PAR BONAMY
Ix ne me reste plus, pour terminer mes recherches sur Jacques Cœur, qu*à exposer les suites du procès que ses enfans intentèrent contre ceux qui, ayant profité de sa disgrâce, s^étaient emparés de ses biens; et à examiner si , comme le disent quelques auteurs, sa mémoire fiit réhabilitée par le parlement. Ce que je dirai est tiré de titres originaux ; et je me servirai souvent des propres termes des actes»
Il n'était pas possible que le temps et la réflexion ti*aSaiblissent les impressions que les accusations por-r lées contre Jacques Cœur avaient faites sur l'esprit de Charles VII, prince naturellement tendre et bon: on en était si persuadé, qu'on ne pouvait s'imaginer qu'un sujet qui l'avait si bien servi ne trouvât enfin grâce devant lui, et ne conservât au moins une partie
de ses grands biens. C^est ainsi qu^on en parlait pu^ bliquement; et peut-être que si Jacques Cœur avait vécu plus long * temps, il serait venu à bout de démontrer si bien son innocence , qu*il aurait couvert ses accusateurs de la confusion qu'ils méritaient; mais étant mort un an après son évasion , il laissa à ses enfans le soin de venger sa mémoire outragée.
Il en avait quatre; Jean, archevêque de Bourges ; Henri, doyen de Péglise de Limoges; Renaud et Geoffroi , tous deux mineurs : il avait encore une fille nommée Perrettej mariée avec Jacquelin Trousseau, fils d'Artault , seigneur de Mareuil et de Saint'-Palais. Elle avait eu en mariage la somme de dix mille livres tournois une fois payée, et à condition de ne pouvoir venir à la succession de ses père et mère , tant quMl y aurait hoirs mâles descendans de mâles.
Cette dot parait médiocre, eu égard aux richesses du père ; il est vrai qu'alors il n'avait pas encore fait l'acquisition de toutes ces grandes terres, qui lui attira J'envie de plusieurs grands du royaume : j'ai remarqué qu'il ne la fit que depuis l'an i447'
Lorsqu'il fut arrêté, il possédait les seigneuries de la Motte, de Boissi, de Saint- Aon, et une partie de celle de Rouanne dans le Forés, celles de Menetou - Salon , Marmaigne , Maubranche et Barlieu en Berri, de Saint -Fargeau, deLavau, de la Coudrai, de Champignelles , de Mérilles , de Saint - Mauricesur-l'Averon, de laFrenoie, Mesleroi, Fontenouilles, et les baronnies duTouci et de Péreuse, dans les diocèses de Sens et d'Auxerre , avec toutes les apparte"
nances de ces terres, qui consistent en près de trente paroisses; je passe sous silence les autres qu^il possédait encore (i).
Quant à ses maisons, il en avait deux à Paris, dont Tune était où est le Palais-Royal , et Fautre subsiste encore aujourd'hui dans la rue de THomme- Armé, plusieurs à Bourges, et entre autres celle qu'on ap-* pelle encore Vhôtel de Jacques Coeur , où s'assemble, depuis i683, le corps municipal de cette ville; à Sancerre , à Saint-Pourçain , à Lyon , à Montpellier, à Béziers, etc.
Le roi Charles adressa ses lettres en forme de
(i) J^ai lu dans un inventaire c(e la chambre des comptes, M ime procuration de monseîgneilr l'argentier, signée Jac- « ques Cuer, et scellée de son scel, le xxvii jour de fébvrîer « M. cccc. L., par laquelle il constitue ses procureurs, Guil- «r laume de Varie et maître Jehan de la Loere, pour faire « les foi, hommage et debvoirs qu'il est tenu faire à mes- <c sieurs les comtes de Nevers et de Gien , et autres sei- « gneu*s , à cause de la baronie de Toussy, et des terres , (c chasteanlx , places et chastellenîes de Saint - Furgeoul « (Saînt-Fargeau), Péreuse, la Codée (la Cordre), Lavau, « Mérilles, Saint-Martin, Saint-Privé, Rongières (Ronce chères), Septfons, Sainte-Colombe, Fauterelle (Faverel^ ce les), Arquien, Sauzay, la BussièrCt Chastillon, Montce bouy, le Bois-Saint-Germain , Destenières , Fontaines , ce Moulins, Dracy, la Yillette, et autres assis en la terre de « Puisoye ; ensemble des estangs , forges , bois , rivières , « granges , mestayries , jurîdicioni^ hautes , moyennes et « basse;», et autres choses, th'
commission, le i*' juin i453, à Jean Dauvet, son pro— dureur-gënéral , pour mettre à exécution Tarrét donné contre Jacques Cœur, et saisir tous et chacun ses biens-meubles et immeubles, les mettre en criées et subhastations , et pour faire adjourner les opposa ns auxdites criées par-devant les conseillers-trésoriers de France, en leur auditoire du trésor, à Paris.
