -Antoine^ elle s'est toujours constamment appelée la vieille rue du Temple; et c'était le nom qu'elle avait dès le règne de saint Louis : ce qui marque que dès lors elle était ancienne, ainsi que la place du marché Saint-f Jean , qui est nommée dans des lettres de Philippe III, de Van 1 280 , pUuea veteris cimeterU Saneti Joarmis.
Cherchons maintenait, dans la vieille rue du Temple, rhôtel de Rieux et la maison de V Image Notre- Dame j dont il est parlé dans les registres ^u parleixient.
L'hôtel de Rieux fut ainsi nommé de Jean II et Pierre de Rieux, Bretons, tous deux maréchaux de France, qui en étaient propriétaires et y demeuraient. Il fut conj(isqué sur ce dernier en 142 1, dans le temps que les Anglais étaient les maîtres de Paris, après l'exhérédatiou feite par Charles YI de son fils Charles y II, alors dauphin. Il est ainsi désigné dans, le compte des confiscations de Paris de cette année -là : <( Maison du maréchal de Rieux, tenant le parii du (( dauphin, rue des Singes, aboutissant par-derrière" à (( la vieille rue du Temple. » Dans d'autre-s titres elle
est marquëe dans la vieille rue du Temple ; ee qui re* vient au même, parce que cette maison avait deux entrées. Tune dans la rue des Singes, Tautre dans la vieille rue du Temple, comme la maison qui a été bâtie depuis par M. Amelot de Biseuil , sur le terrain de l'ancien hôtel de Rieux , en a encore deux aujourd'hui. Sa situation n'est pas équivoque ; car outre que la rue des Singes n'a que cinquante toises environ de longueur, et qu'il serait aisé, par conséquent, de re« connaître son emplacement, les anciens titres que j'ai vus serviraient à la retrouver. Elle était précisément dans l'endroit où je l'ai marquée sur le plan, et ne s'étendait pas jusqu'à la rue des Blancs-Manteaux , puisque, dans le compte des confiscations de la ville de Paris, depuis l'an 1427 jusqu'en i434j on y spécifie une maison confisquée, sise rue des Singes , faisant le coin de ladite rue , tenant d'une part à l'hôtel de Rieux, et, d'autre part, au long de la rue des Blancs-Manteaux. Telle est encore aujourd'hui la situation de la maison de M. de Biseuil , dont la portecochère, qui est sur la vieille rue du Temple, est remarquable par la beauté de son architecture. Les registres du parlement disent que vis-à-vis de l'hôtel de Rieux était la maison appelée V Image Notre- Dame; et cette maison, occupée aujourd'hui par un épicier et un boulanger, n'est pas difficile à reconnaître pour être la même que celle dont les registres font mention. Il y a deux niches en saillie appliquées sur la muraille, au-dessus des portes, dans l'une desr quelles, c'est-à-dire celle de la maison du boulanger,
est une image de la Vierge tenant Jésù»«Christ dans ses bras. Cette niche est d'une construction antique , et est ornée d'une fleur de lis posée sur le sommet.
C'est donc dans cet endroit précisément que fiit tué le duc d'Orléans , en sortant de l'hôtel Barbette ou de la reine.
Tenons maintenant aux circonstances de cet hor*" rible assassinat. On me permettra de me servir souvent des propres termes des pièces originales. Si cette manière de raconter les faits forme une bigarrure dans le style, il me semble que la narration en acquiert aussi plus d'authenticité.
J'ai dit ci-dessus que la cause de l'inimitié qui ré^ gnait entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne, était l'ambition de ce dernier pour le gouvernement : il ne trouva pas de plus prompt moyen pour se débarrasser de son rival, que de le faire assassiner. Un nommé Raoul (Tjàuctons^Ulej Normand, fot chargé de l'exécution. Il en voulait personnellement au duc d^Orléans, parce qu'il lui avait fait ôter un office de finance, à cçiuse de ses malversations. Je crois que c'était celui de trésorier de l'épargne; car j'ai vu des quittances de lui où il se dit sparrUœ (hesaurariu^ Monstrelet dit que c'était un office des généraux.
Il était question de trouver un logement pour y placer les assassins; et dès la Saint-Jean de l'an 1407, un nommé François d'jisignaCj couratier public de maisons, demeurant rue Saint -Martin, fat chaîné par un jeune homme en habit d'écolier, d'en chercher un dans la rue Saint-Antoine ou dans les envi-
tons de lli6tel Saint-Paul; mais comme il ne s^en trouva pas de vide, le niéme jeune homme revint quelques mois après trouver ce couratierj pour lui dire que, puisqu^il n'en trouvait point dans ce quartier, il le priait de voir s'il n'y en aurait point à louer dans la vieille rue du Temple , autour de Thâtel de
la reine. Il trouva en effet la maison de V Image No-
ire-Dame y qui était à louer depuis la Saint- Jean , et appartenait à Robert Fouchier, sergent d'armes et maître des œuvres de charpenterie du roi. Le jeune homme, après l'avoir vue, alla avec le couratier à l'hôtel de Fouchier, demeurant au chantier du roi , près les Bëguines (i), et fît marché avec sa femme à seize livres parisis, pour le loyer de la maison jusqu'à la Saint- Jean i4o8, dont il lui paya la moitié d'avance, c'est-à-dire dix francs en six écus, et le surplus en monnaie, et en prit quittance, se nommant Jean Cordelant, clerc de l'Université. Il lui dit que c'était pour y mettre vins et autres garnisons, et y loger avec un sien compagnon qu'il ne nomma point. Ce marché fut conclu le 1 7 novembre 14^7. Ce fut donc dans cette maison que les assassins vinrent se cacher* Pendant six joiu*s qu'ils y demeurèrent, personne du vcMsinage ne sut que cette maison avait été louée. Ils y avaient cependant fait entrer des ustensiles de ménage, et des provisions pour eux et les chevaux qu'ils y avaient amenés ; mais ils n'y entraient et n'en sortaient que le soir, ou de grand matin , avant le jour ;
(i) C'est aujourd'hui lé couvent des filles de VÀift-Mana.
