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EXAMEN

VES HEMâRQUES précédentes sur JEAI9MK d'aRC^

PAR D. POLLUGHE (aj.

La plupart des politiques se sont attaches à dimi^ nuer le merveilleux qui se trouve dans l'histoire de la Pucelle d'Orléans. Tout te que cette généreuse fille a exécuté n'a été y selon eux , que la suite d*un jeu concerté, qu'on crut propre à relever le courage des Français, abattus par les avantages continuels des Anglais. Mon dessein n'est pas de combattre une opinion si injurieuse à la mémoire de Charles YII, et si humiliante pour celle de la Pucelle. Je vais seulement examiner quelques particularités qu^on vient de publier de la vie de cette héroïne, et qui ne serviraient pas peu à établir l'opinion contre laquelle nous nous déclarons, si elles étaient telles qu'on nous les représente.

Ces particularités paraissent dans de Nouveaux

JiêA,

(i) Hist. justifiée contre ks romans", p.- a6i(. et stnv. (a) Extr. du jU 7 des Now. Mém. de d'Artigny.

Mémoires pout l' histoire j par Tabbé d'Ariigny (i), dans lesquels cet auteur, qui cite les Mémoires de M. lé Sage de Beaumanoir (2), annonce hai^dimeiit que la Pucelle, ai^an^ de paraître mr là scène j ayait été avec trois de s^s compagnes, Péronne ou Pierronne,de Basse-Bretagne, Catherine de La Rochelle ^ et une autre dont dn ignore le nom, sous la direction d'un Cdrdelier nommé frère Richard j et que ces quatre filles se vantaient d'avoir des inspirations et des apparitions célestes. Â quoi il ajoute que si nos historiens n'ont point Ëiit notention de cette particularité, peut-être ils Tignoraient, ou qu'ils ont évité dVn parler, dans la crainte de faire tort à l'histoire de la Pucelle. Cette réflexion est d'autant plus juste, f^ie frère Richard était un mi^ionnaire wlAé , grand royaliste, et, ce qu'on peut ajouter, un intrigant très*» propre à conduire et à faire réussir une fourberie^ comme on le verra plus bas.

Mais en supposant (3) que la Podelle ait été sdiis

(a) J'ai cité le recueil At Mé d^ la Barre^ et j^ignôré absolument ce cpie c'est cpic les Mémoiress 4e M. le Sdgfé àt Beaumanoir. (Cette note et celles qui suivent sont toutes de l'abbé d'Arlîgny, qui défend ses remarque^.)

(3) Ce n'est point une supposition gratuite. Le Journal de Charles. VU (p. i4a) dit expressément : « Toutes ces quatre « pauvres femmes (la Pucelle, Péronne avec sa coinpagne^ ii et Catherine de La Rochelle), frère Richard les avolt * toutes ainsi goiiveriiées; car il étoit leur beaa-pere, « t'est-à-dire le«r confesseun

]a direction de notre cordelier, que deviendront les preuves qu^on peut tirer du récit de Pauteur des Nous^eaux Mémoires j si on peut démontrer qu^elle n^a pu y être qu^après avoir paru^ sur la scène j et avoir exécuté les faits les plus marqués de sa mission? Cest ce quUl me sera aisé de faire.

La Pucelle partit de Yaucouleurs pour venir en France, sur la fin de février ou au commencement du mois de mars 1429? puisque, suivant Y Histoire de Charles VII du héraat Berry, elle arriva à Chinon pendant le carême de cette année, où Pâques se trouvait le vj mars, et qu^elle ne fut guère plus de douze à quatorze jours à son voyage. On sait qu^elle n^en mit que huit à venir d*Auxerre, par où elle passa, jusqu'à Chinon, et que d'Auxerre à Yaucou^ leurs, le chemin est plus court {ff'esqùe de moitié. Depuis son arrivée à la cour, il ne parait point qu'elle ait pu être sous la direction de frère Richard : car indépendamment de ce qu'elle suivit le roi à Poitiers, et de %t& apprêts pour le voyage d*Orléans, le Journal du roi Charles YII nous apprend que frère Richard, qu'on disait neuveUement arrivé de Jérusalem, prêchait au mois d'avril dans la ville de Paris, qiti était depuis long-temps entre les mains des Anglais, d'où ayant été obligé de sortir, « il se mit avec (( les Arroignacs, chevauchant avec eux, et faisant (( tourner les villes par son langage. )) Comment donc, dans ces circonstances , la Pucelle et frère Richard auraient-ils pu se rencontrer? On ajoute, pour preuve de leur connaissance , que le jour de Noël, ce corde-

