I. 7« LIVi
puisqu^il s'agissait de rechercher, dans les différentes villes du Languedoc, les ordres qu*il avait reçus da roi pour la levée des deniers, les quittances qui en justifiaient Temploi, les lettres de ce prince par les-quelles il lui en accordait une partie, et enfin les permissions qu'il assurait avoir eues des papes Eugène ly et Nicolas Y, pour les transports de quelques armures chez les Sarrasins; lesquelles permissions , disait-il, il faudra peut-être chercher dans les registres de Rome, si elles ne se trouvaient pas à Montpellier ou à Aigues-Mortes. Elles ne s'y trouvèrent pas en effet, et «l'on en prit droit de condamner Jacques Cœur sur cet article, qu'on regardait alors comme une chose importante. Il est cependant cer* tain qu'elles existaient, puisqu'on les lit parmi les pièces de son procès, avec les certificats qui en constatent l'authenticité.
Les commissaires, en lui annonçant ce délai ^ dé* clarèrent en même temps que le procès n'était pas en éiat d'être jugé. Il y avait cependant onze mois que Jacques Cœur était en prison, et l'on avait entendu contre lui environ cent cinquante témoins. Le délai étant expiré sans que ses juges eussent de nouvelles lumières, et celui-ci étant suivi d'un autr^ aussi infructueux, on le transféra à Tours, où il fut enfermé dans le château;. et le roi fît expédier, le i3 janvier 1453, une nouvelle commission adressée à Antoine d'Auhusson, Otto Chastelain, et à d'autres commissaires, (( par laquelle leur fut donnée puissance de (( besogner es procès encommencés, et d'interroger
c( encore Jacques Cœur, » qui, soutenant toujours quM ëiait clerc, et refusant de s'en rapporter aux dépositions de témcnns qui étaient notoirement ses ennemis, et même en procès contre lui lors de sa détehtion, obligea ses juges d^en venir à des voies plus violentes ; car le 22 mars ils ordonnèrent qu'il serait mis à la question , pour savoir la vérité des faits dont il était accusé.
En effet, le lendemain, veille du dimanche des Rameaux, il fut conduit dis vaut ses commissaires, qui le firent dépouiller et lier. Ce fut en vain qu^il réclama sa cléricature ; qu'il remontra qu'il avait été pris en habit et tonsure de clerc , et qu'il dit qu'il appelait de la question et procédure faite contré lui l quelques-uns des commisssaires lui dirent que, puis-^ qufil se mettait en telles matières j la question lui en serait plus dure. Alors, épouvanté par la crainte des tourmens, il se désista de son appel, et se soumit i dire tout ce que l'on voudrait, et à s'en rapporter même à Michel et IsaÊic Teinturier, quoiqu'ils fussent j disait-il, ses haineux. Ces deux hommes avaient été facteurs de Jacques Cœur, et patrons d^ ses galères : ils l'accusaient principalement de les avoir obligés de renvoyer à Alexandrie un esclave chrétien qui, ayant quitté son maître, était venu en France dans fe vaisseau de Michel Teinturier, et qui, après son retour à Alexandrie, avait apostasie.
Jacques Cœur ne niait pas le fait : mais il soutenait qu'il ne savait pas que cet esclave fit chrétien ; qu'au reste, Michel Teinturier avait eu tort d'enle-
ver et de prendre furiivenient un enclave appartenant ù un Sarrasin, contre les convention^ faites Itvec le Soudan d'Egypte, par lesquelles on avait expressément stipulé que les sujets de Vnne et llautre nation ne s'enlèveraient pas leurs serviteurs; que les marchands avaient fait de grandes complaintes de cette prise, et que le grand-maître de Rhodes (c'était Jean de Lastic) lui en avait écrit, et lui mandait que c'était agir contre la sûreté donnée aux marchands français; et qu'au premier voyage, ses galères en seraient inquiétées, puisque dès lors les Sarrasins voulaient se venger sur certains pièges pour, marchandises qui étaient à Alexandrie. Sur cela, Jacques Cœur avait assemblé les négocians à Montpellier, pour savoir ce qu'il y aurait à faire en cette occasion ; et il fut conclu qu'il fallait absolument renvoyer cet esclave à son ms^tre.
Ce renvoi, qui était un acte de justice, fiit néanmoins un des plus grands griefs qu'on allégua contre Jacques Cœur, comme on le voit par l'arrêt de sa condamnation. La fermeté avec laquelle il répondait, jetait ses juges dans l'embarras ; et quoiqu'ils le menaça3sent encore, le 27 mars, de lui faire donner la question, il persista dans ses justifications.
Ce fut dans ce même temps que mourut Macée de Léodepard, sa femme, accablée de chagrins et d'ennuis de la prison de son mari, qui, quelques jours aparès, fut encore transféré à Poitiers» C'était sa cinquième prison.
Charles VII étant venu à Lusignan au mois de mai
i453, ordonna qu^on y fit apporter toutes les pièces du proeàs, pour les faire examin^er en sa présence» et travailler à la rédaction de Tarrét.
