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aTait ëtë Tauteur des massacres faits à Paris dans les derniers troubles ; quUl ëtait venu à Montereau dans rintçntioû dé tuer le dauphin ; qu'il avait dessein de transférer le roi à Meaux et à Melun , pour le livrer aux Aliglais^ ainsi quHl leur avait livre, en dernier lieu y la ville de Ponioise ; que depuis les confërences de Melun i il avait &it des traités secrets avec les Fa* risiens, peiidant qu'il était à Saint-Denis, et que le^ conditions de ces traités étaient directement contraires à ce quUl avait promis et juré à ces conféifences. Seguinat répondit qu'il n'en avait aucune connaissance, et qu'il ne croyait pas que le duc son maître eût jamais rien fait de sen^lable. Ensuite il pria le chancelier de le faire sortir de prison ; mais ce magistrat lui répondit qu'il n'obtiendrait sa liberté qu'en parlant autrement. Le lendemain il fut conduit dans la grosse tour de Melun, où il fiit interrogé sur les mêmes chefs : il fit la même réponse. Alors maître Nicolas Noël, lieutenant du bailli de Melun, lui déclara qu'il avait ordre de lui faive dcmner la question. Le lieutenant du bailli était accompagné d'un nommé Orléans^ et du prévôt de Melun. On fit apporter les iAsti!umens de la question, et on laissa Seguinat entre les mains de trois sergens, que l'on chargea de la lui donner, en leur disasût : Il faut que trous gous^emiez cet homme-ci. Ce terrible appareil ne fit point changer de langage à Seguinat^ Sur quoi le lieutenant du bailli dit aux deux autre» commissaires, qu'il ne consentirait jamais que l'on allât plus avant, et que l'on donnât efTeciivement la question à un homme pour
des crimes dont il n^était pas coupable, et qui ëiaîènt imputés à un honune mort. On prit donc le parti de laisser Seguinat tranquille dans sa prison. D en fut tiré le 18 de novembre, par les gens de Tannegui du Cbâtel, qui le conduisirent à Bourges, les pieds liés sous son cheval. II fiit mis dans la grosse tour, où le seigneur d^Ëscorailles, sénéchal du Berri, vint lé trouver dès le lendemain de son arrivée, et lui dit qaû y avait des conunissaires nommés pour Tinterroger et jpour lui fidre donner la question, s*il ne parlait pas plus qu'il n^avait fait jusqu'ici ; qu'on avait une lettre écrite de la main de Seguinat,. dont où. connaissait l'écriture, par laquelle il donnait avb que le traité conclu à Calais entre le duc de Boui^o^* ^e et le roi d'Angleterre , était dans un hôtel que Seguinat avait à Paris , et qu'il priait cet ami de le chercher et de le brûler. Le seigneur d'Escorailles n'oublia rien pour lui persuader d'avouer tous les &its qui pouvaient contribuer à noircir la mémoire du duc de Bourgogne; il le menaça de là question ; il lui représenta qu'il n'avait plus rien à ménager, puis-> qu'il avait été banni du royaume à son de trompe, et qu'il ne lui serait plus possible d'y remettre le pied : mais Seguinat persista toujours dans les mêmes réponses. Il nia qu'il eût écrit la lettre dont on lui parlait, et qu'il eût un hôtel à Paris. A l'égard du bannissement, il déclara qu'il ne le pouvait croire, puisqu'il était innocent. Tous ces faits sont tirés de la déposition de Seguinat, et ils montrent à quel point on souhaitait, dans le parti du dauphin, d'avoir en
main de quoi pouToir justifier le meurtre du duc de Bourgogne. Seguinat obtint ensuite sa liberté, en payant une grosse rançon.