lier donna trois fois le corps de Notre-Seigneur à la Pucelle, dans la ville de Gergeau; ce qui peat être vrai , mais ce qui n'a pu arriver cpH après que la Pucelle eut paru sur la scène j puisque Gergeau ayant élë pris le 2 octobre 14^8, ne fut repris sur les Anglais que le 13 juin i4^9> pl^ à!\Jin mois après la levée du siëge d'Orlëans par la Pucelle.

On peut objecter ici que frère Richard, à son re* tour de Jérusalem en France, avait pu passer par la Lorraine, et que ce fut à Yaucduleurs, avant le dé-* part de la Pucelle, qu^il instruisit cette fille, de concert avec Baudricourt^ qui en était gouverneur^ pour lui faire jouer le personnage qu'elle fit. Outre que cette objection est tout au plus une simple conjecture, elle se trouve détruite par le témoignage même de la Pucelle, qui, dans le temps de son procès à Rouen (i43i), interrogée sur le fait de frère Richard^ répondit : <( Je ne Tavois oncques veu quand je vins « devant Troyes (i). » Or, la Pucelle ne vint devant Troyes qu*avec le roi, qui s'avançait vers Reims, où il fut sacré le 17 juillet i43i (a).

(i) Sapposé que la Pucelle eût connu frère Richard ayant son arrivée en France, elle n'aurait eu garde d'en faire l'aveu : c'était fournir des armes contre elle-même^ Ses juges n'auraient pas manqué de dire que lé cordelier lui avait appris à contrefaire l'inspirée ; et elle n'ignorait pas que Péronne, une des dévotes de frère Richard, laquelle se vantait aosâi d'avoir des révélations^ avait été brûlée toute vive le 3 septembre i43o.

(a) U y a ici une faute, que je n'ai garde de mettre sur lé

Il y a plus : frère Richard alors ne connaissait pas plus la Pucelle qu'il n'en était connu, puisqu'interrogée quelle chère frère Richard lui fit j elle répondit « que ceux de Troyes, comme elle pense, l'envoyèrent devers elle , et qu'en approchant il faisait le signe de la croix et jetait eau bénite (i), et qu'elle lui dit : Approchez hardiment j je ne m^enifole-^ rai pas. »

Dira-t-on à cela qufe l'intérêt qu'avait la Put elle dé dissimuler la manœuvre de sa prétendue mission, lui a fait déguiser la vérité, et cacher ce qui s'était passé avec frère Richard, qu'elle affectait de ne pas connaître ? En parlant ainsi , on ne fait pas réflexion que ceux qui sont le plus contraires à la Pucelle, l'ont bien regardée comme l'instrument d'une fourberie que la politique faisait agir, mais qu'ils lui ont toujours rendu la justice de la croire de bonne foi , et qu'elle était persuadée des maximes qu'ils prétendent qu'on lui avait insinuées. En tout cas, comme nbus l'avons montré, on ne voit pas dans quel temps la Pucelle peut avoir connu frère Richard avant la levée du siège d'Orléanis, époque qui détruit tout le raisonnement de l'auteur des Nous^eaux Mémoires.

Voyons maintenant le caractère de frère Richard, que j'ai promis de donner : il est peint au naturel

compte de M. PoUuche. Le roi avait été sacré â Reims , le

^ juillet 1429*

(i) Ce n'était là qu'une espèce de comédie, de la part â'un moine aussi rusé que l'était frère Richard.