Le a6 de ce mois, Févéque de Poitiers députa ses vicaires-généraux à Lusighan, pour demander qu*on lui remit la personne de Jacques Cœur, comme clere sobi (i). Les juges répondirent u qu'il ne seroit ne tt ne devoit être rendu ; c*est pourquoi ledit évéque n considérant TEglise et la jurisdiction ecclésiastique tt être grevée par ladhe réponse et dékiégation, en apcc pella, et de ceux par qui on par Tautorité desquels /( elle a voit été faite et donnée/ à celui pu à ceux à m qui ou auxquels de droit et de raison il deyoit et <( pouvôit provoquer et appeller; n et il demanda acte de son appel, qui fiit reçu, non p^r le greffier de la ccHumission, mais par Louis Piàt, notaire royal, qui s'était p6ur cela transporté dans Fhôtel épiscopal.
(Test une chose risible que de voir avee quel scrupule les cofnmissaires interrogèrent les barbiers des différens lieux où Jaoqit^ Cœur avait été prisonnier, pour savoir si, en le rasant^ ils lui avaient faii la tonsure, et s*ils en avaient^ aperçu quelques vestiges, et enfin quelle était là forme > des babits qu'il portait quand il £Ut pris, tandis .qu'ils reiusaieni d'admettre ses IciUrçs de tonsure, que l'archèvéque île Tours, l'évâqiae de Poi|^ier^, et Jiean Çopur, archevéqiue de
(i) Oti appelait ^/!srr5 sohis^ non seulement ceux qui n'avaièiat poilit été maries, mais encore ceux qui, Payant été, ae l'élaient plus, par la mort de leur femme.
Bourges, offraient de montrer. Ce dernier voyant qu'il n'y avait point de justice à attendre pour son père, alla à sept heures du matin, la veille de la pro-> nonciation de Tarrét, accompagne d'un notaire, chezr GeofTroi Garln, olero, garde du scel royal établi aux contraux, à Poitiers, pour y former un acte d'appel , où il exposa que: <( puis n'a guères il étoit venu à sa (( notice et cognoissance que certains haineux et malce yeillans de Jacques Cuer, son père, s'efibrooient de « pourchasser plusieurs griéls, dom'maiges, intérests, c< troubles et empeschemens à sa délivrance, dont et a desquels griefs par lui dits et exposés, il a appelle « et appelle où il pmirra et devra, et de ce requiert (( instrument ou lettres testimoniales pour lui servir i( et valoir ce que pourra, et devers qui il pourra^ »
On sent assez., à la manière dont furent faits ces actes, que les tribunaux étaient fermés pour 1^ êômplaignans, et que la v€>ix de rinnocence opprimée ne pouvait parvenir aux oreilles du roi. La bonténatûrelle de ce prince et son équité' nïéme sembltiient concourir, pour la condamnation de Jacques Cdéur, avec l'injustice ei la passion de ses juges. Les rois se croien^t toujours okéïs*^ et Charles VU avait,' dèâ le commencement de la ' procédure , recojinmandê m^ commissaires d'agir en consi^ience, et suivant les lois. Pouvajt-il les soupçonner d'être infidèles, d^avoir changé ou altéré les confessions de Jacques Cœur, et d'avoir soustrait beaucoup de choses, qpi servaient à sa justification, comni^ les ç^rx..acQi4$èj^ent ses en&ns,^ et comme eu convinrent quelques-ups dçs' cômmis*i
saires dans là suite? Gest aîasi qae les plus graûdes vertus des souverains deviennent inutiles, disons même nuisibles à leurs sujets, lorsque leur confiance tombe sur des ministres qui en abusent.
Le roi s^étant donc fait rendre compte des infor** mations, interrogations et autres pièces concernant Taccusë, il ordonna au chancelier de France, Guillaume Jouvenel des Ursins , de prononcer Tarrêt au château de Lusignan, le 29 mai i453.
Par cet arrêt, qui est irès-long, et dont la plupart des abrëgés que nous en avons sont peu exacts, Jac^ ques Cœur est déclare atteint et convaincu de con-* cussion et d^exaction des finances; d'avoir pris, levé retenu plusieurs grandes sommes de deniers, tant sur le roi que sur ses pays et sujets, en grande d^olation et destruction desdits pays ; d'avoir transporté de Vàr et de Targent hors du royaume, et en particulier chez les Sarrasins, enne;mia de la foi ; d'avoir transgressé les ordonnances royaux; et enfin il est déclaré > coupable du crime de l^^e-majesté et autres crimes, pouç lesquels il a encouru la peine de mort et la perte d^ ses bienSk Toutefois, pour aucuns services par lui reur dus au roi, et en contemplation et faveur du pape, qui lui en avait fait requête, et pour autres causés. Sa Majesté lui remet la peine de mort ; le prive et déclare inhabile à toujours de tous offices royaume et publics ; le condamne à faire au roi amende honora^ ble en la pei^onne df son procureur, nu-téte, sans chaperon , tenant une torche du poids do dix livres ; à racheter des mains des Sarrasins l'enfant qu'il avait
