‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 36 sur 54 · SUR LA MISSION ET LE PROCÈS DE LA FUGELLE · texte numérisé non relu

SUR LA MISSION ET LE PROCÈS DE LA FUGELLE

On me demandera peut-être quel est mon senti-;

(i) Voyez l'extrait des pièces du procès de la Pucelle, dans le tome 3 àe& Notices des mss. de la Bîblioth. du roi, par M. de PAverdy. Les détails de cette procédure se trouvent répandus dans un assez grand nombre d'ouvrages pour qu'il soit inutile de les analyser Ici.

(a) Extr* des Notices des mss, du roi, t. 3*

ment sur la procédure dont j*ai analysé les pièces. IT est aisé d*en avoir un sur la nullité et sur TiDJustice manifeste du jugement prononcé contre Jeanne; il ne peut pas y avoir de doute à ce sujet, d*après tout ce qui a été rapporté dans ma Notice. D^ailleurs, quand même Jeanne aurait été Tinstrument volontaire d*une fraude pratiquée pour en imposer à la multitude, elle n^aurait pas dû être condamnée au supplice qu^elle a souffert : un délit de cette espèce ne le méritait pas. J'ajoute que s*il y avait eu de l'imposture, il est prouvé qu'elle l'ignorait, qu'elle n'y avait jamais participé, qu'elle n'avait agi qii'avec simplicité et conviction. Les deux procès prouvent avec évidence que Jeanne était de bonne £bi , et qu'elle est morte convaincue de la vérité et de la réalité de ses visions et de ses révélations.

Il est vrai que le surplus présente un problême des plus difficiles à résoudre. Trois systèmes ont été soutenus jusqu'à présent (i). Le premier attribue au concours fortuit des évènemens, tout ce qui s'est passé alors ; il ne me paraît guère possible de Tadopter. Comment, en effet, attribuer au hasard tant d'évènemens qui se sont suivis avec tant d'ordre et d'exactitude, tant de prédictions si détaillées jour par jour, et toujours fidèlement remplies ? Il n'y a point , «n

(i) Lenglet du Fresnoy en distingue six , quUi examine dans son Histoire de la Pucelle. (^Voyez 3* partie, p. 201 1. in-i2, é^t de 1753.) (^Edit. G L)

prenant le langage de la &talité , d^ëloile assez heureuse pour ne s^étre pas démentie un seul instant pendant enyiron dix-huit mois, en fait de divination de raveair, surtout sur des faits contraires à la vraisenoblaaoe, par rappcHrt à chacune des circonstances de presque tous les ëvènenœns qui ont été annoncés d^avance par Jeanne d*ArCy La supposition d'un pur hasard me parait donc absolument inadmissible.

Le second système consiste à prendre le démon pour l'auteur des apparitions, et des révélations de Jeanne : je le crois encore plus difficile à adopter quç le précédent. Quel intérêt peut-on prétendre que le démon aurait eu à favoriser le parti de Charles YII ? TSe pourrait-on pas dire, au contraire, qu'il en avait un à l'anéantir, s'il sait lire dans l'avenir, puisque c'eût été un moyen propre à faire tomber la France dans le schisme et l'hérésie, un siècle après, avec les rois d'Angleterre î Son inspiration peut-elle d'ailleurs se combiner avec les signes de croix que faisait Jeanne , en recevant les visites et les apparitions; avec la pu* reté de sa vie et sa tendre dévotion ; avec les pieux conseils, que lui donnaient ces mêmes visions; avec les bons sentimens qu'elle montrait à chaque instant; avec le soin extrême qu'elle avait de rapporter tout à Dieu, et rien à elle-même? Il me paraît donc impossible, sans en dire davantage, d'attribuer les faits de Jeanne à une illusion démoniaque , d'après des raisons aussi transcendantes.

Il ne me reste donc plus que le troisième système : il consiste ou à soutenir, comme le docteur Beau*

père (1)9 que ces visions ou apparitions sont pTutdt d'invention humaine que d'inspiration divine; ou bien, au contraire, comme plusieurs des docteurs consultes par les juges de la révision, et probablement par eux-mêmes , qu*elles sont plutôt d'inspiration divine que d'invention humaine ; car on ne peut rien assurer de positif dans l'une et l'autre opinion. En effet, s'il y a eu invention humaine, il n'en est resté aucune trace dans l'histoire qui puisse en «donner d'indication tant soit peu précise ; et s'il y a eu inspiration divine, elle n'a été jproclamée aux yeux des hommes par aucun miracle au-delà de l'exécution des prédictions elles-mêmes.