la porte restait fermée pendant le reste dé la journée) Pendant que ces assassins épiaient Toccasion d'exécuter leur dessein, le duc de Bourgogne affectait de vir vre dans une grande union avec le duc d'Orléans : ils s'étaient réconciliés quelques mois auparavant, et avaient juré solennellement ce vraye fraternité d*ar- <( mes ensemble par especielles convenances sur ce «'faites (ce sont les termes de la requête des en&ns <( du duc d'Orléans), laquelle chose, ajoutent-ils, doit « de soi emporter telle et si grand loyauté, comme ce sçavent tous nobles hommes ,* et encore , à plus « grande confirmation desdit^s fraternité et compa- <c gnie d^armes, prindrent et portèrent l'ordre et le <c colier l'un de l'autre, comme c'est chose notoire. » Je ne sais quels pouvaient être alors les ordres de ces deux princes j car l'ordre du Porc-Epic ne fiit établi que par Charles, duc d'Orléans, et celui de la Toison par Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne. « Quelques (c jours avant l'assassinat , dit encore la requête au (c roi, le duc de Bourgogne alla voir le duc d'Orléans (( au château de Beauté, et à Paris dans son hôtel, où (( il étoit retenu par une indisposition, et lui montra (( tous signes d'amour que frères, cousins et amis pouce voient et dévoient porter et montrer l'un à l'autre, ce jaçoit ce qu'il eût desjà traité et ordonné sa mort , c( et que les meurtries fussent jà par lui mandés, et la c( maison louée pour eux receller et embuschier, qui c( preuve et montre clèremeni que c'étoit une bien ce cruelle et mortelle traïson ; et que plus est, le jour c( devant l'accomplissement dudit meurtre^ votre frère
(c et lui, après le conseil par vous tenu à Sainl-Pol (i) « en voire présence, et des seigneurs de votre sang (( qui là estoient et autres plusieurs, prindrent et bu- « rent ëpices ensemble; et le semoni votredit frère à (( diner avecque lui le dimanche ensuivant, qui le lui <( accorda, jaçoit ce qu^il lui gardast cette faulce et <c corrompue pensée de le faire ainsi meurtrir bon- (c teusement. » Il ne faut pas oublier de remarquer encore que, le dimanche précédent, le duc de Bourgogne et le duc d'Orléans avaient communié ensemble, en signe d'une parfaite réconciliation.
La reine Isabeau de Bavière s^était retirée, au commencement du mois de novembre , à Thôtel Barbette , pour y feire ses couches; et elle y mit au monde, le I G de ce mois, un fils nommé Philippe j qui mourut le jour suivant; de sorte que cette princesse, selon Fauteur de V Histoire de Charles VI (2), passa en pleurs tout le temps de ses couches. Le duc d'Orléans, ajoute-t-il, lui rendit des visites fort assidues, pour s'acquitter des devoirs de consolation et pour apaiser sa douleur. Le 7^ novembre il y alla encore après midi, et y soupa. Les asssfssins, qui se tenaient prêts à exécuter leur coup, envoyèrent sur les huit heures du soir un nommé Scas de Courteheuse^ valet de chambre du roi, et leur complice, a lequel lui
(i) C'est rhôtel de Saint-Paul, situé sur le quai des Gëlestins. Il était la demeure de nos rois depuis Charles V, qui en avait fait l'acquisition.
<( dit 9 de par \e roi, pour le deceToir : Monseigheur, (( le roi vous mande (jue sans délai venez devers lui , « et qu^il a à parler à vous hastivement, et pour chose c( qui grandement touché à lui et à vous (i). » Le duc se fit incontinent amener sa mule, et sortit, pour retourner à Thôtel Saint-Paul , le long de la vieille rue du Temple. Il n^étalt accompagné que de deux écuyers montés sixt un même cheval, qui allait de* vaut, et de quatre ou cinq pages ou valets, dont quelques-uns portaient des. flambeaux ; le reste de sa suite était resté à Thôtel de la reine, ce où, dit Mônstrelet, « il étoit allé à privée mesgnyé, nonobstant que pour (( ce jour avoit dedans la ville de Paris, de sa retenue (( et à ses dépens , bien six cens chevaliers et écuyers. » On a vu ci-devant que les registres du parlement remarquent que ce prince était accompagné de trois hommes à cheval et de deux hommes à pied; et je vais rapporter bientôt la déposition d'une femme, témoin oculaire , qui dit qii'il y avait cinq ou six hommes à cheval. Malgré ces deux témoignages, je crois quUl faut s'en tenir au récit de Mônstrelet, tel que je Tai rapporté, qui est plus conforme sluX dépositions des autres témoins. De plus , on ne conçoit pas comment cinq ou six cavaliers ^ eh environnant seulement le duc d^Orléans, n'auraient pas pu pendant quelque temps défendre la vie de ce prince, ou au moins comment quelqu'un d'eux ne se serait pas échappé pour aller demander du secours à l'hôtel de la reine ,
(i) Mônstrelet, c. 36.
dont Ift porté nVcait qu^à soixante-dix toises de Tendroit où le duc d^Orléans fut attaqué ; car dans tous les détails très-circonstanciés que j*ai lus, il n^est absolument fait aucune mention de cavaliers qui aient mis obstacle à cette mauvaise action , ni de gens qui soient venus de rhôtel de la reine au secours. Le duo d^Orléalis avait soupe avec la reine, comme je Tai déjà dït^ ei quoique les auteurs remarquent quHl était fort tard , il n'était cependant que huit beures du soir. C^est qu'alors, pour më servir de l'expression du cardinal de Retz, les princes, de même que les bourgeois, n'aimaient point à se desheurer. On soupait à six beures comme on dînait à onze ; et c'était encore l'usage pour la cour, sous le règne de Charles IX, comme nous l'apprenons de l'instruction que la reine Catherine de Médicis, sa mère, lui donne pour se conduire pendant la journée. (( Je désirerois, disait-elle, que « prissiés une heure certaine de vous lever, et que H donnassiés une heure ou deux à ouïr les dépesches
a et affaires et ne passer les dix beures pour aller
â à la Aiësse, comme on avoit accoutumé au temps (( des rois votre père et votre grand-peré, et au sortir (( de la messe dinés s'il est tard , ou sinon vous pro- (r menés pour votre santé, et ne passés onze heures u que ne diniés. )) Ainsi, quoique tous les auteurs de ce temps-là disent qu'il était fort tard lorsque le duc d'Orléans sortit de Thôtel Barbette, il n'était cependant que huit heures du soir; tout le monde était retiré en sa maison dans ce quartier, où il n'y avait pas alors beaucoup de boutiques.
