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lys mal dessines et mal sculptés, selon plusieurs ; enfin des fers de pique ou dé hallebarde , selon quel({uesuns qui ont cru trouver dans Agathias un fondement a leur conjecture (i). Cet historien , décrivant la haste des Français , dit que (c la hampe ëtoit couverte de (( lames de fer et terminée par plusieurs pointes, dont (( une droite et tranchante des deux côtés , ressemhloit (( à celle d'un javelot ; les autres recourbées en bas <f avoient la figure d'hameçons (2). j>
Pasquier, eherchant à concilier ces divers sentimens, a pensé que les symboles dont je viens défaire
tude que la variété des sentimens et des conjectures des savans à ce sujet. ( Voyez Pédit. de Daniel donnée par Griffet; Paris, lySS-Sy; et, ci-après, làDîsseri. de Ballet, qui raine la supposition de Daniel pour établir la sienne.) ( Ed. C. L.)
(i) L'abbé Du Bos, adoptant l'opinion de Ghi£Qet, a pensé que les petites figures cousues sur l'habit de Cbllpéric étaient des abeilles, symbole de la tribu des Francs ; et que, dans la suite, ces figures, altérées par la maladresse ou l'ignorance des peintres, sont devenues des fleurs de lis. (Voy. VHist de l'établissement des Français dans les Gaules, et la Dissert, àéjk citée de Bullet, qui rapporte et détruit le sentiment de Du Bos.) Mabîilon qualifie cette donnée de pore imagination. Il est constant, dit ce savant, que nos rois n'ont point eu d'armoiries avant le douzième siècle, et que Louis VII est le premier qui se soit servi d'une fleur de lis au contre-scel de ses chartes. ( Edit. G L.)
(a) Foy. Sainte-Marthe, Des armoiries de France et de Na^ iHirre, p. 18; et, ci -après, l'Extrait de cet auteur, contenant l'analyse de tout ce qu'on avait écrit avant lui sur l'origine des fleurs-de-lis. ( Edit CL.)
rënuméralion pouvaient avoir été employés successivement par nos premiers rois : d*où il concluait que la méprise des écrivains consiste en ce qu'ils ont attribué indistinctement à tous les princes, ceiqui était particulier à quelqu'un d'entre eux. Sa conjecture est d'autant plus vraisemblable qu'il trouve de quoi l'appuyer dans la pratique des rois d'Angleterre , qui n'eurent, .dit- il 9 jusqu'à Guillaume le-Conquérant, (carmes certaines et arrêtées , ains les diversifioient, f( suivant Polydore Virgile , à chaque mutation de « règne (i).))
Au reste y cette diversité d'opinions n'a lieu que par rapport aux prédécesseurs de Clovis, quoiqu^il soit d'ailleurs assez difficile de deviner sur quel fondement on a pu croire que chacun de ces princes ait eu son symbole y Childéric I*' étant le seul de qui l'on puisse le présumer^ depuis la découverte de son
(i) La première fols qu'il est question des armes d'Angleterre, c'est dans la Chronique normande du moine de Marmoutiers, qui, en parlant de la réception de Geoffroy, comte d'Anjou, comme chevalier du bain, dit qu'on lui suspendit au cou cfypeus leunculos aureos imaginarios habens* C'est ici le cas de faire observer que les animaux symboliques qui distinguent l'écu d'Angleterre, seraient, suivant les prétentions de ce pays, des lions, et non des léopards, comme on le croit. Les Anglais se sont toujours plaints de cette fausse interprétation ; mais c'est à tort ; car le quadrupède passant et la tête vue de Jront qu'ils figurent eux-mêmes sur leur écu , est un léopard, et non un lion ni même un léopard lionne, d'après les règles du blason. ( Edit C. L. )
tombeau. Les mêmes auteurs qui les ont avancées s'accordent à dire que Clovis , abolissant Tusage des armoiries arbitraires , choisit les lis (i) pour la marque fixe ék sa dignité. Je ne discuterai point la pieuse tradition qui nous a été transmise , sur la part que le ciel eut à ce choix. Detur hœc venia antiquitatij disait Tite-Live en parlant des historiens qui, pour rendre plus auguste et comme sacrée la naissance des villes dont ils écrivent les annales, y font intervenir le ministère des dieux, detur hœc venia antiquitatij ut miscendo humana Divinis primordia urbium augustiorafaciat. Je remarquerai seulement que l'histoire de la mission de l'ange vers Thermite de Joyenval n'est point connue avant le règne de Charles V : Raoul de Presles me paraît être le premier qui l'ait racontée , à moins que l'on n'accorde plus d'ancienneté à un ouvrage latin manuscrit qui est conservé dans la bibliothèque de Saint-Victor, et où elle se lit à peu près dans les mêmes termes. Quoiqu'elle se trouve encore dans l'historien de Bertrand du Guesclin, qui écrivait en 1387, on peut juger qu'elle n'é-