Ainsi, de part et d'autre, on peut approcher plus ou moins de la vraisemblance; et tout se réduit ici à une pure affaire d'opinion, sur laquelle les suffrages $ont entièrement libres. On peut donc les faire combattre ensemble, par un simple et court rapprochement des circonstances et des vraisemblances propres à être invoquées dans les deux avis.

J'écarterai de ce rapprochement toutes les questions théologiques et scolastiques : elles ne sont pas de notre ressort; elles présenteraient peut-être des discussions interminables, sans rien éclaircir. J'observerai seulement que les consulteurs contre Jeanne , lors du preniier procès, ont beaucoup moins bien raisonné dans cette partie scolastique de la question, que les docteurs du second procès.

(i) Daps sa déposition àcyxnt'BomlléyManuscnideSQidfisi.

Dans les deux opinions, on est obligé de partir du fait constant et établi par tout ce qu'on a vu , que Jeanne était de bonne foi, et que, s'il y a eu une intrigue, elle en a été elle-même la dupe et la victime. On peut dire en faveur de l'invention humaine, qu'il n'est pas vraisemblable que Charles YII eût mérité une faveur si grande par sa conduite, qui n'était pas communément réglée sur les principes de l'Evangile. On ne voit rien en lui qui pût l'en rendre digne : sa vie peu régulière en elle-même, l'espèce de désespoir auquel il se laissait aller alors, et sa négligence dans ses propres affaires, paraissent se réunir contre Tins* piration divine.

N'est -il pas plus naturel de présumer que les capitaines de Charles VU , peut-être Agnès Sorel ellemême, ont cherché à ranimer le courage éteint de Charles VII par une apparence de secours du Ciel ? Ayant su par Baudricourt ou par quelque autre, le caractère d'une fille des environs de Vaucouleurs, dont la tête pouvait être déjà échauffée par les histoires de l'arbre des fées de Donremi , et par l'effet naturel du physique de son corps, privé des évacuations périodiques , wi aura pu faire agir Baudricourt pour achever de l'exalter.

On se sera servi de son oncle Lapart pour la guider j son père y aura contribué peut-être volontairement en lui parlant de ses songes prétendus, et en la laissant sortir de sa maison sans paraître y consentir.

On aura fait annoncer sa venue à la cour par une fausse prédiction de Merlin, et par des prétendues

prophëtesses dont on rapportait les discours à Charles VII, pour le préparer à cet événement.

Baudricourt aura d'abord refusé d^accorder à Jeanne ce qu^elle désirait , afin d'enflammer davantage son désir; il aura employé poui: la tromper des êtres humains, puisque, suivant elle, saint Michel lui apparaissait sous la figure d*un véritable homme. La Providence aura permis le succès de cette invention, qui n'allait point contre ses décrets, et qui ne faisait agir qu'une personne dévote, et. tenant une conduite chrétienne.

Sans doute les personnes qu'on aura employées pour faire croire la vérité de ces apparitions à Jeanne, ne lui auront inspiré que de bons sentimens. Pour séduire les officiers , les soldats et le peuple , il fallait leur montrer une fille remplie de piété et de vertus ; il était essentiel de ne pas leur faire voir une personne dont la conduite fût mauvaise ou équivoque : au),remçnt, le prestige destiné à les tromper aurait disparu tout à coup à leurs yeux ; ce courage invincible qu'on voulait inspirer au roi et à ^s troupes, n'aurait plus existé.

C'est ainsi qu'on aura pu et qu'on aura su profiter du préjugé vulgaire de ce siècle pour les choses merveilleuses; on sera parvenu, par ce moyen, à faire de chaque soldat français un héros, et de chaque soldat anglais un homme timide, qui se croyait poursuivi par les puissances célestes, auxquelles il aurait en vain tâché de résister.

