‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 32 sur 54 · DISSERTATION DU R GRIFFET · texte numérisé non relu

DISSERTATION DU R GRIFFET

SUR LE MEITILTliE DU BUG DE BOURGOGNE (l>

Le Père Daniel, en parlant de cet événement, s^est contenté de rapporter succinctement les diverses relations qui en ont été faites par les historiens du temps, selon qu^ils étaient contraires o\x favorables au parti du dauphin. Les uns le racontent avec des circonstances qui ne permettent pas de douter que le dauphin et les seigneurs qui étaient avec lui, n*eussent formé un complot pour assassiner le duc de Bourgogne. Les autres rapportent des circonstances différentes, et ils supposent qu^il n*y avait aucun dessein formé de faire mourir ce prince (2), et qu'il ne fut

(i) Extr. de VHist. de France de Daniel, t. 6, in-4.^ (a) Cest ce que Saint-Foix s'attache à prouver, dans &^» Essais historiques sur Paris, t. 5, p. ao4 et suivantes de l'édil. iii'8®, Paris, 1768. Nous croyons inutile de donner un extrait de ce livre, qui se trouve daus les mains de tout le monde.

lue que pat sa fiiuie, ei parce qixW donna lieu de craindre iju'il n^eût ferme lui-même une entreprise sur la vie du dauphin* D'autres, comme TaUteur (i) des jinnales de France j semblent avoir pris un milieu entre ces deu^ sentimens, en disant qu'à la vë^ TÎtë les seigneurs attaches au dauphin avaient réellement conspiré contre la vie du duc de Bourgogne , mais que le dauphin ignorait absolument leur complot, et qu'il n'eut aucune part à son exécution.

On se dispenserait sans peine d'approfondir un fait de celte nature, si les éclaircissemens qu'a donnés là-dessus l'éditeur du JoUtnal {pt)^ ne nous obligeaient à faire part aU lecteur de ses nouvelles découvertes, qui paraissent contredire également et les historiens favorables au duc de Bourgogne, et ceux qui lui sont contraires. Elles ne contredisent pas, à la vérité, les premiers dans le point principal, qui est le dessein formé par le dauphin et par son conseil, d'attirer le

(i) Belleforest^

(%) M. de la Barre publia en 1729 un recueil de pièces intitulé : Mémoires pour seroir à l'histoire de France et de Bour^ gogne, contenant un JoUETfAL de Paris sous les règnes de Charles VI et de Charles Vil, etc. Cest de ce Journal que parle ]e Père GrifTet. Il parait que la relation du meurtre du duc de Bourgogne , qui forme lacune , en a été retranchée , ou s'est perdue. Mais M. de la Barre y a suppléé par une Dissertation appuyée de bonnes preuves, qui peuvent être utilement consultées. Un extrait du même Journal avait déjà paru dans Tédîtion de VHist de Charles VI, donnée par Denis Godefroy, în-f*, t653. (£t&V. C. L«)

duc de Bourgogne à la oonférence de Montereau^ pour Passassinerj au contraire^ elleS' paraissent le démontrer et le rendre indubitable. Mais il y a une infinité d^âutres circonstances de cet ëvènement qui sont purement indifférentes par rapport à la conspiration ^ et stir lesquelles les pièces authentiques rapportées par Téditeur du Journal, contredisent formellement les historiens mêmes les plus affectionnés au duc de Bourgogne; en sorte que si ces pièces, tirées des registres de la chambre des comptes de Dijon, ne sont pas supposées, il s^ensuit nécessairement que tous les historiens du temps qui ont raconté le meurtre du duc de Bourgogne , en ont altéré les principales circonstances. Monstrelet raconte que le duc de Bourgogne entra dans la première barrière avec les dix seigneurs de sa suite; que de là il entra encore dans une seconde barrière, qui fut fermée à clef; que la première personne qu'il rencontra dans cette seconde barrière , fut Tannegui du Châiel, auquel il mit la main sur Tépaule, en disant au seigneur de Saint-Georges et aux autres seigneurs de sa suite : Voilà en qui je me fie : après quoi il s'avança vers le dauphin, qui était appuyé sur une autre barrière ; que là le duc mit un genou en terre pour saluer humblement le dauphin , qui le reçut fort mal , et qui lui reprocha d'abord qu'il avait manqué à ses promesses en continuant toujours de faire la guerre, et en tenant des garnisons dans les places qu'il avait promis d'évacuer ; qu'alors Robert de Loire prenant le duc de Bourgogne par le bras droit, lui dit : Levez vous j vous n'êtes que

trop honorable j c*est-à«dire trop honnête; que le duc ëtant à genoux, et s^ëtant aperçu que son ëpëe s^ëtait retirée en arrière par le mouvement qu*il avait fait pour s^agenouiller, y mit la main pour la remettre à sa véritable place ; que Robert de Loire lui dit aussitôt : Mettez-vous la main à Vépée en présence de monseigneur le dauphin? qu*à ce mot Tannegui du Châtel s'écria : // est temps 1 et quMl frappa au visage le duc de Bourgogne avec une petite hache, et lui abattit le menton ; que le duc voulut se mettre en défense, mais qu^il reçut tant de coups, qu'il fut étendu par terre, et qu'Olivier Loyet, secondé de Pierre Frottier, l'acheva en lui plongeant son épée dans le ventre. Ce même auteur ajoute que le seigneur de Noailles ayant tiré son épée à moitié pour défendre son maître, fut attaqué par le vicomte de Narbonne, qui tenait une dague en sa main; que le seigneur de Noailles s'étant jeté sur lui, la lui arracha, mais que dans le moment il reçut un grand coup de hache par-derrière la tête, dont il mourut peu de temps après; que Jean de Fribourg mit l'épée à la main, mais qu'il fut en un instant accablé de mille coups; que le seigneur de Saint-Georges fut blessé au côté de la pointe d'une hache ; qu^un autre reçut pareillement une blessure à la main ; qu'enfin ils furent tous faits prisonniers avec Seguinat, secrétaire du duc, à l'exception du seigneur de Noailles, qui demeura mort sur la place, et de Jean de Montagu, qui se sauva par -dessus la barrière, et se retira au château ; que le dauphin étant appuyé sur la barrière ,