Le duc d^Orléans, qui avait passe Taprès-midi à se divertir, ne s'attendait pas au triste sort qu'on lui préparait. Une femme qui logeait dans une chambre des dépendances de Fhôtel de Rieux, et qui fut un dés témoins interrogés, nommée Jacquette^ femme de Jean Griffart, cordouannier, dit a qu'entre sept et « huit heures, elle étant à sa fenestre haute sur la rue , (( regardant si son mari ne venoit point , et aussi en « prenant à une perche un drapeau pour son enfant, (( lequel drapeau elle y avoit mis à sécher, veid et (( apperçut un grand seigneur qui étoit à cheval, ac- « compagne de cinq ou six hommes à cheval et de K trois ou quatre hommes à pied, et de deux ou trois (( torches qu'on portoit devant, lesquels venoient de « devers l'hôtel de la reine, c'est assavoir de devers « la porte Barbette ; et étoit ledit grand seigneur sans « chapperon , et s'ébattoit d'un gand ou d'une mou- « fie , et chantoit comme il lui semble ; et dist que (( quand elle l'eust un peu regardé, elle s'en alla de (( sadite fenestre pour coucher son enfant, et inconti<» « nent après ouït crier tels mots : A mort! à mort! « et sur l'heure, elle tenant sondit enfant; retourna « à sadite fenestre , et veid lors et apperçut ledit grand a seigneur qui étoit à genouils emmy la rue, devant « l'huis de l'hôtel du mareschal de Rieux, et n'avoit « point de chapperon sur sa tête; et veid que autour <( de lui estoient sept ou huit compaignons embrunce chés par les visages, garnis d'espées et de haches, « sans ce qu'elle y veid ne apperçeust aulcuns cheu vaux, lesquels compaignons frappoient sur ledit sei-
« gneur, et en ce faisant elle luy yëid niettre une fois ce ou deux son bras au-devant des coups, en disant « par lui tels mots : Qu^est ceci? (Toit vient ceci? « à quoi aucun ne répondit rien , et veid que sur (( Fheure il cheust tout ëtendu emmy ladite rue , et (( frappoient sui* lui lesdits compaignons d^estoc et de i( taille tant qu^ils pouvoient ; et dit qu^en ce faisant (( elle cria tant qu'elle peust au meurtre , à quoi un (( homme qui estoit emmy la rue.... lui dit tels mots : « Taisez^ousj maus^aise Jetnme j tcdscTf^ous^; et si ({ dit qu'il y avoit deu^ oii trois torchés qu'on tenoit (( et allumoit à ceux qui hattoient ledit seigneur; et <( dit que quand ils Teurent ainsi battu, elle apperc< çeust et veist sortir dé la maison de Y Image Nostre^ (( DamCj qui est au droit du lieu où fut fait ledit cas^ c( un grand homme qui avoit un gtand chapperon (( vermeil embrunchë de sa cornette par le visage ^ a lequel s'approcha desdits compaignons batteurs, et « leur dit tels mots : Eteignez iousj allons-nous-en^ « il est mof^. Et incontinent laissèrent ledit seigneur, (V qui ne se remuoit plus ; et veid bien qu'en faisant (( ledit cas, estre deux ou trois autres compaignons « emmy la rue, à l'huis dudit hosteVoù est l'image « Nostre-Dame , lesquels regardoient faire ce que dit i< est; et dit que quand lesdits malfaiteurs s'en furent (( allës, elle apperçeut qu^àuprès ledit grand seigneur <( létoit par terre un compaignon qui, après le parle- « ment desdits malfaiteurs, leva 1^ tête en criant: ce Haro j Monseigneur mon maître ^ et assés tost a après , ledit seigneur et scm varlet furent portés I. 7« UV4 i8
a audit hostel dudit M. le mareschal de Rieuic. n
Yoici encore une autre déposition d'an témoin oculaire, reçue par Guillaume Paris, examinateur,^ de par le roi , au Châtelet. « Drouet Prieur, varlet et série, viieor de Henri du Chatelier, eàcuyer échançon de «feu monseigneur le duc d'Orléans , demeurant à Paie ris, en Thostel de monseigneur le mareschal de « Rieux, oncle dudit écuyer, assis à Paris en la rue K des Singes , dépose que lé jour d'hier au soir, envi- <:< ronhuit heures de nuit, il qui estoit descendu de la c( chambre dudit son maître, estant k Thuis d'une des ce salles en laquelle a plusieurs fenestres qui sont wa- H riées et qui ont égart sur la vieille rue du Temple,
H à l'opposite de l'hostel de l'Image Nostre-Dame
« ouït et entendit qu'en la rue avoit grand cliquetis « comme d'espées et autres armures, et si veid par la u lueur desdites wariées , que ceux qui ce faisoient
a avoient clareté et disoient tels mots : jà mort!
