lO' LIV. i
( aa6 )
couvert en i ^3 1 dans Tile de Ré. On y trouva cette année là, en creusant la terre, la couronne d*£udes^ duc d'Aquitaine j sur laquelle on voit quatre fleurs de lis. Ce prince était pelit-fils de Charibert y roi de Toulouse et d'Aquitaine : c'était de la succession de son aïeul qu'il tenait cette partie de la monarchie française. Les souverains de la première race ornaient donc leur couronne de fleurs de lis(i).
A cette foule de monumens se joint le témo^nage le plus décisif. Louis YII, dans son mandement pour ]e sacre de son fils Philippe , ordonne que les habîtlemens royaux dont on revêtira ce jeune prince , dans cette auguste cérémonie , soient semés partout de fleurs de lis (2).
(i) Mém. de VAcad., t. 9.
(a) Pàstmodùm posiUs super aitare coronâ regiâ, gladio in pagina inchisOy calcaribus aureis, sceptro deauratOf et wrgâ ad mensuram unius cubiii, çel amplOiSf hahente desuper manum ebumeam : Item caUgis sericis et iacinthinis, inteoods per totum Utiis aureis, et htnicâ ejusdem cohris et operis, in mioiutn itÊm^ caUs quâ induuntur suhdiaconi ad missam ; necnon et soceo pror^ sus ejusdem coloris et operis, qui est /actus foré in modum cappct sericœ absque caparone. Quan omnia abbas S. Dionym in Frùnciâ de monasterio sua débet Remis apportare, et stems ad aliare custodire.
Du Tillet a ainsi traduit ce mandement :
Auparavant doivent avoir été mises sur l'autel, la eooroBne royale, son épée enclose dans le fourreau, ses éperons d'or, le sceptre doré, la verge à la mesure d'une coudée on plus, ayant au-dessus une main d'ivoire : aussi les
Toutes ces autorités prouvent sans réplique que les fleurs de lis étaient connues avant que Ton eût ré< glé que la rivière de Lis ferait la séparation des nouveaux Ëtats de Philippe -Auguste et du comte de Flandre, scn beau-père. C'est donc mal à propos que le P. Hardouin eu fixe Torigine à cette époque. Tout autre que lui serait accablé de ces preuves ; il n*en est pas même embarrassé. Le mandement de Ix>uisle-Jeune, selon lui, est supposé. Tous les mpnumens que nous avons indiqués ont été fabriqués pior des fourbes , qui leur ont donné un air d'antiquité pour en imposer aux simples : telle est la réponse de cet écrivain. Un auteur qui ne peut défendre son opinicm qu'en donnant dans de pareils excès, prouve luimême qu'elle est insoutenable.
Le P. Jourdan, jé8uite(i), pense que les fleurs de lis étaient originairement un ornement des sceptres et des couronnes , d'où il a passé dans l'éçu de France. Il croit qpe ces fleurons ont été appelés^ei^nr de lis
diausses appelées sandaUs oubpuines de soie de couiew bleu axuré, semées partoat de âcurs de lis d'or, et la tonique ou dalmalique de même coolear et œuvre, fiaite en vfï^m^Tii d^ chasuble de laquelle l^s s(H|s-diacres sont vêtus à la mies^e ; et avec ce, le surcot ^ ai est le manteau royal, totalement de même couleur et œuvre, fait à peu près en manière d'une chape sans chaperon. Toutes lesquelles choses Fabbé de Sami-Denis en France doit de son monastère apporter à Reims, et être à l'autel pour les garder.
(i) Origine de la Maisotide France, t. 2, p. 70.
parce qu^ils étaieiil les fleurs du lien , du cercle et du cordon de la couronne, qui se nommait en vieux français lis ou lie.
Il se présente plusieurs difficultés contre cette opinion. Les fleurs de lis n^ctaient pas rornement des couronnes seules, mais encore des sceptres et des habillehfiens royaux : pourquoi donc ne les aurait-on envisagé que relativement aux couronnes? Lorsque le peuple parle des ornemens d'une couronne ^ il n'en dislingue point les parties; c'est pourquoi, s'il avait voulu parler des fleurs de lis placées ^ur une couronne, il aurait dit que c'étaient les fleurs de la couronne, et non les fleurs du lien de la couronne : or, c'est le peuple qui fait les mots. Les couronnés étant de métal , on a dû toujouris appeler leur circonférence im cercle, ainsi qu'on le fait aujoiird^hui , et non un lien. Enfin, cette expression yZewr de lis j ou de lien, ne présente point de sens à l'esprit ou en offre un faux, à moins qu'elle ne soit suivie de quelque terme qui fasse connaître de quel lien on parle.
