SUR LES FLEURS DE US
PAR BULLET (i).
Il est surprenant que nous n'ayons eu jusqu'ici que de fausses conjectures sur la nature et Forigine des fleurs de lis , qui sont les armes de nos rois. On serait tenté de croire cette découverte impossible, puisqu'elle a échappé aux recherches de ce grand nombre de savans que la France a produits depuis le renouvellement des lettres. Je n'ai pas été découragé par le peu de succès de ceux qui m'ont précédé, ayant entre les mains un moyen de réussir qu'ils n'avaient pas : ce moyen est la langue celtique, qui peut seule nous dévoiler les antiquités de notre nation.
On convient universellement, et le coup-d'œil le démontre , que les fleurs de lis n'ont aucune ressemblance avec celles du lis ; ainsi , ce n'est point dans cette fleur qu'il faut chercher les armes de nos rois.
Au quatorzième siècle, on croyait que l'écu de France avait été apporté par un ange à Clovis. Yoici
(i) Extrait du Rec. des DisserL de l'auteur, sur diffërens sujets de l'hisloire de France. lySg» în-8«.
le rëcit que Raoul de Presles faisait de cet événement, dans un discours qu'il adresse à Charles Y:
<( Et si portez les armes de trois fleurs de lis , en it signe de la benoîte Trinitë, qui de Dieu par son an- <(gle, furent envoyées au roy Clovis, premier roy « chrestien , pour soy combattre contre le roy Candat^ t( qui estoit Sarrazin , adversaire de la foy chrestienne , u et qui estoit venu d*Allemaigne à grant multitude c( de gens es parties de France , et qui avôit fait , mis (( et ordonné son siège à Conflans- Sainte -Honorine , <( dont combien que la bataille commençast en la valu lée, toutes voies fût -elle achevée en la montaigne <i en laquelle est à présent la tour de Mont-Jbye. El <rlà fut pris premièrement, et nommé vostre cry en ((armes, c'est assavoir Mont-Joye-Saint-Denis. Et en (( la révérence de celte victoire , et de ce que ces ar- (( mes Nostre-Seigneur envoya du ciel par un angle , et (( démonstra à un hermite <{ui tenoit en icelle vallée (( de costé une fontaine, un hermitaige, en lui disant (( que il feist raser les armes de trois croissans que (( Clovis portoit lors en son escu, et feist mettre en ce (( lieu les trois fleurs de lis, et en icelles se comba- ((tist, et il aurait victoire contre le roy Candat; le- (( quel le révéla à la fenune Clovis , qui repairait ou- ((dit hermitaige, et aportoit souvent audit hermite sa (( récréation; lacpelle les emporta, et défaça les crois- (( sans et y mit les trois fleurs de lis. En celle place fut (( fondé un lieu de religieux, qui fut et encores est ap- (( pelle Tabbaye de Joye-en-Val, en laquelle Tescu de (( ces armes a long-temps esté en révérence de ce. a
Il faut pardonner à nos ancêtre» d'avoir ùàt intarvenir le ciel pour donner des armes am rajraume ; Fëclat de la monarchie le» a séduits. Aussi aëlds que nos pères pour la gloire de TEtat, nous sommes plus délicats sur le choix des moyens d(mt on pem se sarvûr pour la relever. TSoos croyons cgae la France a trop d'avantages réels pour vouloir la parer d'ijme splendeur chiméricpie. Ainsi , Thistoiire des fleui» da lit a|qportées par un ange étant ahsdameni dénuée de preuves, toute la nation la met aujoucd'hw au rang des fables.
Le P. Daniel prétendait (i) que cet omemant^ appelé aujourd'lmi \me fleur de Us^ a été dans son origine le fer d'un javelot dont Lea Français se serment dans le temps de la première race ; que ce jawdot servit d'abord de sceptre à nos rois i qu'ensuite la fi* gure du fer qui terminait ce javelot passa jusque sur leur couronne, de là sur leurs habiUemensi^ suit leur cotte d'armes , et enfin dans l'écusson de leurs. armoiries , quand la mode en fiit venue.
Cet ëlég^t historiographe de la nation fondait son opkdon sur un passage d'Agathias, qui décrit ainsi les javelots dont les Françaisi se servaient dans le temps de la première race.