(i) Du Tillet, part, i, p. 820. 11 ajoute que ce qui justifie le changement fait par Clovis, c'est que le roi Philippele-Bel, en mars i3oo, donna à Adam de Villemonde un fief à Anvers, au devoir et mutation de seigneur de deux arçons de selle de cheval, l'un aux armes de France, l'autre aux armes du roi Clovis. Cet acte, que Du Tillet cotte registre 38, lettre 71, n'énonce pas quelles étaient, selon Philippe-le-Bel, les armes de Clovis. (/df., p. 33o.)
( tSi )
tait pas génëralement reçue sous le règne de Charles yi, puisque Gerson, dans un poème à la louange de ce prince, suppose que les lis avaient ëtë donnés h lamaison de France (i) par saint Denis, dans le siècle de qui le nom des Francs était à peine connu. Quelques années après , Gaguin tira ce prodige de Tobscurité : Nicole Gilles Tadopta; il fut accrédité par Belleforét ; mille écrivains , copistes les uns des autres^ Tout fait passer depuis dans leurs ouvrages(2).
Quand nous dépouillerions Tinstitution des lis du marveilleux qu'on a cherché à y répandre, il resterait encore, dans Thypothèse de ceux qui Faltrihuent à Clovis, deux difficultés à résoudre, i"" Les lis ont-ils été constamment, depuis Clovis, le symbole de nos rois? 2* Ce symbole leur était -il propre, exclusivement à vsm autres souverains ?
.Les seuls monumens qui puissent servir à Féclaircissement de la première question sont les monnaies,
( 1 ) liljU flores Bioaysug oiim
Franciœ fertur domid dédisse^ etc.
(a) On a écrit aussi que nos fleurs de lis représentent simplement la fleur qui se nomme en latîn fios kidisj et en italien fioraliso, à laquelle, en effet, elles ressemblent plus qu'à toute autre. Le P. Hardouîn s'était; persuadé qu'elles représentaient des fleurs qui croissent dans la rivière de lis,mais il leur donnait une origine beaucoup trop récente, parce que, suivant ses idées dominantes, il regardait comme apocryphes la plupart des anciens monumens où l'on commence à distinguer la figure des fleurs de lîs. ( Edit C. L,)
les sceaux et les représentations, s^U s^en est conservé jusqu^à nous, des couronnes, des sceptres ou des vétemensdes rois des deux premières races; mais, d*une part, tous les critiques conviennent que, dans le peu de sceaux et de monnaies qui nous restent de ces princes, on ne découvre aucune trace des lis; et de Fautre, ces mêmes critiques sont trop peu d^accord sur Tancienneté des figures où Ton croit en recon^ naître quelques vestiges , pour qu'il soit permis d'en faire la base d'un système.
Telles sont , par exemple , les figures du pcNctail de INotre-Dame de Paris, qui ne sauraient être plus anciennes que Louis YIZ , sous le règne de qui Tévéque Maurice de Sulli commença la réédification de son église; celles du portail de Saint-Germain*des-Prés^ dont le P. Mabillon n'osait rien affirméi de poâtif , et qu'il ne hasardait de rapporter au temps de Chilpéric qu'avec des expressions qui marquaient son doute , forte ^ forsan; mihi videtur; celles du portail de Sainte-Marie-de-Nesles , que le P. de Montfaucon (i) a prouvé ne pouvoir être, tout au plus, que dû commencement de la seconde race, parce qu'elles n'ont point le nimbe ou cercle lumineux autour de la tête, qui fut usité pour les rois de la première. Tels sont les tombeaux de Clovis à Sainte -Geneviève, de Childebert et de Frédégonde à Saint -Germain -des
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(i) Monum. de la monarch. Jranç.y t. i, p. 192. Toutes les i&gures dont il est parlé ici sont gravées dans l'ouvrage qne je cite.