renvoyé à Alexandrie, si faire se peut, sinon h râche* ter en sa place un chrétien desdits Sarrasins, et à le faire amener à Montpellier; et en outre, condamne ledit Jacques Cœur, pour les sommés par lui reienues, en la somme de cent mille écus, et en celle de trois cent mille écus en amende profitable au roi , et k tenir prison jusqu*à pleine satisfaclion : au sur* plus, déclare tous ses biens confisqués, le bannit perpétuellement du royaume, réservé sur ce le bon plaisir du roi ; et au regard de rempoisônnement d'Agnès Sorel, ce prince déclare, « pour ce que le procès « n*est pas en état de juger pour le présent , qu'il u n'en fait aucun jugement, et pour cause. »
Ce dernier article doit paraître d'autant plus extraordinaire, que Jeanne de Vend^fmé avait été condamnée, comme calomniatrice, à faire réparation à Jacqufôs Cœur, et à se tenir éloignée de dix lieues de tous les endroits où se tt*oiivèraient le roi et là reine , le roi lui remettant la peine de naprt qu'elle avait encourue. Aussi les avocats dii Parlement de Paris, que les enfans de Jacques Copur consultèretït sur là manière dont ils pourraient revenir contre son arrêt, y trouvèrent-ils une iniquité matiifèste, en ce qu'il paraissait par le procès que la principale charge dé l'emprisonnement était fondée sur les poisons, dont l'accusé; ne s'était point trouvé chargé , « maiisi ati fi contraire avai<t été prouvée son innocence^ par là i( entende donnée contre Jeaitoe de Yétidôme , de- (< moiselle de Mortaigne. Ainsi est bien clair, coiiu cluaient'ils, selon droit en bonne justice et raison,
u que Jacques Cœur devait être absous de ladite H charge; et toutefois , par ladite sentence, appert a que sur cela ne fut rien délibëfé par les opinâns , « mais- fht dit qu^on ny faisait point de jugei)tient; en « quoi semble ladite sentence contenir iniquité ma^ « nifeste. »
Uamende prononcée contre Jacques Cœur nous paraît excessive; car les quatre cent miliis écus feraient iu jourd^kui 9 de notre monnaie, quatre millions deu:^ cent vingt-huit mille trois cent soixante livres. Mais quelque exorbitante qu^p&t cette somme, il était en état de la payer; et il n'avait pas besoin, pour y satisfaire, du secours de ses Êicteurs, comme quelques historiens Font avancé. L'an a dépi vu qiie le roi s'é- UÙi saisi de cent mille écus^ dès le commencement d|3 la procédure; et la vente de ses terres, aunombi-e d<i plus de quarante paroisses, et des majsônls «t m^ble$ qu'il avait dans plusieurs provinces duroyanme, était plus ((|ue .suffisante pour payer les autres -tvô^s cent imMe écus. Les auteurs qui ont. parlé avec ^admiration de ses grands biens , iie les ont pbiist eHûgérés : ils ét«iem ^ prodigieux, qu'oià crut qu'il avaitrla' pierre pbiloisopfaale. - '•"..'
• C'était, ^' J^jeni oroif Bdrel, le fcmeux Rayriiond LuHe^ qui, aytottrouv^à. Montpellier Jacques Co&ur encore jeune, conçut Ae l'amitié pour lui , etiui' com^ Htuniqua le secret de faire de Yôtt; maia tout Ip seqret de Jacques Cœur coàsistait idans ses italens et son habileté pour le trafic. On n'est plus étonné de ses ri* chesses immenses, lorsqu'on fait réflexion £|u'il avai^
en propte, dix ou douze navires qui voyageaient continuellement pour son compte , en Egypte et dans les Echelles du Levant; que, depuis vingt ans, il faisait lui seul plus de commerce que tous les marchands de TEurope ensemble. Aussi voit*on, par les pièces de son procès, qu^il avait par-là encouru la haine des GeApis, des Yënitiens et de tous les Italiens, dont il avait ruiné le trafic» Je ne parle point des profits qu'il aurait pu faire dans les charges de finance dont il avait été revêtu, ayant été successivement maître des monnaies de Bourges et de MPS, et argentier du roi ; charges dans lesquelles il soutint toujours qu'il s'était comporté en homme de bien.
Telle avait été la situation de Jacques Cœur lorsqu%l fut arrêté. Quoique sa condamnation ne lui eût point été signifiée dans sa prison de Poitiers, le même jour qu'elle fut'pixynancée à Lusignan, cependant, le 2 juin suivant,! Jean Dauvet s'était tprafisporté à Poi-^ tiers ,.par-dever8 Jacques Cœur, en vertu des lettres du roi dbnnées à Lusignan, le i** juin i453, pour lui faire commandenabent-dè payer la somme de quatre cent mille écus. Il répondit ce qu'il lui était hnpossi^ « ble de payer une si grande somme, et qtie ses biens C( n'étaient suffîsans db la fournir à beaucoup près ; <( qu'il dcjvait deux «cent vingt mille écus qu'il avait (( empruntés pour les affaires du roi; c'est pourquoi ce qu'il priait \ç sieur DÈtuvet^ei' M» de Damrmartin dd (( remontrer au roi son. pauvre- fiiit, et lui supplier^ « qu'il lui plaise d'avoir pitié et compassion de lui e^ « de ses pauvres enfans» » Jacques Cœur, en s'expri-r
mani ainsi y n*entendait certainement parler que dte^ Targent comptant qu^il pouvait avoir actuellement; car ses biens valaient plus que Tamende à laquelle, il avait été condamne, comme nous Favons dit.