u à mort/ Dont lors pour sçavoir ce que c'estoit, il a remonta en ladite cjbanibre dudit son msdtre , qui « est au-dessus de ladite salle, drcnt à Popposite dudit « hostel de l'Image Nostre-Dame , et trouva que aux e( fenestres d'icelle étoit desja ledit son maître, Jean a de Rouvray , écuyer, demeurant audit hostel, le page, u le barbier d'icelui scm maistre, qui regardoient en c( ladite vieille rue du Temple, par l'une desquelles (( fenestres il qui parle regarda emmy ladite rue, et veid (( à la clareté d'une torche qui étoit ardente, sur les M carreaux, que droit devant l'hostel de Flmage Nostre- H Dame estoient plusieurs compaignons à pied, comme
u du nombre de douze à quatorze, nul desquels il né <c connoissoit, lesquels tenoient les uns des espées (( toutes nues y les autres haches , les autres becs de « iâucon, et massues de bois ayans piquans de fer au <( bout, et desdits harnois feroient et frappoient sur u aucuns qui estoient en la compagnie , dbans tels ce mots : A mortl h mortl et qu^il e&t vrai que lors^ « il qui parle, pour mieux voir qui estaient iceux (( compaignons, alla ouvrir le guichet de la porte qui (( a issue en ladite vieille rue du Temple , à Topposité ce dudit hostel de Flmage de Nostre-Dame ; et ainsi (( quHl ouvrit ledit guichet de ladite pwte, on bouta ce un bec de faucon entre ledit guichet et la porte , ce dont lors il qui parle, pour doubte qu^on ne lui fist a mal dudit bec de &ucon, referma ledit guichet, et a s'en retourna en la chambre dudit son maître , par c( Time des fenestres de laquelle il vit aucuns comte paîgnons cpii estbient montés sur chevaux emmy la ce rue, devant ledit hostel de Tlmage Nostre-Dame, et a si vdyd sortir d'icelai hostel cinq ou six éompaignons M tous montés sur chevaux ; cpi'incontinent qu'ils fuce rent sortis, un homme de pied près d^iceux, feri et ic frappa d'une massue de bois un homme qui estoit ce tout étendu sur les carreaux, revêtu d'une houpe-* ce lande de drap de damas noir, fourrée de martre; et ce quand il eut frappé ledit coup, il monta sur un ce cheval, et se mit en la compaignie des autres* Ne ce sa voit lors il qui parle, qui estoit ledit homme ainsi ce abattu à terre ; mais lors il ouït dire à ceux qui este toient à une des fenestres de ladite chambre, qu'ils
a pensoient et cuidoient que ce fusl monsieur de Boit queaux ; et incontinent après ledit coup de massue (( ainsi donne ^ il qui parle veid tous lesdits compai- {( gnons, qui estoient à cheyal eux en aller et fouir le « plutost qu'ils pouvoient sans aucune lumière, droit ft à rentrée de la rue des Blancs-Manteaux, en lau quelle ils se boutèrent, et ne sait quelle part ils al- « lerent. Incontinent qu'ils s'en furent allës,lui estant (( encore à ladite fenesire, yeid sortir par les fenestres (( d'en haut dudit hostel de l'Image Nostre - Dame , <( grande fumée , et si ouït pinceurs des voisins qui u crioient moult fort : jàu feu ! au feu ! Et lors lui (( qui paorle, ledit son maître et les autres dessus nom- (( mes, allèrent tous emmy la rue, eux estans en lace quelle^ il qui parle veid à la clarté d'une 6u deux (c torches ) ledit feu monseigneur d'Orléans qui estoit « tout étendu mort sur les carreaux, le ventre contre « mont, et n'avoit point de poing au bras senestre....} cr et si veid qu'environ le long de deux toises près duce dit feu monseigneur le duc d'Orléans, estoit aussi (f étendu sur les carreaux un compaignon qui estoit de a la cour dudit feu monseigneur le duc d'Orléans, (i appelle Jacob j qui se complaingnoit moult fort « comme s'il vouloit mourir; et survinrent plusieurs <( personnes, entre lesquelles estoient M. de Garren-» (( cieres, ledit son maître et Jean de Rouvray, dessus a nommés, qui levèrent ledit corps mort, et l'empor- (c terent audit hostel du mareschal. Requis lui qui « parle , s'il ne sçait point qui furent ceux qui ainsi u mirent à nM>rt ledit feu monseigneur d'Orléans,
<( dit que non , ereeptë qu'il est commune renommëe^ ^( que ce a fait ou fait &ire maître Aubert de Canny, « capitaine de Caen. »
Parmi toutes les dépositions des témoins, il n*y a que ces deux que je viens de rapporter qui contiennent quelque détail sur la manière dont cet assassinat fut commis; et Ton est étonné de ne point trouver celles de Henri du Chastelier, échanson du duc d'Orléans, et de Jean de Rouvrai, qui, selon la déposition de leur domestique , étaient à la fenêtre , et avaient pu en savoir davantage. Peut-être reconnurent-ils Tauteur du crime; mais ils ne voulurent point déposer ni paraître comme témoins , dans la crainte d'encourir l'indignation du duc de Bourgogne, qui s'était rendu redoutable à tout le monde. Ce ne fut «qu'après le propre aveu de ce prince, qui voulut faire regarder son crime comme une action louable, qu'on put en savoir toutes les particularités. Au reste, l'exécution de cette horrible cruauté ne fiit pas longue ; et avant que les voisins du lieu de la scène eussent le temps de regarder par la fenêtre , elle était déjà bien avancée»
Quelques témoins dirent qu'ils avaient bien entendu du bruit; mais qu'ils n'avaient pas ouvert leurs portes, parce que l'bôtel de la reine étant proche, ils avaient cru que c'étaient les pages qui s'entre-battaient.
Yoici donc ce qui résulte de la déposition des témoins, de la requête présentée cinq ans après le meurtre , au roi Charles Y I , par les enfans du duc
d^Orléans, et de ce <{u*en rapportent les historiens du temps.