Prés , de Clotaire et de Sigebert son fils à Soissons , de Dagoben et de Charles-Ie-Chauve à Saint-Denis , de Louis-le-Dëbonnaire à Saint-Arnoul de Metz , de Charle»-le-Simple à Péronne, qui portent tous des caractères de nouveauté , et dont la plupart ont été restaurés dans des temps postérieurs. Guillaume de Nangis le donne à entendre de ceux qui étaient à Saint- Denis : Apud sanctum Dionysium in Francid (dès lors on disait Saint-Dçnis en France) facta est regum Francorumj in monasterio illo per dispersa loca quiescentiumjper sanctum regem Franciœ Ludoçicum... translatio... et qui erantj tam Reges quàm Beginœ^ de génère Caroli Magni descendentesj simul in dexterd parte fnonasterii^ per duos pedes et dimidium super terram^ cœlatis imaginibus eles^atij positi sunt : et alii procedentes de génère régis Hugonis Caputiij in sinistré. Il est vraisemblable que les tombeaux sont du temps de la translation des corps. On a dû remarquer que Nangis ne parle point des Mérovingiens. J*en inférerais que le tombeau de Dagobert n'existait point encore^ si nous n'avions pas des raisons dé présumer que ce fut un des ouvrages dont Suger embellit son église, et une marque de sa reconnaissance envers le fondateur de son abbaye. Tel est encore le sceptre de Charlemagne, que Ton garde à Saint - Denis , et qui ne paraît pas être d^ me date plus ancienne que l'inscription qu'on y lit : Santus Carolus MagmuSj Ytaliaj Germania^ Galia.Omvc que les caractères de l'inscription sont gothiques , et conséquemment d'un siècle postérieur; on ne saurait
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croire que Charles ait pris de son vivant le sttfnôm de Grand j Magnus; et Ton conçoit qu'il n'a pu être qualifié sainte santus CaroliiSj que depuis Tannée 1166, qu'il fut canonisé par l'antipape Victor IV (i). Entre les écrivains^qui ont attaqué ces divers monumens^ je ne cite à la marge que Chifflet (2) et Sainte- Marthe (3), qui s'appuient de l'autorité du savant M. de Péiresc, dont le sentiment nous a été conservé par Gassendi (4)* Ces deux auteurs vont plus loin : ils
(i) Daniel, t. a, p. 170. Je ne sais si on ^ remarqaé qu'en France on le qualifiait saint du temps de Charles V. Dans l'inventaire des joyaux de ce prince, on lit, à* l'article des images d'or : Item, une image d'or de N. S. J.-C, qui est accompagnée de saint Denis, de saint Charles^ de saint Louis. ( Hist de Otaries V, par l'abbé de Choisi, à la fin, p. 7.)
(3) Idlunn francicwn ithistratum, passim,
(3) Traité historique des armes de France et de Naçarre^ pp. 70 et suiy.
(4) Gassendi rapporte, dans la Viede Fabri de Peiresc, que ce célèbre antiquaire se trouvant à Paris en i6o5, alla visiter le tombeau de Clovls k Sainte-Geneviève , celui de Chllpéric, et quelques autres qui se voyaient k Salnt-Germaln-des-Prés ; et, qu'après les avoir bien examinés, il écrivit àun de ses amis qu^Il se croyait en état de démontrer qu'aucun de ces tombeaux n'avaient été faits du temps des rois ou des reines dont ils portaient l'Image. Quant à saint Denis : Je n'ai pu rientroui>cr ià, dit le même écrivain, qui me contentât, avant le temps de saint Louis, et je ims que ces tombeaux, que l'on prétend, être si anciens, ont tous été faits en même temps, et peu d'années avant saint Louis. Le P. Griffct, k qui nous empruntons cette remarque, écarte aussi, Contre le sentiment de Mabillon,l'au-
ajoutent qu'en écartant la question sur ranciennelé des figures dont il s*agit, et se renfermant dans Texamen de Tespèce d^ornement qui forme le cercle de leurs couronnes et qui termine leurs sceptres , onn*en peut rien conclure pour Topinion qu'ils combattent , attendu que ces ornemens même ne sont point des lis y mais des trèfles ^ comme on en voit aux sceptres et aux couronnes de plusieurs empereurs d'Allemagne, dont le temps concourt avec la fin de noire seconde race. J'y joins, sur la foi du P.deMontfauccm, le «sceptre de David, dans la miniature d'un manuscrit grec du dixième siècle, et les couronnes de l'impératrice Placidie , de l'impératrice Théodora et de quelques reines lombardes, qui sont précisément dans le même goût.
