SUR LA MAIN DE JUSTICE
PAR BDLLET (i).
Là main de justice est un bâton d'or d'une coudée, ayant à Textrémité une main d'ivoire qui élève trois doigts, le pouce, Tindice, celui du milieu, et plie les deux autres. INos rois, à leur sacre , portent le sceptre de la main droite, et cette main de justice de la gauche. Le sceptre a été, dans tous les temps et chez toutes les nations, la marque de la dignité royale; il n'en est pas ainsi de la main de justice , qui est un ornement particulier à nos monarques depuis quelques siècles.
Les empereurs de Constantinople (2) recevaient , au jour de leur sacre, une croix, qu'ils portaient de la main droite, et le sceptre, qu'ils tenaient de la gauche (3). On présentait aux impératrices leurs épouses, à leur couronnement, un rameau d'or de la Ion-
(i) Extrait du même recueil de Dissertations sur THist. de France. ( Edit.)
(a) Jean Catacuzene, 1. i, c. 4i* (3) Codin, c. 17.
gueur de neuf pouces , charge de perles et de pierres priécieuses, qu*elles portaient à la main.
Lorsque Charles - le « Chauve fut sacré roi de Lçn*raine , à Metz , on lui donna le sceptre et une palme ( i ). En lui remettant ce dernier ornement , Tarchevéque oonsëcrateur prononça une oraiaon par bquelle il demanda à Dieu que ce prince fût toujours Tictorieux de ses ennemis.
Au sacre de Louis - le *• Bègue , à Compiègne , ce prince ne reçut que le sceptre (2).
Othon V^ fut sacré à Aix, en 9879 roi des Français orientaux ou Theuions (3). Dans cette cërémonie, le prélat consëcratcur ne lui donna que le sceptre. En le lui mettant entre les mains, il lui dit : u Par ce sceptre, vous châtierez paternellement vos sujets, vous tendres la main de miséricorde aux ministres de Dieu , aux veuves et aux pupilles. »
Le premier roi à qui Ton voit porter cette marque , que l'on a depuis appelée main de justice j est Hugues Capet. 11 est représenté, dans son sceau, tenant dé la main gauche un globe, et de la main droite un hâ* ton à Textrémité duquel est une main dont trois doigts sont élevés, le pouce, l'indice, celui du milieu, et les deux autres plies.
(i) Couronnemenl de Chartcs-le-Cbauve, t. a des Capi^ iuiaires de Baluze, p. 3o3.
(a) Couronnement de Lenîs-le-Bègae, t. 2 des mêmes Capiiulaires, p. 3o6.
(3) Viiikînd, 1. 2.
Quelle a ëté la vue dé ce prince en établissant cette nouvelle marque de la dignité royale 7 C'est sur quor Ton. ne peut donner que des conjectures.
Les, rois à. leur sacre, font sermeiit, en mettant la main sur les saints. Evangiles^ de défendre leurs sujets et de leur administrer la justice. Ce serment se faisait autrefois, par les princes, en touchant de deux doigts étendus le saint autel devant leqiiel ils étaient à genoux. Dans un ordre du sacre de Fempereur à Aix-la-Chapello, composé depuis plusieurs siècles, on lit que ce monarque, après avoir fait les promesses accoutumées, pour les confirmer par serment, étendait deux doigts sur Tautel (i). HuguesCapet, par la main de justice, qui représente en quelque sorte la main d'un prince 'prêtant serment , suivant l'ancien usage, aura-t-il voulu donner à ses sujets un signe stable et permanent de la solidité du sien?
Dans une ancienne peinture donnée par M. Pétau, conseiller au Parlement de Paris , on voit Charlemagne tenant son conseil. Au-dessus de la tête de ce prince paraît une main qui élève le pouce, l'indice, le doigt du milieu, et plie les deux autres , de même
(i) Rex positis duohus digiUs manus suœ dextrœ super altare, âicàt : VolOy ei m quantum dif?fr» fidtusjuero cuijutorio, et prerdbusfidelium chnstianorum adjutus Qatuero^ otnnta prœmissaji^ déliter aâimplebo : sic me Deus adju^et, et sancti ejus. Cet ordre est imprimé dans le recueil des anciens Riis de dom Martenne, t. 2.
que la main de justice : cette main sort d'un nuage ( i ). Dans un tableau de Gharles-le-Chauve , au-dessus de la tête de cet empereur, il y a une main ouverte avec les cinq doigts ëtendus. Dans un autre portrait de ce
(i) Gravé dans les Monum. de la monarchie franc.
Cette main est- elle bien Pimage de Tancien serment? La main de justice, attribut des rois de la troisième race^ ne serait -elle qiSTune copie de cette image P Si le. fait est douteuX) l'idée eu est au moins fort ingénieuse. QuUi nous. soit permis, toutefois, de rappeler ici une autre conjecture que nous avons proposée ailleurs.