M. de Foncemagne (i), dans une Dissertation sur les armoiries de nos rois , après avoir dit que nos fleurs de lis étaient un ornement arbitraire, qui n'était point particulier à nos monarques , mais commun à tous les souverains , se propose cette question :
«Pourquoi, dira t -on, cet ornement, quel qu'il (csoit dans son principe, érigé depuis en symbole
(i) Mém, de VAcad* des inscript, t. 20. ( Et ci-dessus.)
(c royal, a-l-il élë appelé du nom d'une fleur avec lace quelle il n'a aucune. ressemblance? Comme on ne (( peut parvenir à résoudre cette difficulté que. par la ((Voie des conjectures, il doit m*élre permis d'en « proposer une.
u IMiumj dans son acception primitive , signifie <(à la vérilé la fleur de jardin que nous nommons (ilis; msAs les écrivains de la basse latinité lui en « donnent beaucoup d'autres. Il est pris , dans le livre « de Judith j pour une parure à Tusage des femmes : c( jissumpsH dextraliola et lUia, et maures et annutdos. Ailleurs, il est pris p(Hir rornenient du chapi- <(teau d'une colonne, ou pour le. sommet d'un, vase, «et le plus souvent, pour un ornement quelconque <(qui imite les fleurs : c'est ce que nous appelons un n fleuron. Je supprime les exemples., on les trouvera <( reoueillis dans le Glossaire de Du Cange j mais entre <( les passages qui y sont cités , je ren^urque celui - ci , <ctiré de la Vie de saint Benoît d'Aniane : Septem ncandelabra fabrili arte mirabiUter productaj de i% quorum stipite procedunt hastilia sphœrulœque « ac Ulia. L'écrivain, en joignant ces deux mots, has- <( tilia ac Ulia j. ne paraît-il pas indiquer une sorte d'axe nalogie entre l'un et l'autre? Hostile est la ^partie « du chandelier qui monte tout droit du pied jusqu'à «la; bobèche; et lilium doit être l'ornement qui le «termine. Si on a nommé la tige d'un chandelier « hostile j parce qu'elle est droite et alongée comme « le bois d'une pique, nous. pouvons penser, en sui- (( vaut la même métaphore , que le lilium devait avoir
(( que]c[ue rapport avec là figure du fer dûM ce bois (( est armé, et qui est rëellemem h la hampe d'une « pi({ue oe qa*est un oitiemeDt à la tige d'yn ebande^ (( lier.
« Quoi qu'il en soit de cette inducdkNi, il est, ce (( me semble, prouvé que rornement qui termiiiait le (r sceptre de nos rcns , et qui garnissait le oerde de <( leur couronne , a pu être appelé Ulium par des écrire Tains qui , se servant de cç terme dans une accqp* (( tion usitée de leur temps, ne prévoyaient pas 4pie <( le double sens du mot induirait un jour «n erreur (( la postérité* Ce qui a pu princ^palaoaent donner (f lieu à la méprise , dans ks sièdea oii }a langue £nan* (( çaise avait fiiit asses de progrès pour que la fleur de (c jardin appelée Us eût déjà ce nom^ c'est qu'alors (( le terme gâiérique^fore^ était quelqaefœs employé (( dans la signification particulière d'ornemens pro« (( prea à une couronne : Cum quihusdamftaribui coa mnœ imperaUicis, dit Suger dans une espèce d'in- (i ventaire des choses précieuses dont il avait enrichi « le trésor de Saint- Denis. Le mot UUaj qm pouvait <( être équivoque en soi, se trouvant conmie expliqué «par »elui àejlores, pouvait- on ne le pas traduire «par Us^ fleur de. jardin? L'historien Rigord, qui (( écrivait sous Philippe- Auguste, et qui apparemment (( savait les deux langues, est peut-être un des prête miers qui s'y soit trompé : je crois du moins que H c'est lui qui commença le premier à joindre ensem* « b]e les deux mots pour n'exprimer qu'une même <( chose, et qui par-là ait restreint la signification va-
<( gue de lilium, lorsqu il a dit vexUlumfloribus li- «liorum distincium^ en parlant de Tëtendacd royal, (c par opposition à Toriflamme , qui était la bannière (V de Saint - Denis : ce n*est plus ni UUa ni flmes^ (( mais flores Uliorum. L'erreur se perpétua. Environ (( un siècle après Rigord , Guillaume de Nangis ëcri- (( yait : Consueverunt reges in suis amUs et ^eœillis nflorem lilii depictum cum tribus foUis comportare. <(Je soupçonne cependant que Nangis n'entendait ((point y ^rflorem lilii, nos lis de jardins : ce qu'il (( ajoute 9 comme pour peindre ce qu'il veut dire , cum n tribus fbUiSj en est une preuve , puisqu'aux vrais (( lis chaque fleur a six feuilles. Entraîné par l'usage , (( U se servait de l'expression commune ; mais il aver- (( tissait en même temps de l'idée qu'il y attachait. »
On fera quelques observations sur la conjecture de cet illustre académicien.