Ces derniers mots servent de réponse à la seconde question. L'ornement qui a été appelé du nom de lis n'était donc pa^un symbole particulier à nos premiers rois , puisque d'autres souverains l'avaient pris avant eux, ou le prenaient concurrennnent avec eux. C'était en effet un ornement arbitraire , également employé partout. A le voir si universellement répandu, je serais porté à croire qu'originairement on en a pi'is le modèle d'après la figure que décrit le fer d'une pique, dont la pointe supérieure est accompagnée de
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thenticité ou du moins l'ancienneté apparente de ces tombeaux, et surtout de celui de Frédégonde, qui, suivant luî, a pu être rajusté long-temps après la mort de celte reine. {Voy. la IKssert. sur les fleurs de lis, au lieu déjà Indiqué.) {EâîL G. L.)
deux autres pointes recourbées en bas ; ce qui rentre dans ime des opinions que j^ai exposées plus haut, sur les prétendues armoiries des prédécesseurs de Clovis(i). Il est assez probable que le premier ornement des couronnes et des sceptres fut emprunté de Tinstrument même qui sert à les conquérir ou à les assurer ; et par une semblable convenance , le premier symbole de nos rois , quand il leur a plu d'en prendre un qui leur fût propre , a dû être tiré des marques extérieures de leur souveraineté, je veux dire de leurs sceptres et de leurs couronnes (:»). On reconnaat le Ulium, à la couronne et au sceptre de Charles-le*Cbauve j dans deux Sgures que M. Baluse a fait graver diaprés deux anciens manuscrits, ainsi que daos qixelques sceaux des derniers rois de la seconde race et des premiers de la troisième, publiés par le P. Mabillon, où ces princes sont représentés avec la couronne et le sceptre , ou la main de justice : c'est de là qu'il a été détaché pour passer dans l'écu de leurs successeurs, et pour faire le fond de leur sceau (3).
(i) C'est peut-être sur la figure dé la fleur nommée iris ou gidieul qu'ayait été prise celle du fer de la pique.
(a) Cette opinion appartient encore k La Roque, ubi sitprà, p. 65. Elle est plus spécieuse que solide. ( EdiL C. L. )
(3) Ce Mémoire était composé^ lorsque j'ai lu Fourrage du P. Jourdan, jésuite, sur V Origine de la Maison de France : j'y ai trouvé mon opinion sur celle du Ulium. Ce père a pensé, avant moi, qu'originairement c'était l'ornement des couronnes et des sceptres qui a passé depuis dans Técu de France. Mais outre que j'ai pensé la même chose, sans sa-
Avant que d*exàminer en quel temps cela est arrivé,, il faut répondre à une autre question qui s'offre ici naturellement. Pourquoi, dira-t-on, oet ornement, quel qu'il soit dans son principe, érigé depuis en s jmbole royal , a-t-il été appelé du nom d'une fleur avec laquelle il n'a aucune ressemblance (i) ? G>mme on ne peut parvenir à résoudre cette difficulté que par la voie des conjectures , il doit m'étre permis d'en proposer une.