Les biens de Jacques Cœur ayant été mis en vente , Jean Cœur, archevêque de Bourges , et les tuteurs de ses frères Renaud et GeoSroi, y formèrent leurs op* positions , et demandèrent qu^au moins on fit soustraction des biens qui devaient leur revenir de Théritage de Macée de Léodepard , leur mère. Il y eut encore d'autres oppositions formées par plusieurs particuliers : sur ce dernier article, la Cour du trésor dit (( que lesdits héritages de Macée de Léodepard , si « aucuns en y a de compris esdites criées , seroient (( distraicts au profit desdits deffendeurs et opposans, (( par sentence définitive et par droit : mais quant aux « autres causes d'opposition et à la demande que force maient les enfans de Jacques Cœur pour l'annulation (( de l'arrêt rendu contre leur père, il fut dit que (( lesdits articles posés es causes d'opposition, seroient « rejetés comme impertinents et contraires à l'hon* (( neur et autorité du royj defiendit aux opposants (( d'user doresnavant et de proposer telles paroUes ne (( langages contre Tautorité du roy et Sa Majesté royale, (r ne des arrests et jugemens par lui donnés contre (( Jacques Cœur comme criminel de lèze - majesté ; (( deffend à tous avocats ou procureurs et autres, quels
(( qu^ils soient , de proposer ou faire prc^poser telles (( et semblables frivoles allégations, sur peine de pri* (( vation de leur office et de tous autres offices s'ils (( sont officiers royaux , et le$ avocats et procureurs « de patroeiner, et d'amende arbitraire : et au surplus (( ladite Cour déboute lesdits opposans de leurs causes (( d'opposition touchant les conquests^ faits par Jacu ques Cœur, lesquels conquests serom adjugez , ten- (( dus , baillez et délivrez au plus offrant et dernier (( enchérisseur. »
En effet, le 5 décembre i4^5, on délivra à Guillaume Gouffier, l'un des juges de Jacques Cœur, conseiller et premier chambellan du roi , et* sénéchal de Saintonge, pour la somme de dix mille éctts d'or, les terres et seigneuries de la Motte et de Boissi , avec leurs appartenances et dépendances; la moitié des terres et seigneuries de Roanne et de Saint -Aon, el d'une maison assise audit Saint- Aon , et de toutes le» terres, rentes , revenus et appartenances d'icelles sei* gneuries situées au pays de Roannais.
L'année suivante , malgré l'appel interjeté au par-* lement par les enfans de Jacques Cœur, on procéda à l'adjudication de ses autres biens. Antoinette de Maignelais, veuve du sieur de Yillequier, maîtresse de Charles YII, qui avait succédé à Agnès Sorel , eut la terre de Menelou- Salon, en Berri, pour la somme de huit mille écus d'or. Je passe , pour abréger , les noms de ceux à qui les autres terres et maisons furent délivrées.
