REMARQUES
&V11 QUELQUES PARTICULARITES CURIEUSES DE l'hISTOIRE
DE LA PUCELLE (l).
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YuLSOK DE liA Colombiers^ dans un ouvrage lixir prime en 1668, sous le titre des Hommes ûlustî^es français qui sont peints dans la galerie du palais Cardinal de Richelieu^ dit à Tarticle de la Puceile d^Qrlëans (a) : a Nostre amazone fît tant de merce veilles, qu^elle fit lever le siëge aux pfus insolens (( ennemis qui fîirent jamais, et qui deux jpurs aupa- (( ravant se mocquoient d^elle , et Tappelloient par
(( méchanceté la p des Armagnacs. » Sur quoi
}*obseirveir^i que suivant Y Histoire et Discours au vrajr du siège mis devant Orléans (3) , copiés mot à mot sur un ancien exemplaire écrit en paivheminj etc., les Anglais s^exprimèrent \^i peu différemment. Jeanne d^Arc et le comte de Dunois ayant mandé aux Anglais qu^ils feraient mourir de maie mort tous les Anglais qu^ils avaient en leur pouvoir, s'ils ne ren*.
(i) Extr. des Noweaux Mém. d'Jdst. et de littér. de l'abbi d'Artigny, t* a, p. ^S* (a) P. 88.
(3) Orléans, 1606, în-8", p. 78.
voyaient les hërauts de la Pucelle , « les chefs de l*bst « renvoyèrent tous les heraulx et messagers de la Pu- (c celle, lui mandant par eux qu'ils la brusleroient et <( feroient ardoir, et qu'elle n^étoit qu'une ribaulde ; <( comme telle s^en retournast garder les vaches, dont
« elle fut fort irée , et leur respondit qu'ils men-
« toient. »
Le Journal du siëge d'Orléans est rempli de traits naifs et singuliers; en voici un exemple (i). « Le (( samedi sixième jour de mai ( 1 4^8 ) , assaillirent (c les François les tournelles et les boulevars , que (c les Anglois y avoient faictz pour les fortifier. Et a y eut moult merveilleux assauts , durant lequel y (( furent faiiz plusieurs beaux faicts d'armes, unt en
« afiisaillant que en deflfendant , et entre les au-
« très y flit blessëe la Pucelle, et frappée d'un traiot (( entre l'espaule et la gorge , si avant qu'il passoit oul- (( tre, dont tous les assaillans furent moult dolens et « courroucez, et par espécial le bastard d'Orléans et (( autres capitaines, qui vindrent devers elle , et luy « dirent qu'il valloit mieux laisser l'assaut jusques au (( lendemain. Mais elle les reconforta par moult belles a et ardies paroles, les exhortans d'entretenir leur (( hardiesse : lesquels ne la voulant croire délaissèrent <( l'assaut, se tirèrent arrière, voulans faire rapporter (( leur artillerie jusques au lendemain, dont elle fu&t cf très-dolente. Et leur dist : En nom de Dieu, vous ce entrerez bien brief dedans j n'ayez double : et
« n'auront les An^is plus de force sur nous. Pour- (( quoij reposez-vous un peu; beuçez et mangez. Ce (( qu'ils firent , car à merveilles lai obéifisoient. Et <{ quand ils eurent beu, elle leur dist : Retournez de <( par Dieu à V assaut derechef j car sans nulle a faute les Jlnghis n'auront plus de force d'eux « deffendrCj et seront prinses leurs toumelles et i( leurs boulevars. Et ce dit, laissa son estendart, et a s'en alla sur son cheval à un lieu destourné faire « oraison à Notre-Seigneur.