Le duc d^Qrlëans était accompiigné de peu de personDes, qui même ne paraissent pas aroiv eu d^armes. Quand il fut arrivé visÀ-vis de rhôiel de Rieux et de la niaison de Tlmage ]XoireJ)ame, où les assassins s'étaient rangés des deux côtés de la rue, au nombre de dix -huit ou vingt, le cheval sur lequel étaient montés les deux écuyers prit Tépouvante ^ la vue de ces gens armés , et s'enfuit le long de la vieille rue du Temple, vers la rue Saint- Antoine, sans que les cavaliers qui étaient dessus piissent Tarréter; en sorte qu'il ne resta auprès du duc d'Orléans que cinq ou six personnes qui étaient à pied , et qui le défendirent apparemment de leur mieux. Ce prince se voyant attaqué, cria : Je suis le duc (f Orléans; à quoi on lui répondit : Çest ce que nous demandons. Aussitôt ils comniencèrent à le frapper, et le renversèrent de dessus sa mule, qui s'enfuit aussi du côté de la rue Saint-Antoine. Ce prince, livré à ses meurtriers, en fut traité avec une barbarie qui fait horreur. Ecoutons ses enfans dans leur requête au roi. « Ces" meurtriers,
(c disent-ils, qui jà par long-temp l'avoient espié
(( lui coupèrent une main tout jus, laquelle demeura « en la boe jusqu'au lendemain. Après, ils lui coupe- « rent l'autre bras par-dessus le coude., tant, qu'il ne (( tenoit qu'à la peau; en outre, ils lui fendirent la « teste en divers lieux , et tant , que la cervelle en (( cheist presque toute en la boe; là, le renversèrent (( çt traisnerent jusques à ce qu'ils veirQpt qu'il estcit
« tout roide mort, qui est et seroit une très-gruit <( douleur et piué à cix réciter du plus bas homme et « du plus petit ëtat du monde > ne oncques mais le (c sang de vostre noUe lignage et maison de France ne <K fut si traiteusement ne si honteusement ëpandu. » Le page du duc d^Orlëans s*éuit jeté sur son maître pour le garantir des coups; mais il fut bientôt renveraé par terre , et blessé à mort. Un nommé Bo^ binet^ officier de la finoiterie de ce {mnce, qui portait un flambeau, voulut aussi le défendre, et cria au meurtre. Mais après avoir été blessé de deux coups de tranchant, Tun à la téie, au-dessus du front, et Tautre au bras droit , il se sauva dans la maison d^une chapelière nommée jàmetotie-Lapelle^ rue des Rosiers, qui n^était qu^à trente pas du lieu où fut commis Fassassinat. Sur le bruit qu'elle entendit, elle ouvrit sa porte , où Robinet entra , la priant de lui sauver la vie. Elle le vit si mal, qu'elle n'eut que le temps d'aller chercher un confesseur aux Blancs-Manteaux; et en passant devant l'hôtel de Rieux> elle vit qu'on y portait le corps de monseigneur d'Orléans. Les autres domestiques , épouvantés ^ s'enfuirent où ils purent Sur ces entrefaites, et pendant que le corps était encore dans la boue,^ les deuxécujers revinrent, ramenant avec eux la mule du duc , qu'ils s'imaginaient seulement être tombé. Mais les meurtriers leur dirent (c que en tel point seroient mis comme leur ce mai&tre s'ils ne s'en alloient au plus viste. » Ils s'enfuirent donc vers l'hôtel de la Reine, en criant au meurtre. Il paraît qu'il y eut peu de spectateurs de
cette scène tragique; car il y seyait da risque à sortir des maisons du voisinage pendant le peu de temps qu'elle dura. Les assassins, au moindre bruit qu'ils entendaient pour ouvrir des portes, tiraient des flèches, qui les disaient refermer bien vîle. Ils avaient eu la précaution , en même temps qu'ils attaquèrent le duc d'Orléans, et qu'ils furent sûrs de leur coup, de mettre le feu dans les chambres de la maison de l'Image Notre-Danae : ils crièrent au feu en partant , et s'enfuirent k l'hôtel d'Artois, rue Mauconseil, oti demeurait le duc de Bourgogne , et où ils avaient une retraite assurée. La Comédie-Italienne occupe maintenant une portion de cet hôtel , qui s'étendait depuis la rue Montorgueil jusque vis-^à-vis le clçttre de Saint- Jacques -de -l'Hôpital; car la rue Française. n'a été percée que sous François I*', sur le terrain de l'hôtel de Bourgogne ou d'Artois.
Ojghvoit, par les dépositions des témoins, la route que tinrent les assassins jusqu'à la rue Mauconseil exclusivement. Après le naeurtre, ils entrèrent dans la rue des Blancs - Manteaux , passèrent par les rues Simon-le-Franc , Maubuée , Saint-Martin , 4ux Ours et Saint- Denis. Tous les témoins de ces rues, qui furent entendus le lendemain, déposèrent qu'ils avaient vu passer, sur les huit heures, une troupe de gens à cheval au nombre de quinze ou seize, et deux hommes à pied qui s'enfuyaient en grande hâte; mais on n'entendit aucun des habitans de la rue Saint -Denis et de celle de Mauconseil, qui seuls pouvaient dire l'endroit précis où les meurtriers s'étaient retirés; oti, s\
Ton en entendit , leurs dépositions demeurèrent se« crêtes.
Outre la précaution que les assassins avaient prise de mettre le feu à la maison d^où ils sortaient y pour amuser ceux qui auraient voulu les poursuivre, en les obligeant de songer à éteindre le feu, ils jetèrent des chausses-trappes dans les rues, tirèrent des flèches contre ceux qu'ils s'imaginèrent les suivre , et éteignirent, avec leurs piques et leurs bâtons, toutes les lumières qu'ils trouvèrent allumées dans les boutiques devant lesquelles ils passèrent.
La nouvelle de ce meurtre fut dans un inîstant répandue dans tout Paris ; et la reine Isabeau , qui en fut une des premières instruite, se fit transporter aus- , sitôt à l'hôtel de Saint-Paul , pour y être plus en sûreté qu'à rhôiel Barbette.