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dans le même interrogatoire du 3 mars. La Pucelle , interrogée sur ce que lui dit Catherine de La Rochelle y qu^elLe avait vue à Gergeau et en Berri , c^està- dire après la levée du siège d'Orléans, ce qu'il n'est pas inutile de faire remarquer , répondit (c que cette (( I(.atherine lui dist qu'il venoit une femme, une (( dame blanche, vestue de drap d'or, qui lui disoit (c qu'elle allast par les bonnes villes , et que le roy (( lui baillast des héraults et trompettes, pour faire (( crier que quiconque auroit or, argent, ou trésor i( mucié (caché), qu'il l'appprtast tantost, et que (( ceux qui ne le feroient ou qui en auroient de cau ché, qu'elle le congnoistroit bien, et sçaurcnt trouée ver lesdits trésors, et que ce seroit pour payer les (( gens d'armes d'icelle Jehanne^ à laquelle elle (la (( Pucelle) responsdist qu'elle retournast à son mari i( pour faire son ménage et noprrir ses en&ns.»<. Touc( tefois, frère Richard vouloit qu'on la mist en œu-* (( vre, ce qu'elle (la Pucelle) i^e voulut souflfrir, dont <( ledit frère Richard et ladite Katherine ne furent « pas contens d'elle. »

Il est évident, par cet exposé, que frère Richard n'était que trop propre à conduire une intrigue; et s'il était vrai, comme ji'wteur des Noupeau^Jp Mémoires l'a avancé, que la Pucelle eût été sous la direct tion de ce religieux a^^ant de paraître sur la scène j on en concluerait naturellement, et sans crainte de se tromper, tout ce qu'on voudrait contre l'histoire de la Pucelle, dans laquelle cet auteur, indépendaniment de ce qu'il a dit, ne peut s'empêcher de recoTmaitre

quelque chose de surnaturel^ qui se ù'ouye en quelque manière confirmé par le renversement de Tobjection peut-êtne la plus forlè qu^on pburrait faire contre la mission de la Pucelle (i).

(i) M. PoIIuche peut avoir raison dans le fond; mais il est toujours fâcheux que la PuceUe ait eu un directeur tel que frère Richard. Des écrirains estimés en ont conclu, tout comme moi, qu'elle avait été instruite par ce cordelîer, avant dç paraîtra sifr la ficène» « Jeanne était une enihou- «c sîaste , dit M. de Beaumarchais ^ ; elle et trois autres « femmes avaient été séduites par le faimetix prédicateur « (frère Richard) dont je vOus ai parlé ci-dessus. Il les « avait entretenues de visions et de révélations ; il avait «r ainsi échauffé leu^ cervelles déjà faibles. Elles s'étaient «r cru des saintes sur sa parole , et dès lors elles n'avaient <c poipt eu de fantaisies qu'elles ne considérassent comme « autant d'inspir^tipul». Jeanne fut préféré^ à ses compa-^ ^< gnes. Le roi mit sa pieuse folie à profit, tt affecta pour « elle un profond respect, afin de ranimer son parti, en lui « faisant croire que Dieu lui envoyait c^tte autre Débora «c pour chasser les étrangers. ^

Les auteurs du Journal Utiéraîre de La Haye ^^ s'expri'ment encore plus fortement. « Par-là finit tonte cette aven- « ture , qui , aussi bien quç celle de Marthe Brossier sous « Henri lY, parait avoir été non seulement un coup ou un « mystère d'Etat, comme l'ont avancé du Haiilan, Naudé, K le comte de Bussy et plusieurs autres , mais encore une «I fraude pieuse, entretfsmie et fomentée par les ecclésîasti^ « que^ du parti de Charles VII, et pour l'exécution d^ lar> t( quelle iU avaient discipliné plus d'un sujet propre à ce

^ Dan$ son journal, intitule Lettres seriemes et hadirtes^ t. 3 , p. aff. ** T. i5, p. 70k