N'cst-il pas possible que le même homme qui jouait

le ràle de saint Michel , et les femmes qu^il employait pour faire celui des deux saintes, Catherine et Marguerite, accompagnassent partout les pas de Jeanne sans qu^elle s*en doutât ; que quelqu'un de ceux qui étaient mis par le roi auprès d^elle , préparât toutes les facilités nécessaires pour favoriser Fillusion dans laquelle Jeanne était elle-même ; qu'enfin, dans la prison, Timagination de Jeanne, déjà frappée depuis long-temps de ce qu'elle voyait réellement, ait continué à croire qu'elle le voyait encore? D'ailleurs, un royaliste secret, demeurant à Rouen, n'a-t-il pas pu gagner quelqu'un des gardes de Jeanne? Les Anglais eux-mêmes ne peuvent-ils pas y avoir concouru de leur côté, et peut-être d'eux-mêmes, pour la maintenir dans le refus qu'ils voulaient qu'elle fît de se soumettre à l'Eglise?

Il est vrai qu'on peut opposer que toutes les prédictions, même de détail, faites par Jeanne, ont été réalisées (i) j mais on peut cependant remarquer que

(i) Amelgard, auteur contemporain, rapporte dans sa Chronique manuscrite, qu'arrivée à Tours, Jeanne fut trois mois (Monstrelet dit deux mois) sans que le roi pût se résoudre à lui donner audience. Il assure aussi avoir entendu répéter au comte de Dunois , que Charles YII avouait que cette fille singulière , pour preuve de sa mission , lui ataîl dit des choses qui le concernaient lui-même, si secrètes et si cachées, qu'elle n'aurait pu les savoir que de lui seul, ou par une révélation divine.

A l'occasion de la reddition de Troyes, on trouve dans le même chroniqueur un passage qui sert à expliquer Tes-

si , après les sept années annoncées par la Pucelle , Paris était soumis au roi , les Anglais n*avaient pas encore tout perdu en France, comme elle Tavait dit. Le duc d^Orléans, qu^elle devait, disait-elle, délivrer de prison , ne Ta été que long-temps après sa mort. A regard des prédictions de détail, en fait de guerre, ceux qui les lui inspiraient ne couraient peut-être pas autant de risque qu'on pourrait le présumer. On

pèce de prédiction dont on fit alors honneur à la Pacelle, que trois jours ne se passeraient pas sans qae le roi fât reçu dans la vlUe. Amelga^d ne fait aacmie mention de cette prédiction, et se contente de dire : Aggressm itaque Campa-' nlœ urèem, condUo atque operâ probadssind atque sapientUsind çiii, magistri Johanms Acuti, qui ilUus urhis ephcopalem catftedram tenebat, et ecclesiastica strenuè et nohiUter administrabat, in eâ urbe cuni pace et lœtitià receptus^st*

Sur ce qui concerne la Pucelle, les réflexions d'Amelgard sont pieuses, mais sensées. Il penche yisihlement à croire que la puissance divine influa, sur les évènemens auxquels participa la Pucelle, et qu'il y eut quelque chose de surnaturel dans ce phénomène historique ; mais , fidèle aux lois de rimpartialité , il laisse aux lecteurs la liberté de penser là-dessus ce qu'ils jugeront à propos , selon leurs lumières et leur inclination : Talibus ijgitur de Joharmâ Puellâ recensi- • tis, de cujus nûssione et apparitionibus et re^elationibus per eam assertis, nulli pro suo captu et arhitiio quod oohierit sic çel aliter sentiendi adimimus Jaadtatenu C'est là qu'il annonce qu'après l'expulsion, des Anglais, ayant été chargé par le roi de revoir le procès de cette infortunée héroïne , il avait fait un livre de Texamen de tout ce qui avait été machiné contre elle. (Extr. des Mss. de la Biblioth. du roi, SgGa et 5963.)

(^Edit. G L.)

cspërait que la prédiction aurait son sucées d'ellemême , faav le courage inouï et par la confiance invincible qu'elle inspirait aux troupes. En tout cas^ si quelqu'une de ces prédictions n'eût pa£( rerçu son exécution ^ on avait la re^urte d'en imalginer quelque raison particulière, et de la faire adopter à des esprits prévenus.

Enfin, si Dieti eût inspiré Jeanne, l'aurait-il abandonnée aux variations dans lesquelles elle est tombée, au point de faire une abjuration par le seul motif de la terreur, et à un supplice aussi cruel qu infamant, pour ne lui procurer que vingt-cinq ans après, le rétablissement de son honneur? Ou si Dieu l'abandonnait ainsi, n'aurait-il pas manifesté par quelque autre voie de sa puissance, que Jeanne n'avait fait qu'obéir à ses ordres ?