fiit tëmoin de Tassassinat; qn^il en. parut efirayé, et que le président de Provence et ses autres conseillers le ramenèrent à son hôtel.

Juvénal des Ursins, que le Père Daniel a suivi, a fait deux narrations toutes différentes de cet événement : Tune conforme aux relations des partisans du duc de Bourgogne^ et l'autre conforme aux relations de ceux du dauphin.

Il dit, dans la première, que le duc et le dauphin, accompagnes chacun de dix personnes, ^ rendirent au 1 jeu de la conférence. Il ne les nomme pas toutes; mais il marque parmi les dix qui accompagnaient le dauphin, un seigneur de Couvillon, dont le nom ne paraît pas dans les actes rapportés à la suite du Journal. Il ajoute que quand ils furent entrés, ils mirent chacun de leur côté une garde composée de leurs gens aux deux guichets par où ils étaient entrés dans les harrières; que le duc de Bourgogne s'étant approché du dauphin, s'agenouilla pour lui rendre l'honneur qui lui appartenait, en disant: (( Monseigneur, je suis (( venu à votre mandement ; vous savez la désolation c( de ce royaume et de votre domaine à venir : en- (( tendez à la réparation d'icelui ; quant a moi, je suis (( prêt et appareillé d'y exposer le corps et les biens (( de moi et' de mes vassaux, sujets et alliés; » que le dauphin ôta son chapeau, le remercia, et lui dit de se lever ; qu'alors messire Tannegui du Chàtel poussa le duc de Bourgogne par les épaules, en lui disant de s'avancer, et qu'en même temps il lui déchargea un coup de hache sur la tête, qui le tua ; que le seigneur

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deNoailIes fut blessé, et qu^il mourut trois jours après de ses blessures.

Les historiens modernes, et entre autres Fauteur de la Fie de Charles VII j ayant lu dans Monstrelet que le dauphin ëtait appuyé sur une barrière lorsque le duc de Bourgogne mit un genou en terre pour le saluer, supposent que Tannegui du Châtel, qui était du côté du dauphin, sauta par-dessus cette barrière pour frapper le duc; mais on verra, par ce que nous dirons dans la suite , qu^il n'y avait aucune barrière entre le dauphin et le duc, lorsque celui-ci fut frappé par du Châtel et par d'autres. Au reste, Juvénai des Ursins affecte de jeter beaucoup d'incertitude sur la manière dont la chose fut exécutée.

ly autres j dit-il, racontent la chose bien autre^ ment. Ils prétendent que monseigneur le dauphin , quand il fut entré au parCj c'est-à-dire entre les barrières, parla le premier, et qu'il dit au duc de Bourgogne : « Beau cousin, vous savez qu'au traité de la <( paix n'aguières fait à Melun entre nous, nous fîis- (( mes d'accord que dans un mois nous nous assem- « blerions en ce lieu pour traiter des b^oignes de ce « royaume, et pour trouver manière de résister aux « Anglois, ce que vous jurâtes et promîtes de &ire, C( et choisîtes ce lien , où nous sommes venus au jour (( diligemment , et vous y avons attendu quinze jours c( entiers, pendant lequel tems nos gens et les vôtres (( font beaucoup de mal au peuple. Si vous prie que c( nous avisions à ce qu'on pourra faire. Je tiens la i( paix de par noua déjà faite : c'est pourquoi trouvons

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(( moyen de résister aux Anglois. » Le duc lui rëpondit que Ton ne pouvait rien régler qu*ayec le roi son père, et quUl fallait qu*il le vint trouver. Le dauphin , surpris de cette proposition, répliqua qu^il irait trouver le roi quand il le jugerait à propos, et non pas à la volonté du duc de Bourgc^ne ; que d*ailleurs on savait bien que le roi ne manquerait pas d*approuver tout ce dont ils seraient convenus ensemble. Cette réponse fit rougir le duc de Bourgogne ; il tira son épée à moitié , en disant : (( Monseigneur, quoi qu^on en (( puisse dire, vous viendres tout à Theure trouver le « roi votre père. » Alors Tannegui du Chfttel prit le dauphin dans ses bras, et Tenleva hors des barrières. On se jeta sur le duc de Bourgogne et sur le seigneur de Noailles, qui s^était approché de lui comme pour le seconder, et ils furent tous deux assommés.

Selon ce récit, ce serait uniquement le duc de Bourgogne qui aurait attenté à la personne du dauphin, ainsi que le dauphin lui-même Ten accusa dans la lettre qu^il écrivit aux habilans de Troyes, et qui es% rapportée toute entière à la suite du Journal. Cette lettre est datée de Montereau-Faut- Yonne, le 16 septembre.

