‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 38 sur 54 · DE M. DE VIENNE PLANCY A M. VIGNIER , SUR. L£ 5UJET · texte numérisé non relu

DE M. DE VIENNE PLANCY A M. VIGNIER , SUR. L£ 5UJET

PRÉCÉDENT (l).

^ BiE^ qu^ votre témoignage, monsieur, n'ait pas bèr soin de-ccmfîrmatjon, agréeis pourtant une asauraaoe de ma part en faveur de la vérité, et tcouvesboit que tout le monde ^ache avec voué que j'ai èmï parler de la Pucelle d'Orléans à votre illustre fisèré, dans les mêmes tem;ies que vou& en avez écrit k M« »de Gcaia-» mont. J'étais à Paris quelques mois avant sa- mort f. et profkani de mon séjour en cette ville, je lui rendais toutes les visites h quoi m'obligeaient la parenté qui

^«i«ia«iW^M«v«a«>Biri«MMia^lB*r«ii

(i) Exir. du Mercure de janvier b684«

est entre nous, la haate estime que j^ayais pour son rare niërite, et la part que je prenais à rindisposîtion quHl souffrait. On était sûr de le trouver toujours h Saint^Magloire, parce que cette indisposition ne lui permettait pas de sortir de ce lieu. Vous savez qu^il Tavait choisi pour sa résidence, k cause du bon air qu*on y respire, et du voisinage de M. de Morangis, son intime ami. Il s*attacliait alors, par divertissement, à la lecture des voyages, et témoignait en recevoir beaucoup de plaisir. Ce fut en me racontant ce qu^il avait fait en Lorraine avec M. de Ricey, qu^il tomba sur le chapitre de la Pucelle ; qu*il me parla' du manuscrit de Metz, sans pourtant me le montrer, parce qu'il Tavait pr^té à un Père de la maison , qui Tavait emporté à la campagne ; et qu'il m'assura d'avoir tenu le contrat de mariage de Robert des Armoises avec cette héroïne. Jugez, monsieur, cle ma surprise à ce discours : elle fut d'autant plus grande, que j'avais ouï dire deuir ou trois fois à un gentilhomme de Normandie , qui logeait avec moi , qu'on voyait à Rouen la chaudière où cette pauvre fîUe avait été mise |)0ur éire bradée vive, comme on brûlait anciennemenl lesmbrts hhez les Romaine, avec cette merYeiJle,quelc feu:n'avaît non pluf &it d'impression sur son oc&ur qvud sur celai du bravé Germani<^s; et il s'y avait pas mémo long-temps qu0 j'avais lu cette déplorable histoire damr kCcmr sarihte l et l'instraction du procès, lès condamnations qui Ta-i vaient suivi, et cette inhumaine exécution, dans le^ lieeherches de la France y par Pasqnier : de sorte

qu^ajant Tèsprit gagné par ces préjuges, je demandai en riant à votre illustré frère si le corps de la Pucelle avait résisté au feu comme son cœur, ou s^il était sorti yitant de ses cendres, comme le phénix. Il entendait raillerie, et il me répondit que je lui deman-* 4as^ plutôt si Diane n'avait point mi, une biche en sa place, conime elle fit en celle d'Iphigénie, pour la garantir d^une aussi cruelle mort, et que je ne m'éloignerais pas si fort de la vérité. Ces paroles dissipèrent ma. surprise, en nie faisant souvenir d'une circonstance qui est à la fin du procès de notre héroïne , dans le dernier auteur que j'ai nommé. L'avantage que je crus tirer de ce livre m'ayant bientôt fait témoigneiT la-curiosité cjue j'avais de le revoir, votre illustre frère, qui m'avait reçu dans sa bibliothèque, l'ime des mieux conditionnées de Paris, me le mit aussitôt entre les mains. J'y cherchai l'endroit dont je me prétendais prévaloir contre lui, et j'en fis la lecture. En voici les. mots ^ p. i6i : ce Elle fut de si grande recommandation entre nous, après sa mort (Pasquîet parl^ de la Pucellê, morte en i43i, selon lui et; selon bien d'aulrés) , qùîeb l'an 144^ le commun peuple se fit accroire kpi'elle' : vivait ' encore , et qu'elle était échappée des mains idei Anglais, qui en avaient fait brùleir .t]!ne!aiure:.en «on lieu; Et parce qu'il en iut trouvé une dans. la gendarmerie en habit déguisé, le Parlement fiit' contraint de la faire vefair, et dé la représenter, au peuple «ur la pierre de marbre^ an Palais, pour montrer que c'était une imposture. » tf Ne voudriezHvous pa$ conclure de là, mé dit aus-