Cinq jours après sa condamnation, les commisr saires, le chancelier à leur tête, se transportèrent à Poitiers pour la lui signifier. Le jour même de leur arrivée, qui était le 4 juin, Pierre de Cbaumont, abbé de Saint-Cyprien, et M* Jean Tripault, vicairegénéral et officiai , députés par Tévêque de Poitiers y s^adressèrent à M. le chancelier et aux autres seiglueurs du grand-conseil du roi , assemblés au prétoire du palais, et requirent qu'on leur remît la personne de Jacques Cœur comme clerc sohcj dont ils montrèrent les lettres de tonsure. Comme ils ne i purent avoir réponse ce jour*là sxxc leur Tequisitoiré , ils re-» vinrent lé lendemain; mais les huissiers leur ayant réhasé Tentrée du prétoire., par ordre des commis-^ saires, quoique u>ut le moàd» y entrât, librement, ils furent contraints.de reste^^beuls•dahs la grande salle du Salais, où deux des oornnûssaires, Hugues de Cou-r zat, lieutenant dû sénédbal de Poitou, et Bélie dd Tourotle, lieutenant de Saintonge, at;compagn& du greffier du graiid*con^iI,ll3ur, vinrent demander ce qu'ils désiraieht , et leiur .dijrent que s'il ^s- agissait du réquisitoire .qu'ils aivaiient présenté la veille , ils avaiesni^ ordre de leur signifie!: ^qb'il^.-n'^nU'earaienjt; pçÀm au conseil, ni ne parleraient à mi^sseigneurs du.-.p0osteil : à -quoi les députés répliquèrent que le réquisitoire par eux fait ^ait juste et i^iisoiinablie^ipuisqu^ir s'agissait
de rendre à TEglise, comme sujet, Jacques Cœur, (( pour être ^uni et corrige selon Texigi^nce des cas y a crimes et maufaits par lui commis. » Maift, au reste y ils leur signifiaient aussi à letir toiir «qu'au cas que (Y messeîgneurs du conseil Toudroieht procéder' contre (I ledit Jacques Cœur, et le contraindre à feire amende (( honorable ou autre exécution, de quoi poutroît être « infamé, ils en âppelloient, et de faict en appellent <( au roi leur souverain seigneur bien conseillé, ou à <( autre \ qui il appartiendra. » Ils prièrent ensuite ces deux commissaires de notifier aux ligueurs du conseil lappel par eux fait, et la cause pourquoi ils app(îlaie9i, et de les supplier qu'il leur plat îau n^ins de surseoir ^ différer de proieéder oontre Jacques Cœur, jûsqu^à ce qu'il» eussent nourellès^duroi, vers lequel Tévéque de Poitiers avait envoyé pour lui &ire de très«humblés i^montraiices. Mais malgré ces priè^* res etiant de protestations^ réitérées, les>séigoe^rs du conseil firent venir le malheureiix Jacques Cœur à la vue d*une foule d^ peuple' aecouràe' à ^e spectacle , lui prononcèrent soft tai^éc^ et lui 'firen)) faire amende honorable •publiqtiéîneht^' une torche âu>poîng^ sans ceinture et sans^chi^rbii.'
C*est ainsi >qUe fut condamné Jacques Cceur, après avoIt< été pendant ylng^eux mois en* diffiéi^ntes prî'* sons» <^'Sôn procès, pour mé servir dés termes de k «( consultation desf avocats^, fut ikît dç place en place, u de chksteaû en dt^asteau ; lès témoin^ ne forent «é- (( cbléd n)é 66»frontés. Il y eiit^ïmAUon de oomixiîsc( sairc»^ parmi lesquels, qiaoiqu^il s'y trouvasi de no-
( us )
u tables gens, les uns ont éié au commencement et
(( les autres non , et ceux qui ont opiné n^ont été à
c< faire le procès; ainsi ne peut qu'il n'y ait eu des /
a Êiutes au jugement. )) .
Jean Dauvet, procureur-général du Parlement, fut commis pour mettre Tarrét à exécution^ et faire Tendre tous ses biens 9 meubles et immeubles; Il n'y eut aucun de ses juges qui n'eût quelque portion des grandes richesses qu'il arait amassées ; mais Antoine de Chabannes fut le mieux partagé* Son lot fut la seigneurie de Saint-Fargeau, les baronnies de Touci et de Péreuse^ c'est-à-dire presque tout le pays connu sous le nom de Puisaie (i), consistant en plus de yingt paroisses. L'on a déjà vu que les terres de Jac^ ques Cœur avaient été distribuées dès le commence-^ ment de la procédure, avant qu'il y eût encore aucun jugement rendu contre lui. Néanmoins, comme il aurait paru trop odieux que les donataires ne les possé^ dassent qu'en yertu d'une confiscation prématurée , ils se les firent adjuger après sa condamnation. Les terres du pays de Puisaie, qui avaient été mises en criées à la requête du procureur du roi, furent adjugées en l'auditoire du trésor de Paris, le 3o janvier i456, à Antoine de Chabannes, pour la somme de . vingt mille écus d'or ; et il en rendit foi et hommage au roi, le lo février de l'année suivante. Guillaume
(i) La petite ville de Saint-Fargeau, située sur la rivière de Loing, à deux lieues de sa. source ^ est regardée comme la capitale du Puisaié.
Gouffîer, premier chambellan, eut la terre et seigneurie de la Motte, celles de Boissi, la moitié de celles de Rouanne et de Aon, pour dix mille ëcus; et le roi se réserva , pour en ordonner à son plaisir, les sommes qui étaient dues à Jacques Cœur par ses débiteurs , parmi lesquels on trouve Françob de MoUtberon, et Jeanne de Vendôme, sa femme.
Il s^agit maintenant d'examiner ce que devint Jacques Cœur après son arrêt; en quel lieu il se retira, et où il mourut ; quelles furent les suites de sa condamnation, et enfin s'il est vrai que sa mémoire fut réhabilitée par le Parlement, comme le disent quelques auteurs.