Mais peut-on imaginer, disaient les partisans du duc de Bourgogne, que ce prince, que Ton avait eu tant de peine à déterminer à cette conférence, et qui s^était fait attendre, non pas quinze jours, comme disent les historiens, mais dix-huit jours, comme Tassure le dauphin dans sa lettre ; peut-on, dis- je, imaginer qne le duc , qui paraissait craindre cette entre-

Vùé) k la<{uelie il fallut pour ainsi dire le traîner, la désirât en effet comme une occasion favorable de se défaire du dauphin? Jusqu'au moment de Tentrevue, tous les empressemens sont du côté du dauphin ^ et toutes les défiances du côté du duc.

Après la conférence tenue près de Melun, le duc de Bourgogne alla trouver le roi à Pontoise , d'où la cour se rendit à Saint-Denis. Les Anglais ayant surpris la ville de Pontoise , la cour ne jugea pas à propos de rester si près d'eux ; elle partit avec assez de précipitation pour aller à Provins. C'est de là que le duc de Bourgogne écrivit à sa chambre des comptes de Dijon, d^'avertir promptement un grand nombre de seigneurs qui étaient dans cette ville, de se rendre incessamment auprès de lui 3 et l'on voit dans un ancien manuscrit, que son dessein était de former au plus tôt une grande armée pour marcher contre les Anglais. Le roi et la cour ne restèrent pas long-temps à Provins, et ils retournèrent à Troyes. Ce fut là que Tannegui du Châtel, Jacques du Peschin et Louis d'Escorailles vinrent trouver le duc de Bourgogne, pour lui proposer la conférence de Montereau, où il devait jurer, conjointement avec le dauphin, l'observation des articles dont on était convenu près de Melun. Le duc répondit qu'il lui paraissait plus convenable que cette cérémonie se fît en présence du roi et de la reine , qui souhaitaient passionnément de voir le dauphin à la cour.

Tannegui du Châtel rapporta cette réponse au dauphin ; et quelque temps après il revint à Troyes pour

presser encore le duc dé se rendre à Montereau. On prétend que ce fut à ce second voyage que Tannegni du Châtel fit agir la dame de Giac et Philippe Josse* quin^ qui avaient toute la confiance du duc de Bourgogne, pour le déterminer à se rendre à Montereau. Le duc partit de Troyes le i" aoùt^ et vint d^abord à Bray-siir-Seine.

Tannegui du Châtel , Jacques du Pesehin et Louis d^Escorailles s^y npendirent pour rassurer le duc, qui craignait que cette entrevue, tant désirëe de la part du dauphin, ne couvrît quelque dessein secret. Ils lui représentèrent que le dauphin l'attendait à Montereau depuis quinze jours, et que ce serait Tofienser et renouveler toutes les querelles passées, que de lui marquer de la défiance; que le château de Montereau , qui commandait le pont où se devait tenir la conférence, serait livré au duc de Bourgogne pour sa sûreté ; que le duc et le dauphin seraient accompagnés chacun d'un nombre de seigneurs dont on conviendrait. La dame de Giac ^t Philippe Jossequin appuyèrent ces raisons : cependant le duc demeurait toujours indécis.

Monstrelet prétend que Tévêque de Valence vint aussi à Bray, et qu*il engagea Tévêque de Langres , sonfi:ère, qui était un des principaux conseillers du duc, à fixer les irrésolutions de ce prince. Juvénal des Ursins dit que le duc de Bourgogne avait auprès de lui un Juif nommé Mouskes^ qui lui conseUloit qufU n'y allast points et que s'il y alhitj jamais n'en retoumeroit.

Le duc ëcrivit à Troyes, où ëtait la oour, pour avertir le roi, la reine et le conseil, de Tembarras où il se trouvait. On lui répondit qu'il ne devait pas balancer à aller trouver le dauphin , parce qu'il ëtait plus que jamais de Tintërét de TEtat que les deux partis fussent prompt ement réconcilies, afin d'arré* ter, par leurs forces réunies, les progrès des Anglais, qui étaient déjà aux portes de Paris. Le duc de Bourgogne prit enfin son parti , et déclara à Tannegui du Châtel qu'il se rendrait à Montereau le lo de sep-* tembre, pour y conférer avec le dauphin. Tannegui du Châtel partit aussitôt pour en avertir le dauphin, qui fit travailler aux barrières que Ton devait construire sur le pont, c'est*À*dire aux deux extrémités du pont, afin d'empêcher que personne ne pût entrer au lieu de la conférence, excepté les seigneurs que Ton serait convenu d'y admettre de part et d'autre.

Le lo de septembre, le duc de Bourgogne, accom* pagné de son conseil et de sa maison , se mit en marche pour aller à Montereau, où il arriva, selon Monstrelet, sur les trois heures après midi. On lui vint dire que les barrières étaient construites de façon que tout l'avantage était du côté du dauphin, et tout le désavantage du côté du duc. Sur ce rapport, ce prince tint conseil à cheval, pour délibérer sur ce qu'il devait faire^ Il y eut diverses opinions ; mais le duc, après y avoir pensé quelque temps, déelara qu'il était résolu d'aller trouver le dauphin ^ qu'il en arriverait ce qu'il plairait à Dieu, mais quUl ne voulait pas qu'on lui reprochât d'avoir perdu le royaume par

