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( i6a) Des spectacles.
Outre les décorations qui se font pour les entrées des princes, on prépare divers spectacles pour les honorer et pour les divertir. Des combats de gladUteurs, des attaques de châteaux ou de villes y' des naumachies ou combats de barques, de vaisseaux et de galères; des carrousels, des courses de taureaux, de htgaes, etc., dont on a déjà p^rlé.; des bals, des ballets, diverses fêtes populaires, des comédies et des mascarades. 11 y a deux siècles qu'aux entr^ de nos rois on représentait, dans les places publiques, des histoires du Vieux et du Nouveau-Testament , qu*OH dapçelait des moralités^
On mêle quelquefois aux spectacles les plus sé<rieux des spectacles plaisans, pour divertir les princes que Ton reçoit, comme on a fait à Marseille, où les pécheurs font corps, et sont en possession non seulement d'assigner les lieux où chacun d'eux dmt pécher, mais encore d'avoir des prud'honunes élus chaque année à la pluralité des voix et des plus âgés , pour terminer souverainement tous les différends qui naissent entre eux pour la pêche. L'habit de ces {Mijid'bommes , à l'antique, a quelque chose de plaisant : ils portent sur le cou une épée large de trois doigts, marque de leur juridiction , et marchent avec une gravité sérieuse , qui la £iit perdra à ce«x qui les voient. Le chef de cette troupe s'étant présemé aux princes, leur parla ainsi :
((Messieurs, voestre segnigran era foer de noues-
(( ires amis , souhaitan que yo sieguez de mémo ; ara «per la pesca, si volez y ana, sian lesle. Aven fa (( faire douas fichouairas d'argen, per cadun de vau- (( très ; ben que n^en aguessian fa faire qu^uno per vos- « tre signigran quan Yy anet. »
Les princes allèrent à la pèche des thons avec ces tridens d^argent qu^on leur prësenia.
En Bresse, quand le feu Roi descendait sur la Saône pour se rendre à Lyon, on fit, sur les bords de la rivière , des danses de paysanes et de bergères bressandes qui le divertirent fprt.
A rentrée de Charles-Quint à Bruxelles , on fit une musique de chats la plus plaisante du monde. On les avait choisis de plusieurs tons diffërens ; et les ayant enfermes dans des caisses trouées, on leur attacha aux queues des cordes de fil de fer qui répondaient à un clavier d^épinette dont les touches étaient marquées selon les divers tons ; et à mesure que Ton touchait , chaque touche tirant la queue d^un chat le faisait miauler. L*empereur prit un plaisir singulier à cette invention nouvelle.
J^ai rapporté plusieurs manières de ces spectacles bouffons au chapitre des fêtes populaires et des mascarades, an Traité des spectacles, imprimé en 1&69, pour les tournois, earrousels, etc.(i).
Les spectacles de feu et de Itunières ^ont les feux
(î) Voy. pp. 343-44 ^e »on Traité des tournois, joutes et carrousels, et t. 9, p. 275 de notre Collection, (fi&V.C. L.)
de joie et les illuminations, pour lesquels )'ai donne autrefois des règles en iin Traite des rëjouissances pour la publication de la paix en 1660, et depuis un Traité des tournois , carrousels , naumachies et autres spectacles publics; un Traité des ballets, un des représentations en musique, plusieurs des devises, emblèmes, armoiries, énigmes, etc. .