Cependant, la nouvelle de la mortde Jacques Cœur
ëtam v^enue en France, ses enfans réitérèrent leurs instances auprès du roi. Ce prince , touché des dernières paroles de Jacques Cœur, qui lui avait recdmmandé en mourant ses enfans , reçut la requête que lui présentèrent Jean Cœur, archevêque de Bourges y et ses autres frères , auxquels se joignit Guillaume de. Varie , Tun des principaux facteurs de Jacques « anobli par le roi, dont les biens avaient^ été aussi mis en la main du roi, pendant son absence. Le roi, par ses lettres datées de Courceilles, près Souvigni, le 5 août i45»7, ((désirant pourvoir auxditsen- « fans et aussi audit Guillaume de Varie, afin qu'ails « pussent mieux et plus honorablement vivre et trou- (< ver leur provision en mariage ou autrement, quitté (( et transporte à Renaud et Geoffroi Coeur et à letirs « successeurs et ayans cause, les maisons de Bourges (( qui appartenaient à feu Jacques Cœur leur père y (( ensemble toutes les autres maisons, places, jardins (( et rentes assises en ladite ville de Bourges , terres ^ <( prez et héritages assis à Tentour, et généralement (( au pays de Berry,qui n'ont été adjugez par décréta (( ceux qui les ont mis à prix ; deux grandes maisons (( situées à Lyon, les mines d'argent, plomb et duivre (( de la montagne de Pompalieu et de Cosné , et le u droit que le roi avoit es mines de Chessieu, Saint- (( Pierrc-la-Palu et de Ros-sur-Tarare, sans aucune (( chose réserver en icelles : Item avec et outre les « choses dessusdites , le roi donne par ces présentes (( auxdits Renaud et Geoffroy et à Guillaume de Va- (i rie, c'est h savoir à chacun d'eux par tiers, toutes
(( les dettes, actions et biens meubles qui apparte- (c naient à feu Jacques Cueur, tant par lettres et cë- (% dules que par les papiers et autres enseignemens (( qui furent dudit Cueur, quelques parts que soient c( lesdites dettes et biens tant dans le royaume que (( dehors , qui ne sont venus au profit du roi ou au « profit de ceux en faveur desquels il en avoit dis- (c posé ; et veut le roi que lesdits Rénaux et Geoffroy (( et Varie en puissent faire action , demande et pource suite , et qu'ils soient à ce faire reçus en jugement (( et dehors , comme eussent élé lesdits Jacques Gueur « et Guillaume de Varie avant la prononciation de « Tarrêt. » Mais le roi se réserve, pour en ordonner à son plaisir, les sommes de deniers que Jacques Cœur avait prêtées à différentes personnes dont les noms sont spécifiés dans une longue liste de gens de tout élat, à la tête desquels est le comte deFoix, pour deux mille neuf cent quatre-vingt-cinq écus dW. On trouve dans cette liste des évêques, des maréchaux de France, des chevaliers, des chambellans, des échansons, des secrétaires du roi, des maîtres des requêtes et des domestiques de la maison du roi, jusqu'à des peintres et des lavandières^ Mais le roi, en donnant par une grâce spéciale et une pure libéralité, aux enfans de Jacques Cœur, une partie des biens de leur père, qu'il regarde toujours dans cet acte comme justement condamné, déclare en même temps a qu'il entend que (( l'archevêque de Bourges , M* Henri Cueur, Renaud ({ et Geoffroy leurs frères , et Perrette Gueur, femme « de Jacques Trousseau ^ aussi bien que Guillaume I. 7« Liv. 3o
de Varie y renonceront à tous les biens qui fureat du4it Jacques Cueur^ et ne pourront jamais aucune chose demander au roy ne à autres pour raisons des biens dudit feu Jacques Cueur et dudit Guillaume de Varie , prins de par lui y soit à cause de la succession de la femme dudit feu Jacques Cueur, mère desdits enfans , ne aultrement en quelque manière « que ce soit. )>
En conséquence des lettres du roi y Jean Gsur, archevêque de Bourges , Henri Cœur, doyen de Tëglise de Limoges, Renaud et G^offiroi Cceur, et Guillaume de Varie , donnèrent leurs lettres de renonciation à tous les biens quHls pouvaient répéter, çxcepié à ceux que le roi, par ses don et octroi, }^ur avait laissés , et les présentèrent aux gens de compte et trésoriers de France , qui ordonnèrent, par leurs lettres du 3 octobre 1457, à tous IjBS justiciers et oi&ciers du roi, qu ils laissassent jouir desdites cessions Kenaud et Geoflfroi Cœur, et Guillaume de Varie.