M. de Foncemagne , en renvoyant aux exemples rapportés dans le Glossaire de Du Gange , pour prouver que dans la basse latinité on a employé le mot U- Uum pour désigner l'ornement d'un chapiteau, le sommet d'un vase, un ornement quelconque qui imite les fleurs , insinue que le savant auteur du Glossaire £ivorise son sentiment; il me semble, au contraire, qu*il lui est entièrement opposé ; le lecteur en jugera. Voici les paroles de Du Gange:
((Lilium(i)y ornement des architraves et autres (( ouvrages, qui a la forme d'un lis. »
(i) Lilium, epistylioruffi et aiioram operum omamen-
Il rapporte ensuite six passages de difiTéreds écrivains j pour confirmer Tacception qu^il vient d'attribuer au mot lîlium; nous les renvoyons au bas de la page, pour ne pas trop hérisser ce discours. Le terme lilium n*a donc point eu, dans la basse latinité , le sens que lui donne M. de Foncemagne. Ce mot n*a signifié un ornement de colonne , de vase ou d'autre ouvrage 9 que lorsque cet ornement, avait la forme d^un lis. Les doctes bénédictins qui nous ont donne la seconde édition du Glossaire , ont pensé de même que M. Du Cange sur ce point , puisqu'ils ont confirmé son sentiment par un nouvel exemple. Si j'osais
tum, formam KUi referens : xptvov, anonyme In descrip. S* Sophiae , III reg., c« 7. CapUella auiem quœ erant super capiia œhannarum, tjfuûsi opère liUi fahricata erant, etc. Gaiifridiis Grossus in prologo ad Vitam S. Bemardi Tironensb : Et candelabri caiamos, scyphos, spherulasque et Uliorum repansio^ nés. Léo Ost, lib. 3, cap. 28* ( al. a6 ]• Cobannas, bases, ac liiia, nec non et âwersorum cohrum marmora abundanter coëmiU (jregorius M., 1. i, epist. 66. Id est, in argento calices duost coronas cum de/phinis duos, et de aUis coronis Ulios, etc. Vêtus charta Comuliana édita à Saaresio : Cantharos csreos nu^ores 6, minores 12^ et liUa œrea a, et staniaria œrea i3. Ardo Ma« nach. in Yita S« Benedicti abbat. Ananiae, n. aS. Septem scilicet candelabra fabriU arte mirabiliter pruducta, de quorum stipite procedunt hastilia, spharuktque ac b'Ua, calami ac scyphi, etc. Vide Anastasîum in Vitis PP., pp. 34, 143) 189, et quœ notavimus in descript. jffidis Sophianse, num. 5g. ( nec non Annales Medîolan., ad an. t389, ^^™* '^ Moratoriî, col. 807, ubi memorantur collana ami cwn botonis XXXII merenatis, et UUis v albis cum certis perlis, etc. )
ajouter quelque chose après ces savons , je dirais qu^eh deux endroits de TEcriture (i Rois^ c. 7, i;. 19, a a) on donne le nom de lis à des ornemens placés sur des colonnes ; mais c^est sûrement parce qu^ils avaient la forme du lis, puisque le terme hébreu susan^ dont on se sert pour désigner ces ornemens, est le même que celui qu^on emploie pour indiquer le lis fleur de jardin.