La duchesse de Bourgogne n^eut pas plutôt appris là mort de son mari, qu^eile envoya des ambassadeurs dans toutes les cours, pour leur faire part de cet accident, et pour leur demander du secours, afin d*en poursuivre la vengeance. Elle fit partir pour Troyes, au commencement d^octobre, un nombre choisi entre les principaux conseillers du feu duc, afin quHls assistassent au conseil du roi. Messire Guy de la Tremoille, seigneur d^Uchon et comte de Joigny, était à leur tête. Le seigneur de Cothebrnne, maréchal de Bourgogne, et Louis de Chàlons, prince d^Orange, furent pareillement envoyés au roi, avec mille homme dWmes et mille arbalestriers^ Cea deux seigneurs se postèrent, avec leurs troupes, sur les frontières de Champagne , pour empêcher celles dti dauphin de faire des coursés sur le territoire de Troyes. On prit des précautions pour que le seigneur de La Fayette, partisan du dauphin, ne pût pénétrer dans la Bourgogne. On mit de fortes garnisons dans toutes les places; et messire Girard, seigneur de la Guiche, chevalier banneret, et bailli de Mâcon, fiit chargé de veiller pareillement sur le Mâconnaisv
Le comte de Charolais, devenu duc de Bourgogne par là mort de son père , apprit cette mort à Gand , par une lettre que lui écrivit le seigneur de Neufchâ- %el. Ce prince, après avoir pris possession des principales villes de Flandre, vint à Arras, où il fit faire un
service ma^ifique à son père, dans T^lise de Saint** Yaast. Mailre Pierre Floure, religieux dominicain ^ et inquisiteur de la foi, y fit F<Mraison fun^re ; et les aumôniers du duo distribuèrent deux cents écus d^or ms. pauvres. Il entra ensuite en négociation avec le roi d* Angleterre. Leurs troupes se joignirent , et ils firent, de concert^ une sanglante guerre au dauphin. Après la prise de Sens, le duc alla mettre le siëge Rêvant Montereau. La ville fut prise en peu de jours, mais le château fit plus de résistance. La garnison.^ qui était commandée par le seigneur de Guitry, se ra/> cheta pour une somme d^argent. Dès que le duc fiit maître de la ville, il fît exhumer le corps de son père et celui d* Archambaud de Foix , seigneur de Noailles. On lit dans les registres de la chambre des comptes de Dijon, « que le duc donna loo livres à messire « Jean Guion , doyen de la collégiale de Montereaua sur- Yonne, tant pour lui que pour autres de ladite « église, pour ^voir gardé sûrement en leur église le c( corps de monseigneur le duc Jean, sans estre osté ni « transporté d'icelle par ses ennemis, et pour avoir tt célél;»ré uq service le jour de son déterrement d^il- (i leç, çt pour avoir rendu le beau et riche bréviaire « dudit feu duc, qui fut perdu le jour de son trépas. » Cette ordonnance est datée du 17 juin 14:20, et il est marqué qu^elle fut faite au siège de Montereau ; ce qui ne se peut entendre que du siège du château i car il fallait que le duc fût déjà maître de la ville , pour avoir fait exhumer le corps de son père. L*édi-t l^ifT du Journal, dans l'histoire qu^il a écrite dih
meurtre du duc Jean, marque la prise de Mcniereau parle nouveau duc de Bourgogne, au onzième juin, et celle du château au vingt-troisième du même mois. Le 35 suivant, le corps du duc Jean et celui d'Archambaud de Foix furent conduits à Crevant, et de là à Dijon.
On leur fît un service solennel dans la Sainte-Chapelle de Dijon, auquel la duchesse de Bourgogne as* sista. De là on les porta à Is^ Chartreuse, où ils furent inhumés. On voit dans les registres de la chambre des comptes de Dijon, que la somme de trois mille livres fut donnée à frère André de Vauvert, prieur des chartreux, pour être distribuée par lui en aumô-* nés, attendu que feu M. le duc Jean n^avait pu faire aucune ordonnance ou testament pour le bien et salut de son âme.
Ce qu'il y a de singulier, c^est que Barbasan et Tannegui du Châtel ayant été faits prisonniers à la prise de Melun, où ils s'étaient renfermés, le duc de Bourgogne ne put jamais obtenir du roi d'Angleterre qu'on leur fît leur procès. Il y a apparence que la ville avait capitulé, et qu'on avait mis dans la capitulation que ceux qui Pavaient défendue auraient la vie sauve. Or, en ce cas, il ne serait pas étonnant que le roi d'Angleterre eût voulu garder sa parole. D'ailleurs, le dauphin avait alors en sa puissance quelques-uns des seigneurs qui avaient accompagné le fei^ duc de Bourgogne à la conférence de Montereau, et l'on craignit sans doule qu'il n'usât de représailles^ La dame de Giac et Philippe de Jossequin, soupçcav
nés d^avoir trahi le duc^ prirent le parti de se retirer à Bourges. Tous les biens de Jossequin furent confis-e quës par le comte de Charolais. Les seigneurs de la suite de son père, qui avaient ëté pris sur le pont de Montereau, furent mis à rançon, et ils rachetèrent leur liberté par de grosses sommes d^argent, excepté messire Charles de Lens, que Ton fît mourir, à ce que prétend Monstrelet.