sa faute, et qiiïl savait bien que S^il refusait de se trouver à cette conférence, on ne maiiquerait pas dé lui imputer tous les malheurs qui suivraient infailliblement la rupture de la paix* Cette rësolution étant prise , le duc envoya au dauphin trois seigneurs de sa suite, pour l'avertir de son arrivée, et pour le salueir de sa part. Le dauphin leur témoigna Une grande impatience de voir le duc de Bourgogne, parce que, disait-il, il avait dessein d'aller coucher h Moret. En Mtendailt le retour de ces trois seigneurs, le duc de Bourgogne entra dans le château de Montereau. A mesure que le moment de l'entrevue approi^hait, ses défiances augmentaient. Ceux de sa suite, qui crai^ gnaient le malheur qui arriva, ne cessaient de lui conseiller de prendre de nouvelles précautions. On lui rapporta que, du côté du dauphin, il y avait, proche le pont, des maisons où l'on avait caché des gens armés^Le duc voulant éclair cir ce fait, envoya PieiTè de Giac pour visiter les maisons. Il revint, et assura qu'il n'y avait trouvé personne. Ensuite le dauphin et le duc s'envoyèrent réciproquement les noms des seigneurs dont ils voulaient être accompagnés ; et l'on fit serment, de part et d'autre, que l'on ne se ferait aucun mal, et que l'on n'userait d'aucune trahison.

On voit, par ce récit, que jusqu'au moment de la conférence, le duc de Bourgogne parut toujours la craindre, et que le dauphin, au contraire^ ne cessa de la désirer. N'est-il pas plus naturel de penser que celui qui souhaitait la conférence, avait plutôt en tête d'y exécuter quelque grand dessein, que celui qui la I. 7« uv. 20

redoutait? D^aîlleiirs, le dauphin eut en son pouvoir les seigneurs qui accompagnèrent le duc à la confë* rence , à l'exception d'un seul , qui sauta par-dessus les barrières : on ne voit point qu'il ait entrepris de leur faire faire leur procès comme à des meurtriers qui avaient conspiré contre sa personne. Dans le temps même qu'il accusait le duc de Bourgogne d'avoir tire Tépëe contre lui^ il ne dit pas un mot des seigneurs qui l'accompagnaient y et dont la plupart étaient ses prisonniers. Quelle est la raison de ce silence, disaient encore les partisans du duc de Bourgogne, si ce n'est que les morts ne peuvent plus parler, et que l'on met hardiment sur leur compte tout ce que l'on veut, au lieu que ces seigneurs, si on les eût accusés, étaient en état de se défendre, et de faire connaître S^ toute la terre comment les choses s'étaient passées?

Neufchâtel, seigneur de Montagu, qui avait trouvé moyen de se sauver, publia en effet une lettre pour donner un démenti public à la relation contenue dans la lettre du dauphin.

Juvénal des Ursins dit qu'il n'y eut « onques perce sonne qui chargeast M. le dauphin d'estre consenc( tant de la mort du duc, ni qu'avant l'entrée du c( parc y eust eu aucune délibération à ce dessein, ni te qu'aucun de ceux qui entrèrent avec lui eussent (( volonté de Êiire ce qui fut fait, n II ajoute que h le « dauphin fut au contraire très - déplaisant de cette K mort ; et pour ce qu'on chargea fort messire Tance negui du Chàtel d'avoir fait le coup, il s'en fit exff cuser devers le duc de Bourgogne Philippe, en af-

« firmant^ comme prud^homme cLevaliet doit faire , u que onques ne le fît, ne fîit consentant de le faire, m et que s^il y avoit deux gentilshommes qui le vou- (c lussent soutenir, il ëtoit prest de les combattre Tun « après Tautre ; sur quoi il n'y eut personne qui resa pondit. »

On fera quelques réflexions sur les différentes parties de ce récit. L'auteur assure que le dauphin fut très'déplaisant de la mort du duc de Bourgogne. Si ce fiirem là les sentimens du dauphin , son conseil ne jugea pas a propos de les rendre publics ; car ils ne lui font point prendre ce ton-là dans la lettre qu'ils publièrent sous son nom, et qui fut avouée et signée par ce prince. Il est dit seulehient que le duc de Bourgogne s'étant rendu à Montereau, où le dauphin Tattendait depuis dix- huit jours, on lui livra le château de cette ville, d'où le dauphin délogea; que l'on lui avait accordé toutes les sûretés qu'il avait dem^'» dées pour la conférence ; que le dauphin lui ayant re* présenté amiablenient qu'il n'avait point fait la guerre aux Anglais, comme il l'avait promis, ni évacué les places où il tenait garnison, le duc lui répondit phcmeurs outrageuses paroles j et tira son épée pour se jeter sur le dauphin , et pour le vUentier en sa per* sonne; que le dauphin avait su depuis que le dessein du duc était de le prendre et d'en faire son prison*' nier, mais que ce prince avait été préservé d'un si grand malheur par la bonne aide de ses loyaux ser^ s^heursj et que le duc était mort par son outrage sur la place*

On voit, par cette lettre, i" que le dauphin ne témoigne aucun regret du meurtre du duc de Bourgogne, puisqu**!! le représente, au contraire, comme la jus^te punition de l'attentat énorme que le duc voulait commettre contre lui ; 3* que loin de désavouer les meurtriers du duc, le dauphin les traite de loyaux sejviteurs; 3" qu'il accuse le duc de Bourgogne d'être venu à la conférence avec un dessein prémédité de se saisir de sa personne.