Le passage tiré de la Vie de saint Benoît d^Aniane , que M. de Foncemagne a rapporté par préférence, ne lui est pas plus avantageux que les autres. Il y est parle de sept chandeliers admirablement bien travaillés, du pied desquels s^élevaient des tiges droites, coupées par de petits globes, et terminées par des lis, c*est-à-dire par des bobèches qui étaient faites en forme d^une fleur de lis ouverte dans lesquelles on plaçait les flambeaux. On voit encore aujourd'hui des chandeliers de cette façon.
On ne trouve le symbole de nos rois , désigné par le terme Uliaj que dans un seul de nos]! anciens ™^' numens ; c'est dans le mandement de Louis Y II pour le sacre de Philippe son fils. Rigord , moine de Saint- Denis, qui vivait dans le même temps, puisqu'il a été le médecin et Thistoriographe de Philippe - Auguste , indique ce même symbole par cette expression : Flores liUorum. M. de Foncemagne estime que c'est par méprise et par erreur que ce dernier écrivain l'a ainsi nommé, contre l'usage ancien et commun de toute la nation, qui l'avait appelé simplement lilia jusqu'à lui. Je croirais le contraire plus vraisem-
blaUe. On n*alonge jamais les expressions qui sont en usage ; mais si Ton y iait quei(|ue changement, on les abrëge* C'est pourquoi, si le t^me lilia arait dV bord ëté employé pour désigner le ^rmbole de nos rois, jamais on n'eût dit flores Uliomnij fleurs de lis : au contraire^ en supposant qu'on eût appelé ce symbole^yZe^^r^ de Us, on a pu, par syncope , le nommer Us. Cette remarque se fortifie par notre exemple. Nous disons communément que les armes de France sont des fleurs de lis, et quelquefois cependant nous lesnommonssimplementdes lis. D'ailleurs, conunent est-ce qu'un particulier pourrait changer un terme dont tout un grand peuple se sert pour désigner une chose qui lui est parfaitement connue , et dont il a chaque jour occasion de parler? Concluons donc qoe l'expression qu'a employée Rigord était la commune, puisque tous nos écrivains et toute la nation ont cùa^ tinué d'en faire usage.
Combattre toutes les conjectures qui ont été proposées sur un sujet , c'est s'imposer en quelque sorte l'obligation d*en présenter une plus satis&isante. Cest véritablement ce qu'on a eu en vue en composant cet écrit. Le public jugera si le succès répond au dessein.
Les fleurs de lis sont originairement un ornement arHtraire , dont les artistes parèrent les sceptres , les couronnes et les habillemens des souverains. Cet usage s'étant perpétué et s'étant universellement répandu , on s'accoutuma à regarder ces fleurs comme étant propres aux rois. Dès qu'on s'en fui £3rmé. cette idée , on ne put l'exprimer qu'en appelant ces fleurs
fleurs de roi (i ). Notre nation, qui parlait encore celtique sous les deux premières races de nos souverains , ainsi qu'on Ta prouve ailleurs , ne trouva dans sa langue point d^expreasion plus convenable, pour désigner cet ornement, que celle de fleur de ly, parce que Ijr^JtOL celtique, signifie roi, souverain (2). Lorsque Pusage des armoiries s'établit, nos rois prirent ces fleurs pour leurs armes. Ayant constamment conserve œ symbole de père en fils , les autres princes ,
(i) Une espèce de bleu est appelé parmi nous èleu de roi^ parce qoe c'est la couleur adoptée par nos monarques.