sitôt après .votre illustre jfrère, que cette seconde Bellone, qui devait ressembler à la première, puisqu'on la prenait pour elle, fut Thérome du manuscrit de Metz? » Je lui répondis qu'il pénétrait dans ma pen*sée, et que j'y voyais bien des apparences. Je vins à leur détail : il eut la patience de m'écouter ; puis il me répliqua que si Ton avait bien su distinguer à Paris Time de ces guerrières d'avec l'autre, et considérer la seconde comme une oq^re seulement de la première, on aurait fait ce discernement avec beaucoup plus de Êicilité et d'assurance au^ lieux marqués dans le manuscrit, comme étant bien plus proches du Palais de la Pucelle, pour ne devoir, pas soupçonner qu'on y eût été trompé ; que ses frères , d'ailleurs, ne l'auraient pas reconnue pour leur sœur, si elle ne l'avait pas été; et qu'enfin les temps ne s'accordaient pas assez bien pour favoriser ma conjecture, puisque la Pucelle avait été mariée dans l'année de l'échevinage de Philippin Marlou, en i436, et que la seconde guerrière n'avait paru que quatre années après, en i44<>- ^ ajouta ensuite, à l'égard des autres vraisemblances que j'avais avancées contre son opinion , que si le mari de la Pucelle ne l'avait pas menée à la cour, demander au roi des récompenses dignes des services qu'elle lui avait rendus, il se put faire qu'éunt devenue grosse aussitôt après son mariage, et incommodée pendant tout le cours de sa grossesse, ce voyage eût été remis après ses couches, et qu'en donnant la vie à son fruit, elle-ménie l'eût perdue. Que si les quatre commissaires que le pape

Calixte lil dëlëgua en 1 455 pour informer <le sa vie y n^en divulguèrent pas cet heureux événement, qui ne vint que trop à leur connaissance, après Tauditiôn de cent douze témoins, c^est que leur commission n*éiait pas de montrer qu^elle eût échappe de la mort à Rouen , mais d*examiner si Ton avait eu raison de Ty condamner comme hérétique, relapse, apostate et idolâtre* Que si le chancelier de TUniversité de Pa-^ ris, qui fît son apologie en 1 456, et tous nos histo* riens français^ a^avaient rien dit de cette surprenante aventure, c'est qu'ils ne l'avaient pas sue, ou ne l'avaient pas voulu croire* Que si la voix du peuple , qui passe pour celle de Dieu et de la vérité, était devenue muette sur une singularité si merveilleuse, c'est que le peuple aimait la nouveauté , et que deux siècles étaient plus que suffisans pour lui faire oublier des choses encore plus considérables que celle-là ; et qu'enfin si ce M. des Armoises, qui lui avait confié les cle& de son trésor, ne savait pas lui-même la descente de notre incomparable héroïne , il n'eût pas été ïe premier qui eût ignoré ce qu'il devait le mieux savoir ; et que son engagement dans les troupes dès le bas âge, joint à une inclination naturelle beaucoup plus forte pour les armes que pour les lettres, lui avait bien donné d'autres choses à faire qu^à s'amuser À lire de vieux contrats. Votre illustre frère passa au fond de la difficulté après ces répliques, et me montra que la Pucelle ayant été exposée le ^4 de mai sur un échafaud public, en conséquence de l'avis envoyé à Rouen par TUniversité de Paris, qui la jugeait

(ligne de mort, on Pavait seulement admonestée , remise en prison, et condamnée à y passer le reste de sa vie ; ce <{ui donnait un juste sujet de juger qtie la condamnation à être brûlée toute yive , qui avait été rendue contre elle à la fin du même mois de mai, n'avait eu pour but que de dompter, par la crainte du plus terrible des supplices, Tinvincible attachement qu'elle témoignait avoir à être habillée en homme : mais que Texécution qui avait suivi cette sentence était tombée sur une autre personne qu'elle, personne de même sexe, digne de mort et de mort cruelle, qu'on avait adroitement substituée en sa place (comme le peuple de Paris l'avait même deviné, lorsqu'il avait pris la seconde guerrière pour elle), et qu'on avait brûlée toute vive, pour contenter l'animosité des Anglais, en même temps qu'on épargnait l'innocence de notre illustre Française ; et que si le cœur de cette personne supposée avait échappé des flammes, comme on le disait, ce n'était pas une marque de sainteté , puisque celui d'un païen avait bien eu le même avantage. Il ajouta que ce pro^cédé était d'autant plus digne de créance , que c'était un évéque, et un évêque de notre nation, qu'on avait rendu le mattre de la vie et de la mort de la Pucelle ; que cinq semaines entières s'écoulèrent entre sa der- ' nière sentence et l'exécution, comme on le voyait par la comparaison des dates de Pasquier et de de Serres, le premier mettant cette condamnation au 3o de mai, et l'atitre cette exécution au 6 de juillet; délai extraordinaire en justice, mais sans doute alors

