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ET DE L EXECUTION DU COKNETÂBUE DE SAINT-POL

' FAIT (i). '

Louis de Luxembourg, comte de Saint -Pol, était d^une des plus anciennes et des plus illustres maisons de TEurope. Il en soriit cinq empereurs, six reines, un grand nombre de princesses; et les premières charges du royaume de France étaient devenues son partage , lorsque le crime de Tun de ses plus fermes soutiens, arrêta le cours de ses prospérités et en ternit toute la gloire.

Louis était de la branche cadette , dite Luxem^ bourg' Lignjr ; c'était xin homme d'un génie extraor^ dinaire et supérieur, soit pour la guerre, soit pour les affaires, mais d'un caractère fourbe et brouillon, qui ne pouvait subsister qu^au sein des troubles et des guerres. Il servit avec succès le roi Charles YII. Après la mort de ce prince, il s'attacha au duc de Bourgogne, fit la guerre au roi de France, et commanda Tavant-garde de Tarmée bourguignonne, à la bataille delVIontlhéri. Louis XI , qui employait \qs talens par-

(0 Exposé de Y Editeur.

tout où il les trouvait, offrit ao comte de Saiût-Pol la charge de connétable, s'il voulait passer à son service. Le comte Paccepia, mais il n'abandonna pasj>our cela ses intelligences avec la cour de Bourgogne. Il parait que Louis XI n'en avait pas connaissance; car il accablait le connétable de distinctions, et le plaça au nombre des quinze premiers seigneurs à qui il accorda le collier de son nouvel ordre de Saint-Michel. Cependant le comte fomentait la désunion entre le roi et le duc de Bourgogne, qui déjà l'un et l'autre n'y étaient que trop portés. Indépendamment de son inclination naturelle, le connétable y trouvait encore son intérêt : tant que la guerre durait, il avait à sa disposition quatre cents hommes d'armes entretenus avec toute leur suite , exactement payés aux dépens du trésor royal, et dont la solde passait par ses mains sans qu'il fût obligé d'en rendre compte. Il avait une pension de 3o,ooo francs, outre les àppointemens de sa charge ^ et de plus, la disposition des garnisons et des revenus de plusieurs places de guerre. La paix \ine fois bien rétablie lui eût retranché la plupart de ces avantages, et l'eût réduit à l'état de simple courtisan.

La guerre étant déclarée, la première opération du connétable fut de s'emparer, au nom du roi, de la ville de Saint -Quentin, dont les habitans lui ouvrirent les portes sans coup-férir. Mais le perfide Saint- Pol avait eu, dans cette occasion, moins l'intention de servir le roi que celle de se mettre en position de faire lui-même la loi aux deux partis; aussi commença - 1 - il sur le champ à traiter avec le duc de

Bourgogne. Cette fois^ ses intrigues ne lui réussirent pas. Le roi en reçut avis , et le duc ne voulut pas subir les conditions auxquelles le connétable mettait son amitié : aussi les deux princes se réconcilièrent^ ils à ses dépens.

Dès que la paix fut signée, le duc de Bourgogne , qui avait plus d'un motif particulier de mécontentement contre le connétable, fit connaître au roi les propositions qu'il lui avait faites^ et c'est alors que Louis XI résolut de perdre ce seigneur. Les deux princes firent déclarer à son de trompe dans leurs Etats, le connétable ennemi de l'un et de l'autre^ criminel de lèse- majesté et de félonie , ajoutant que celui des deux qui le ferait arrêter le premier, le livrerait au supplice huit jours après, ou que le roi le mettrait entre les mains du duc, ou le duc entre les mains du roi, pour en faire prompte justice. Le roi, à cette condition, promettait de rendre Saint -Quentin au duc de Bourgogne, et d'assiéger le connétable de concert avec lui, en quelque place qu'il se retirât.

Ce fut quelque temps après que le roi consentit à une démarche bien difficile à expliquer, et qui donna lieu à de grands murmures, parce qu'on trouva que ce prince y avait avili son caractère. Il eut avec le connétable une entrevue sur les bords d'une petite rivière entre La Fère et Noyon , entrevue à laquelle le connétable se rendit armé, et parut traiter en quelque sorte d'égal à égal avec son souverain.

Quoi qu'il en soit , le connétable trouva le moyen de se maintenir à Saint-Quentin, et de continuer,

pendant près de deux ans encore, ses intrigues avec le roi, le duc de Bourgogne et le roi d^ Angleterre ; mais il avait affaire à un homme plus fin que lui. Louis JLl parvint à le perdre irrévocablement dans Fesprit du duc ; ce qui ne Tempécha pas, quand il se vit sur le point d^élre assiégé dans Saint-Quentin ^^ de se jeter dans les bras de ce prince. Il en obtint un saijif- conduit, à Taide duquel il se rendit à Mons, d'où le duc le fit livrer au roi de France.

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