(a) Ce que Bullet rapporte à la personne du Roi, on aatre critique Tattribne aux assemblées solemnelles que les biatoriens nomment caan pfénUres, cours militaires ou cours dejustiee. Celui-ci prétend que le mot iis, qu'il tire, comme Ballet, de l'ancien celtique, exprimait l'idée de cours, dans le sens d'assemblée royale; que, par cette raison, les cours plénièrés et les antres solemnités analogues étaient désignées sons l'appellation générique de lis; que c'est seulement dans ces réunions que nos rois, décorés des attributs du pouvoir suprême, portaient le sceptre, dont l'extrémité était ornée d'nne fleur à demi épanouie ; et qu'on a donné à cet ornement du sceptre le nom àtfieur de lis, parce qu'il ne paraissait que dans la solemnité appelée lis. (Voy. le ch. i*' de la 5* partie de cette Coll.) Quant à rattacher le mot liskVidée de cour de justice, sans Palier puiser dans les profonaenrs un peu obscures du celtique et du bas-breton, ne serait-il pas plus naturel et plus simple de le tirer du latin lis, procès? En matière d'étymologie, on va souvent bien loin et trop loin chercher ce qu'on a pour ainsi dire sous la main,
( Edit. CL.)
.qui jusque-là avaient aussi porté les fleurs de lis sur leur sceptre , sur leur couronne ^ sur leur sceau, crurent devoir laisser en propre ces fleurs de souveraineté à notre monarque, que Mathieu Paris, écrivain anglais, appelle le roi des rois.
Mais, dira-tH)n, pourquoi Rigord et Nangis n'ontils pas traduit le terme de li suivant sa véritable signification ? La réponse est facile ; c'est parce qu'ils l'ignoraient. Le celtique, au treizième siècle, était relégué à la campagne et chez le plus petit peuple des villes, à peu près comme nos patois, qui en sont de précieux restes , le sont aujourd'hui. Les personnes de quelque considération parlaient alors une langue formée du cellique , du latin , du teuton altérés , de laquelle est venue celle dont nous nous servons. Les lettrés joignaient à ce jargon un peu de mauvais latin, qu'ils estimaient beaucoup, et se faisaient sûrement un sot honneur d'ignorer l'ancien langage de nos ancêtres. Ainsi Rigord et Nangis ne connaissant d'autre signification au mot // que celle qu^il a dans la langue française , ils le rendirent en latin par le terme litium. On peut confirmer cette méprise par ime semblable, faite par le continuateur de Nangis. Il traduit en latin le nom de la rivière de Lis par lilium; il l'appelle fluvius Lilii.
Le nombre des fleurs de lis siu* l'écu de nos rois ne fiit pas déterminé d'abord. On en plaçait plus ou moins , suivant la grandeur de l'espace qui leur servait de champ ; elles furent ensuite fixées à trois. On voit par les paroles de Raoul de Presles, rapportées
plus haut, que celle réduction ëtaii dd)k faite sous Charles V. Il y a apparence qu'elle fut l'ouvrage de ce prince , lorscju'il monta sur le trône ; mais comme les anciens usages ne s'abolissent que lentement, on vit encore, sous le règne de Charles YI , des sceaux et des monnaies où les fleurs de lis étaient semées sans nombre.
Je dois prouver que ly en celtique signifiait roi, attendu que mon Dictionnaire n'est pas encore imprimé. J'ai fait voir que le gallois, le breton et Tirlandais sont trois des principales sources où l'on peut trouver la langue des anciens Gaulois (i). Ce n'est pas seulement dans un de ces dialectes, mais dans les trois que s'est conservé le terme // pour signifier roi. Lij roi en gallois {^voy. le Dictionnaire latingallois qui est à la suite de celui de Davies , au mot rex) , Uys en gallois (2) et en breton , cour royale , [mlais. Ce mot est formé de UjTj roi , et «f de sy^ habitation : les termes composés ne prennent souvent que la première lettre du second mot (3). LUn en gallois, royal; llyw en gallois, empereur, monarque, souverain; lis en irlandais, parvis^ salle (4)« Ces pièces ont sûrement caractérisé les maisons royales, surtout chez les anciens Irlandais; ce qui montre que ce
(i) Mém. sur 2a langue celtique^ U i, i^' part. (a) Dictionnaire gallois de Davies.
(3) Voy, la Dissert, sur le changement des lettres, au t. i des Mém. sur la lang* celt
(4) Harmonie des langues irlandaise et bretonne de Toland.
terme a originairement désigne chez eux le padais du souverain, comme chez les Gallois leurs voisins. Zieîr ou lix dans la même langue, loi , ordonnance du aou* verain (i).