(c Ce sont, dit cet auteur, des javelots qui ue sont (( ni fort grands ni fcwt petits y nuiis que l'cm peut laor
(t) Nourelle cdition, t. a, Bissertation sur les fleurs àe
(ai5>
(( ceF sur y ennemi, si Ton ne veut pas cambatire de (( fns; ou tenic à la main pour le percer, si on le (I kôsae approcher. Ces javelots scmt presque tout couce vens dé iesTf ea sorte que le bois paraît très-peu, et <( seul^mient par le bout (Ven bas ; mais à rextrémité <c 4fÊi est ^D: haut , il y a aux deux côtés de la pointe (f êxk javelot deux autres fers recourbés comme deux ((etdcllels, qui s'éloignent du javelot à droite et à « gauche, et dont la pointe est tournée vers le bas. »
LfCMTsqu'on représentait au P. Daniel que le passage d'Agmhias prouvait Ken que le bout du javelot dont les Français se servaient du temps de la première race avait assez de ressemblance avec nos fleurs de lis, mais qu'on ne voyait pas comment et pourquoi ce boiU avait jH'is le nom dejleur de lisj voici comment il Iftcbait de répondre à cette difficulté :
H On toit sur deux pièces de monnoye rapportées (( par M. le Blanc , le fer de ce javelot au milieu de « plusieurs Us : ces lis, qui y étoient joints , lui firent (cdûnilar le nom à& fleurs de Us, comme s'il fût (( sani de la même tig^ que c^ liss. Om l'appela d'a- <( hovAfer de liSj et ensuite, par corruption ,^e^r de <c&(i).»
Ce système du Pr Daniel renferme des suppositions bien peu vraisemblables. A waitron donné au Roi pour sceptre un dard que tous les Français portaient ? Au-
(i) Voy. la Dissert, du P. GrifTet siir ce sujef, t. 2, p. aia de son édil. de Daniel, 1755, ih-i^, ( EdiU C* L.)
(ai6)
rail-on pu à une pareille marque le distinguer de ses sujets? Pourrait-on prouver par quelque exemple qu*on ait place la pointe d'une arme sur la couronne d*un souverain ? Un fer de javelot , pour avoir ëtë ^itourë de lis sur deux pièces de monnaie, prendra-t41 le nom àefer de lU^ tandis qu'il paraît sur une infinité d'autres monumens sans cet accompagnement? Enfin ) la métamorphose de fer en fleur serait bien
surprenante.
Je dis plus, ce système porte à fisiux. Si les fleurs de lis n'étaient que le fer d'un dard propre aux Français, elles auraient été particulières à la nation; il n'en est pas ainsi. Nous voyons nos fleurs de lis orner les sceptres , les couronnes , les habillemens des empereurs romains, grecs, allemands, des rois lombards, des rois d'Espagne et d'Angleterre. Je vais indiquer les monumens qui prouvent ce que j'avance; je n'en citerai que de sûrs.
On voit, près de Tivoli, la statue d'un empereur romain dont la cuirasse est ornée de fleurs de lis(i).
Il y a une fleur de lis sur la couronne de l'impératrice Placidie (2).
Dans une peinture en mosaïque de l'église de Saint- Vital de Ravenne , qui est du temps de Théodora , épouse de Juslinien , cette princesse est représentée
(i) Harduini op, seL, p. 552.
(a) Antiquité expliquée y l. 3.
avec une couronne au milieu de laquelle est une fleur de.li$(i).
Julienne Auguste, dans le manuscrit de Dioscoride de la bibliothèque de TEmpereur, écrit pour Tusage de cette princesse , y est peinte ayant sur la tête une fleur de lis (2).
Dans un manuscrit grec du dixième siècle, qui est dans la bibliothèque du Roi, David est peint tenant un sceptre terminé par une fleur de lis. Le peintre a donné à ce prince un sceptre semblable à celui des empereurs ses maîtres.
Henri - TOiseleur est représenté dans son portrait avec une couronne de fleurs de lis (3). •.
Sur les sceaux des trois premiers Othons, de Henri II, de Conrad II , de Henri III, lY, Y, on voit ces princes avec une couronne et un sceptre fleurdelisés (4)* Le sceau de Tempereur Rodolphe est semé de fleurs de lis (5).
M. Muratori a fait graver un bas-relief de Monza en Italie, qui représente des reines lombardes avec des couronnes ornées de fleurs de lis (6). Ce monument est, à ce qu'on croit, du temps même de ces princesses. Il a pareillement fait graver plusieurs cou-
(i) Cîampinl, t. 2, p. 78. (a) Lambeclus, Bibl. imp.