On répond en faveur de l'inspiration divine contre l'invention humaine, que s'il y avait eu une intrigue pratiquée, on aurait fini par en être instruit; quelques-uns des auteurs de cette scène en auraient parlé au moins en termes couverts; l'histoire aurait fini par en recueillir quelques renseignemens : cependant tout est muet à cet égard, et on est réduit aux simples conjectures.

En vain allègue-t-on le peu de mérite de Charles VII pour obtenir du Ciel un pareil secours : il n'a pas été dirigé directement en sa faveur, quoiqu'il en ait recueilli le premier les fi*uits apparens. Ce secours était principalement pour la race de saint Louis et pour la nation française : peut-être avaibil pour but

de la préserver des erreurs fiitures du luthéranisme ei du calvinisme, si elle £(it restée soumise aux Anglais.

Comment d^ailleurs supposer un projet d'illusion pour séduire Jeanne? Cest dès Page de treize ans qu'elle a eu ses premières apparitions, cinq ans avant son départ, et par conséquent dans un temps où Charles YU n'était pas réduit à avoir recours à un pareil expédient. Il fallait savoir lire dans l'avenir, pour préparer Jeanne si long-temps à l'avance : elle était trop jeune; son caractère ne pouvait pas être assez développé; on ne devait pas compter sur sa discrétion ; il y avait trop de temps à attendre pour pouvoir en tirer parti; enfin, la chose a duré trop long-temps pour qu'on puisse supposer une pareille manœuvre, sans que qui que ce soit ait eu lieu de s'en apercevoir ou de s'en douter.

Baudricourt était trop éloigné de la cour de Charles VII pour pouvoir être le conducteur de l'entreprise ; peut-être même , et suivant toutes les apparences, n'était-il pas à Yaucouleurs lors des premières apparitions de Jeanne. D'ailleurs, s'il eût été du secret, il n'aurait pas, quoi qu'on en dise, traité Jeanne avec autant de dureté, en lui refusant ce qu'elle demandait, et en conseillant de la guérir de sa manie à force de coups. Aurait-il attendu tranquillement la réponse de Charles VII à la lettre qu'il lui écrivit ? n'aurait-il pas donné à Jeanne un détachement pour assurer son voyage contre les dangers qui devaient se rencontrer? était-ce donc là la marche que devait

suivfô ràuteùr ou le complice d^une pareille intrigue? Il est sensible qu^il aurait porté trop loin la résistance, et que, faute de prévoyance, il aurait risqué de faire avorter le projet.

Il est difficile de concevoir qu^on ait pu tromper une fille, quoique jeune et sans expérience, au point de la persuader qu*elle voyait sans discontinuation , et tous les jours plusieurs fois, des anges et des saintes ; qu^elle entendait des voix qui lui parlaient, et qui se trouvaient partout où elle allait, et toutes les fois qu^elle les appelait. Après avoir été plus d*un an dans la cour et dans les camps, aurait "- elle cru encore les voir et les entendre dans les prisons mili-» taires où elle a été détenue? Taurait-elle cru encore dans le château de Rouen, où les Anglais, qui en étaient maîtres, n^avaient pas besoin de ces prestiges pour la tromper, puisque \€ seul Loyseleur leur suffi<> sait pour y réussir ?

Il est encore plus difficile de concevoir que ces voix fussent toujours prêtes pour venir conseiller Jeanne par rapport à chacune de ses actions journa* lières; qu'elles fussent en état de lui dire ce qu'elle devait faire ; que ce qu'elles lui annonçaient ait toujours eu son exécution ; que les entreprises les plus hardies et les moins probables aient été constamment suivies du succès annoncé, et précisément dans le cours de l'espace fixé par elle.

Il est surtout difficile d'imaginer que Jeanne, qui a toujours été dans la ferme croyance de la vérité de ces apparitions, et qui Ta soutenu ainsi jusqu'au der-

nier soupir^ ait pti être trompée pendant si long» temps^ sans qu'il soit survenu une seule circonstance qui Tait mise dans le cas de s'apercevoir, ou même de se douter des surprises qu'on lui faisait.

Il est certain que les Anglais ont 'tout perdu eu France dans le cours des sept années prédites par Jeanne, si on se rappelle qu'alors le vulgaire, dans son langage commun, n^'appelait point du nom de France les pays que l'Anglais possédait à tilre d^ancien patrimoine, comme représentant le duc RoUon et ses successeurs.