« La palme ou rameau est un aUribut de la royauté beau-' «r coup plus ancien que la main de justice. On voit, par les « Capitulaires de Charles-le-Chauve, que nos empereurs et « les rois de la seconde race, après avoir été sacrés, rece- « valent cette palme de la main des évéques, comme on « symbole de victoire. JE^idederunt illipalmamet sceptrum {^). Or <c le mot pahna signifie également rameau, branche d'arbre et « la paume de la main, ou simplement la main par extension.
« On pourrait inférer de cette similitude de nom , que la » palme-main n'était qu'une nouvelle figure de làpalme-ra- « meau; que ces deux objets auraient originairement présenté « le signe de la même idée, et constitué un seul et même « emblème ; mais que le cbangement de forme aurait fait, « par la suite, attribuer à la main un caractère symbolique « que n'avait pas la palme proprement dite, ce qui ne.dé- « truirait pas, d'ailleurs, l'explication de la disposition des « doigts par le serment. » ( Edit G. L. )
(^) « Det tibi Dominus velle et posse guœ pracipii, et in regrU régi- « mine secundiun vohmtatem suam prtfficiens, cum palma perseverantis « victoriœ ad paimam percenias gloriœ sempiterna, » ( Gapitul. Ciroli- Gailri, ann. 8^.)
mèoEie monarque , on voit au*deaius de sa léta une main ouverte avee les cdnq doigts ëtendua ; de quatre dcMgts de cette main il sort huit rayons de lumière (i). Au saore de ce prince 9 à Metz, Hincmar, archevêque de Reims, son consécrateur, prononça sur lui cette oraison : « Que le Seigneur tout-puissant ëtende sur ((VOUS la driHte, d*où découlent ses bénédictions; u qu^il répande sur vous les dons de sa miséricorde ; u qu'il vous environne de sa garde et Me sa protec- (( tion j comme d*un mur impénétrable , par Tinter- (( cession de la sainte Vierge et de tous les saints (2). a> Charlemagne portait toujours avec lui une croix que Ton appelait la croix des victoires (3) : cette croix fut précieusement conservée par ses successeurs au royaume de France. Tout cela semble désigner quie les roia de la seconde race se croyaient assurés d'une protection particulière du ciel. Cette singulière assistance de Dieu est exprimée dans l'Ecriture par sa main. On lit que la main de Dieu était avec le patriarche Joseph j parce (jue le Seigneur répandait sur lui SCS plus signalés bienfaits- Il paraît donc que les
(1) Gravé daas les Monam* de la num^Jramç*
(a) Batgndat otmâpûtem Dùminus tkxtram suœ heneMcêitmis,
êi ^fmàat super te domun sum projHiiatiôniSf et €iraundeè te
feUd muro custoâiœ suœ protecttoms^ sancêm Mari» et amtAtm
sanctorum intercedeniibus mentis* Amen, Couronnement de
Charles -le -Chauve, au tome 2 des Capitulaires de Baluze,
p. 3o4* (3) Mém. de Philippe de Comines, La, c. 9.
princes carliens^ en iaifant représenter la main de Dieu au-dessus de leur télé, voulaieni par-lài fair^ connaître qu'ils étaient sous la garde spéciale de oe Souverain-Être. La main %urée au-dessus de Char* Jemagne a précisément la même forme que celle des éyéques , lorsqu'ils bénissent le peuple ; la main ouverte au-dessus de Charles-le-Chauve indique la concession abondante des dons de Dieu.
Hugues Capet avait encore plus lieu de se croire sous la garde et sous la. protection particulière du Seigneur que les rois de la seccmde race« Un ancien auteur écrit que ce prince , avant que de monter sur le trône, eut une vision dans laquelle saint Valéry lui promit^ de la part de Dieu 9 qu'il régnerait 9 et sa postérité après lui (i). La Chronique de Maillesay, en parlant de ce roi, dit que Dieu l'avait choisi pour tenir le sceptre. Ce monarque , en portant cette main figurée , n'aiura-t-il pas voulu marquer cette protection spéciale que Dieu lui accordait ?