nécessaire pour trouver la criminelle dont on avait besoin^ et pour disposer toutes choses à réussir : à quoi n^avait pas peu contribué la mitre qu^on mit sur la tête de cette malheureuse ^ en la conduisant au supplice , et le tableau plein d^injures qu*on porta devant elle, puisque c^étaient autant de moyens d*occuper et de distraire les regards des personnes de fin discernement 9 qui auraient pu découvrir cette sage feinte. Il me fit remarquer après cela, dans Pasquier, la teneur de certaines lettres de don, octroyées à Pierre, l'un des frères de la Pucelle, par le duc d'Orléans, en 144^9 ^^^ portent : « Ouïe la supplication « dudit messire Pierre, contenant que, pour acquitter « la loyauté' envers le roi notre sire, et M. le duc (( d'Orléans, il se partit de son pays pour venir à (( leur service, en la compagnie de Jeanne la Pucelle^ « sa sœur, avec laquelle, et jusqu'à son absentement, (( et depuis jusqu'à présent, il a exposé son corps et ses « biens audit service : » termes qui marquaient que la Pucelle n'avait été qu'^sente, et qu'elle n'était pas morte ; ce que son frère n'aurait pas manqué de dire et de faire exprimer dans ces lettres, s'il avait été véritable , afin de s'attirer plus de mérite auprès de ce prince. Il me témoigna enfin qu'il ne doutait point que le roi même n'eût bien su qu'on n'avait pas fait mourir cette innocente, puisqu'ayant été prise en guerre par les Bourguignons ,. qui la vendirent aux Anglais, il n'aurait pas manqué de venger publiquement, sur les premiers de ces ennemis qui seraient tombés sous sa puissance, la mort qu'on aurait don-

née, contre le droit des armes, à cette hâouie, à qui il devait la conservation de sa couronne; ce qui notant pas arrivé, à ce qu^on sache, confirmait Topinion qu''elle n*avait souffert qu'une prison de quelques années; d*où enfin s'étant échappée après la mort du redoutable duc de Bedfort, général des Anglais, avenue à Rouen en décembre i435, il y avait lieu de croire encore qu'elle avait aidé, quoique sans éclat, à chasser de Paris les Anglais, qui en sortireûl au mois de février 1 436 ; et qu'ayant entièrement satisfidt à sa mission, et accompli toutes ses prédictions, elle était retournée en son pays, où elle parut au mois de mai suivant, et où elle finit ses aventures par son mariage avec une personne de qualité, comme .on rapprenait du manuscrit et du contrat. Il ajouta encore que , si lés voix célestes qu*elle avait accoutumé d'entendre, et qui Pavaient avertie de sa prise, lie lui avaient pas annoncé précisément qu^elle sorlirait de prison , elles lui en avaient assez dit pour lui en faire concevoir Tespérance, puisqu'elles lui avaient recommandé d'avoir bon cœur et de répondre hardiment, et que Dieu ne la laisserait pas sans* aide et sans con»solation. Il cita ensuite Tauteur dont il tenait cette circonstance; mais le nom m'en est échappé de là mémoire.

Voilà, monsieur, les raisonnemens de votre illustre frère sur ce grand sujet, autant que j'ai pu m'en souvenir en lisant vou:e lettre, et en relisant le Père Caussin, Pasquier et de Serres. Peut-être y en ajoula-t-il d'autres, que le temps a encore effacés de mon I. 7<^ Liv. a5

esprit. M. de Morangis le vint voir sur la fin de ces ëclaircissemetiB : lé manuscrit avait passe par ses uiainS) et il en savait les patticularitës. Il témoigna qu^il aurait souhaité que le contrat y eût passé aussi , et non seulement celui de Robert des Armoises , mais encore celui de son fils , pour voir les termes et les dates de Pun et de Tautre. Il demanda ensuite si Ton ne pouvait point contester la validité du manuscrit y sur ce qu*en faisant mention des frères de la Pucelle, il donnait la qualité de chevalier au cadet, et n^attribuait que celle d*écuyér à Tainé. Sur quoi votre il- Ittsire iirère lui répondit que le cadet accompagnant sa sœur en guerre , comme le portaient les lettres de don de i44^9 s*était sans doute acquis un mérite singulier, d*où lui étaient venues la dignité et la qualité de chevalier, lesquelles n*avaient pas été accordées à son aine, pour ne s'être pas signalé de la même manière ; et cette réponse me parut fort plausible. Us se dirent beaucoup d'autres choses sur ce manuscrit, que je ne comprenais pa$ trop, parce qu'elles dépendaient de circonstances qui m'étaient inconnues ; et si je l'eusse vu, je ne doute point que je n'y eusse bien trouvé des questions à proposer à notre illustre tenant. Par exemple , pourquoi cette guerrière parlait par paraboles; disait qu'elle n'avait point de puissance avant la Saint- Jean*Baptiste ; ne s^alla point &ire voir à Dompré, Domprin ou Domremy, sa terre natale, à Yaucouleur, son voisinage, et à Neufchâtel, où elle avait demeuré cinq années, et se laissa mener à Cologne par un jeune comte d'Allemagne qui l'ai-