(3] Faachet, I. 2, c. 18.
(4) Zillesios, a*' part., p. 16 et suiv.
(5) Lt'/iuni Franc, p. gg*
(6) Rcc. des historiens d'Italie, 1. i, p. /fio.
ronnes âta rois lombards, qui dont sémbld^es à cèùm de leurs épouses. Sur une monnaie de Luitptdndt on voit d\fn tàvé YeSpt de ce prince (l)> et do Y^mxe un ange portant un faaste ou long scepttè tenmné par une fleur de li^ {tk).
Alfred - le - Grand , roi d'Angleterre j au uotmème siècky est repr^éiité avec une ooitronne fl«urdéIMey dansRapin Thoiras* On sait que cet ëorivttii 1i*A[^1m< dans son histoire qae des pcMrtraitss or^pinmiic (3)« Oé ▼oit dans 1^ même auteur Canutr^le-Gtand , second toi danois d'Angleterre y avec un sceptre tenmuë par vœ fleur d^ lis^ et Guillaume-le-Gmquérant portant un casque qui en èst entoïffé. Saint Edouard,, ptéàécêê^ seur de ce dernier roi, est représente, dans une peinture de s^xn temps,, srvec toie couronne et un sceptref fleurd^sës (4)« Spelman AOus assttre que Ton ireii des fleurs de lis' dans les couronnes , les sceaiix et antres monumens des rois d'Angleterre^ ârram qu'ils eussent pris le titre de roi de France ^ dâus ceux de Heiirrill, Richard I*% Jean, Henri III et autrietf(5).
La fleur d!e lis était aussi en Espagne un orueinent royal. Saint Ferdinand, roi de Castille et de Léon, au commencement du treizième siècle, pcA'tait Wd
(i) Rec. des hisl. d'Italie^ t. i, p. Sog.
(3) Ou supposés tels ( Edit C. 1* )
(4) Monumens de la monarch, franc., t. i , pi. 36.
couronne âoiirdeli8ëe(i). Jacques II, roi de Major* qaty en peartah une semblable (a).
A la yue de toiia ces monomens^ on ne peut pen-^ scr que la fleur de lis ait été propre à nos rois, ainsi qae le P. Daniel Ta prétendu.
I/an i653 on découvrît^ en ereosant la terre dans la ^ille de Tournai, le tombeani du roi Ghildéric P'. Parmi lea différentes pièœs que Ton troara dans ce ■Mmamenty il y aTait plusieurs abeilles d'or» M* Chii* Bety qsà était pour k>rs à la cour de BriixeUes , où la sa|)ériorité de ses talens kuarah procuré une plaice dkltiligtiée ^ écrivit un savant ouvrage snr.oette décoovtne* Il croit que ks figures d'abdOiles sont Torigine àm fleurs de lis. M* Tabbé Du Bos adopte cette opi-* njbn, et la développe en ces ternies :
«f Ghildéric^ suivant toutes les apparences ^ portait (( ces petites figures cousues sur son vêtement, parce « que la tribu des France, sur laquelle il réglait, avait «jprie ka abeilles pour son symbc^, et qu'dle en *|Hracmai« ses enseignes. )» Les nations germaniques , t ébm les Francs faisaient partie , prenaient chacune (rpoor son sjmbatie , au rapport de Gbsner^ quelque anima dont eUe portait la figure sur ses enseignes.
(c D'abord eUes n'aurom mis dans ces drapeaux que «I les bétes les plus courageuses ; mais le nombre des « nations et des tribus venant à se multiplier, il aura <f fallu que les nouvelles nations et les nouvelles tri-^
(i) BoHand., t. 5 àe mai.
(a) IbîiLy t. 3 de juin.
i< bus, pour avoir un symbole particulier qui les dis- « tinguât des autres y missent sur leurs enseignes des « animaux de tout genre et de toute espèce.
(c Je crois même y poursuit M. Fabbé Du Bos , que <( ces abeilles sont , par la faute des peintres et des « sculpteurs , devenues nos fleurs de lis, lorsque, dans u le douzième siècle , la France et les autres Etats de <( la chrëtientë commencèrent à prendre des armes c( blasonnées. Quelques monumens de la première <( race , qui subsistaient encore dans le douzième ou <( treizième siècle, et sur lesquels il y avait des abeilles <cmal dessinées, auront même donné lieu à la fable u populaire, que les fleurs de lis que nos rois portent « dans Técude lem-s armes fussent originairement des <c crapauds; fable qui a eu long -temps cours dans les (( Pays-Bas , où Ton cherchait à rendre les Français (( méprisables par toutes sortes d'endroits, n
Cette (^nion éprouve les mêmes difiîcultés que la précédente^ Si les fleurs de lis avaient été formées des abeilles, symbole de nos [»remiers rois, elles auraient été particulières à ces princes : on vient de voir qu'elles étaient communes aux souverains. D'ailleurs, on n'explique point conunent on a pu donner le nom de lis à la fleur venue de ces abeilles mal dessinées.