11 faut être tout à fait de mauvais goût et manquer de jugement, si je Tose dire ainsi, de prétendre que les inscriptions et les vers qui se font pour, badiner soient aussi sérieux et aussi pompeux que ceux qui se font pour des sujets graves et héroïques. Ceux qui sont d^un si mauvais goût, s*il s*en trouve quelquesuns parmi des gens de bon sens, n*ont jamais lu la Poétique d* Horace, et n*ont fait nulle attention, sut ce qu'il a si sagement remarqué , qu'il faut bien considérer qui l'on introduit sur la scène, et à qui Ton • parle :
Intererit multùm Davusne loquaiur an héros»
M. Corneille n'a eu garde de faire parler le menteur et le libraire du Palais comme Auguste, Cinna Pompée et les Horaces ; ni Mélite et la lingère du Palais. comme Rodogune, Cornélie et Arsinoé. J^es rondeaux de Voiture, en vietix termes gaulois, ne. lui ont rien fait perdre de la réputation que le beau sonnet d'Uranie et quelques autres lui avaient acquise. Quel homme de bon sens a jamais cru que les chansons, les vaudevilles et quelques inscriptions de cabarets ou de fontaines de vin qui sont faites pour le
peuple, dussent être d'un sublime semblable à celui dés grands sujets? Il n'y a que de jeunes hoberaux , à peine sortis de; la pcrnssière du coUëge et de la crasse qu'ils en ont tirëe , qui puissent avoir si peu de jugement que de chercher l'bëroique en de pareilles bagatelles : mais un auteur qui serait exposé à leur censure se doit consoler sur les sentimens plus équitables des personnes qui ont du bon sens et un peu plus d'expérience que ces sansonnets nouvellement éclos , qui n'ont pas encore quitté la coque, et qui commencent à vouloir donner des coups de bec. Le sublime, à l'yard de ces gens-lèf, est, en peu de mots, de froides antithèses plus, opposées au bon sens que les termes qui les composent ne paraissent opposés les uns aux autres : sur quoi on doit faire la sage remarque d'un Arabe qui a dit autrefois que ]%eu, qui sait tout-, ne parle de rien, et qu'il est étonnant que des jeunes gens qui n^^ savent rien se mêlent de parler de tou(, d'architecture, de peinture, de machines, devers, d'éloquence, d'histoire, dont ils n'ont jamais appris les premiers principes. La modestie a toujours été le caractère des véritables savans ; ce qui a fait dire ausage en ses Proverbes : Sapientes absccnduntscientiam^os autem stuléi confusioni proximum est (ParaboL, cap. io,.v. i4*)'
De& acclamations publiques et dès présens*
C'est ta coutume, aux entrées des princes, de faire des acclamations dé joie. Autrefois on criait noef
noé! (aoiil) à renuée de nos cois; à présent on crie %five le Boi! Ealtalie) ai;x fêtes que donaent nos aml>a3sadeiirs à Rome^ le peuple erie wVa Frarœia l En Savoie on crie, à Tentrée des princes, \we Savoie! Cbaque pay^ a ses cm particuliers et ses acclamations. Ou crie à Rome, pour les papes, nva papa Ci^ mente I mva papa Innocenzo! vwa papa jilessanr dira/
he clergé chaote VExaudiat ou Benedictus qui venit in nomme Domini^ ou d^autres psaumes ifà. sont des prières pour le RoL
Les> villes font aussi ordinairement des présens* Anciennement on Leur ofirait (aux pinces) des^bœufr^ des moutons, des vins, de Tavoine, du gibier, des flambeaux de cire, des confitures., des chevaux, désarmes, de la vaisselle d^or et d'argent^ des vases exquis*
La ville de Lyon, pour Tentrée du roi Louis XII et de la reine Anne son épouse^ fit faire de grandes médailles d'oir.
La ville d'Avignon en a fait aux entrées de Henri ly, de Louis XIII et du Roi d'à-présant.
On fait quelquefois des jetons dont on leur présente des bourses.
La ville de Paris, après que le Roi eût été reçu dans THôtel-de-Ville , où il dîna, servi par les magistrats, fit faire des médailles pour conserver la mémoire de rhonneur qu'elle avait reçu, et une statue de bronze, qu'elle a placée dans le fond de la cour de son hôiel avec cérémonie. Elle a fait aussi graver en lettres d'or, sur. des tables de marbre, les principaux évène-
mens du règne, depuis Tannëe 1660 jusqu'à Tannëe 1687, qui fut celle de cette entrée (de 1660), et sur la grande porte ces mots :