On trouve dans une charte du roy aiune , lidda pom* tribut. Ce mot est compose de U roi, souverain; et dda de daun, don% Lidda^ ce que les sujets donnaient au souverain. Li en chinois, gouverner, mandarin ou gouverneur de province. Il faut ijoe ce terme ait aussi désigné le souverain , puisque Um en cette langue signifie un édit de Tempereur. On sera étonné de trouver la même expression dans le celtique et le chinois ; m<Nt Dictionnai]!« jfera cesser la surprise. On verra dans cet ouvrage une très-grande conformité entre la langue de nos ancêtres et le chinois, qui est la plus ancienne langue de runiv^^^ et celle qui aj^roche le plus de la première.
Après avoir donné, parle secours du cdtique^ Tétymologie des armes de nos rois, on verra peut-être avec plaisir cdle d^une de leurs plus augustes fonctions, puisée dans la mâme soutce. Lorsque notre monarque entre au Parlement , on dit qu^il tient un lit de justice. Le terme français lit ne présente point le sens de cette éclatante cérémonie ; il faut donc le chercjier dans Tancienne langue de nos pères. Lit en breton signifie solemnité ; Uth en irlandais signifie 50-
(i) BicHonnaire anglais-irlandais ^ imprimé à Paris , >n
lennel (i). Lit de justice est donc solemnitë de justice , cour solemnelle de justice, telle qu'elle est lorsque le souverain s'y trouve en personne.
(i) Dictionnaire français - breton du P. de Rostrenen. Dictionnaire breton de Dom Je Pelletier.
(( HOC CJESAR MIHI DONAVIT (i) ; et dès (( lors le Roi , de son mouvement , porta en devise le (( cerf volant, et partout où on mettoit ses armes, y (( avoit deux cerfs tenans ses armes d*un côte et d*au- <c tre. »
Froissart raconte ainsi un songe de Charles YI, qa^il prëtend avoir occasionné le changement que ce roi fit dans les supports de son écu :
(( Advenu ëtoit (point n'avoit long terme) (2) au « jeune roi Charles de France, pendant qu'il séjour- (c noit en la ville de Senlis, qu'en dormant en -son (( lit, une vision luy vint : et lui estoit advis propre- (( ment qu'il estoit en la cité d' Arras (où oncques à ce (( jour n'avoit esté) et toute la fleur de la chevalerie « de son royaume : et là v^tioit le comte de Flandres « à lui , qui luy asseoit sur son poing un faucon pe- (( lerin moult gent et moult hel , et lui disoit ainsi : (( Monseigneur, je vous donne en bonne estreine ce (( faucon pour le meilleur que je veisse oncques , le (( plus gentement chaçant, et le mieux abbatant oy-
(i) La prise de ce cerf n'a pas peu contribué à entretenir l'erreur conunune sur la longue vie de ces animaux. On se figura que le collier que perlait celui-ci lui avait été donné par un empereur romain, et qu'ainsi il avait déjà vécu mille ans. Il eût été bien plus raisonnable de penser que ce collier venait de quelque empereur d'Allemagne, puisque ces princes, dans tous les temps, ont pris le nom de César, Le cerf, suivant les plus habiles naturalistes, ne vit que trente-cinq ou quarante ans.
(3) L. 2, c. io5.
Dans un sceau attaché à des lettres données à Yincennes , les supports de Técu de Philippe de Valois sont des lévriers retournés, un seul lion gisant sous Técu. On voit ailleurs les armes de ce prince supportées par un seul ange.
Les supports des armes du roi Jean sont deux oignes retournés, liés au cou Fun à Tautre par -dessus ecu.
Ceux de Charles Y sont deux lévriers d*azur, blessés de gueules ; au cimier un dauphin entre un vol * ou deux ailes d^or; puis deux dauphins retournés, et un dauphin seul.
Charles YI, par dévotion pour la mère de Dieu, fit représenter le mystère de TAnnonciation aux côtés de son écu. L^ange Gabriel était à la droite, la sainte Yierge k la gauche. Nous avons des monnaies d^or de ce prince frappées à ce coin. Il fit aussi graver son ange tutélaire derrière ses armes, pour témoigner la confiance qu'il mettait en sa garde et en sa protection : on le voit ainsi sur quelques-uns de ses sceaux. 11 prit aussi deux anges pour tenans de son écu.