C'est ainsi que , par une pure libéralité du roi , les enfans de Jacques Cœur rentrèrent dans la possession d%ine partie des biens de leur père i mais malgré rengagement quHls avaient contracté de ne plus rien demander des autres bjens^ ils crurent devoir jHofiter de la disgrâce où Antoine de Chabannes ton^ba, lorsque Louis XI fut mon^é sur }e trône en 1461* Us l'avaient toujours regardé comme le principal moteur c|es affair^ snçcitéçs à leur père ; ainsi il n^est pas étonnant qu ils l'aient attaqué , et obligé son héritier, après des poursuites qui durèrent près de trente aiis,
d^en venir enfin à un accord à Pamiable, qui termina eniièremenl le procès dont je vais rendre compte,
La question ëtait de savoir de quelle manière ils pourraient revenir contre uxi arrêt donné par le roi nijênie.
L'archevêque de Bourges dressa un Mémoire sur toute la procédure tenue contre son père, et Fenvoya à sept des plus fameux avocats de Paris ^ pour avoir leurs avis. Ces avocats étaient Fradet y la Réaulté , Luillier, Simon, Fournier, Lemaire et Besançon^ dont quelques-uns fhrent dans la suite cbn^illers au parlement. Toutes les pièces du procès de Jacque;8 Cœur étaient en si grand nombre , qu^il y en avait là charge d'un chwal; c'est ainsi que s'exprime l'ar^ chevêque de Bourges^ qui n'envoya que les principales, avec des extraits des autres, et manda aux avocats qu'il leur enverrait le tout, s'ils le jugeaient nécessaire. Il était si persuadé du bon droit de son père, qu'il dit que, quoiqu'il sût qu'au procès inventorié et baillé par Barbin , avocat du roi , ce magistral eût changé les confessions et ôté beaucoup de choses qui servaient grandement à la justification de son père, comme il se fait fort de le prouver par le ter moignage d'aucuns qui avaient été du nombre des commissaires , néanmoins il désire que les avocats ne fassent attention qu'aux pièces du procès tel qu'il est, et qu'ils disent leur avis pur l'équité ou l'injustiôe de cette procédure, après la lecture qu'ils en auront faite.
jLies avocats convinrent qu'il y avait dans le [nrocès
injustice et iniquité manifestes ; mais ils ne furent pas de même sentiment sur la manièits de revenir contre Tarrét.
Fradet, qui élait le rapporteur, fut d'avis que M. Tarchevêque de Bourges et ses frères ne pouvaient venir à faire rétracter la sentence par relèvement des appellations interjetées par Jacques Cœur, attendu qu'elle avait été donnée par le roi par forme d'arrêt , à quo non appellatur; mais qu'il était d'opinion que lesdits frères y devaient venir par supplication et par proposition d'erreur ; que celte voie était plus abrégée, puisque par ce moyen ledit procès serait jugé ea: eisdem actisj au lieu que si l'on prenait la voie du relèvement des appellations, il faudrait entrer en faits et en enquête , et serait la procédure longue , avant qu'on pût parvenir à obtenir arrêt.
La Réaullé fut aussi d'avis qu'il était périlleux de mettre le procès en la Cour de parlement, parce qu'il savait bien que la plupart des notables gens de ladite Cour avaient si grande et si bonne opinion du feu roi, qu'à grand' peine leur pouvait tomber en l'entendement de rescinder ou rétracter ladite sentence, attendu que le procès avait été conduit par gens de grande autorité et en grand nombre, après une mûre délibération. C'est pourquoi qu'il conseillerait plutôt à M. de Bourges et à ses frères, qu'ils vinssent par forme de grâce , telle qu'il plairait au roi leur faire , pour la restitution des biens de leur feu père.
Simon ayant parlé le troisième , ne fut point de l'avis du rapporteur, qui était d'avoir réparation par
pf oposition d^erreur ou supplication , pour les raisons qu'avait dites la Réaulté ; mais, il conclut qu'on y devait revenir par le moyen de relever les deux appellations interjetées par Jacques Cœur^ lesquelles sesdijLs enfans relèveraient comme héritiers au nom de leur feu père ; et que mondit seigneur l'archevêque et ses frères relèveraient aussi les appellations qu'ils interjetèrent après la mort de leur père , et seraient relevés de laps de temps et de la renonciation, si aur cune en avaient faite du. temps du feu roi, et impétreraient encore un examen à futur pour faire examiner témoins vieux. et valétudinaires; et par autres lettres, pendant le procès, serait mandé à la Cour que ledit examen fût joint audit procès , pour y avoir tel ^ard que de raison , etc.