malt, et qui Vy retint tant quUl plut a JDieu ; on hé dit pas combien de temps. Car enfin, monsieur, vous ii/avouerez qu'on peut bien soupçonner du mystère en tout cela, et un mystèrç^ peut-être plus propre à affaiblir qu'à fortifier la preuve qu'elle était la yéri''' table Pucelle. De plus, on me vient d'apprendre que du Hailkn, qui a écrit avant Pasquier, et qui rapporte plus au long que lui le procès de notre hérome > dit qu'elle avait fiiit vœu de virginité, dès le temps qu'elle commença à ouïr les voix célestes, ce qui af^ riva en ]a quatorûème année de sa vie, et que, pour cette raison, elle refusa de se marier à un jeune homme à qui ses parens l'avaient promise, comme elle l'avait confessé à ses juges. Et voilà, ce me sem* ble, une assez grande atteinte à l'opinion de votre il"* lustre frère^ J'y défère pourtant beaucoup, et je me rendrai toujours à la vôtre, ayant ajouté à l'estime que )'ai toujours eue pour vous, celle que j'avais pour lui. Faites-moi la grâce d'en être persuadé, et de me croire , monsieur, votre, etc^

oisBavikTioKs sua le hjt pmÉcÉnsKt' (i)w

Les doutes que renferme la dernière page de 6ette Lettre paraîtront fondés, si Ton examine avec queU qu'attention ce qu'*on a écrit à ce sujet. 11 est peu croyable que si la PuCelle d'Orléans s'était mariée à Metz, Charles YII ne l'eût pas fait venir à la cour.

iJLjU.

(I) Par l'éditeur du Mtrcurek

pour rëcompenser, par les honneurs qu^elle mëritflit, les services qu^elle avait rendus. H y a plus : il est porte dans Tancien miu^uscrit trouvé à Metz, dont on parle dans ces deux lettres, que ses deux frères la vinrent voir près de Saint-Privé, et la reconnurent. Cependant il est constant qu'en i455, sa mère et un de ses frères présentèrent requête au pape Calixte III , pour (d)tenir un ordre de faire faire révision du procès, aux fins de sa justification; que ce pape délivra une commission pour cela à Tarchevéque de Reims, et que les témoins ouïs en la ville de Rouen, par-devant Tévéque de Beauvais , déposèrent presque tous qu'ils avaient vu conduire la Pucelle au supplice, et plusieurs qu'ils Tavaient vu brûler. Le jugement rendu par les commissaires, le 7 juin i456, la déclara t innocente, cassa les jngemens qu'on avait rendus

contre elle , et ordonna qu'il serait fait deux processions, accompagnées chacune d'un sermon qui la justifierait des calomnies de ses ennemis, l'une en la grande place de la ville, et l'autre en celle où l'exécution avait été faite , dans laquelle on élèverait une croix , qui s'y voit encore aujourd'hui. Tout ceci se trouve dans un grand volume en parchemin qui est au trésor royal des chartes de la Sainte-Chapelle« Ce volume contient la révision du procès, et celui de là condamnation, paraphé, dans toutes les pages, par les greffiers commis pour cette révision.

:( 3ff9 )

IPROBLÊME HISTORIQUE

SUR Lk PUC£ttE D'ORLÉANS, OÙ VOV FORTIFIE L'OPIIïION DE SON MARIAGE.

PAR POLLUCHE (i).

Il parut en 1683, dans le Mercure galafU du mois de novembre y mie leltre adressée à M. de Gram- ,mont , qui surprit bien des gens. L^auteur y avança que Jeanne d*Arc , plus connue sous le nom de Pu' celle d^ Orléans j n*avait point été brûlée à Rouen, le 3o mai (3) i43i, mais que s^étant sauvée des mains des Anglais , elle avait été mariée en 1 436 y k un gen^ tilhomme de Lorraine, dont elle avait eu des enfons ; et il apporta en preuves Texirait d*un manuscrit que le Père Yigoier^ de TOratoire , avait trouvé à Metz , dans, un voyage qu^il avait fait en Lenrraine avec M. de Ricey, qui y allait être intendant (3).

(i) Cet opuscule , formant 24 pages în-S®, parut à Orléans en 1749* Il est devenu fort rare. (^EdiU G. L.)

(a) Le président Hénault rapporte cette exécatîon au i4 juin, et rhistorien de Serres Ta reculée jusqu'au 6 juil^let Us sont contredits Fan et Pautre par le texte du procès de la. I^xceUe, qui U place au pénultième may.

(3) Ce manuscrit a depuis été imprimé sous le titre à.ft Chronique de Metz, composée par le doyen de Saint-Thiébaut, de la même cille : il finit à l'an i44S* Dom Calmet l'a donné dans les pièces justificatires de son Histoire de Lorraine. (^Voy. le texte , rapporté dans la première des deux jpièces précé-<^ dcntes,> (^EditCL.)