C'est une chose étonnante conibien tous nos historiens ont débité de fables sur ce que devint Jacques Cœur après sa condamnation. Les uns ont dit (i) que, pendant son absence, ses amis avaient aménagé son accommodement ; que le Parlement l'avait remis en sa bonne renommée, et 'ordonné que ses biens lui seraient rendus ; d'autres (2) , qu'après avoir ouï la lecture de sa sentence, il trouva moyen, par l'intelligence qu'il avait avec ses gardes, de sortir de prison, après avoir fait ferrer ses chevaux à l'envers, et de se retirer chez le Soudan d'Egypte, où il fut bien re-
(i) Le commissaire la Mare, Traité de la police, t a, p. iZjG, — Bore], Trésor des recherches, p. 276, 276. — Mé- €ëraî, à Tan i45o, p. 875. — MM., de Sainte -Marthe, Oheero. hist sur les Lettres de Rabelais, p. 356.
(a) Chamneau, Hist de Berri, p. iffi*
cueilli. L^ commissaire la Mare le fait voyager en Turquie, w d'où, dit-il (i), si l'on en croit une trace dition que Ton tient pour constante, il rapporta à (( son retour des poules de Turquie , qu'il fit élever (( dans son beau château de Beaumont en Gâtinois. » Mais le plus grand nombre de nos auteurs , même les plus célèbres, comme la Thaumasière (2) , Godefroi (3) , le Père Daniel (4) et d'autres , se réunissent à dire qu'ayant reçu de ses principaux facteurs soixante mille écus, il se retira dans l'île de Chypre, où il trouva moyen de faire encore une nouvelle fortune, et de marier richement deux filles qu'il y eut d'une dame du pays nommée Théodordj avec laquelle il se remaria, chacune de ces deux filles ayant eu, disentils, cinquante mille écus en mariage. L'aînée fut mariée dans la ville de Famagouste, et l'autre à une personne de considération du royaume de Chypre. Enfin Jacques Cœur, selon ces mêmes auteurs, ayant bâti un hôpital pour les pèlerins de la Palestine, et ayant fondé magnifiquement l'église des Carmes de Famagouste, il y fiit enterré avec pompe.
Après un détail aussi circonstancié de ce que fit Jacques Cœur dans l'île de Chypre, qiii ne croirait qu'il y a dans ce récit quelque réalité ? Cependant , ce récit n'est qu'une pure fable ; et l'erreur dans la-
(a) Hist de Berri, p. 87.
(3) Remarques sur VhisU de Charles VU, p. 860 et 861.
(4) Hist. de Charles VU, l'ail i448.
quelle sout tombés un aussi grand nombre d^ëcrivains sur ce point particulier de notre histoire ^ doit nous rendre fort réserves à Tégard de plusieurs faits plus importans auxquels nous accordons sans examen notre croyance, parce que nous les voyons attestés unanimement par une foule d'auteurs^ la plupart dignes de foi. Combien de fois, en remontant à la source, ne trouverait-on pas qu^un grand nombre de témoignages ne forment qu'un seul témoin ! Uappli* cation de ce principe k Topinion que je vais tâcher de détruire est toute naturelle : en efiet, quoique adoptée par presque tous nos historiens, elle ne doit peutêtre son origine qu'à André Thevet. Ce voyageur, qui vivait sous le règne de Henri III, et qui dans son temps était également décrié (i) pour son ignorance et ses mensonges (2), rapporie qu'il avait vu dans Tîle de Chypre le tombeau de Jacques Cœur, avec cette épiiaphe : Hic jacet Jacobus Cordatus cwis Bituricensis.
Les auteurs que j'ai cités ci-dessus auraient dû au moins faire plus d^usage d'un titre dont ils ont eu connaissance : je veux dire des lettres de Charles YII du 5 août 1 457, par lesquelles il rend aux enfans de Jacques Cœur une partie des biens de leur père ; car le roi, dans ces lettres, parle toujours de Jacques Cœur comme étant mort alors, en exposant sa per* sonne à V encontre des ennemis de la foi catholi" ~ ' I I ^ ■■■■ I • - 1 ' '*
(i) Mëm. de rEtoile, t. 2^ p. aSw (2) Cosmograph,
que; et le livré des obiu dé Tëglise de Sàini-Eiienne de Bourges, a laquelle Jacques Cœur avait fait beaucoup de bien , donné à ce grand homme la qualité de capitaine^général des armées de r Eglise contre les infidèles : Obut geherosi animi Jacohus Cordis Ec^ clesiœque capitaneus generalis contra infidèles. Ces deux pièces authentiques devaient faire conclure que le court espace de temps écoulé dépuis la fin de Tannée i453 jusqu'à sa mort, arrivée à la fin de celle de i456, temps employé, au moins en partie, à des expéditions militaires, ne pouvait s'accorder avec un mariage d'où seraient sorties deux filles, et âveé toutes les opérations nécessaires pour faire un nouvel établissement et une nouvelle fortune. Il était naturel, au contraire, de penser que ce ne devait pas être dans l'île de Chypre, mais en Italie que Jacques Cœur avait dû chercher un asile contre ses persécuteurs, puisqu'on le fait mourir à la tête des armées de l'E^glise contre les infidèles. C'est, en effet, le parti qu'avait pris Jacques Cœur, comme nous l'apprenons par d'autres lettres de Charles Vil, données à Saint-Prix en Dauphiné, au mois de février 14^7; Ces lettres, qui parlent de Jacques Cœur comme étant mort alors, seront le dénouement de ses dernières aventures : elles contiennent une abolition accordée à un nommé Jean de Village , qui non seulement avait contribué à l'évasion de Jacques Cœur, mais encore s'était opposé à l'exécution des ordres du roi pour la saisie de ses biens. Cet homme, devenu célèbre dans la suite, mérite bien que nous le fassions connaître plus particulièrementi I. 7« uv* 29