Cette verge ou bâton , terminée d'une main , serailelle le symbole de la justice que le prince promet à son peuple^ comme le sceptre est la marque de son autorité ? C'est ce qui parait de |pUis vraisemblable , parce que, dans les anciens ordres du sacre de nos
mm
(i) Promitto tibi ex Udjussu, per sancUpia mérita Bicharii et meas preces, te prokmgue tfiom fore regem Fraruâ^enarum, stirpemque timm regnam tenere, Jhns Hoiimàus^ au 26 avril, p. 458.
rois (i) 9 lorsque le prëlat consécrateur remet cette marque royale entre les maios du prince , il prononce une oraison dans laquelle elle est appelée Ia verge d'équité. Au sacre de l'Empereur, à Milan , on lui donne un bâton distingue du sceptre , qu'on nomme ^^
(i) Accipe oirgam oirtutis, atque œqidiatis, quâ inUlUgas mulcere pîos, et terrere reprobos. Erranti çîam doee, lapûsque maman
porrige, dUperdasque superèos, et releœs hunûles. ut in
cmmbus seqid merearis eum de guo propheta David cedmt : Se* des tua Deus in secuban seculi : çirga asqidiatis, oiiiga regni tui; et imitando ipsum qui didt : Diligas justitiam, et odio habéas imquitatem, proptereà unxit te Deus, Deus tuus oleo îetitiœ. Ordre du sacre de nos rois, écrit par Anatbolde, abbé de Corble, imprimé au tome a des anciens Bits de dom Martenne.
Accipe oirgam Qirtutis, atque asquitatis, etc. Le reste comme à l'oraison précédente. Ordre du sacre de nos rois, de Pierre, évéque de Senlis, mort en i356, imprimé au t. a des anciens Bits de dom Martenne.
Accipe çirgam çirtutisy atque csqidtatis, quâ intelligas muicere pioSf et terrere reprobos, errantibus çiam pandere, lapsis manum porrigere; d/sperdas superbos, et relevés Immiles. in omnibus sequi merearis eum de quo propheta Daçid cecinit : Sedes tuas Deus in secidum seculi, çirga aquitatis, çirga regni tut; et imitando ipsum^ diligas justitiam, et odio habeas iniquitatem, quia proptereà unxit te Deus. Ordre du sacre de nos rois, de plus de quatre cents ans, imprimé au t. 2 des anciens Bits de dom Martenne.
Accipe çifgam çirtutis, atque cequitatis, etc. Le reste comme à la première oraison rapportée ci -dessus. Ordre du sacre de nos rois, de l'église de Sens, de trois cents ans, imprimé au t. a des mêmes Bits.
dans Toraison qui accompagne cette cérémonie , la <verge d'équité (^i). Enfin ^ d^uis un temps immémorial, cette verge ou bâton est appelée parmi nous la main de justice.
Yoici comme je conjecture que la chose est arrivée. D'abord on ne donna que le sceptre. Cette marque fut alors le symbole de Tautorilé et de la justice tout ensemble ; cela se voit dans le couronnement d'OthohP' à Aix-la-Chapelle. Le prélat consécrateur dit à ce prince^ en lui donnant le bâton ou sceptjre: «Par ce sceptre 9 vous châtierez paieriiellement yos sujets, et vous tendrez la main de miséricorde aux' ministres de Dieu, aux veuves et aux pupilles. » Ces paroles montrent que le sceptre était le signe de la juistice, de même que de Fautorité. Uoraison que prononçait le prélat consécrateur, en donnant le sceptre au roi de Hongrie, attribue de même ces deux significations à cette marque de la dignité royale. Hugues Capet trouva plus à propos d'établir un symbole particulier pour indiquer la justice. Dans le temps mal* heureux où il monta sur le irône, il ne pouvait rien faire de plus agréable à ses peuples que de leur donner une forte assurance qu'il la ferait observer exactement à leur égard. Son exemple fut suivi par les
(i) Accipe çirgam çirtutis, et equitatis, etc. Le reste commis dans la première oraison rapportée ci-dessus. Ordre du sacre des empereurs, en qualité de rois de Lombardie, dans Péglise de Milan ; de quatre cents ans, imprimé au t. a de» anciens Bits de dom Martenne.
rois de Lombardie de la nation ieuloiii<|iie , auxquds on donna , outre le sceptre^ un bâton qui fut qualifie vefTge ^équité et de fustwcj ainsi <{u'on le voit dans Tancien ordre de leur sacre. J'ai dit les rois de Lom* bardie de la nation teutoniqoe , parce que Tordre que )*ai cite donne à celui qui est sacre le nom de Henri, qui n*a étë porté que par les princes allemands qui ont r^në en Italie. Les rois d'Angleterre imitèrent aussi en ce point nos monarques : on donnait à ces princes, à leur sacre, outre le sceptre, un bâton audessus. duquel il j avait la figure d'une colombe.
On m'opposera le témoignage d'Aimoin. Il dit que Charlemagne donna l'investiture de l'Empire à Louis son fils , par l'épée de saint Pi^re , par les habille^ mens royaux, par la couronne , et par le bâton d'or enridii de pierres précieuses (i). lie même auteur met parmi les ornemens du souverain , la couronne , l'épée, le sceptre, et le bâton ou la verge (2). Il donne aussi aux derniers rois de la première race, pour maïque de leur dignité, un bâton distingué du sceptre.