Ulhanj dans son acception primitive, signifie à la vérité la fleur de jardin que nous nommons lis; mais les écirivains dé la basse latinité Im en donnent beau^ coup d'autres. U. est pris , dans le livre de Judith , pour une parure à l'usage des femmes : Assumpsit dexttMola et HUa^ et maures et annulos. Ailleurs ,
Yoir qu'il m'eût prévenu, nous différons en ce qu'il croit que ces âcurons ont été appelés fleurs de iis, comme étant, dît-il, les fleurs du Hen, du cercle et du cordon de la couronne, qui se nommait en vieux français lys ou lie. (T. 2, p. 70.)
(i) Le sieur de la Hode, ce disciple zélë'^u P. Hardouin, sur les principes de qui il avait formé sa critique, mais dont il n'avait pas l'érudition, prétend que cet ornement n'était point des lis, mais des iris ou des flambes, tel' les qu'il en croit sur les bords du Lis : et que Philippe-Auguste, le premier, selon lui, qui les ait employées sur ses monnaies, voulut, en les prenant, faire entendre que cette rivière ét^t la borne de son royaume du côté de la Flandre. On a donc dit les lis pour les fleurs du (de la) Lis. ( Voyez l'Hist. des révolutions de la France, t. i, p. ^ji*)
il est pris pour rornement du chapiteau d'une colonne ou pour le sommet d'un vase , et le plus souvent pour un ornement quelconque cpii imite ]es fleurs : c'est ce que nous appelons \m fleuron. Je supprime les exemples y on les trouvera recueillis dans le Glossaire de Du Gange (i); mais entre les passages qui y sont cites, je remarque celui-ci, tiré de la vie de saint Benoît d'Aniane : Septem candelabra fabrili arte mirabiliter producta , de quorum stipUe proceduM hastiUaf sphœruUeque ac UUa. Uécrivain , en joignant ces deux mots , hastilia ac Ulia^ ne paraît-il pas indiquer une sorte d'analogie entre l'un et l'autre? Hostile est la partie du chandelier qui monte tout droit du pied jusqu'à la bobèche (a) ; et Ulium doit être l'ornement qui le termine. Si on a nomme la tige d'un chandelier hastile, parce qu'elle est droite et alongée comme le bois d'une pique, nous pouvons penser, en suivant la même métaphore, que le Ulium devait avoir quelque rapport avec la figure du fer dont ce bois est armé, et qui est réellement à' la hampe d'une pique ce qu'est un ornement à la tige d'un chandelier.
(i) Ballet n'admet pas que la véritable intei^rétatîon du mot lilium, selon Du Gange, puisse favoriser le sentiment de Foncemagne. {Foy», ci-après, la Dissert de Ballet, sur les flears'de-lis.) Quant à Du Gange, on trouve, entre autres articles, dans le Glossaire : Ulium, epistyliorum et oHorum ùperum omamentum formant lilii re/erens» {Edii. G. L.)
(a) Hastîle, pars canftelabri à sHpite directe proeedens* Du Gange, au mot UHum.
Quoiqu^il en soit de cette induciion, il est, ce me semble, prouvé que rornemeiit qui terminait le sceptre de nos rois, et qui garnissait le cercle de leur couronne, a pu être appelé lilium par des écrivains <pii , se servant de ce terme dans une acception usitée de leur temps, ne prévoyaient pas que le double sens du mot induirait un jour en erreur la postérité. Ce qui a pu principalement donner lieu à la méprise , dans les siècles où la langue française avait fait assez de progrès pour que la fleur de jardin appelée lis eût déjà ce nom, c'est qu^alors le terme générique^/Jbre^ était quelquefois employé dans la signification particulière d'ornemens propres à une couronne : cum quibusdam Jloribus coronœ imperatricis , dit Suger dans une espèce d'inventaire des choses précieuses dont il avait enrichi le trésor de Saint-Denis. Le mot UUuj qui pouvait être équivoque en soi , se trouvant comme expliqué par celui àe flores, pouvait-on ne le pas traduire par lis, fleurs de jardin? L'historien Rigord, qui écrivait sous Philippe- Auguste , et qui apparemment savait les deux langues , est peut-élre un des premiers qui s'y soit trompé : je crois du moins que c^est lui qui commença le premier à joindre ensemble les deux mots pour n'exprimer qu'une même chose, et qui par-là ait restreint la signification vague de lilium j lorsqu'il a dit vexUlum Jloribus liliorum distinctumj en parlant de l'étendard royal, par opposition à l'oriflamme , qui était la bannière de Saint- Denis : ce n'est plus ni lilia ni flores j maïs flores li^ liorum. L'errem' se perpétua. Environ un siècle après
Rigord, Guillaume de Nangis écrivait : Consuesferunt reges in suis armis et vexillis florem lilii depictum cum tribus foliis comportare. Je soupçonne cependant que Nangis n^entendait point , parjlorem Utiij nos lis de jardin : ce qu^il ajoute , comme pour peindre ce quHl veut dire, C2^m tribus foliis ^ en est une preuve, puisqu^aux vrais lis chaque fleur a nx feuilles. Entraîne par Tusage, il se servait de l'expression conunune ; mais il avertissait en niéme temps de Tidëe qu il y attachait.