Quant à ce que Juvénal dés Ursins assure^ qiïe personne n'accusa jamais le dauphin d'être t^onsentant de la mort du duc, on doit dire, au contraire, qu'il est très-certain qu'il en fut accusé. Pour s'en convainc»^, il n'y a qu'à lire la procuration que la duchesse de Bourgogne et les princesses ses filles donnèrent à plusieurs seigneurs, magistrats et hourgeois, qui y sont nommés, pour poursuivre en leur nom la réparation du crime commis en la personne du duc. Il y est dit en termes exprès que « Charles, soi-di- (( sant dauphin de Yiennois..r..., soi parjurant mau- <c vaisement, et enfraignant les grands et solennels (( sermens par lui faits par plusieurs fois, a tué ou fait (( occire, tuer et meurtrir leur seigneur mary et père. » Cette pièce est rapportée tout entière à la suite du Journal ; elle a éié tirée des registres de la chambre des comptes de Dijon. Il y eut une sentence rendue sur la poursuite de ceux qui sont nommés dansla procuration, laquelle, par conséquent, dut être produite et rendue publique. Il est donc hors de doute, qwoi qu'en dise Juvénal des Ursins, que le dauphin fiJl

charge, même par des lettres publiques, non seules ment d*avoir consenti à la mort du duo de Bourgogne, mais d*en avoir ëtë le principal auteun

La chose paraîtra encore moins équivoque si Ton examine les dépositions des témoins oculaires de Tassassinat du duc de Bourgogne, que Ton conserve encore parmi les registres de la chambre des comptes de Dijon, et qui sont rapportées à la suite du Journal. Ces pièces prouvent manifestement que le dauphin s^attendait que le duc de Bourgogne serait assassiné sur le pont de Montereau, et que toutes les mesures qu^on avait prises ne tendaient qu^à Fexécution de ce <lessein. Comme ces dépositions ont été faites et transmises à la postérité par les. ennemis du dauphin, on pourra, toujours dire que ces monumens sont suspects , et quMls ont été tournés de la manière que Ton a jugé b plus propre à flétrir la mémoire de ce prince ; mais elles montrent au moins qu^il fut véritablement chargé et accusé d'avoir attiré le duc à la conférence de Montereau, pour le faire assassiner. On ne prétend pas SLSSurer que cette accusation fût bien fondée. Il y avait ^lors trop d'animosité et de fureur entre les partis qui divisaient la France, pour quW puisse admets tre, sans aucune défiance, les relations qu'ils nous ont laissées d'un fait aussi grave et aussi intéressant que celuiJà. On se contente donc de dire que les dépositions rapportées à la suite du Journal, suffisent pour montrer, contre le témoignage de Juvénal des Ursins,que l'accusation dont il s'agit, quelque injuste qu'on la suppose, a été véritablement intentée; on

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peut même dire que ceux qui auront lu tes pièces avec attention, seront pour le moins tent^ de croire que ce n^est pas sans fondement que le dauphin fut accusé d^avoir ordonné cet assassinat.

Mais on peut encore faire un autre usage de ces dép€isiti(ms , qui intéressera beaucoup moins Thonneur de sa mémoire ; car^ eu, mettant à part Farticle qui regarde le dauphin , il y a une infinité d^aùtres circonstances de cet événement qui sont purement indifférentes, et que Ton ne trouve point dans les relations que les historiens nous ont laissées.

La déposition de Jean Seguinat, secrétaire du duc, est la plus longue et U plus détaillée. Il commence par raconter toutes les marques de réconciliation que le duc de Bourgogne avait données au dauphin , depuis la conférence de Melun. Il entre dans le détail des présens qu^il avait faits aux principaux officiers du dauphin, et il assure que ces deux princes s'étaient écrit plusieurs fois; que les lettres du duc au dauphin avaient été très-respectueuses, et que celles du dauphin marquaient beaucoup de confiance. Il raconte ensuite tout ce qui se passa jusqu'au moment où le duc et les seigneurs de sa suite furent entrés dans les barrières. Il dit que lui Seguinat entra le dernier, et que, comme il ne se pressait pas, messiré Tannegtii du Châtel le prit par la manche pour le faire entrer, afin que Ton fermât au plus vîte le guichet des bar*rières; que le duc ayant aperçu le dauphin, qui était proche d*une loge de bois que Ton avait faite de son côté, s'avança pour le cahier; qu'il ôta son chaperoa,

qui ëtait de velours noir; qu^il mit un genou en terre, et lui dit qu*après Dieu, il n*avait à servir que le roi et lui ; qu^il était prêt d^y employer son corps et ses biens, ses amis et ses alliés; que si Ton lui avait &it quelques rapports à sa charge , il le priait de n*en rien croire; et que si le dauphin trouvait qu^il y eût quelque chose à ajouter aux traités de paix et d^al» liance qu'ils avaient jurés entre eux j il était prêt à le faire. Qu'après ce compliment, le duc ajouta, en regardant les seigneurs qui accompagnaient le dauphin : (( Monsieur, et vous, messieurs, dis-je bien? » comme pour demander leur approbation ; que le dauphin lui répondit , en lui prenant la main : a Beau cousin , c( vous dites si bien, que Ton ne pourroit mieux : le- « veas-vous , et vous couvrez. » Qu'alors Jean Louvet , président de Provence, vint dire un mot à Toreille du dauphin, mais si bas, queSeguinat ne put l'entendre. Il assure ensuite que le dauphin et le président firent un signe de l'œil à Tannegui du Châtel, qui tenait à la main une grande hache de guerre, dont il se servit pour pousser le duc entre les deux épaules, eh lui disant : « Monsieur de Boui^ogne, entrez léans, j> c'est-à-dire entrez là-dedans j en lui montrant apparemment la loge de bois auprès de laquelle était le dauphin ; qu'alors le duc se retourna pour regarder du Châtel , et que Seguinat, qui était derrière le duc, aperçut distinctement son visage ; mais qu'à l'instant, un grand homme brun, dont il ignore le nom, armé d'une épée taillante, en déchargea un grand coup sur la tête du duc, en descendant le long du visage, du