Le duc de Bourgogne ayant appris des assassins la façon dont ils avaient exécuté ses ordres, sortit de chez lui poi^ aller à l'hôtel d'Anjou, rue de la Tixéranderie , où les princes s'assemblèrent au bruit de l'assassinat. On va voir jusqu'où cette âme basse poussa l'hypocrisie et la scélératesse dans un pareil événement, après que j'aurai rapporté le commencement des informations du prévôt de Paris.
« En l'an de grâce mille quatre cent et sept, le « mercredi vingt-troisième jour de novembre, entre « huit et neuf heures de nuit, monseigneur le conesr (( table de France manda par Guillaume de Her- « ville, son écuyer, à nous Guillaume, seigneur de « Tignonville , prévôt de Paris , à la Cave de Poi^^
tx lis (i)| que monseigneur d'Orlëans avoit éxé présentement tué et meurdry en la vieille rue du Temple, à Paris, emmy la rue, ainsi qu'il alloit son chemin.
« Ouï lequel mandement, nous, en nostre compaignie, M** Robert Tuilliers, nostre lieutenant, et plusieurs autres officiers du roi nostre seigneur, ^n grand nombre arrivez et habillez pour scavoir quM en estoit, allasmes hastivement en ladite vieille rue du Temple; en laquelle rue, c'est assavoir en Thos^ tel de monseigneur le maréchal de Rieux , assi» en ladite rue, près la porte Barbette, nous trouvasmes le corps dudit feu monseigneur d'Orléans tout mort et tout seignant, étendu sur une table, vestu d*ane robe de drap de damas noir, navré de plusieurs playes , c'est assavoir de deux playes en la teste , l'une prenant de l'œil senestre et allant jusqu'audessus de l'oreille droite, et l'autre prenant de l'oreille senestre et allant jusques près de l'autre oreille, lesquelles playes estaient telles et si énormes, que le test étoit fendu, et que toute la cervelle en sailloit j itemjf que son poing senestre estoit coupé tout hors du bras, entre le pouce et la première jointure du bras; itemj que s(m bras destre estoit rompu tant que le maistre os saiI,loit dehors, au droit du coude; Uenij trouvasmes audit hostel le oorps du page dudit
(i) C'était le nom qu'on donnait alors à l'ancien hAtcl des comtes de Ponthieu, situé dans la me Bétisi, du côté de la rue de l'Arbre^ec : le prévôt de Paris y demeoraît.
c( monseigneur d^Orléans, tout mort et tout seignant, f< navré de plusieurs playes en la teste et ailleix*s, (( appelé kelui page Jacob de Merre^ par lescpielles « playes apparoist que mort s'estoit eiisuiyie en leurs <f personnes ; et si noua fut dit par plusieurs gens là u présens , que le varlet de pied dudit monseigneur (( d'Orléans ayoit été navré moult énormément ou il conflict, et qu'il estoit en un hôtel en la ville; mais (( pas ne veismes ledit varlet*
« Lesquelles choses ainsi trouvées advenues, nous a envoasmes de nos gens hastivement par devers « nosseigneurs de France estant k Paris ; c'est assa- <( voir les uns par devers le roy de Secille , les auii très par devors messeigneurs de Berry, de Bour- (( gogne et de Bourbon, pour leur dire ledit cas ad- <( venu y et que par eux nous fust mandé ce qu'ils c( vouloient que nous fiassions au isurplus , desquels <( nosseigneurs nosdites gens retournèrent incontinent <( devers, nous en ladite place , et nous rapportèrent (( que, pour pourvoir à la besogne, nosseigneurs s'as- (( sembloient tous en l'hôtel du roy de Secille, ap-^ (c pdé à^AnjtHi.
(c Ouï lequel r2q>port de nosdites gens , nous nousi «( transportasmes par devers nosseigneurs de France y H audit hôtel d'Anjoisi, auquel nous trouvasmes as^ (( semblés le roy de Secille , messeigiieurs les ducs de (( Berry, de Bourgogne et de Bourbon , messeigneurs. (( les comtes de Clermont et de Ne vers, monseigneur (( le connestable de France, monseigneur le comte de (r Tancaryille, et plusieurs autres de nosseigneurs et
« du grand conseil du roy ; lesquels nosseigneurs, sice tôt qu^ils nous veirent, nous appellerent et nous de* (( mandèrent quUl estoit du cas , et si nous sçayions (( qui ce ayoit fait, auxquels nous- respondismes que (c nous avions trouvé ledit monseigneur d'Orléans mort « et tué, et son page aussi, en la manière dessus écrite; <( mais pas n'avions encore trouvé qui ce avoit fiiit.
« Ce fait, par nosdits seigneurs, fut appointé que (( hastivement nous feissions fermei* toutes les portes (c de Paris, afin qu'aucun n'en peust partir tant que (( la vérité en fut sceue , et aussi que nous missions (C gardes par les rues, afin que aucune commotion ne (( s'y feist ; et aussi que diligemment nous feissions « faire information du cas, et qui estoient les fai- « seurs, et que de ce feissions bonne diligence.
<( Après lequel appointement ainsi &it, nous man- <( dasmes incontinent le prevost des marchands, et « feismes fermer toute les portes et mettre des garce des par les rues, en très -grand nombre, à la fin ce dessus dite. »
On procéda aux informations dès la nuit même, le lendemain, pendant tout le jour et pendant la matinée du jour suivant, qui était un vendredi. Cependant le corps du duc d'Orléans, après avoir demeuré pendant quelques heures à Thôtel de Rieux, fût mis en dépôt dans l'église des Blancs-Manteaux ; et ce fut là que le duc de Bourgogne , avec les autres princes du sang, le vint voir, sans faire paraître aucune émotion qui pût le déceler. Il dit même avec une apparence d'indignation que oncques mais en ce royaume
si maus^ais ne si traistre niurtre n'awit été commis ne perpétré. Il se comporta de même le lendemain lorsqu'on porta le corps aux Cëlestins, où le duc d'Orlëans ayait ^ par son testament , demandé d*étre
enterré.