M. Chifilet propose encore une autre conjecture sur Torigine des fleurs de lis. 11 dit (i) que Louis-le- Jeune prit le premier ce symbole par allusion au sur-
(i) Lilium franc, ^ p. 64.
nom de FloruSj qu'Ordëric Vital, auteur contemporain y prétend avoir été donne à ce prince dans sa jeunesse, à cause de sa beautd : c*est ainsi que le trium« TÎr L. Aquilius Florus fit graver une fleur au revers de ses médailles. Le P. Menestrier ( i ) prétend que Louis y II préféra la fleur de lis à tout autre symbole, par allusion à son nom de LojrSj qui approche de celui de lis. D^autres, réunissant ces deux conjectures, disent que ce roi, en choisissant les fleurs de lis, eut également en vue son nom de Lojrs et son surnom de Florus ou Fleuri ; en sorte que le mot àe fleur de lis rCesx qu'une abréviation de celui Ae fleur de Loys.
Mais si les fleurs de lis avaient fait allusion au nom ou au surnom de Louis VU, elles n'auraient pu passer à Philippe son successeur ; elles eussent été une e^ce de monogramme, dont les rois d'un nom différent n'auraient pu se servir. D'ailleurs, comment attribuer à Louis-le- Jeune l'origine des fleurs de lis , puisqu'elles étaient connues dans toute l'Europe plusieurs siècles avant ce prince ?
Philippe d'Alsace, comte de Flandre, donna sai nièce Isabelle en mariage à Philippe - Auguste , avec l'Artois pour dot, de manière que la Lys fut la borne des deux Etats. Sur les bords de cette rivière croît une espèce de fleur particulière, qu'on appelle iris ou flambe : c'est cette fleur, selon le P. Hardouin , que ces deux princes firent graver sur leur monnaie , où
( I ) Art du blason.
elle n'avait point p^ûru jusqu^aiors , pour matqiier que tous deuK étaient maîtrea du Lys, ou que octt& rivière terminait leurs Etats. Voilà roocaaiou poior laquelle Philippe prit pour symbole cea jBambeSi cpù fuirent sûpç^t^ fleurs de Lys, du nom de la rivière auK bords de laquelle elles croissaient*
Il n*esc pas difficile de renvctaer ce ^stèrae. I(on seulement tous les monnmens étrangers eités plus haut déposent contre; il s^en trouve encore une inanité, dans le sein même de la monarchie, qui en démontrent la fausseté.
Sur le sceau de Charlemagne, qui se conaerve à Rome , cet empereur a une oourooiie om^ de fleurs de lis (i).
M. Pétau, conseiller du Pariement de Paria, nous a donné une vieille peinture , tirée d'un anoieR jusnuscrit, où ce prince est représenté tenant son m»seil. Au haut de la saUe , il y a une fleur de lia (9).
M- Baluze a rendu publique une figure cpn'il croit être de Pépin ou de quelqu'un des rois suivans (3)* Le prince qu'elle représente porte une couroUM et un sceptre terminés par une fleur de lis. Le manuscrit d'où cette figure a éié prise est du neuvième siècle.
Le même savant a fait graver le portrait de Tem-
(i) Monum. de la monarch, franc ^^ t. i, pi. ai. (a) Paul Pétau, dans ses Recueils d^andquitë, PariSf ]6io-i3, in-4>^. ( EdiU C. L. )
(3) Capituiaires,
pereur Lothaire, fils de Loui^-le-Débonnaire, fait du temfis de ce prince. Ce souverain porte une couronne dont Textrëmitë est une fleur de lis(i).
Cbarles«-le-£hauve , dans un portrait original , est représenté fiyec une couronna; et un sci^ptre fleurdelisés (a).
Lotbaire, roi de France, tient dans son sceau un sceptre terminé par une fleur de lis (3).