Si quelques-uns des facteurs de Jacques Cœur furent ses accusateurs et ses plus cruels ennemis f il y en eut d'autres , en plus grand nombre, qui partagèrent la disgrâce d*un si bon msuitre, et ne rabandonnèrent pas dans ses malheurs. Obliges de s'enfuir à la nouvelle de son emprisonnement , ils mirent à cou* vert tout ce qu'ils purent emporter de leurs biens et de ceux de Jacques Cœur, avec qui ils étaient associés dans son commerce. Les principaux étaient Guil laume de Yaric et Jean de Village : le premier avait fait une £>rtune considérable, et avait été anobli par Charles YII , comme je Tai dit ; le second , natif de Bourges, avait été élevé jeune par Jacques Cœur, qui, reconnaissant en lui des sentimens de probité et des talens pour le trafic , lui avait fait épouser sa nièce , et lui avait confié le commandement de ses galères. Il fut, dans la suite, seigneur de Lançon en Provence , viguier de Marseille , capitaine-général de la mer, conseiller et maître - d'hôtel de René, roi de Sicile, et chambellan du duc de Calabre, fils de ce prince. Car c'est une chose à remarquer ici en passant, que tous ceux qui furent employés par Jacques Cœur parvinrent à des postes honorables : ce qui prouve combien il se connaissait en mérite.
Jean de Village était dans un port de Languedoc, lorsque les officiers du roi se transportèrent dans cette province pour se saisir des navires de Jacques Cœur, et de toutes les marchandises qui y étaient. Jean de Village s'opposa à cette saisie : non seulement il demanda une décharge de la part du roi;
mais il voulut encore en avoir une de Jacques Cœur, après qu^il lui aurait rendu ses comptes. La vigueur qu^il lëmoigna en cette occasion, fut cause que les commissaires du roi ne porlèreht pas alors plus loin cette affaire, et laissèrent en repos Jean de Village. Une opposition si marquée aux ordres de son souve-* rain, devait lui faire appréhender des suites fâcheu-" ses ; et ce fut pour se mettre à Tabri de toute pour-^ suite qu^il se retira à Marseille , qui n^était pas encore de la dépendance du royaume. Néanmoins, quelque , temps après, avec la permission de René d'Anjou, roi de Sicile et comte de Provence, on emprisonna la femme et les enfans, et Ton saisit tous les biens de Jean de Village, qui se sauva dans les pays étrangers, et ne revint en France qu'après la mort de Jacques Cœur. Charles VII , touché alors de compassion envers Jean de Village, reconnaissant ce qu'en tous au-^ u très cas, il étoit homme de bonne vie et conversa- (( tion^ et aussi qu'il étoit fort duit et expérimenté au (( fait de navigaige, » lui pardonna, par les lettres dont j'ai parlé ci-dessus, toutes les fautes qu'il avait commises au sujet de Jacques Cœur, et dont il avait fait l'aveu dans une requête présentée au roi au mois de février i^j*
C'est par sa requéle, relatée dans les lettres d'abolition que le roi lui accorda, que nous apprenons le détail de la sortie de Jacques Cœur hors du royaume, où il était encore au commencement de l'année i455. Quelques recherches que j'aie pu faire, je ^'ai pu découvrir de quelle manière il était sorti de sa pri-
son de Poitiers, après sa condamnation; mais enfin il était encore, au mois de janvier i455, dans la ville de Beaucaire, où, suivant la relation de Jean de Village, il s'était rendu en franchise dans le couverte des cordeliers. Il ne faut pas entendre, par le terme de/rancfiisej une retraite d^où Jacques Cœur fût en liberté de sortir quand il aurait voulu, comme on le va voir. ,
Ce fut de là qu'il envoya par un frère cordelier à Jean de Village , qui s'était alors réfugié à Marseille , une lettre par laquelle il le priait a que pour Dieu il H eût pitié de lui , en trouvant moyen de le tirer hors H de là, et de lui sauver la vie. » Jean de Village , mu de pitié à la lecture de cette lettre, résolut de sauver son bienfaiteur. Il considérait, dit - il au roi ^ans sa requête , (c qu'étant serviteur et parent de feu. a Jacques Cœur, que tous les biens qu'il avait en ce a monde lui estoient et sont venus par son moyen y (( et aussi qu'il estoit commune renommée que Jac- <( ques Cœur feroit son appointement envers le roi , (( et ne perdroit pas tous ses biens : il n'avoit pas cru (( commettre une action blâmable de le soustraire au (( ressentiment de ses ennemis. » En effet, Jean de Village prit le parti d'aller à Tarascon, situé sur le Rhône , vis-à-vis de Beaucaire : il s'y logea chez les cordeliers, pour être plus à portée de savoir les intentions de Jacques Cœur, à qui il fit donner avis de son arrivée par un cordelier de Tarascon, qui, sous prétexte d'une visite qu'il allait faire aux cordeliers de Beaufiaire, trouva facilement le moyen de parler à