Nos historiens parlent encore d'une quatrième espèce de supports pris par ce prince ; on lira avec plaisir ce qu'ils racontent à ce sujet. Le moine anonyme de Saint-Denis, donné au public par M. Le Laboureur, dit que <( le roi Charles YI, de Saint-Denis s'en (( alla à Senlis pour chasser, et fut trouvé un cerf qui (( avoit au col une chaîne de cuivre doré, et défendit ((qu'on ne le prît qu'aux lacs, sans le tuer, et ainsi
((fut fait; et trouva-t-on ladite chaîne, où avoit écrit: IL 10» Liv, iG
( de ce qu^il ne pouvoit suivir son oiseau : et disoit au connestable, je perdray mon faucon, dont j*auray ( gr^d regret; je n*ay leurre n^ordonnance dont je le puisse réclamer. En ce soucy que le Roy avoit, lui estoit avis que un trop l^au cerf (qui portoif deux aelles) aparaissoit à eux , en issant hors de ce fort bois , et venoit en celle lande, et s'inclinoit devant le Roy : et le Roy disoit au connestable (qui ce regardoit à merveilles et en avait grand joye), connestable, demoures cy^ et je monteray sur ce cerf qui se présente à moy, et je suivray mon oiseau. Le connestable lui accordoit : et moulait de grand volonté le jeune Roy sur le cerf volant, et s'en alloit à Tadventure après son faucon : et ce cerf (comme bicA endoctriné et avisé de faire la volonté du Roy) le portoit par^lessus les grands bois et les erbrjes : et véoit que son faucon abbatoit oiseaux à si graud.planté*, qu?il étôit tout esmerveillé comment il pouvoit ce faire. : et ;sembloit au Roy que.quand céîa{ljcofa:eat./assez vblé,' et ^bâttu de hérons tdht que ' bien^deVoit.suflSrfe, lé Roy te réclsona : et incontir nent , compie ' bi^ 4iiit, c'en vint asseoir sur le poing du Roj^ : ét'ltiy estait aâvis qu'il prenoit le faucon par les longes ,* et le inettoit à son devoir : et le cerf revoloit par-dessus les bois , et rapportoit le Roy en la propre lande où il Tavoit chargé, où le connestable Fatiendoit , qui avoit grand joye de sa venue : et si tost comme il fust là ven u etdes cendu, le cerf s'en retourna au bois, et ne le vit plus : et là recordoit le Roy au connestable (ce luy estoit avis)
« comment le oerf Tavoit doaoement porte; n*oneqaes « puis le Roi ne chevaucha plus aise : et lui recordoii a encore la honte de son faucon, qui tant avoit ahhanu icd^oiseaux : et le connestsâble Fouit moult volon- (t tiers. Adonc venoient les varlets, qui les poursui- « voient et ramenoient leurs dieveaux : et montoient a dessus, et trouvaient un chemin hel et ample qui « les retoumoit à Arras. Adonc s^ëteilloit le Roy, et cr avoit grand merveille de cette vision, et trop hien u lui souvenoit de tout ce, et le recorda à aucuns de <c sa chamhre qui les plus prochains estoient : et tant « lui plaisoit la figure de ce cerf, que à peine en imacc gination n*en pouvoit partir : et fut Tune des inci- (cdences premières (quand il descendit en Flandres « pour combattre les Flamands) pourquoy plus il ence chargea le cerf volant en sa devise à porter. »
On atu*a raôôntë à Froissart que Charles YI^ ayant pris à la chasse un cerf qui avait un collier, afvait pris à cette occasion un ôerf ailé pour* sa devise. Lorsque cet auteur ëcrivit son Histoire, A se sera ^guré i[u*on lui aura dit que ce cerf avait ^des ailes, puisqu'il était tel dans la devise dn roï. Réflëtshiasant ensuite qu'uA cerf ailé est un animal chimériqiîe, il aura cru que la prise du cerf était 1U1 songé. '• * ' ' ^
Charles y II continua de prendre pour supports de ses armés des cer& ailés, ainsi qu'on le voit dans ses sceaux. 11 fit apssi frapper de la monnaie sur laquelle il y a, de chaque eôlé dé Técu, une fleur de lis couronnée.