Les deux passages que je viens de citer (i) me ramènent à la question , sur le temps où nos rois ont commencé à prendre les fleurs de lys pour leur symbole permanent. J*ai dit plus haut que Tinstitution des armoiries en France ne remontait pas au-delà de la première croisade ; j'ai dit de plus qu'elles furent j»incipalement établies comme un moyen de distinguer à la guerre les différentes bannières des chevaliers, et j'avais alors en vue ces paroles d'un histo^ rien de Louis-le-Jeune, qui décrivant, sous l'an 1 1479 le siège de Damas , s'écriait : O quant pulchra et delectabilis erat visu faciès exerçitus, ubi tôt erant Tu^a tentoria et papiliones^ diversis armorum spe* ciebus et coloribus différentes j et diOersœ principum banneriœ! Cette exclamation suppose dans Técrivain une sorte de surprise , et la surprise indique
(i) Voyez La Roqae, p. 76, et tout le chapitre 10 de son Traité At blason. ( EéUu C. L. )
là nouveautë du spectacle qui Texcite. Il n*y avait alors qu^environ cinquante ans que Tusage des armoiries s^était introduit.
Si nous en oroyons M. le Laboureur (i) et Chifflet (3), il ne faut point en chercher sur les sceaux de nos rois ayant Philippe- Auguste ; mais M. de Sainte- Marthe (3), le P. Ménestrier (4) et le P. Mabillon (5) nous ont appris que la fleur de lis se trouve sur quelques-uns de ceux de Louis Y II, ainsi qu'à un contre-scel de ce prince , avec ces mots : Dux Aquilanorum. Je dis lajleur de lis^ parce qu'il n'y en a qu'une , soit an contre-scel , soit aux sceaux dont je parle. On convient donc aujourd'hui que Louis VU adopta les fleurs de lis pour son symbole , et que depuis son règne la maison de France n'a point eu d'autres armoiries. Il ne se borna pas à les placer dans son écu et dans son sceau; il les fit graver sur ses monnaies, selon le Blanc , qui dit d'un sou d'or de ce prince j dont il donne la figure : (c C'est la plus anôenne monnaie sur ((laquelle j'aie vu des fleurs de lys. » Enfin, conune
(i) Introd. à Thist. de Charles VI, p. 3.
(2) lÂL franc, illust.^ p. 56.
(3) Traité historique des armes de France, p. 4^*
(4) Usage du blason, t. i , p. 3o6.
(5) Le P. Mabillon avait pensé d^abord que Philippe-Auguste était le premier qui se f&t servi de la fleur de lis dans son contre-scel. (Fb^. sa Dissert, sur les anciennes sépultures de nos rolâ^ Mém. de l'Acad., t a, p. 691.) Dans la suite, 41 changea d'avis. (,yoy* Dîplom., 1. 2, c. 26.)
sHl avait eu dessein de notifier solennellement son choix par Tordonoance qu'il rendit en 1 179, au sujet de la forme et des cérémonies qui devaient s^observer au couronnement de son fils , il voulut qu'elles fussent employées dans les habillemens royaux destinés pour le sacre. « Auparavant, dit-il, doivent avoir été « mises sur ledit autel la couronne royale , son épée « enclose dedans le fourreau, ses éperons d'or, le scep-
« tre d'or aussi les chausses appelées sandales oti
A< bottines de soie, de couleur bleu azuré, semées par <( tout de fleurs de lys d'or ; et la tunique ou dalmati-
<( que de même couleur et œuvre et avec ce le sur-
A i( cot, qui est le manteau royal , totalement de sem- •cc blables couleur et œuvre. » Du Tiliet ( i ) nous a donné la traduction de cette pièce, qui avait été, selon lui, enregistrée à la chambre des comptes, et M. Godefiroi (2) l'a insérée dans le Cérémonial français.
