‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 39 sur 54 · I. 7« Liv. a · texte numérisé non relu

I. 7« Liv. a

sont soutenues pendant quelques mois. Il est permis de supposer que ce qu'on écrivit alors de ces ëvènemens, ne mérite pas plus de confiance que les bruits mêmes d'après lesquels on écrivait. Par exemple , aucune des circopstances rapportées dans le manus* crit de Metz, ne convient à la véritable Pucelle.

Qui ne voit Poppoisition de tous ces faits avec ceux de notre piei^se héroïne? Sagesse, modestie, retenue , esprit de droiture et de vérité dans Jeanne d* Arc ; au lien que cette prétendue Pucelle va de ville en ville avec ua gentilhcmime aUeomnd, veut faire des intrigues à 0>logne, ne parle que par paraboles, était dissimulée, et ne déclarait pas. ses intentions. Je suis étonné que le Mercure galant de novembre r683 rapporte la découverte de cette histoire comme une nouveauté, dont néanmoins Symphorien Guyon nous avait informé , plus de trente ans auparavant , dans son Histoire d' Orléans j publiée en i65o , à la page 265 de la seconde partie.

On dira deux choses : la jn^emière , qu^elle fut reconnue par SGB deux frères. Je sais que cela pourrait former une espèce de difficulté^ si Ton ignorait combien les ressemblances ont quelquefois trompé les hommes. L'histoire du faux Martin Guerre, reconnu pour le véritable par sa propre femme, ses sœurs et toute sà parenté, est célèbre dans le parlement de Toulouse. Un faux Sébastien, roi d^ Portugal, avait tant de ressemblance avec le véritable , que bien des personnes y furent trompées ; et ce prétendu roi est mort aux galères. Le ti:ansfuge Jean-Baptiste Rocoles

a donne Thistoire de quelques-uns dé èes imposteurs insignes.

Le mariage de Robert dés Harmoises, maison distinguée du duché de Lorraine, est une suite de lâ' tromperie de cette prétendue Pucelle^ laquelle, avant ce mariage, s'était retirée à G>logne avec le éomte dé Wimenbourg. Ce qu'il y a de Êicheax en éela , est que MM. dès Harnlôises sont descendus d^uné espèce de fille qui avait couru les armées, comme il s'en trouVe tolis les jouris qui se déguisent sous un habit d'homme. Ceux qui ont lu et vU savent que cela n'est point rare dans nos troupes, non plus que dans les étrangers, et que quelques-unes même y vivent avec beaucoup de sagesse et de retenue.

Une seconde aventure arriva au mois d'octobre, en 144^* ^^ g^^^ d'aârmes amenèreut à Paris une prétendue Pucellé , qui avait pareillement csouifo lés ar^ xnées (i). Elle fut très-bien reçue à Orléans, toii jours ^ans doute en méfik>irê de leut illustré libératrice ^ avec laquelle ces prétendues Pucélles avaient quelque sorte de ressemblance. On sait qu'entre femmes les traits se rapportent plus qu'entre les hommes, surtout dans les filles de la campagne. Mais cette faussé Pu-^ celle se décela elle-n^éme : comme on la conduisait à Paris, elle manqua de cette confiance avec laquelle elle s^était présentée à Orléans ; elle ne voulut pas se rendre dans la capitale ; mais on l'obligea d'y entren-

(1) Marcel., HiO. de France, i. 3, p. 4*53, où il a donné hn extrait du Journal de la vie de Gharlei^ Vil.

Elle fut montrëe au peuple sur la pierre de marbre qui ëtait alors au pied du grand escalier du Parlement, dans la cour du Palais. Là, sur ses propres confessions^ on développa toute sa vie. Elle avoua qu^elle notait pas vierge , mais veuve d*un chevalier, ou soi-disant tel, de qui elle avait eu deux garçons ; et que, sous rfaabit. d^bouMiie, elle était allée à Rome pour s^y faire absoudre de ce que , par malheur et par accident, elle avait frappé sa mère; que, dans cette capitale du monde chrétien , elle s^était battue en duel contre deux hommes, qu^elle avait tués, pour défendre la juste cause du pape Eugène lY, que les factieux qui étaient restés à Bâle après la dissolution du concile en i438, avaient voulu rejeter du sânnt^ siège, en 14^9 , pour y placer Tantipape Félix Y. Cette aventure cessa bientôt par la retraite de cette prétendue Pucelle, qui abandonna Paris dans Thiver. Pasquier dit quelque chose de cette deuxième tromperie "^dans son livre des Recherches (i).