Cet avis ayant passé à la pluralité, fut envoyé à l'archevêque de Bourges , qui s'apprêta à poursuivre cette affaire.
Cependant, Antoine de Chabannes était,, commt je l'ai dit , tombé dans la disgrâce du roi , qui , se reSr souvenant qu'il l'avait obligé, sous le règne de Charles y II, de s'enfuir du Dauphiné, ne. fut point fâché de lui faire sentiif son coui^oux, eu le mettant au nombre de tous les anciens servMeurs de son père, qu'il priva de leurs emplois et de leurs dignités. Antoine fut mis en prison au Louvre , où il fiit enfermé pendant deux ans; et au bout de ce temps, ayant été transféré à la Conciergerie, où il demeura prisonnier pendant dix jours, il fut condamné, le so aoûf i463, au bannissement, et ses biens furent confisqués. Néan-
moins, au lieu de kii rendre la liberté, on le reftferma dans la Bastille , d'où il se sanva , comihe nous 1^ dironi bientôt.
Greoffroi Gsur, qui était ralet de chambre de Lomôs XI y profita de Pemprisonnement d'Antoine de Chabannes, pour demander au roi les biens qu'il avait eus par confiscation sur Jacques Cœur. Renaud son frère était mort ; et ses deux autres frères , Jean , archevêque de Bourges, et Henri Cœur, doyen de Limoges, et maître ordinaire de la chambre des <iomptes , étant ecclésiastiques , Geoffroi se trouva le seul héritier de m famille, par la cession que ses deux frères lui firent de leurs droits.
Ils obtinrent du roi des lettres qui les relevèrent du laps de temps , et leur permirent ^de pour^ivre Fappel de leur père, et de faire entendre lés témoins; mais sans^attendre l'issue du procès , Geoffroi Cœur se transporta dans le pays de Puisaie, se saisit de tomes les terres, châteaux, forteresses et meubles d'Antoine de Ghabannes, où son fils et héritier Jean prétendit qu'il avait spolié pour cinquante mille francs dé meuble^* C'est ainsi que Geoffroi Cœur rentra dans la possession de cette partie des biens de son père; car on ne voit pas qu'il ait intenté procès à aucun des autres qui avaient aussi profité de la confiscation des biens de Jacques Coaur.
Cependant, le procès porté au parlement y h% plaidé à huis! ctôs, le 20 mai 1462,* et l'avocat Haslé, pour les appelans, après s'étte étendu sur les louange$ de Jacques Cœur, et fait voir son innocence, éta}tlit
la nuUité de la procédure. Il avait commencé son plaidoyer par avouer que c'était à regret qu^il parlait contré Antoine de Chabannes; mais que Tinfamie qui rejaillissait de la condamnation de Jacques Ccént sur ses en&nS) ne leur petmletiait pas de demeurer dans le silence , et de laisser attaquer la mémoire de leur père sans la défendre. M. Ganai , pour le procureur du roi y après avoir remontré Timportancè de la matière y soutint que les appellations n'étaient pas rêcevables , le procès ayant été fait par commissaires délégués par Sa Majesté y qui par Tavis d'aucun de son sang^ de tout son grand conseil ^ d'aucuns présidens et conseillersde la Cour, avaient donné leur jugement, dont Jacques Cœur h^avâit appelé ^ et c[cCau contraire le jugement avait été exécuté , sur quoi et plusieurs autres moyens il établit les fins de non-reeevoir.
Haslé ayant répliqué, il y eut appointé à mettre devers la Cour le procès et tout ce que les parties voudraient , et au conseih II y eut même a^pointement le 4 aoûi suivant, siir les lettres des appelans, qui furent jointes au procès principal ; mais là Cour ne prononça ni sur les appellatk>iis, ni sur les lettres que les enfans avaient obtenues de Louis Xl pour être reçus appelans.