c6te droit; que le duc ayant levé le bras pour parer le coup, fut blessé au poignet , et eut la main presque emportée^ après avoir éié blessé au visage, parce que Fépée n'avait pas porté directement sur la tête ; que le duc ne fut point renversé par ce premier coup, mais que Tannegui du Châtel lui en déchargea un autre sur la tête avec sa hache, qui le fit tomber à terre sur le côté gauche, le visage tourné vers le dauphin, qui était présent; qu'en jméme temps on entendit les gens du dauphin qui criaient : Tuez! tuez ! que le seigneur de Noailles et messire Jean de Vergy voulurent se mettre entre le duc et ceux qui le frappaient, mais qu'ils furent tous deux: blessés, et ne purent lui êtçe d'aucun secours ; qu'au moment que l'on cria i Tuez! tuez! tous les seigneurs qui étaient à la suite du duc furent arrêtés prisonniers, excepté Jean de Neufchâtel, qui s'échappa; que Seguins^t regardait toujours son maître, qui était étendu par terre, et qu'il vit un homme qui s'agenouilla pour lui plonger une épée dans le ventre ; qu'alors le duc , étendant les reins, fit un soupir, et qu'il lui parut expirer dans ce moment. D'autres monumens portent que cet homme qui se mit à genoux pour donner le dernier coup à ce prince, se nommait Vassj.

La déposition du seigneur de Yienne explique plus clairement ce qui empêcha les dix seigneurs qui accompagnaient le duc de Bourgogne, de défendre leur maître ou de le venger, ou dit moins de résister à ceux qui les firent prisonniers. Il dit que le duc de Bourgogne s'étant relevé, après avoir s||lué le ds^u-

(3.3) phin, un getiou en terre, ces deux princes se tenmem par la main , et semblaient se parler Tuu à l'autre avec amitié; maisque comme lui, seigneur de Vienne, était incommodé, il se retira pour vomir; <pie pen* dant <]u'il vomissait, il entendit crier h haute voix : Tuez! tuez! et qu'ayant aussitôt tourné la tête, il aperçut k grand' foison de gens armés entrer dans les « barrières et cloisons ordonnées du côté du dauphin. » Ce qui fait entendre bien clairement que les dix seigneurs que le duc avait nommés pour l'accompagner, furent tout à coup surpris et accablés par le nombre. Ce récit suppose encore que l'on avait caché des troupes auprès des barrières , pour accourir au premier signal, et pour soutenir les meurtriers du duc de Bourgt^ne. Le seigneur de Vienne ajoute que dans le moment où le duc fut assassiné , il était occupé à rendre par la gorge, et qu'il ne vit point comment la chose se passa.

La déposition de messire Antoine de Vei^ n'est pas moins positive sur le grand nombre de gens qui entrèrent dans les barrières ordonnées du côté du dauphin. Celle de messire Gui Pontallier contient la piéme chose ; mais il ajoute encore d'autres particularités remarquables. La première, c'est qu'il ne vit point le sire de Barbasan dans les barrières, mais qu'il l'aperçut hors de ces barrières, regardant par un guichet qui était ouvert. Ce fiit appar pichet ouvert que furent introduits qui vinrent au secours des meurtriers Çarbasan pouvait s'être mis là pour les

dant Seguinat assure , dans sa déposition, qu*il aper* çut Barbasan à côté de Vkomme brun qui donna le premier coup au duc de Bourgogne, et Ton ne peut concilier ces deux dépositions qu^en disant qu*il y est parlé de deux temps différens. Uune parle d*un instant qui précéda Tarrivée des gens d^armes sur le pont : c^est celui où Barbasan fut vu hors des barrières par Gui de Pontallier. L'autre parle d'un second instant qui suivit leur arrivée : c'est celui où le même Barbasan &t vu par Seguinat, proche Yhomme bnin qui frappait le duc. La seconde particularité remarquable contenue dans la déposition du sire Gui de Pontallier, c'est qu'il aperçut messire Robert de Loire qui tenait le duc de Bourgogne par les manches de sa robe, par-derrière, lorsque Tannegui du Châtel le frappa avec sa hache d'armes.