Par rapport au duc d'Orléans > il a fini par sortir de prison : ce fait est suffisant en lui-même. Jeanne a pu entendre l'époque de la promesse de sa déli-»vrance d'une manière plus rapprochée qu'elle ne lui était dite , de même qu'elle s'est trompée sur la prédiction relative à sa délivrance, qu'elle appliquait à celle de sa personne, tandis qu'évidemment elle ne concernait que celle de son âme.

Enfin ^ ajoutent* on ^ les variations prétendues de Jeanne n'ont été que des équivoques apparentes^ tan** dis qu'elles n^étaient point réelles de sa part. D'ailleurs ^ la faiblesse qu'elle put montrer lors de son abjuration, lui avait été prédite, de son aveu, par se% apparitions. A l'égard de sa mort cruelle, elle n'a été que l'exécution littérale de ce que les mêmes appari-^ tions lui avaient dit; une permission de Dieu, qui n'^ pas jugé à propos de mettre obstacle au cours ;de la méchanceté' des hommes; |ine voie aussi extraordi-^ naire que Tétait la vie de Jeanne elle-même, pour lui L 7« Liv. a4

procurer le salut de son âme par la un la plus rësU gnée et la plus édifiante; un renouvellement, en quelque sorte , de ce que les Ecritures saintes nous apprennent de la mort de plusieurs personnes inspirées sous Tancienne loi.

Les partisans de cette opinion finissent par conclure qu*il n^est pas yraisemblable que Jeanne ait été séduite par un artifice préparé à dessein , mais qù^il est bien plus vraisemblable qu^elle a été véritablement inspirée. Cette vraisemblance leur paraît prendre un nouveau degré de force dans la pureté de sa conduite ; dans la piété de sa vie ; dans ses connaissances de Fart militaire, qu^elle avait cependant toujours ignoré jusque-là; dans Tusage bien entendu qu'elle faisait des pratiques de cet art, dont elle n'avait pas la plus légère idée en arrivant à Orléans; dans sa profonde ignorance, qu'elle devait à Tétat dans lequel elle était née et avait vécu ; dans le courage avec lequel elle affrontait la mort, quoiqu'au fond elle en eût quelque frayeur ; dans sa résolution de porter son étendard elle-même, afin de ne pas tremper ses mains dans le sang humain; et enfin, dans l'étonnante sagesse avec laquelle elle a quelquefois répondu aux questions les plus difficiles, de l'aveu de ceux qui siégèrent dans son procès.

On voit, par ce léger aperçu des raisons réciproques, que c'est un véritable combat de probabilités plus ou moins fortes, auquel cette question se réduit. Je me garderai bien de peser le plus ou moins de ferce de ces probabilités respectives , parce qu'il me

paraît inutile de chercher à apprécier lé »plus où moins de doute qu*on peut avoir^ toutes les fois qu*il n^est.pàs possible de prononcer d^une manière décisive. Il lïie seùible qu^il doit stiffirê aux personnes raisonnables de rester convaincues :

i"" Que les assertions imputées à Jeanne étaient fausses, ainsi que Tabjuration qui est au procès, là prétendue information faite après sa mort; et que le procès qu^ou lui a fait était aussi nul qu'injuste.

â^ Qu'elle était de bonne foi tians la ferme croyance de Tinspiration divine; qu'elle a été, par conséiquent, une victime parfaitement innocente de la fureur de ses ennemis.

â"" Qu'elle a toujours tenu la conduite la plus purô et la plus piteuse ; qu'elle était véritablement soumise & l'Eglise ; et qu'elle est morte en pratiquant d'une manière supérieure toutes les vertus chrétiennes.

4"" Qu*elle a au moin^ contribué infiniment à sauver la France et Charles VU.

&'' Enfin, que si le défiiut de monumens historiques doit fermer la bouche à ceux qui ne verraient qu'une invention humaine dans ses actions et dans ses paroles, le défaut dé manifestation d'en haut, pour «appuyer la divinité de ces mrémes apparitions et révélations, réduit au même eut ceux qui n*y voudraient voir absolument qu'une opération toute céleste. Ainsi la solution de cette question ne peut qu'être renvoyée au jugement de Dieu, de même que beaucoup d'autres.

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