Ce récit est soutenu du contrait de mariage de Robert des Hermoises avec la Pucelle, que le Père Vignier assurait avoir vu dans les litres de la maison des Hermoises; et par un contrat de vente fkite par le même Robert des Hermoi$es, seigneur de Trichiemont, et Jeanne du Lis, la Pucelle de France, dame dudilTriehitnncnt, sa lemme, de certains bien$ qu^ils av^ent à Harancourt, ledit contrat' du ^ novembre i436 (i) ; enfin, par la persuasion où ^ont encore au- ^ourdliui MM « des Hermoises qiiUls descendent de la Pucelle.

Je viens de trouver, depuis quelques jours, de nou<velles preuves à Popinion du Père Vignier ; car ayant ^1 occasion de parcourir les ancienis comptes des receveurs de notre hôtel t de - ville (d^Orléans), je suis tombe par hasard sur celui de Jacques l'Argentier, pour les années ff435 et i436, où jV lu \ ^article de la dépense de la derniçre :

« A Renaud Brune, le 2$ jour dudit mois (juillet), « au soir, pour faire boire ung messagier qui appor-? « toit lettres de Jehanne la Pucelle, et alloit devers (( Guillaume Bélier, bailly de Troyes. Pour ce, 1 1 s. (( 6 d. par.

« A Jehan du Lik, frère de Jehanne la Pucelle , (( le mardy a i jour d^aoust 1 4^6 , pour don à luy ce faict, la somme de la liv. tournois, pour ce que le- (( dict frère de ladiqte Pucelle vint en la chambre de (( ladicte ville, requérir aux procureurs de ladicte

(i) FUst de Lorrains du Père Galmet, t» a, p. 7o3,

fi ville, qu*ils luy voulsissem aidier d*aucuii poy dW- « gent pour s^en retourner par dev^« aadicie seur f (( disant qu*il venoil dç devers le roy, et que le roy <( luy avoit ordonne cent francs , et conunandë quW « les luy baillasty dont on ne fit rien$, et ne luy fut (( baille que ao liv,, dont il avoit deapendu les i a liv.^ « et ne luy restoit plus que fi liv., qui estoît peu de (( chose, pour s*en retourner, veu quHl estoit son cinu quième à cheval ; et pour ce luy fiit ordonne en la- « dicte chambre de la ville, par lesdicts procureurs, fc qu*on lui donna la liv. Pour ce, 9 liv. la s. par. »

Je passe quelques articles qui concernent la ma^ nière dont ce Jean du Lis, frère de la Pueelle, fut régalé à Orléans, pour venir à ce qui fait mon objet.

« A Cueur de Lils, le 18 jour d^octobre i436, (( pour un voyage qu'il a faict pour ladicte ville, par c( devers la Pucelle , laquelle estoit à Arlpn , en la du- <( chié de Luxembourg, et pour porter les lettres « qu'il apporta de ladicte Jehanne la Pucelle, à Loice chç&, par devers le roi, qui là estoit, auquel voyage (( il a vacquë J^i jours. Pour ce, 6 liv. par, »

En continuant mes recherches, et parcourant le compte de Gilles Morchoa^e, pour les années 1439 et 144^» j*^^ ^^ plus, trouvé quelques articles dçs afi, a9 et 3o juillet i439, pour vin et rafiraîchisseipens présentés à dame Jehanne des Armoises. Et eiifin :

(c A Jehanne Danpoises, pour don à elle faict le « premier jour d'août 1439, par délibératioa faicte^ (( avecques le conseil de la ville, et pour le bien (( qu'elle a faict à ladicte ville durant le siège, deux

i( cens dix livres par. Pour ce, aiô livres par. » De pareils témoignages sont bien capables de faire douter de Topinion qu^on a communément , que la Pucelle est morte en i43i. Le récit du doyen de Saint -Thiébaut, et les extraits de notre hôtel -deville, sont précis. La Pucelle, après s'être sauvée des mains des Anglais, il importe peu comment, vient à Metz, où on la croyait avoir été brûlée à Rouen j elle y est reconnue par plusieurs personnes dignes de foi, çt plus particulièrement par ses deux frères. Ces derniers, pouvaient-ils méconnattre leur sœur, eux qui étaient venus en France, et qui avaient servi avec elle? Jean, Faîne, deux mois après avoir retrouvé sa sœur, part de Lorraine, va trouver le roi à Loches, pour lui confirmer cette découverte; il repasse par Orléans pour se rendre auprès de cette même sœur, qui, trois ans après, vient elle-même dans cette ville, où elle devait être bien connue. Elle y séjourne cinq à six jours ; elle y est reconnue , et traitée aux dépens 4ç la ville, qui lui fait, à son départ, présent dune somme très-çonsidérable pour le temps (i). Peut-on, s^imaginer que les Orléanais aient pris le change , et que cette Jeanne des Hermoises, si elle avait été une fausse Pucelle, se fût maintenue dans la persuasion du contraire ? Le propre du mensonge est de se dissiper bientôt ; nous le verrons phis bas.