La déposition de deux domestiques d'Archambaud de Foix, seigneur de Noailles, dont l'un se nommait Bertrand de Noailles j et l'autre Guillaume le Pa-^ leurj contient encore quelques particularités qui ne se trouvent pas dans les autres. Ceux-ci n'avaient pas été témoins de la mort du duc , ni de celle de leur maître. Us n'étaient point siu* le pont dans le temps du meurtre, et ils s'étaient enfuis, comme les autres, à Bray-sur-Seine ; mais ayant su que le seigneur de INoailles, leur maître, n'était pas encore mort des coups qu'il avait reçus, ils revinrent à Montereau le mercredi suivant, 19 septembre, avec un passe-port du seigneur de Guitry. Là ils trouvèrent leur maître grièvement blessé à la tête, et couché dans un lit. U

leur raconta que le duc s*étant mis à genoux pour saluer le dauphin, Tannegui du Châtel survint, et dit BU dauphin, en montrant le duc : «Voilà le traître « qui vous retient votre héritage, n Qa*en disant ces paroles il poussa le duc j et qu'ayant lève sa hache pour le Jrapper sur la tête, il fut arrêté par le seigneur de Noailles; qu'alors le vicomte de r^arbonne présenta au visage du seigneur de Noailles une grande hache, en lui disant : « Si vous remuez, vous a êtes mort ; » mais que le seigneur de Noailles mit la main à la hache du vicomte de Narbonne pour TaiTêter, en disant : « Vous ne me tuerez pas ; n que pendant ce temps-là, Tannegui du Châtel donna ua coup de hache sur la tête du duc de Bourgogne, qui fut suivi de plusieurs autres de la part des gens de la suite du dauphin. A peine Tannegui du Châtel eut-il frappé le duc, qu'il revint contre^ le seigneur de Noailles, auquel il déchargea un pareil coup sur la tête, qui le renversa.

Il résulte évidemment de toutes ces dépositions, qu'il n'y avait auctme barrière entre le dauphin et le duc de Bourgogne, quand ce prince fut assassiné; qu'ils étaient tous deux dans un espace libre, où les seigneurs des deux partis pouvaient agir les uns contre les autres; mais que les barrières qui fermaient le pont du c6té du dauphin, ayant été ouvertes pour donner passage à des gens qu'on avait apos*''" '-= meurtriers du duc se trouvèrent les plus fort seigneurs de sa suite furent accablés par le ne

Cependant, Comines parlant dans ae&

res (i) des précautions que prit Louis XI ppur son entrevue avec le roi d'Angleterre, et les comparant à celles du dauphin et du duc de Bourgogne sur le pont de Montereau, dit expressément que /à^ c'est-à-dire à MontereaUj^w^^îi/i^ un pontj et une barrière au milieu; mais qu'au milieu de ladite barrière ^ il jr assoit un petit huissetj c'est-à-dire un petit guichet, qui fermait des deux côtés j par lequel on. pouvait aller d'un côté à l'autre, pourvu que les deux partis y consentissent. Il ajoute que le dauphin se trouva d*un côté du pont, et le duc de Bourgogne de l'autre; que les deux princes, et particulièrement le duc, étaient accompagnés d'un grand nombre de gens d'armes; mais qu'à l'endroit où ils parlaient, le duc n'avait avec lui que trois ou quatre personnes ; que le dauphin, après avoir parlé quelque temps avec le duc, l'invita à passer de son côté-; et que ce prince y ayant consenti, ouvrit le guichet de son côté, tandis que le dauphin le faisait ouvrir du sien, et que le duc de Bourgogne passa du côté du dauphin, lui quatrième. Comines assure que le roi Louis XI lui raconta ainsi la chose, en lui défendant de laisser aucune ou^ verture dans la barrière qui devait le séparer du roi d'Angleterre, parce que, disait-i], s'il n'y avait point eu d'ouverture aux barrières qu'on avait construites sur le pont de Montereau, on n'aurait point eu occasion d'inviter le duc de Bourgogne à passer de l'autre côté.

(i) L. 4f c. lo.

Voilà sans ddute un récit très-circonstancié, rap« porté par un auteur illustre, et appuyé d'un témoignage d'un grand poids, qui est celui de Louis XL Cependant on est obligé de reconnaître que ce récit n'est pas exact, puisqu'il est absolument contraire aux dépositions des témoins oculaires, qu'il contredit dans des articles que ceux-ci n'avaient aucun intérêt de déguiser ou d'altérer*

1* On ne fit point un pont exprès h. Montereau pour l'entrevue du dauphin et du duc de Bourgogne , comme on en fit un pour celle de Louis XI avec le roi d'Angleterre. Il y avait déjà un pont à Montereau, sur lequel on construisit des barrières.

2"* Il est faux que le dauphin et le duc, en commençant la conférence sur le pont, fussent accompagnés d'un grand nombre de gens d'armes^ et particulièrement le duc de Bourgogne^ Il est prouvé, par les actes les plus authentiques, qu'il n'y avait que dix seigneurs de chaque côté, qui sont tous nommés dans ces actes, et dont les deux princes s'étaient envoyé la liste réciproquement.

5** Il est faux que le duc de Bourgogne ait passé , lui quatrième j du côté du dauphin , en ouvrant le guichet d'une barrière placée au milieu du pont. Les dépositions ne font absolument aucune mention de ce passage, qui était cependant une circonstance trèsessentielle pour expliquer comment ils s'étaient trouvés hors d'état de défendre leur maître. Tous disent, au contraire , que la trahison consista en ce que les barrières ayant été ouvertes du côté du dauphin, le

pont fut y en un moment , rempli de gens armes qui les accablèrent. La relation que la duchesse de Bour* gogne fit publier, est entièrement conforme à leurs dépositions; et il faut dire nécessairement que Philippe de Comines n*a pas parlé sur ce &it avec assez d'exactitude y soit qu'il eût mal entendu ce que Louis XI lui en avait dit, soit qu'il Teùt oublié, soit que Louis XI lui-même ne lui en eût parlé que sur ce qu'il en avait ouï dire à des gens mal instruits.