Uur prisonnier. Jacques Cœur donna au moine des tablettes sur lesquelles il priait Jean de Village comme son fils, (( que pour Dieu il le jetast dehors de là; car (( il appréhendoit fort qu^on ne le fist mourir en lace dite franchise, sans le sceu du roi. » Ce dernier trait prouve Facharnement des ennemis de Jacques Cœur, qui, non contensde Tavoir dëpouillë de la plus grande partie de ses biens , cherchaient eneore k lui ôter la vie. Jean de Yillage lui fit dire , pour le reconforter, (( que puisqu'il avoit volonté de sortir des cordeliers «de Beaucaire, il avoit courage, moyennant Faide <c de Dieu, de Ten mettre dehors ; et qu'en attendant (( Texëcution de sou projet, il eût à faire bonne « chère* »
Il retourna en diligence à Marseille, où il fit part de ses desseins à deux autres facteurs de Jacques Cœur, nommés Guillaume Gymart et Guillardetj natifs de Bourges, que Temprisonnement de leur maître avait aussi obligés de prendre la fuite : ceux - ci Tencouragèrent , et s'offrirent à Je suivre. Comme Jean de Village avait des navires armés à sa disposition , il n'eut pas de peine à trouver dix-huit ou vingt compagnons de guerre , dont lui et ses deux associés jugèrent à propos de se faire escorter. Cette petite troupe étant arrivée à Tarascon , on fit avertir Jacques Cœur de se tenir prêt le lendemain à sortir des coi^dçli^rsî , après qu'il aurait entendu leurs matines , qui se disaient à minuit.
Il était question d'entrer dans la ville de Beaucaire , entourée de murailles ; mais un des soldats de
Jean de Village connaissait une ouverture dans un des endroits du mur, que Ton pouvait aisément agraii ^ dir, et par où il serait facile de passer sans être aperçu. Us traversèrent donc le Rhône dans une barque qu'ails avaient louée , avec les instrumens dont ils avaient besoin ; et étant arrivés au pied des naurs de Beaucaire, ils y attendirent Theure marquée pour se rendre au couvent des cordeliers» Jacques Cœur étant venu à leur rencontre à la sortie des matines, ils lui firent repasser le Rh6ne dans leur barque jusqu'à Tarascon, d'où Us le conduisirent par terre à laTour- <le*Boue, petit port de Provence, où Jean de Village avait ordonné qu'on lui tînt toute prête une barque dans laquelle il fît monter Jacques Cœur ; et Payant fait débarquer auprès de Marseille , il le conduisit par terre jusqu'à Nice. Jacques Cœur s'y embarqua sur un navire armé , et se rendit à Pise , d'où enfin il arriva heureusement à Rome.
Il put encore avoir la consolation d'y voir le pape Nicolas y, qui pepdant sa prison avait, mais inutilement , écrit en sa faveur à Charles VU : il l'avait honoré de son amitié, et avait conçu une grande estime pour lui, lorsqu'il vint à Rome en qualité d'ambassadeur, à cette célèbre ambassade d'obédience de Charles VII, qui rehaussa si fort le lustre dé la nation française aux yeux des Romains , et dont toute la pompe et la magnificence étaient dues aux richesses et aux soins de Jacques Cœur. Le pape ne voulut point alors qu'il eût d'autre demeure que son palais ; et dans une maladie qu'il y eut , il lui rendit des vi-
I sites frÀiuentes, et ordonna à ses médecins d^en avoir
autant de soin que de sa propre personne. Mais il ne dut pas jouir long-temps du plaisir de revoir un pontife qui avait pris tant de part à ses malheurs : la
I mort enleva Nicolas Y les derniers jours de mars 1 455 y
après huit années de pontificat.
Jacques Cœur n^ayant plus rien à craindre de ses ennemis au milieu de la ville de Rome, s*y occupa à régler ses affaires et à se faire rendre compte des biens dont ses facteurs avaient eu l'administration ; car toutes les richesses de Jacques Cœur n^étaient pas en France. Il était en correspondance avec les négo^ cians de Tltalie et du Levant ; ses vaisseaux faisaient encore des voyages sur la Méditerranée pendant sa prison ; et ceux de ses facteurs qui lui demeurèrent fidèles, mirent en sûreté les biens de leur maître. Ainsi, malgré la confiscation de ceux qui se trouvèrent en France lorsqu^il fiit emprisonné, il trouva encore des ressources. Jean de Village dit que pendant le séjour que Jacques Cœur fit à Rome , il alla 1^ trouver , et u besogna avecques lui de toutes les « charges et administrations de ses galées et faicts « qu'ils avoient eus ensemble ; » et qu'après avoir par** tagé ce qui leur devait revenir, ils se séparèrent contens Tun de l'autre.
Ainsi il est constant, par le récit de Jean de Village , que Jacques Cœur passa l'année 1 455 à Rome ; et comme il mourut au mois de novembre l'année suivante, on sent bien, sans que j'en avertisse, qu'il est impossible qu'il ait passé dans l'île de Chypre pour
s*y marier , qu*il ait eu deux filles de son mariage , et enfin quMl y ait fait cette grande fortune dont parlent presque tous nos historiens.