Enfin, 1UI dernier fait se trouve rapporté par Symphorien Guyen (2). Ce fait arriva en i44^^ Cette troisième Pucelle ressemblait si bien a la véritable , que le bruit courut en divers endroits que Jeanne

(a) P. 264 de la seeonde partie de son Histoire d'Orléans. Il est tiré S^nti manuscrit cle la Bibliothèque du roi, sous le titre de Hardiesses de plusieurs rois et empereurs, dont le Père Labbe , jésuite , a donné on extrait au tome a de son Mé^ btnge curieux, p. 714

à^Ave était ressuscitée. Le roi Charles YII ordonna de la lui amener, pour s^infonner par lui-même de celle singularilë. Le roi s^élail blesse depuis quel^ que lemps à un pied, et se ironvait oblige pour lors de porler une sort»' de boue. Par -là il était facile de le reconnatlre>; at ceux qui tramaient cette iniri-* gue, pour en tirer vraisemblablement quelque ayan^ t^ge particulier, car c^est là le mobile de ces sortes de JEaurberies, avertirent celte prétendue Pucelle de cet accident , par lequel il était facile de reconnaître le roi. Charles se reposait alors sous la treille d*un jardin. Il ordonna à Tun de ses gentilshommes d*àlter lui-même recevoir cette femme , comme s*il était le roi ; mais ne trouvant pas dans cet officier Tindice qu'on lui avait donné, elle marcha droit au roi^ qui ne laissa pas d*étre étonné. La surprise ne dura pas long-temps; et sur ce que le roi lui dit en ces termes : (tPuicelle, ma mie, vous soyez la très -bien venue, « au nom de> Dieu, qui sçait le secret entre moi et « vous; )) ce seul mot la frappa ; elle se jeta à genoux aux pieds de ce* prince, le priant de lui pardonner; et sur le champ elle avoua toute Timposture, dbnt les auteurs furent punis très-sévèrement.

Toutes ces aveniures, surtout la premik'e, pour élre réfutées, ne demandent que quelques légères réflexions ; le détail que j'ai donné sur les actes mêmes du procès, servira de réfutation. La Pucelle, codstituée prisonnière au château de Rouen, est enchaînée avec de grosses chaînes aux pieds pendant le jour, et une double chaine qui lui enveloppait le

corps pendant la nuit, outre plusieurs gardes qui la veillaient continuellement, de peur (pi'elle ne s*él^appât. Ainsi y elle n*a pu s^évader de la prison.

Voyons maintenant si elle n^aurait pas trouve moyen de le j^ire en allant an supplice. Le jour piéme qu^elle y est conduite, on la confesse et on lui administre le Saint-Sacrement avant que d*y aller. Le Pèire Martin Lad venu, de Tordre de Saint-Dominique, lui rend ce dernier devoir de charitë, et luimême raccompagne ensuite au stipplice, avec le sieur Jean Massieu. Tous deux interroges deux ou trois fois fiu procès de justification , témoignent de la résignation et de la piët^ avec laquelle elle est morte. Le bourreau, contre IWdinaire de ces sortes de gens, était comme au désespoir d^avoir concouru , par sori poiinistère, h faire mourir une si sainte fille. L^évéque de Beauvais lui-même se trouve au lieu du supplice, et y essjuie en face les reproches de cette héroïne , quelques instans avant que d*!âtre livrée aux flammes.

Je n*ai m^me détaillé, heure par heure, tous les derniers jours de sa vie, que pour parer aux objections que ces trois aventures peuvent faire naiire. Ainsi, OA verra Fimpossibilité où elle ét^it de fuir ou de se cacher. De dire que les Anglais ont substitué une autre fille ou femme pour la faire mourir au lieu de la Pucelle, c^est une chimère qui ne convient pçâni à la fureur ovi cette nation était entrée contre cette fille, qui leur faisait manquer le premier royaume chrétien. Ne serait-ce pas une espèce dç

merveille de trouver une personne du sexe qui aurait mërité le même supplice , pour* la substituer à la Pucelle au moment de Texécution ?

Allons plus avant. Charles YII donne des lettrespatentes ^ en i4$0| pour la révision du procès de condamnation, et il marque avec quelle injustice et quelle inhumanité les Anglais ont fait mourir cette fille. Il savait cependant, et par lui-même et par d'autres, combien on imaginait de tromperies pour faire croire que la Pucelle n'avait pas été livrée au supplice. De tous les témoins ouïs dans le procès de justification, beaucoup certifient avec quelle grande piété ils Tout vue expirer, et pas un ne donne lieu de penser, pas même de soupçonner qu'elle se soit échappée. Elle était trop bien attachée, à la vue de trop de personnes, et même environnée d'une troupe de plus de huit cents hommes armés, pour qu'elle se pût évader*

''*^*""*****"'***i*i"***'****"*>~**n""i'l~nnnrir>r>ririrvirtrMi^viA>v>rirtT)VifiitvvtftijuiAiJV

Page 1