Une lettre qui fut écrite en ce temp»<là, et que l'on conserve dans les registres de la chambre des comptes de Dijon, porte qu'un nommé Gillet Bataille frappa le second coup, après Tannegui du Châtel, et que Chariot Bataille, son frère, s'en était vanté plusieurs fois. La même lettre ajoute que les /auœ traitées (c^est le nom que l'on donnait aux partisans du dauphin dans le parti du duc de Bourgogne), que les faux traîtres avaient fait entre eux une chanson où il était dit que Renaudin V enferma j parce que Re*naudin avait été chargé de faire construire les barrières; que Tannegui le frappa j et qne Bataille Vas^ somma. On prétendait que Tannegui du Châtel avait fait faire un étui pour conserver précieusement la hache d'armes dont il s'était servi pour frapper le duc de Bourgogne , et qu'il faisait gloire de la montrer. On disait aussi que ceux qui avaient contribué à ce meurtre, avaient attaché à leurs habits quelque morceau de celui du duc de Bourgogne, dont ils se paraient comme d'une dépouille glorieuse. On lit dans l'instruction donnée par la duchesse de

deurs qu^elle envoya à la duchesse lui faire part du meurtre de son îe avait été vendu, à « deniers ^e de cinquante-huit mille mou* chasteaux, rentes de cinq cents Iles qu'on leur avoit promis, n tuàï qui précéda le meurtre , ui était venu trouver le duc à né à se rendre à Montereau, le lui et les autres conseillers 'en su achepter un duc de oient bien de quoi. » Il pafut un des principaux année contre le duc de Bourlauphin, étant monté sur rge de grand -maître de Hus en plus à persuader au moins consenti au \nce.

ité dépouillé, demeura

prétend que les gens

ms la rivière ; mais le

:uré du voisinage s'y

'.ution de ce dessein.

Hite la nuit sur le

^«main les gens du

de Montereau , où

aux pauvres. On

re-Dame, devant

ndemain de sa

mort, le tài et la reine écrivirent à la duchesse de Bourgogne, pour lui faire part de ce triste accident. Leurs lettres, rapportées à la suite du Journal, sont datées de Troyes, le ii septembre. Le roi ordonna à la duchesse de Bourgogne de rassembler au plus tôt tous ses alliés et ses vassaux, et de les lui envoyer le plus promptement qu^il serait possible, « parce que, c( dit-il, nous sommes assez petitement accompagnés (( de chevaliers et d*écuyers en cette ville. »

' Il paraît que quand le roi et la reine écrivirent ces lettres, on n'était pas encore exactement informé à Troyes de tout ce qui s^était passé à M ontereau ; car il est dit, dans celle du roi, que a les gens de la comte pagnie du dauphin ont blessé très-inhumainement (( le duc de Bourgogne , et de force Tout détenu , (c et détiennent encore , contre les sermens qu'ils (( avaient faits. » Celle de la reine dit pareillement que le duc de Bourgogne a été pris et mortellement blessé; expressions qui sembleraient signifier que Ton ne sa* vait encore autre chose à Troyes, si ce n'est que le duc de Bourgogne avait été blessé et fait prisonnier : soit qu'en effet on n'en sût pas davantage, soit qu'on voulût ménager la duchesse de Bourgogne, en chargeant le porteur de la préparer à recevoir la nouvelle de la mort de son époux.

M onstrelet assure que le sire de Barbasan, qui était un des principaux conseillers du dauphin, n'avait rien su de ce qui se tramait contre le duc de Bourgogne^ qu'il déclara que ceux qui avaient conseillé au dauphin cette perfidie , l'avaient perdu d'honneur,

(3ai )

et qu^il eût mieux aime être liiort que d^avoir été ié^ moin de ce meurtre. Cependant on trouve, dans lei registres de la chambre éds compte^ d)e Dijon, un projet d^interrogatoire dans lequel on suppose que c*ëtait Barba&in qui avait eu soin de fiiire cacher leâ troupes qui fondirent sur le duc de Bourgogne et suif ceux de sa suite; ce qui s^accorde asset avcTc ce qui est dit de ce seigneur dans la disposition de Seguinat et de messire Gui de Pontàllien

Sitôt que le duc eut rendu le dernier toupir, Un des gens de M. dé Guitry lui ôta les anneaux qu'il avait aux doigts, et Bataille se saisit de la personne de Seguinat, qu'il présenta au dauphin. Ce prince chargea Maillier, son secrétaire, de le garder, et de }é conduire à M oret, où il fut mis en prison.

Le duc de Bourgogne avait laissé un petit corps dé troupes auprès dé Mohtereàu, soùs les ordres du seigneur de Jônvellé, cadet de lA maison de la Trémoille^ qui n^éut pas plutôt appris la mort du duc, qu'il se renferma dans le château deMontereau, pour le défendre ; mais voyant qu'il n'était pas en état dé soutenir un siège contre les troupes du dauphin ;, il le rendit par capitulation ; et il se chargea de porter à la duchesse de Bourgogne tous les effets précieux du duc son mari, que l'on put soustraire à l'avidité deâ meurtriers.

Seguinat fut interrogé dans sa prison par le chan«

celier du dauphin, qui voulut l'engager à reconnaître

et à déclarer que le duc son maîlre avait traité avec

les Anglais, dans un voyage qu'il fit à Calais ; qu'il

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