Quelques auteurs (3) modernes, s'exerçantàrechei^ cher pourquoi Louis VII préféra la fleur de lis à tout autre symbole, ont imaginé (4) que ce fut par allu-
(î) P. 266 et 275, édit. iu-4**.
(2) Cérém. fr.f t. i, p. 3.
(3) Menestrier, Ah du blason, t. i, p. 3o6. Id,, OrigiM des atjn., p. 238.
(4) Cette imagination n'est pas, comme on pourrait le croire, du P. Menestrier, auquel Foncemagne semble l'attribuer par sa citation. Menestrier s'exprime ainsi : « Ceux qui veulent que Louis le- Jeune soit le premier qui ait pris desîiears de lys, disent qu'il le fit par allusion à son nom de
sion à son nom de LoySj qui approche de celui de LySj ou bien au surnom de FloruSj qu'Ordéric Vital, auteur contemporain, prëtendlui avoir été donne dans sa jeunesse , à cause de sa beautë. (( C^est ainsi , « ont-ils dit y que le triumvir L. Aquilius Florus fit (( graver une fleur au revers de ses médailles. )> Ces conjectures sont ingénieuses ; mais , si je ne m^abuse , elles sont moins naturelles et moins simples que celle que j*ai proposée. Cependant, si j*étais réduit à opter, je préférerais la première ; elle est justifiée par l'exemple d'une pareille allusion qui se trouve sur un monument du règne de saint Louis. Ce prince prit pour deuiscj au temps de son mariage j une bague entrelacée dTune guirlande de lis et de marguerites ( i ) , sans doute par allusion à son nom et à celui de la reine son épouse. A Tégard de la seconde, je remarquerai qu'Ordéric Yital est le seul auteur ancien qui donne à Louis YII le surnom de Florus j et que d'ailleurs Louis YII n'est pas le premier fils de nos rois qui l'ait porté : on trouve un Florus ou Fleuri entre les enfans naturels de Philippe V' et de Bertrade de Montfort.
Loys, qui approche de celui des lis, ou parce qu^on Je Dominait LudoificuS'Florus, ( Edif, G. L. )
(i) CeUe bague, que l'on conserve dans le monastère royal de Poissy, servit d'agraffe au manteau que saint Louis porta le jour de son mariage. On lit autour ces mots, avec le point d'interrogation : Dehors cest anel, pourrions avoir amour? {Voy, le P. Menestrier, Deçisc du Roi justifiée , p. 70.) II. 10* Liv. i3
Philippe - Auguste non seulement conserva les Ib dans son sceau et dans ses monnaies, mais en sema son étendard, suivant le texte de Rigord que j*ai rapporté. Louis YIII transmit à ses successeurs un usage quUl tenait de ses pères; et sous les règnes suivaiis, il n*y eut de différence à cet égard que dans le nombre des fleurs de lis, qui, étant illimité , fut sujet à varier à proportion du champ plu$ ou moin$ étendu» soit de Tédù, soit du sceau. De là vient que quelques sceaux de Philippe-le-Bel , de Philippe de Valois , du roi Jean , sont chargés seulement de trois fleurs d^ lis 9 tandis que plusieurs autres des mêmes roi9 e^ portent jusqu*à dix.