Hugues Capet paraît sur son sceau avec une couronne ornée de fleurs de lis (4)*
Le roi Robert, son fils, est représenté sur son sceau avec une couronne et un sceptre fleurdelisés (5)- Le même prince, au portail de SaintrBénignie 4e Dijon, construit de son temps, porte un sceptre terminé par une fleur de lis.
Boib^rt, duc de 3ourgogne , a une fleur de lis éatre ses dewi: pieds dans son sceau j qui est tiré d'nne lettre de <^ prince, donnée en io54(6)*
PbîJil^ I", roi de France , porte une couronne et un ^c^ptre fleurdelisés dans son sceau (7).
(1) CapUidaires.
(a) Mimmens de la monarchie franc., I. i , pL 2Ç, ^j et 28.
(3) Ibid.^ pi. 3o.
(4) Ibid., pi. 33.
(5) Ibidem*
(6) Perard-Caslel, p. igi*
(7) Monum., etc^t. i, pL 55.— U esl très- vrai que toutes ces planches de Montfaucon représentent des fleurs de lis ; mais il est fort douteux que les figures originales, bien différentes d^ ces copies, soient ce qu'on a cru pouvoir en
Dans deux sceaux de Louis-le-Gros , on voit ce prince avec une couronne et un sceptre orna de fleurs de lis (i).
Louis YIl et Philippe- Auguste sont représentés sur leur sceau avec une couronne ornée de fleurs de lis^ tenant de la main droite une fleur de lis , et de la main gauche un sceptre terminé par un losange qui renferme une fleur de lis (2). On voit deux fleurs de lis sur la monnaie de ce dernier prince (3).
Philippe d'Alsace, comte de Flandre en 1180, a des fleurs de lis sur sa monnaie (4)*
Ferry III y duc de Lorraine y obtint en 1 298 le droit de hattre monnaie ^ de Tempereur Albert. Sur les deux faces des deniers qu'il fit frapper, on voit une fleur de lis (5).
Eudes IV, duc et comte de Bourgogne en i3i5, fit mettre des fleurs de lis sur sa monnaie (6).
Les anciennes monnaies des comtes d'Anjou, de Blois, de Chartres, de la Marche, de Poitou, de Ponthieu, des seigneurs de Mehun , portent des fleurs de lis (7).
Il serait superflu de prouver que les fleurs de lis ont orné les couronnes, les sceptres, les habillemens,
faire en les gravant. Voyez les Manuscrits ; et l'Observation art. 3701, t. 2 du CataL de notre bîbl. {Edit G L)
(i) Momtm, de la manar due franc. ^ t. 2, pi. 10.
(2) ïhidem, pi. 12 et i3.
(3) Hardmni op, sel. — (4) Ibid. — (5) Calmet, t. 2. (6) Harduini op. sel. — (7) Du Gange, v. Monela.
les bannières des rois qui ont suivi Philippe- Auguste, qu'elles ont été leur symbole , qu'elles ont composé leurs armes, puisque cela n'est contesté de personne.
J'ai promis de n'indiquer que des monumens sûrs. Cest pour satisfaire à cet engagement que je n'en ai désigné aucun de la première race de nos rois, parce qu'ils sont suspects à plusieurs savans. Le tombeau de Frédégonde à Saint-Germain-des-Prés, où cette reine est représentée avec une couronne et un sceptre fleurdelisés, paraît original aux PP. Mabillon et de Montfaùcon; d'autres écrivains d'un grand nom le croient d'un temps postérieur à cette princesse. S'il m'était permis de dire mon sentiment, je serais de l'opinion des doctes bénédictins. Ce n'est point par intérêt de système que je prendrais ce parti, puisque, quand même il n,e nous resterait aucim monument de l'âge de nos premiers rois, je n'en serais pas moins persuadé que les fleurs de lis ont orné leur sceptre et leur couronne. Ces fleurs ayante été commîmes aux souverains , on ne voit pas pourquoi les rois mérovin giens n'en auraient pas fait usage. Charlemagne et sa postérité ayant porté les fleurs de lis sur leur sceptre et sur leur couronne , nous sommes en droit de con dure qu'ils n'ont fait en cela qu'imiter leiu'S prédécesseurs. Une nouvelle maison qui monte sur le trône mit exactement le cérémonial de celle qui l'a précé d!$e, afin que le peuple, voyant toujours les mêmes ornemens extérieiws, ne s'aperçoive pas qu'il a changé de maître.
Ce raisonnement est fortifié par un monument dé-