<c Et dit à un gentil-homme estant là près : DoniA nez-^ous garde quand la queue de mon esten^ a dart sera ou touchera contre le boulevart. Lequel <( lui dit un peu après : Jeanne j la queue y touche; (( et lors elle lui respondit : Tout est vostrcj et jr i( entrez- Laquelle parole iîist tost après congneuë « prof^ëtie, etq. )>
Sans vouloir rien décider sur Thistoire de la Pucelle d'Orléans y tout ce que je puis dire là-dessus, est que Ton ne fera pas mal de consulter un recueil très-curieux que M. de la Barre de Beaumarchais, de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, a publié en 1 7 ^29 , sous le titre de Mémoires pour sentir à l'histoire de France et de Bourgogne (1). On y verra (2) l'histoire d'un cordelier nommé frère Richard J zélé royaliste, qui prêchait cinq à six heures de suite dans les places publiques de Paris, et
(i) Paris, in-4**, 2 vol.
(s») T. a, p. iig.
avait d^ordinaiie six mille personnes \ $es sermons , lesquels opérèrent des conversions éclatantes. La mission de ce kon Père dura dix jours ; et lorsqu^il fit ses adieux; u les gens grans et petitz plouro^nt si pic( teusement, comme sUls velssent porter en terre <( leurs meilleurs amis et lui aussi. » Malheureusement on sut depuis que le cordelier était Armagnac ou royaliste : cette odieuse qualité lui fit perdre tout le fruit de ses prédications. On ne se contenia pas de le maudire de Dieu et de ses saints; chacun retomba d^n^ ses mauvaises habitudes pour le faire enrager. Tous les jeux qu^il avait défendus, recommencèrent en dépit de lui ; (( mesmes ung meriau (i) (( d^estaing oii estoit empraint le nom de Jésus y quHl ce avoit fait prendre aux Parisienjs, laisserent41s, et a prindrent tretou tous la croix saint Andry, ou de u Bourgogne (2^ » Jeanne d'Arc, avant de paraître sur la scène, aviait été sous la direction de frère Richard, de même que trois de ses compagnes, Péronne ou Pierronne , née en Basse-Bretagne ; Catherine de La lipchelle , et une autre dont on ignore le nom. Frère Richard était leur heau-pèrej c'est-à-dire leur confes^ sei;r ; « et le jour de Nouël, en la ville de Jargiau, il (( bailla à cette dame Jeanne la Pucelle, trois foys le « corps de Notre-Seigneur, dont est moult fort à re« (( prendre, et Tavoit baillé à Péronne celui joiu*, deux (( foys, par les témoins de leur confession, et d'aur ■■ I ■ I.. I l'ti .11 II III .■<
(0 Médaille.
(3) p. ia4 '
c< cuns qui présent furent aux heures qui leur bailla (c le précieux sacrement. »
Ces quatre dévotes se vantaient sans cesse d^avoir des visions divines, des apparitions , des révélations célestes. Péronne (caSermoit et juroit (i) que Dieu (( s'apparoissoit à elle en humanité, et parloit à elle a comme ami fait à autre ; et que la darraine (2) foys ({ qu^elle Tavoit veu, il estoit long vestu de robe blan- (( che, et avoit une huque (3) vermeil par dessous; « qui est aussi comme blasphème. Si ne sVn volt onc- (( ques révoquer de Tafiermer en son propos qu^elle « veoit Dieu souvent vestu ainsi : parquoy fut jugiée (( à estre arce (4)9 et mourut en <^ propos un diman- (( che 3 septembre i43o. »
Nos historiens ne font aucune mention de ces particularités; peut-être les ignoraient-ils. Mais s'ils. les ont supprimées de propos délibéré, ne pourrait-on pas soupçonner quUls ont évité de parler des dévotes de frère Richard, de peur qu'on ne regardât celles-ci comme des enthousiastes et des fanatiques? ce qui aurait un peu dérangé le merveilleux de Fhistoire de la Pucelle d'Orléans. .
Quoi qu*il en soit, on ne peut guère s'empêcher de reconnaître quelque chose de surnaturel dans cette héroïne, dont la piété, la sagesse égalaient la valeur.
(3) Dernière.
(3) Espèce de camisole.
(4) Brûlée.
et qui^ par sa i>onne conduite , sauva la monarchie lorsqu'elle était à deux doigts de sa perte , par Tinjustice et Tusurpation des Anglais. M. Tabbë Lenglet (i) a fait des réflexions très-judicieuses sur cette partie de notre histoire^