Geofiroi Cœur, qui s'était déjà saisi par voie de fait dés biens d'Antoine de Chabannes , fut confirmé par les lettres que Louis XI lui octroya k Paris , au mois d'août i463, et qui furent enregistrées ati parlement le 7 septembre suivant, et le lô è la chambre des eomptes; Le roi parle dans ces lettres en termes très-
durs d* Antoine de Chabannes et de son injustice ^ relève au contraire les services rendus à TEtat par Jacques Cœur : c^est pour les récompenser qu*il restitue à son fils Geofiroi les terrres et seigneuries de Saint-Fargeau, de Lavau, de la Coudre, de Përouse, de Champignelles , de Mëzillea, de Villeneuve -les- Genets et leurs appartenances.; et celles de Saint- Maurice et de la Frênaie , de Fontenouilles , de Mezle -Roi et de la baronnie de Touci, dont Antoine de Chabannes s'était emparé ^ et quHl s'était fait adjuger par décret.
Mais les choses ne restèrent pas long-temps en cet état. Antoine de Chabannes s^étant sauvé de la Bastille le 1 2 mars i^f, alla rejoindre les princes révoltés dans la guerre du bien public; et pendant qu^il était dans le Bourbonnais, il s'avança avec des troupes vers Saini-Fargeau et Saint-lVfaurice-sur-rAveron , dont il s^empara, y fit prisonnier Geofiroi Cœur, et prit tops les biens meubles qui y étaient. La paix s'étant faite en i465, et Antoine de Chabannes ayant été rétabli dans tous ses biens, il poursuivit le procès contre Geofiroi Cc&ur, et répéta plus de cinquante mille livres de biens meubles qui étaient à Ssânt-Far" geau, lorsque Geofiroi Cœur s'en était emparé; il de-* manda de plus la restitution des fruits, profits et revenus qu'il avait perçus pendant plusieurs, années desdites seigneuries, dans lesquelles Antoine de Chabannes disait avoir dépensé plus de deux cent mille livres pour les mettre en valeur^ Les parties ayant été appointées en droit, Antoine de Chabannes resta pos-
sesseur de Saint-Fargeau et des autres seigneuries^ dont le roi ne reçut néanmoins Thommage qu^en i483, c^est-k-dire après la mort de Jean Cœur, archevêque de Bourges 9 arrivée le 29 juin 1483; le roi n*ayant pas voulu sans doute causer cette mortiâcation à ce prélat y qui s^était acquis une grande considération par ses vertus et son mérite. Mais le roi étant mort luimême le 3o août i483, Geoffiroi Cœur fit, mais inulementy de nouvelles instances pour faire terminer le procès. Antoine de Chabannes fit tout ce qu^il put pour ^empêcher le jugement, et engagea même Anne de France, sœur de Charles YIII, successeur de Louis XI, à^demander, au nom de ce prince, que le parlement envoyât à Sa Majesté toutes les pièces du procès. Le roi, pour cet effet, avait député au parlemient M" 3^ean Chambon et Charles* Pontez , conseillers, et le sieur de Saint-Mesme, écuyer d'é-* curie y avec des lettres de créance, datées de Montereau-Faut-Yorfne, le 7 mai 1487? portant injonction à la Cour d^envoyer, par lesdits députés, le procèsverbal pendant en icelle, entre les enfans de feu Jacques Cœur d^une part, et le procureur - général d'autre. Les chambres s^étant assemblées, il fut décidé que, pour le présent, ledit procès ne serait donné ni envoyé hors des mains, d'icelle Cour, pour les dangers et inconvéniens qui en pourraient, ensuivre, mais qu'on écrirait au roi de cette matière.
Antoine de Chabannes et Geoffroi Cœur ne survécurent pas long-temps à cette décision ; car Geoffroi mourut le ai octobre 1488, et Antoine le a5 dé*
cenibre suivant. Ce dernier laissa pour unique héritier Jean de Chabannes, comte de Dammartin ; et Geoffroi laissa d^Isabeau Bureau , sa femme, quatre enfans; Jacques Cœur, Jeanne, mariée à Jacques Pa« vye, seigneur de Lonbatières; Marie, âgëe de quinze ans, et Germaine, d^environ treize ans.