(( Après Taccomplissement du très -horrible et de- (c testable murtre (disent les enfans du duc d^Orléans C( dans leur requête au roi)., le traistre vint au corps (( avec les seigneurs de vostre sang, se vestit de noir, « fut à son enterrement , feignit de pleurer et faire a deuil et avoir deplaisance de sa mort , cuidant par « ce celer, couvrir ^t embler son mauvais peschié. )>
On a vu, par Tune des dépositions que j'ai rapportées, que tout le monde soupçonna d'abord de l'assassinat, AuberjL le Flamenc, chevalier, seigneur de Cani et chambellan du duc d'Orléans, parce que ce prince avait débauché Marie d'Enghien , sa femme , et en: avait eu, en i4p2, le fameux Jean d'Orléans, comte de Dunois. Mais ce soupçon ne dura pas long-temps : on sut, dès le lendemain de l'assassinat, qu'il y avait un an que, le sefigneur de Cani n'était venu à Paris. Au reste, Marie d'Ënghien est la seule maîtresse que' l'histoire nous apprenne qite ce prince ait eue. Le testament qu'il fit le 19 du mois d'octobre de l'année suivante, doit nous persuader qu'il avait fait d^s retours sérieux sur sa conduite. Ce testament, qui est très-long, fut trouvé après sa mort, écrit tout entier de sa main« Les sentimens de religion, une piété sage et éclairée qu^il y fait écïater, sa reconnaissance envers Dieu des biens dont il l'avait comblé, le regret
quHl tëmoigae de n^en avoir point fait un meilleuF usage, son amour pour les pauvres honteux, les sommes considérables qu^il lègue pour les hôpitaux et pour la fondation de six boursiers au collège de VAs^e^ Maria j Tattention qu'il eut dWddnner a que ^e» encr fans fussent sous la conduite d'anciens chevaliers K prud'hommes et vaillans, qui eussent gtavitë en ce eux avec bonne discrétion, pour leur montrer et (c enseigner leurs défauts ; )> la reconnaissance qu'il témoigne à Valentine de Milan, sa femme, pour la bonté qu'il a remarquée en elle ; enfin , la marque d'amitié qu'il y donne à son oncle Philippe, duc de Bourg(^ne, qui vivait encore alors, en lui recommandant ses enfans, tout cela témoigne au moins les sentimens où était alors le duc d'Orléans, âgé de trente-deux ans, et s'accorde avec les louanges que les auteurs du temps lui ont données sur sa piété, sa grandeur d'ftme , la noblesse et la générosité de son cœur, sa politesse et son affabilité à l'égard de tout le monde.
Il n'était pas possible que le prév6t de Paris n'eût découvert, par les informations, le lieu de la retraité des assassins, et qu'il n'eût eu sujet d'avoir de violens soupçons sur le duc de Bourgogne. Le parti que l'on prit de visiter toutes les maisons, même celles des princes , l'obligea d'avouer son crime. « Quand il c( veit, disent les enfans du duc d'Orléans dans leur c( requête au roi , que son meffait veuoit en clarté et (( en lumière, et estoit jà connu et descouvert par la (( justice, lors il confessa ouvertement au roi de Se-^
fc cile et à monsietir de Berry, avoir commis , fait perte petrer led. traistre murtre , et dit que le diable Ta- <K voit temptë crt surprins, lequel lui avoit fait faire, c( sans autre cause on raisons quelconques y assigner. )» Il nomma en particulier Raoul d^ Auctonville , comme le principal instrument dont il s*était servi. Le roi de Sicile et le duc de Berri, saisis d'horreur à Taveu d'un pareil attentat, lui firent connaître le përil où il était d'être puni comme il le méritait, et lui conseillèrent de chercher au plus tôt à se mettre en sûreté dans ses Etats. Il partit en effet le a6 de novembre de Paris, pour se retirer en Flandre.
Son caractère ambitieux , entreprenant et cruel IV vait rendu si terrible , qu'on n'osa le poursuivre selon la rigueur des lois ; en sorte que Talentine de Milan, veuve du duc d'Orléans, étant venue de Blois à Paris avec deux de ses enfans, se jeter aux pieds du roi et lui demander justice , n'en reçut que des promesses de la venger, et des paroles de consolation sans aucun effet : car cette princesse ayant demandé que le procureur-général f&t adjoint avec elle pour faire lesconclusions criminelles appartenantes au cas, potir l'intérêt de justice, ce magistrat refusa de prêter son ministère ; et quelques instances qu'elle fît , elle ne put jamais obtenir cette jonction. Elle mourut quelques mois après, de chagrin et de douleur de voir le duc de Bourgogne revenir à Paris aussi puissant à la cour, et aussi fier que s'il n'eût eu rien à se reprocher. Il eut l'audace de faire donner des lettres-patentes qu'il avait lui-même dictées, et dans lesquelles
il faisait ainsi parler le roi (i). (c Pour ce qu'il (le (t duc de Bourgogne) estoit pleinement informé, si C( comme il fit dire et proposer, que nostredit frère (le (( duc d^Orléans) avoit machine et machinoit de jour (( en jour à la mort et expulsion de nous et de nostre (c gënëratjon, et tendoit par plusieurs voies et moyens (( à parvenir à la couronne et seigneurie dé nostredit c( royaume, il (le duc de Bourgogne) pour la seiu'eté (( et préservation de nous et nostredite lignée , pour c( le bien et utilité de nostredit royaume, et pour gar- (t der envers nous la foi et loyauté en quoi il nous (C est tenu, avoit fait mettre hors de ce monde nosu tredit frère, en suppliant que se par le rapport (( d^aulcuns ses malveillans ou autrement, nous avions (( prins aucune deplaisance contre lui pour cause duce dit cas advenu en la personne de nostredit frère, (( nous considérant lesdites causes pourquoy il Tavoit ce fait faire, voulsissions oster de notre courage toute.