On a cru long-temps que Charles Y I était le premier qui les eût fixées au nombre de trois. Le P. M^billon le pensait ainsi lorsqu'il lut, dans une séance publique de l'Académie , sa Dissertation sur les anciennes sépultures de nos rois : quelques années après , il changea d'avis ; et dans la seconde édition de la Diplomatique j il employa un passage de Raoul de Presles, qui depuis a été souvent cité, pour montrer que la réduction des fleurs de lis était Touvrage de Charles V. Ce passage, où Raoul de Presles parle ainsi à Charles : Si portez les armes de trois fleurs de liSj en signe de la benoiste Trinité, etc., suppose véritablement que la réduction dont il s'agit était établie dès le temps de ce prince, mais ne décide pas qu'il en fôt l'auteur. On ne peut rien inférer de plus de la charte de fondation des Célestins de Mantes, de Tan 1876, pièce qui a été aussi souvent citée que
le ^xte de Raoul de Presles : Lilia quidem^ signum reg^i Franciœj in qùo Jlorent flores , quasi lilium; imhfljores lUii, non tanjtàm duo^ sed treSj ut in se tjrpum geref'ent Trinitads.
De savans écrivains de nos j.ours ont cru trouver^ dans la formule d'enregistrement de cette même charte y de quoi conclure quelque chose de plus précis : Registrata in Camerâ Computorunij et expedita ibidem fuit j absque financiâj minute litterarum régis, signatarum proprid manu sud et sigiUo novit0t ordinatOé... sigillatarum. Les derniers mots, ^igUlp nwiter ordinato, paraissent en effet ra^^ler rinstituiion d'un sceau jusqu'alors inusité ; mais malheureusement ce ne sont que des mots de style , dont l'usage! est très - fréquent dans les chartes , où ils signifient simplement que la charte a été scellée d'un sœau nouvellement fait, soit que l'ancien fût usé ou cassé, soit que, par l'ahsence du chancelier, on ne l'eût pas soua la main. Ainsi les kttres-patenies de Charles y, de l'année 1875, en faveur de Laurent du Faye, nommé à l'évéché de Saint - Brieux , finissent psff ces mots : Sous le scel royal ordené en V absence dàt grant (i).
Dans un sujet comme celui-ci on peut sans doute , au défaut de preuves décisives, se contenter de& présomptions. Il y en a, ce me semble, d'assez fortes en faveur du sentiment qui place sous Charles Y la ré-
(i) Brussel, U i, p. agS. On trouve plusieurs exemplaires semblables dans le Rec» des Ordonn,
duction des fleurs de lis, pour qu'on doive le préférer. C'est sous le règne de ce prince que Ton a commencé à regarder la fixation au nombre de trois comme un hommage et un acte de foi envers la sainte Trinité (i). Or, cette pieuse pensée a dû naître aussitôt que la chose même qui y a donné lieu ; elle n'aurait pas échappé aux écrivains des siècles précédens. Je tire une seconde induction du soin qu'on eut de graver les trois fleurs de lis sur le calice que Charles Y donna à la Sainte-Chapelle de Paris ; sur le reliquaire d'argent qu'il donna de même au trésor de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, et sur une partie de. sa vaisselle, comme on le voit dans V Inventaire général de ses joyaux j qui est conservé à la bibliothèque du Roi. J'ajoute que dès l'année iSSq, Charles n'étant encore que dauphin et régent du royaume, parut . annoncer la réforme qu'il méditait , par un MoJidement adressé aux généraux des monnaies, portant ordre de faire fabriquer des blancs deniers h trois fleurs de lis.
Ceux qui l'attribuent à Charles VI se fondent sur des sceaux, des monnaies, et sur quelques monumens du règne de ce prince où les fleurs de lis sont semées sans nombre. Tel est entre autres l'écu même de ses armes , qui fut mis de son temps au-dessus de
(i) Voy. Lîmnœus, Notit. reg. Franc, l. i, c. lo, sur les dififérenies opinions de ceux qui ont cherché du mystère dans le nombre de trois; et Loyseau, Offices, t. i, c. i/ n° iig.
la porle de la sacristie de Vincennes ; et ce qui peut parsdtre encore plus fort, c'est que dans la permission accordée par ce prince, le 29 janvier 1894, au comte de Vertus, duc de Milan, et à ses hëritiers, de porter leur ëcu écartelé de France, il est dit, semé de fleurs de lis sans nombre et de Milan. Les faits allégués sont vrais; mais ils prouvent seulement que, du temps de Charles YI , Fancienne pratique n'était pas entièrement abolie , et qu'elle se soutenait encore par la force de la coutume.