Enfin les héritiers des deux contendans, las de la durée d^un procès qui avait commencé il y avait près de trente ans, se déterminèrent à s'accorder ensem* ble. Le roi Charles YIII donna, le 517 août 14S99 des lettres au parlement pour ne mettre empêchement à Taccord et pacification que voulaient faire Jean de Chabannes et la veuve de Geoffroi Cœur; en conséquence, la Cour reçut les parties à passer ledit accord , par arrêt du 3 septembre 1489* La transaction qu'ils passèrent alors est dans les archives de Saint-Fargeau, en original , et elle finit ainsi : u Les parties éunt en a adventure de choir en grand involution de procès « et dépens, avant l'issue d'iceux elles airtient mieux c( traiter, transiger et s'acêorder ensemble de bonne (( foy, à ce mues par le conseil de plusieurs notables i< personnes et de leur parenté, qui vouloieni mettre it paix et nourir amour entre les parties : e^est pour* « quoi elles sont convenues qite ledit comte Jean » promet bailler, assigner, céder et transporter à lare dite veuve et héritiers , quatre cens livrés de rente (c tournois, ou revenue annuelle perpétuelle; et pour « ce cède la seigneurie de Beaumont-lé-Bois pour et (( assietè de deux cens livres tournois de rente sur et tr tant moins de quatre cen^ livres ; et pour les autres
ce deux cens livres, ledit seigneur comte Jean s*oblïge « et promet de les assigner dedans la prevosté et vice comt^ de Paris, et tout en fonds de terre, rente et ce revenue bien et duement en lieu convenable dedans ce un an proucbain venant, tellement que perpétuelce lement ladite rente ou revenue se puisse prendre ce sans aucune diminution. Ledit sieur comte Jean ce promet payer et fournir icelle somme de deux cens te livres de rente ausdits veuve et héritiers de Geofce froi Cueur, dedans la ville de Paris, par chacun an, (e en quatre termes accoutumés, le premier terme à ce Nouel proucbain venant; et ledit seigneur comte ne êe pourra racbepter ladite rente qu'en en racbeptant ce cinquante livres à la fbis au moins, en payant la i< somme de mille livres tournois. En outre, promet ior mondit comté payer dix mille écus d'or à la cou- «r ronne, c'est à sçavoir : présentement trois mille écus ee d'or que lesdits veuve et héritiers reconnaissent (( avoir reçus et être contents -, et le reste d'année en ee année, sçavoir : deux mille écus à la Saint- Jean ee Baptiste proucbain venant, deux mille cinq cens ee écus à la Saint-Jean suivant, et deux mille cinq ee cens écus à la Saint-Jean-Baptiste de l'an i^g2. » Ces dix mille écus d'or à la couronne de 70 et demi au marc, vaudraient aujourd'hui environ cent mille livres de notre monnaie.
C'est ainsi que finit le procès suscité à l'occasion de la condamnation de Jacques Cœur. On a pu voir par tout le détail ennuyant dans lequel je suis entré , (|ne le parlement n'a fait aucun acte pour rétablir s^
mémoire; mais Tardeur avec laquelle ses enfans osè<rent poursuivre, pendant tant d^annëes, Antoine de Chabannes, ce seigneur si puissant auprès du roi^ revêtu des premières charges de la couronne, considérable par sa naissance , ses alliances et ses ricl^esses, fait voir qu^ils étaient bien persuadés de la justice de leur cause et des vœux du public en leur faveur. On peut même dire que Jean de Cbabannes ne se croyait pas bien assuré de son droit, puisquil dédommagea en quelque façon les héritiers de Jacques Cœur des grands biens nque son père leur avait enlevéSiL
Des quatre enfans de Geoffroi Cœur, il ee resta que deux filles, Marie et Germaine, qui laissassent postérité. La première fut mariée à Eustache Luillier, et la seconde à Louis de Harlai , à qui elle portsi la terre de Beauraont- les -Bois, érigée en comté pac Henri lY, en faveur de Achille de Harlai , premier président du parlement, son petit-fils,
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