Mais si Jacques Cœur n^est pas mort dans Tîle die Chypre , où s'est - il donc retire après son départ de Rome ? Je n'ai trouvé qu'un auteur qui ait pu me donner quelque éclaircissement sur ce sujet; c'est Jean d'Auton, historien de Louis XII, qui avait vécu avec les enfans de Jacques Cœur. Cet auteur , après avoir raconté une expédition des Français dans l'île de Mételin, en i5oi, dit que leur flotte aborda à Tîle deChio pour y descendre les maladesi, dont quelquesuns moururent et furent enterrés dans Téglise des çordeliers, « auquel lieu, ajoute-t-il , est pareillement « ensépulturé feu Jacques Cc&ur dedans le milieu du (r chœur de ladite église. » Ce témoignage de Jean d'Auton parait d'autant mieux fondé , qu'il s'accorde parfaitement avec ce que disent les lettres de Charles YII et l'obituaire de Saint - Etienne de. Bourges , que Jacques Cœur est mort en combattant contre les infidèles , à la tête des troupes de TEglise. Il n'y a qu'à faire voir qu'en 1 456 le pape Calixte III arma en effet à Ostie contre les Turcs , nouvellement maîtres de Constantinople , une flotte qui vint débarquer à rîle de Chio , et qui est la seule sur laquelle Jacr ques Cœur ait pu avoir quelque commandement*
La prise de Constantinople par Mahomet II , le n^ mai 1453, avait répandu la terreur dans toute l'Europe. Le pape Nicolas V avait exhorté les princes chrétiens à s'opposer à un torrent qui menaçait toute
la ehrëlienté; mais les guerres qui les divisaient alors ne permet laient pas d^espérer un proQipt secours ; et !Nicolas y étant mort au mois de mars 1455, Calixte III, qui lui succéda au mois d^avril suivant, résolut d^exécuter les projets de son prédécesseur. Il avait fait à son élection un vœu solennel de déclarer la guerre aux Turcs, et de faire tous ses efforts pour reprendre sur eux la ville de Constantinople. QuoiquUl ne fût pas secondé par les princes chrétiens, deux cent mille écus d'or qu'il trouva dans le trésor de FEglise , les décimes qu'il avait imposées sur le clergé , et les aumônes que lui ramassèrent les prédicateurs qu'il avait envoyés prêcher la croisade , le mirent en état d'armer une flotte de seize galères.
Michel Ducas , auteur contemporain , et l'un des historiens de l'histoire byzantine , dit que cette flotte était commandée par le patriarche d'Aquilée , et qu'elle fiit destinée à porter du secours aux îles les plus voisines de la domination des Turcs , comme à Rhodes, à Chio, Lesbos, Lemnos, Imbros, Samothrace et Thasos. Ce ne peut être que sur cette flotte que s'embarqua Jacques Cœur : il commandait apparemment sous les ordres du patriarche d'Aquilée. Michel Ducas rapporte les expéditions de cette flotte , qui s'étant jointe à des pirates catalans et d'autres nations, ravagea pendant trois ans les côtes de l'Asie mineure et les îles dont les Turcs s'étaient emparées. Mais Jacques Cœur ne put avoir part à tous ces ravages, puisqu'il mourut au mois de novembre i456. Michel Ducas, qui marque exactement tous les lieux
OÙ s^arréta la flotte , ne fait aucune mention de Tîle de Chypre : il dit expressément qu'en partant d'Italie , elle vint en droiture à Tîle de Rhodes, où, après avoir demeuré quelque temps , elle aborda h. Tîle de Chio , où elle séjourna aussi ; et ce fut alors que Jacques Cœur étant tombé malade dans cette tle, il y mourut, puisque Jean d'Auton assure qu'il fut enterré au milieu du chœur de l'église des Cordeliers. Nous ne savons aucun détail des circonstances de sa mort(i). Charles VII, dans ses lettres du 5 août 1457, nous
(i) Un des derniers chapitres de la Chronique d'Àmelgard est consacré à l'histoire de Jacques Cœur. Ce qu'en dit cet auteur contemporain, s'accorde avec tous les faits qu'on a pu découvrir et vérifier jusqu'ici, touchant ce per> sonnage célèbre; c'est-à-dire son emprisonnement, son procès, sa condamnation, son élargissement ou sa fuite, sa nouvelle détention ou sa retraite , soit forcée , soit volontaire, à Beaucaire, et son évasion. Le témoignage d'Amelgard, dont Bonamy n'a pas connu le manuscrit, fortifie la conjecture , plus que probable , de ce savant académicien , sur la manière dont Jacques Cœur finit ses jours , non en Chypre , mais k Chio. <c Après son évasion de Beaucaire , c< dit Amelgard , Jacques Cœur obtint du pape Nicolas V ft (ce dut être plutôt Calixte III, suivant la remarque de tt M. du Theil), le commandement de quelques galères que « ce pontife avait fait armer pour combattre les infidèles. U « se distingua pendant quelque temps dans cette guerre na-. « vale, pendant laquelle il mourut, laissant une grande ré- « putatîon. » (Extr. des Mss, de la Bibb'ot du roi, n» 5962, 5963.) (fito-C. L.)
apprend seulement a que Jacques Cœur, à la fin de (c ses jours, lui avait recommande ses enfans, en le « suppliant humblement qu^euëgard aux grands biens « et honneurs qu*il avoit eus en son temps autour de « lui , son plaisir ftist de leur donner aucune chose , ce afin que ceux qui estoient séculiers pussent honnes- « tement vivre sans nécessite. »
MEMOIRE