Quand j*ai dit plus haut que ceux qui combattaient davantage cette mission de la Pucelle, ne Pont jamais accusée de mauvaise foi, je n^ai pas cru que le sentiment du marquis d^Argens (i), qui prétend que cette fille (( savait les desseins de ceux qui la faisaient agir, « et qu^elle connaissait le dessous des cartes, )) dût faire une exception. La manière dont cet auteur traite l'article de la Pucelle, est trop peu sérieuse pour faire impression. On en peut juger par Taventure de frère Luce, des Contes de La Fontaine, qu'il cite, et par la comparaison qu'il fait de Jeanne d'Arc avec une fille qui, dans ces derniers temps, a fait beaucoup de bruit dans une des principales villes du royaume. Mais quand cet auteur parlerait sérieusement, où a-'t-il trouvé, dans la suite de la procédure j^^n. tint contre laPucelle, à Rouen, les preuves de ce qu'il avance ? Il suffira de lire les réponses de cette fille aux interrogatoires qu'on lui faisait, pour être convaincu qu'elle était entièrement persuadée de ce qu'elle disait, et que s'il y avait de l'im- - - ♦

« manège, comme le font aisément concevoir les trois au- * très aventurières que le cordelier Richard prenait soin de « diriger, aussi bien que la Pucelle, et qu'il est très-visible « qu'il avait toutes rendues enthousiastes et fanatiques. » MM. les journalistes auraient pu se dispenser d'attribuer cette intrigue (supposé que c'en fût une) aux ecclésiastiques du parti de Charles YII : il n'y en a pas la moindre preuve. Gâtait bien assez de mettre tout sur le compte de frère Richard.

(i) Voyez la iSa* de ses Lettres jwes*

posture dans son fait, elle ne venait pas d*elle, et qu^elle Tignorait. L'aventure de Catherine de La Ro« chelle , que noyis avons rapportée , est un témoignage qui marque sa répugnance pour tout ce qui pouvait être regardé comme une fourberie.

Ce qui semblerait favoriser le sentiment du marquis d'Argens, c'est la cédule qu'on prétend que la Pucelle donna, dans laquelle elle a recognut les las « d'erreurs auxquels elle étoit détenue, et confessa u avoir griefment péché, en feignant mensoigneusec( ment avoir eu des révélations de par Dieu et ses « anges, sainte Catherine et sainte Marguerite, dont (( elle se dédit. )> Mais examinons cette pièce, qui a. été regardée par un auteur qui nous, a donné ce procès de la Pucelle, sous le règne de Louis XII, comme du tout supposée (i).

Là cédule dont il s'agit est datée du 24 mai i43i; mais quatre jours après , le 28 ^ la Pucelle, dans un nouvel interrogatoire, soutint fermement, comme elleavait toujours fait dans le cours de son procès, quevéritablement Dieu l'avait envoyée, et « que ce qui c( était contenu dans la eédule de l'abjuration, elle ne*

(i) Elle Tçst efTectivement , et la véritable rétractation ne contenait pas plus de huit lignes. Jeanne d'Are «. décla- « rait en substance qu'elle promettait de ne se plus habiller H en homme, de ne plus faire tondre ses cheveux en rond, « de ne plus porter les armes, et autres choses peu impor- «c tantes* » (^Histoire de la Pucelle, par M. l'abbé Lenglet , t I, p. 1940

<< rentendit jamais, d D*où il est aise de conclure que quand même cette cédule serait authentique, on en doit inférer qu^on faisait signer à laPucelle des choses qu'on lui déguisait dans la lecture , et 4ont elle était fort éloignée dé convenir, k moins qu'an ne veuille dire que la crainte du supplice dont elle était menacée , et qu'elle voulait éviter, l'engageait à se prêter à tout ce que ses ennemis, qui avaient besoin d'une pareille confession pour la diffamer dans le public , avaient intérêt d'exiger d'elle : ce qui, dans l'un oa l'autre cas, détruit paiement les idées qu'une pareille pièce peut fiiire nidtre, que la Pucelle savait les desseins de ceux qui la faisaient agir^ et quelle connaissait le dessous des cartes.

MÉMOIRE

SUR LES BERKiiRES ANNÉES BE lA VIE DE JACQUES CŒUR*

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