« deplaisance , sçavoir faisons que nous conside-
c( rant le fervent et loyal amour et bonne affection (( que nostredit cousin a eu et a à nostredite lignée,..;, (( avons osté et estons de nostre courage toute déplaire sance que par le rapport d^aulcuns malveillans de u nostredit cpusin ou autrement, pouvons avoir eu en-
(i) Ces lettres furent cassées et annulées comme nulles et snbreplicetnent iinpétrées, par d'autres lettres données à Melun, le ± juillet i4o8« (^Foyez les Preuoes de Vhisîoire de Biuis^ in'4% P* 3i; et la Nowelle histoire de Bow^gogne, t 3, p. 2i54« )
(( vers lui pour occasions des choses dessus diies, et (( voulons qu'icelui nosire cousin de Bourgogne, sok (( et demeure en nostre singulière amour cpxnme il c( estoit auparavant. » C^est sur cet étrange aveu de Charles YI, qu*il n*a aucun déplaisir de la mort du duc d'Orléans 9 que se récrièrent ses en&ns dans leur^ requête : « Ce qui est très-grant horreur à ouïr, seu- (( lement recorder, disent-ils, et encore sera plus que u ceux qui viendront lisent et treuvent en écripiures (( notables, qu'il soit parti de la bouche du roy de « France , qui est le plus grand roy des chrétiens , « qu'en la mort de squ seul frère germain si cruelle (( et si traisftreuse , il n'ait point pris de deplaisance. » Malgré l'entrevue des enfans du duc d'Orléans et du duc de Bourgogne, qiii se fit à Chartres en 1409, où ces princes s'embrassèrent, et où l'on conclut une paix qui fut appelée la paix fourrée^ les animosités des deux partis ne s^éieignirent point. Le duc die Bourgogne, devenu tout-pubsant à la cour, ne songea qu'à persécuter et à chasser de leurs places le» créatures de la nudson d'Orléans. Le grand^maître de Momaig^ fut une des victimes de sa cruauté : il lui fit trancher la tête aux halles : mais avant sa mort il lui fit donner la question, pour rd^ligiBr, par le& tourmens, \ déclarer que le duc d'Orléans était coupable de tous les crimes dont il avait tâché de noircir sa réputation; ce que Montaigu soutint, jusqu'à la mort, être £tu]( sur le péril de son âme. Ce ne fiit.qu'eA \^\ i que le parti des Armagnacs ayant pris le dessus à la cour, on se flatta de voir enfin le roi sévii* contre le L 7« Liv. 19
coupable. Les enfans du duc d^Orléans lui présentérent une longue requête composée par le célèbre GersoD, où Ténormité de Tassassinat et les suites funestes de rambition du duc de Bourgogne sont décrites d^une manière touchante. Mais le duc de Bourgogne étant encore revenu à Paris, où il se rendit le maître, la maladie du roi, les brouilleries qui survinrent à la cour, et, plus que tout cela, la guerre Con* tre les Angl^âs, obligèrent à ménager ee prince, de peur de Taigrir et d^augmenter les maux de la France. Les partisans de la maison d^Orléans durent dès lors s^attendre à ne plus trouver de tribunaux sur la terre où ils pussent obtenir justice : mais la providence de Dieu attendait le coupable à Montereau-Faut- Yonne. Cette divine Providence qu^on a vu dans tous les temps la vengeresse de ces crimes si contraires à l'humanité, et dont les effets portent la désolation dans la société, éclata en 1419 contre le duc de Bourgo-^ gne. Il ne faut que se rappeler le massacre exercé Tannée précédente dans Paris, contre ceux qu'on soupçonnait seulement d'être Armagnacs, massacre qui ne le cède guère en cruauté et en barbarie à celui de la Saint- Bar thélemi, pour se convaincre de lajuste punition que méritait Tauteur de tant de maux.
Abstulit Imnà tandem Bufird pâma tunadtum, Absoloitque Deos (i).
Tout le monde est instruit du sujet de la confé- (i) Qaudian., in Ruftnum, 1. i, v. ao et 21.
rence de Montereau, où se trouva engagé le duc de Bourgogne avec le dauphin. Ce fut là qu^en présence de ce prince 9 il reçut le châtiment qu^il méritait, pat une mort presque toute semblable à celle qu'il avait fait souffrir au duô d'Orléans. Jean Seguinat, secré'taire du duc de Bourgogne et témoin oculaire, qui était un des dix qui accompagnèrent ce prince , la raconte ainsi dans une déposition (i) : ^( Un grant « homme brun, le nom duquel lui qui parle ne scet.*.^ « tenoit une grande épée taillant toute nue, et en ce ce mouvement encommenCieirent à crier les gens du « dauphin : Tuez! tuez/ et ce grant homme com- (( mença à frapper feu mondit seigneur de ladite épée « sur la tête, en descendant au long du visage du (( côté dextre; et feu mondit seigneur pour cuider <( éviter l6 coup, jetta le bras au-devant dont il fut <( blecié très^vilainement ; car il ne put tant obvier ce que le cop ne lui cheust sur le visage , et ot dudit (( cop le bras emprés la main coppée, duquel cop il (( ne cheust point; et estoit Barbazan au plus près de (( celui qui donna ledit cop : mais tantost Tanneguy « (du Châtel) frappa mondit feu seigneur de lisi hache « qu'il tenoit, si grand cop sur la tête, qu'il chei à « terre sur le costé senestre , le visage devers ledit (( dauphin, qui y étoit présent. ))
Ainsi, dit M. Bossuet dans son Histoire de France^ ainsi mourut un méchant prince par une méchante
(l) Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne, p. 374.
action, qu^on doit cependant regarder comme un efièt de la justice de Dieu, qui avait dififëri jusqu^à ce temps la punition du détestable assassinat commis, douze ans auparavant, en la personne du duc d^Qrlëans.