Ajoutons une nouvelle preuve de l'opinion où Ton^

(i) L'argent ne valait alors que 7 liy. 10 s. le q^arc, e^ 210 liv. par. reviennent aujourd'hui à plus, de 1700 livres..

ëlail à Orléans^ que la Puceïle vivait encore. Dans ce même compte de Gilles Morchoasne, que j*ai cité, on trouve bien passé en dépense, deux mois avant Tarrivée de Jehanne des Hermoises : « Neuf livres de cf cire pour feire quatre cierges et ung flambeau, pour i( Tobseque de feue Jehanne la Pucelle, en l'église (( Saint- Sanxom d'Orléans , la surveille de la Fête- (( Dieu 1439* » Mais on ne voit rien de semblable dans la dépense de i44^> ^^ ^^ n^est nullement parlé d'un pareil anniversaire.

On peut encore fortifier le sentiment du Père Vignier d'un autre exemple. Charles, duc d'Orléans en 1443, donna l'Ile-aux-Bœufs , près d'Orléans, à Pierre du Lis , frère dé la Pucelle. ce Ouye la supplication (( dudit messire Pierre , contenant que pour acquitter (( la loyauté envers le roy nostredit seigneur et mon- « sieur le duc d^Orléans, il se partit de son pays pour (( venir à leur service, en \^ compagnie de Jehanne (c la Pucelle, sa sœur, avec laquelle, et jusques à son a absentement, et depuis, jusques à présent, il a ex - (c posé son corps et ses biens audit service (i)« » Que signifie ce terme diabsentementj sinon que la Pucelle n'avait été qu^absente, çt qu'elle n'était pas morte? ce que Pierre du Lis, son frère, n'aurait pas manqué d'exprimer dans sa requête, si la chose avait été véritable , afin de s'attirer plus d'attention de la part du prince. La mort, et une mort telle que celle que l'on

(1) Trésor du domaine d'Orléans* — Recherches de Pasr ^îer, p. 467.

donne communëment à la Pacelle, est bien plds touchante qu^une simple fuite ou quVne absence.

Enfin, on doit se souvenir qu^aussitAt après le 3o mai i^^iy le bruit courut que la Puoelle n*était pas morte y et que les Anglais avaient substitue à sa place une malheureuse qui méritait , par ses crimes, le supplice qu'ils voulaient qu^on crût quHls avaient fait endurer à la Pucelle ; quelques-uns même avancèrent qu'elle n'était point tombée entre les mains des Anglais. Voyons-en les preuves.

La Chronique de Lorraine, imprimée parmi les pièces justificatives de THistoire de cette province , par le Père Calmet (i), et qui ne passe pas Van 1544» parlant du siège de Compiègne (2), dit que la Pu^ celle <( là fut perdue , et on ne sçeut qu'elle devint ; « plusieurs disoient que les Anglois la prirent, de« « dansKoiien fut menée; les Angbis ce la firent brû- « 1er ; d'autres disoient qu'aucuns de Tarmée Tavoient <( faict mourir, pour cause qu'elle attribuoit tous les K honneurs des &icts d'armes à eUe« » La Chronique 4e Metz est phis décisive (3). I^a Pucelle a fut prinse c( par les Anplpis et par le^ Bourguignons, qui estoient « contre la gentiUe flour de lys.... Puis envoyée en la « cité de Jloijien , en Nprmandie , et là fut elle es- « chaSaudée et aree en ung feu, ce voU-'On dire.

(i) Coi. 9.

(2) Il y a Rouen dans la Chronique , mais c'est une méprise de l'auleur.

(3) Col. 200.

<( mais depuis fut trouve le contraire. » Enfin, on lit dans le Journal d'un bourgeois de Paris, pour le règne de Charles VU, et qui \$l jusqu'à Tan i449 ? ^^^^ prime dans V Histoire de Charles VI de Tëdition du Louvre (i), qu^après le supplice delaPucelle, w main- « tes pensonnes qui estoient abusez d^elle (3), creu* a rent fermement que par sa sainctetë elle se fust es- (( chappëe du feu y et qu^on eust arse une autre , <r cuidans que ce fust elle'^niéme. 1»

Il paraît même que, dès le temps de la prison de la Pueelle, il courait d^jà des bruits qui tendaient à faire croire un jour qu*elle n'aurait point ëié exëcuf tée, puisqu'un témoin oculaire qui déposa dans le procès de sa juitification , en i455, nous apprend que lors de rexécution faite à Rouen , « les Anglois doub- <f tans qu'on voulut semer qu'elle (la Pucelle) ne fust a point morte, ou que quelqu'autre qu'elle fust brusa lée en son lieu> firent, après qu'elle fust morte, reu tyrer le feu et tout le bois arrière du corps, afSn a que on congneut qu'elle fust morte (3). ^

Cette dernière circonstance, qui semble d'abord favoriser le sentiment qui veut que la Pucelle ait été brûlée effectivement, e^t sit^scepUble de toute autre explication* Une personni^ qui vient d'être étouffée par un grand feu qui a consumé ses vêtemens, est-elle bien reconnaissable ? Et la précaution que prirent lea

(s) L'auteur était dans le parti des Bourguignons.