Louis XI ayant inHituc Tordre de Saini-Michcl, fit
^pQrtef;:9qn écu à c^.iprchaxig^^t. Nous Avoits 4e Ia mou- ^|iai^4V:iïle.çe {^i|io^ ,fcq^|||>|ée à qe <j^^^ choisit aiji^î rpf]mrr^upf)prt^ dw3^ c^&'VolantSjy edeftéa da^ror- ^*^.;qu*iil,(ayait:iii5tit]j#t9 -paisiin seul avec l^inSme çpll^ic (de l^or^fc. L^; ménâe roi prit «Qc^e deux, aâges poor teoaus de ^n ëdu , aio^i <{a'oii le voîi dan» ses scçaox.- .. .••,...•.;....-.. i
Charles YI II adopta le sçeaur de soin père. Il ihit aussi sur sa, monnaie deux croix de J^ni^ûleoi aux côtés de son ëcu. Il prit encoi*e pour sup^x^ts deux licornes. .
Louis, duc d'Orlëans, à 1^ cér^flBPOie- du haptéme de son fils Charles , Tan 1394) institua Toirdre du
Porc-Epic. Uhabillem^t des chevaliers consistait en un manteau de velours violet, ]e chapenm jet 1q mantelet d*hermine, et une chaîne d'or pour collier^ de laquelle pendait sur Festomac un pprc-ëpic de même métal j avec cette devise latine : Cominus et Eminus. L'on prétend que ce prince prit la figure de cet animal pour ]a devise de son ordre, afin de montrer à Jean, 4uo de Bourgogne, qu'il ne manquait ni de courage ni[ d^armes pour se défendre.
Louis XII, son petit-fils, étant monté sur le trône, pour conserver la mémoire de l'institution 4^ son aïeul,. prit deux porcs-épics pour les supports de l'écu
de France, Il nous reste des monnaies et des sceaux
avec cette empreinte.
François P' prit une salamandre pour sa devise; il en fil le support de ses armes. Sur sa monnaie et. dans plusieurs »de ses châteaux, particulièrement à celui
d*Amboise, on voit deux salamandres couronnées aux côtés de son écu : quelquefois il se contentait d*en fjacer une seule sous son écu. Voici les conjectures du P. Daniel sur le choix que ce prince fit de cet animal : '
n II prit pour son symbole, une salamandre ^ avec ces «iBots de son invention : Nutriseo et extinguoj j€ « nourris et j*éteins^ dont j^avoue que j*ai peine àpë* (( nétrer le sens et la finesse* •..n
u Paradin écrit que Charles, comte d'Angoulétne? (cpère de François P% avoit pris avant hii le symbole « de la salamandre, et que, pour ce qui est de Ymme «de cette devise, il avoit vu une médaille de brotize (( où elle étoit en italien de cette manière : Nudrisôo « il buono e spengo il reOj par où il marquait sa bonté «et son équité, qui le rendaient libéral envers les c( gens de bien, et lui faisoient punir les méchans. )>
Dom de Montfaucon a fait graver cette médaille au tome lY des Monumens de la monarchie française.
Les supports de Henri II sont deux lévriers et un croissant sous Técu. Il prit aussi dans son sceau deux anges pour tenans de ses armes.
Ceux de François II sont deux lions d'Ecosse , de gueules , parce qu'il était souverain du royaume de ce nom.
Ceux de Charles IX sont deux doubles colonnes couronnées.
Henri III eut pour supports deux aigles d'argent couronnées, parce qu'il avait été roi de Pologne, dont les armes sont une aigle d'argent couronnée.
Deux vaches de Béarn, de gueules, sont les supports de Henri lY, parce quHl était souverain de cette province.
Les supports de Louis XIII sont deux Herccdes.
Quoique François II , Charles IX , Henri III y Henri IV, Louis XIII eussent des supports particuliers y ils ne laissèrent pas de prendre souvent deux anges pour tenans de leur ëcu, ainsi que l'avaient déjà pra* tique plusieurs de leurs prédécesseurs. C'est ce qui fît regarder ces deux anges comme les supports communs et ordinaires des armes de France. Il y a beaucoup d'apparence que Louis XIV et Louis- XY les ont ainsi envisagés, puisqu'ils n'en ont jamais eu d'autres, .
«A««wt «««<«« «v&'.«MAA ^>*i^*^^^*^iv*'^/*^'W**iv^^9/^tn/titn%i%n.^/i^mv¥*f¥i^ww*yvié%'w^vivvyw%%iyw%