(3) Mss, à la bibl. du chapitre d'Orléans,

Anglais; de mettre sur la tête de la malheureuse qu*ils conduisirent au supplice , une mitre élevée qui la d^uisait , et de faire porter devant elle un tableaa plein d*injures et de contumelies (i) contre elle, Vëtaient-ils pas autant de moyens de distraire Tattention des spectateurs, dont, à Texception d'un petit nombre, les uns ne Pavaient jamais vue, et les autres ne Pavaient vue qu'en passant? Il n'en fallait pas davantage pour les jeter tous dans Terreur, et leur faire croire ce qu'on voulait absolument qu'ils crussent.

On peut ici faire quelques objections. La première, que si la Pucelle avait échappe à la cruauté des Anglais, il est impossible qu'il n'en eût pas été fait quelque mention dans le procès de sa justification , surtout après une audition aussi ample que celle de cent douze témoins. Il est facile de répondre avec le Père Tignier, qui se faisait la même objection, que la commission de ceux que le pape Calixte III délégua en 1455 pour cette affaire, n'était pas de montrer que la Pucelle eût échappé de la mort à Rouen , mais d'examiner si on avait eu raison de l'y condamner comme hérétique, relapse, apostate et idolâtre; et quoiqu'il soit assez vraisemblable qu'ils sussent que cette fille n'avait pas été brûlée, c'était un fait étranger à leur commission , et sur lequel ils pouvaient aisément passer.

La seconde objection roule sur ce que, dans le même temps à peu près qu'on voit la Pucelle en Lor-

(1) Recherches de Pasquier, p. 464<

raine et à Orléans, il paraît deux autres femmes que le peuple faisait passer pour être la Pucelle, et dont la fourberie fut découverte : d*où Ton peut inférer que Jeanne des Hermoises était une pareille aventurière, si même elle n*est pas Tune de ces deux premières. Les voici.

On lit dans le Journal pour la vie de Charles YII ( i ) , que j*ai déjà cité, « qu'en Tan i44^9 1^ Parlement et (( rUniversité firent venir à Paris une femme , suivant « les gens de guerre , que plusieurs croy oient estre « Jehanne la Pucelle , et pour ceste cause à Orléans (( avoit esté très-honorablement reçue , laquelle femme « iust monstrée au Palais sur la pierre de marbre en (( la grande cour, et là fust preschée et toute sa vie (( et tout son estât, et recongnu qu'elle n'estoit pas « pucelle et qu'elle avoit esté mariée. »

L'autre fausse Pucelle se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque du roi , du temps de Charles VII, intitulé : Exemples de hardiesse de plusieurs rois et empereurs j et coté, suivant le Père Labbe (2), 180. a Entre autres me conta ledit sei-^ (( gneur (M. de Boissy) que dix ans après la sentence (( de Rouen, en i44^9 ^^ ramenée au roi une autre « Pucelle affectée, qui moult ressembloit à la pre- (( miere, et voulut l'en donner à entendre, en faisant « courir le bruit que c'estoit la première qui estoit (( ressuscitée. Le roi, oyant cette nouvelle, corn-

(a) Mélanges, t. 2, p. 714*

tr màdciâ <|a^elle (ust amenée (levant lui*.»... Mais que u le roy lui ayant dit 2 PucellCj ma mie^ "vous sojez (( la ttès^biêfi venue j au nom de Dieu^ tfui sçait le (c secret qui est enù*e vous et mol; alors miracoleu- « ornent, aprèâ àvoit oiii ce seul mot, se mit à ge^ w noux devant le roy cette fausse Pucelle, en lui c( criant mercy, et sut le champ confessa toute la c( trahison, dont aucuns furent justiciez très-aspre* f( ment. »

Mais examinons ces faits. Dans le premier récit ^ il y a des traiu qui ne peuvent absolument convenir à Jeanne des Hermoises. La femme dont il est parlé était une coureuse qui suivait les soldats, et qui se disait fille : rien de tout cela daUs Jeanne des Her-> moises, qui se donnait pour femme mariée, en se fai* sant appeler du nom de son mari ; qui vient à Or-léans avec ses seuls domestiques, puisque, dans tout le compte de Morchoasne , il n^est point parlé qu^elle fût avec des gens de guerre, capitaines ou officiers, moins encore avec des soldats, comme celle du Jottr« nal ', circonstance à remarquer, puisqu*une telle con* duite aru:ait été odieuse dans une demoiselle qui avait épousé un gentilhomme, un chevalier d'une maison qui a toujours passé pour une des meilleures de Lor** raine. Secondement, ajoutons que si on avait bien su distinguer, à Paris et à la cour, Tune de ces guer-^ rières d'avec la véritable, il était beaucoup plus aisé de faire ce discernement à Met£ et à Arelont, comme étant plus proches du pays de la Pucelle, et à Orléans, qui avait été le premiei; théâtre de ses belles

actions; et que le témoignage de Pierre et de Jean du Lis, en faveur de Jeanne des Hermoises, qu'ils reconnaissent pour leur sœur, est un argument contre lequel il n'y a guère à répliquer.

Reste une troisième difficulté. Si la Pucelle, dîra-^ t-on, se fût échappée de la main des Anglais, n'aurait-elle pas reparu à la cour ou à Tatmée? et ne trouverait-on pas que le toi l'eût récompensée des services qu'elle lui avait rendus? On ne voit rien de tout cela ; et par la manière dont Jean du Lis, son frère, fut reçu à Loches en i436) suivant ce qu'il raconte luimême dans le passage que nous avons rapporté plus haui, il y a toute apparence qu'on n'ajouta pas beaucoup de foi à ses paroles.

Pour répondre à cela , il ne faut que se rappeler la jalousie qu'avaient contre la Pucelle ceux qui approchaient le plus du roi , et surtout Georges de la Trimouille , son favori , qui , pour me servir des expressions de la Chronique de Metz, a n'estoit mie loyaux f( audict roy son seigneur, et avoit envie des faicis « qu'elle faisoit, et fut cause de sa prinse. )) Le crédit de ce seigneur n'était que trop puissant pour empêcher le roi de reconnaître la Pucelle, qui passait pour avoir été brûlée. Quant à la reconnaissance de Charles VII, où trouvera-t-on que, siu: la nouvelle du supplice de la Pucelle, il ait jamais usé de représailles sur les premiers Anglais ou Bourguignons qui tombe* rent entre ses mains? où voit-on qu'il ait vengé une mort qui le déshonorait? Il faut convenir que la conduite de ce prince est la même dans ces deux cir-

çonslanèéé, et qae les raisons qui la déterminent partent du même principe : la jalousie des courtisans en est également la sourca

Il est , je crois , assez itxutilé de parler ici d'une fille que le jeune comte de Yirnenbourg prétendit, yei^ Tan i^l^y ^^^^ ^^ PuceUe d'Orléans, que Dieu avait ressuscitée pour établir sur le siège archiépiscopal de Trêves, Uldaric de Mandencheit, et dont la fourberie fut découverte par l'inquisiteur de Cologne, qui la fit arrêter, et qui lui aurait fait son procès , si le comte n'avait trouvé le moyen de la faire évader, et d'éviter, par sa fuite, la mort qu'elle avait méritée par sa vie pleine d'infamies (i). Le temps où cette troisième fourbe se montra est trop éloigné pour avoir quelque rapport avec celles dont nous avons parlé; encore moins avec Jeanne, devenue femme de Jean des Hermoises, dont il faudrait prouver le désordre, avant de la vouloir confondre avec elle; ce qu'on ne fera sûrement pas, et ce que nous avons dit des autres pouvant d'ailleurs se dire , avec plus de raison, de cette troisième aventurière^

Je finis en disant que, conmie l'arrivée de la PuceUe en France est un de ces évènemens où beau7 coup de personnes ont cru voir un mystère caché, il en est peut-être de même de son supplice, dont le secret se découvrira quelque jour. En attendant, contentons-nous des raisons que nous avons d'en douter.

(t) J« Nider, FormicarUafn, 1. 5. — D. Galmet, t. 2, p. 906.

OBSERVATIONS

sua x'ilTVaAISEMBÏANtB BU MAKIAOE DE LA PtC^ELLE.

L'abbé Lenglet du Fresnoy/ <|ui cfonnaisââit les Lettres de Vignier et de PoUuche , n'a point partage leur doute sur la rëalité de Texécution dé la Pucelle ; et le fait du mariage de Jeanne ne saurait, selon cet écrivain, résister à Texàmen deis témoignages con-^ tràircs. Il n'a pas cru pouvoir faire imprimer le Ptô* blême historique de PoUuché , dans son Histoire dé la Pucelle, sans le consentement de Tauteur^ mais il ne dissimule pas que s'il y eût été autorisé, il aurait ajouté à cette pièce des notes qui l^ii auraient fait perdre la qualité de prdbléme. Et en effet, il s'en explique assez pour faire Voir que les découvertes du Père Vignier et du savant Orléanais n'avaient point ébranlé sa croyance, qui est, au surplus, conforme à l'opinion commune (i). Dès qu^un fait singulier, ex-^ traordinaire , ou, si l'on veut, merveilleux, dit cet historien. Vient à paraître dans le monde, il ne manque pas de singes et d'imitateurs ; chacun veut participer à la gloire, sans avoir part à la peine. La Pucelle était trop distinguée pour n'avoir pas des copistes; mais quelles copies produisit- on? La mémoire toute récente de cette fille en bccasionna plusieurs; les unes se sont dissipées en peu de jours, et d'autres se

(k) EiUt. C. L. Ce qui suit appartient à Lenglet du Fresnoy, Hist. de la Pucellt*

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