Cette difficulté se lève aisément. Les passages qu'on oppose ne sont pas d'Aimoin , mais de ses continua* teurs, qui sont des écrivains inconnus des douzième et treizième siècles. Les savans font bien peu de cas
(i) haàmcuoHJMmi de ngm per spaiam $ani4i Pétri im^es- Mty et per regkan pestimenhan^ et commam, ac fmiem est imro et gemma* (L. S, c 36.)
(a) Cororumt, spatam, sceptmm et virgam^ (L« 5, c. a4*)
de tout ce que ces auteurs racontent des deux premières races de nos rois ; mais leur récit ne mérite
aucune attention sur le point dont il s'agit ici. On s'en convaincra aisément en consultant les historiens
du temps.
Thégan a écrit la Vie de Louis -le- Débonnaire , dont il était le confident. 11 raconte dans un si grand détail la manière dont Charlemagne associa ce prince à Tempire ^ qu'on a lieu de croire qu'il fut présent à celte auguste cérémonie. Il ne parle ni de bâton , ni de sceptre, ni d'épée de saint Pierre ; il dit que Louis alla prendre sur l'autel une couronne semblable k celle de renq)ereur son père, qu'il se la mit sur la télé, et fut ainsi associé à l'empire. L*auteur des Annales des Français , le moine d*Angouléme , le moine de Saint-Gall, le poète saxon Eginhart, dans ses Annales , ne font mention que de la couronne, de même que Thégan. Il est donc faux que l'on ait fait usagé en cette occasion des autres ornemens dont parlent les continuateurs d'Aimoin. Il est pareillement contre la vérité de donner aux derniers rois de la première race , pour marque de leur dignité , un bâton distingué du sceptre, puisqu'aucun des historiens contemporains ne leur attribue cet ornement. On peut par conséquent s'en tenir à la conjecture que l'on a proposée , et assurer que Hugues Capet fut le premier qui prit un bâton distingué du sceptre , pour être le symbole de la justice.
Pour rendre ce symbole plus expressif, ce prince ajouta une main à la verge. 0>mme c'est la main qui
inflige les chàtimens^ qui distribue les dons, qui arrête les mëchans, qui soutient les &ibles, qui relève les opprimes , il ne pouvait choisir un signe plus convenable. Il voulut que cette main f&t dHvoire, parce que la dureté et la blancheur de cette matière sont très-propres a désigner la candeur et Tinflexibilité de la justice. Les sujets ont toujours souhaité que leurs souverains alliassent la clémence à la justice. Dans Tancien ordre du sacre du roi des Français orientaux, que nous avons déjà cité, le prélat consécrateui* demande au prince de châtier paternellement ses sujets, et de tendre la main de miséricorde aux ecclésiastiques, aux veuves et aux pupilles. On voit, dans les anciens ordres du sacre de nos rois , qu'yen leur remettant la main de justice on demande toujours que leur justice soit tempérée de clémence. Hugues Capet , par la différente disposition des doigts de la main qu'il plaça à rexirémité de la verge de justice, a désigné Tune et l'autre de ces vertus (i). Les doigts
(i) Nos rois ont toujours témoigné une tendresse particulière à leurs sujets. Louis X commence les lettres qu'il envoie aux bourgeois de Lyon, l'an i3i5, par ces mots : «Loys, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, À noz amez et féaux les citoyens de Lyon, salut et dilectlon.» Dans le corps desdites lettres, il les traite de chers et bien aimés. Charles Y emploie les mêmes expressions dans les lettres qu'il adressa, l'an 1877, à la Chambre des comptes de Paris : «Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à -noz amez et féaux gens de noz comptes à Paris, salut et dilection.» Cet amour que nos souverains ont marqué à leurs
ëlevës et droits indiquent naturellement la justice; les doigts plies désignent aussi proprement la clémence. Lorsque 9 chez les Romains, le peuple faisait grâce à un gladiateur et lui accordait la vie, il inclinait le pouce ; et s'il voulait sa mort , il le présentait droit et élevé. C'est pareillement pour exprimer Talliance de la clémence et de la justice, que les rois d'Angleterre portent une colombe figurée à Texirémité de la verge de justice qu'ils reçoivent à leur sacre (i). Personne n'ignore que cet oiseau est le symbole de la douceur.
Les descendans de Hugues Capet ont tous porté la main de justice ; nous avons du moins lieu de le croire ainsi, puisqu'au sacre de Louis YI, le continuateur d'Aimoin rapporte qu'on donna à ce prince le sceptre et la verge (2). Dans le règlement que fit Louis VII pour le couronnement de Philippe II , son fils , le bâ-
sujets leur a mérité, de la part de ceux-ci, cette afTection, cet attachement inviolable pour leurs personnes sacrées, qui distingue la nation française de tous les autres peuples.
(i) Deiiidè çenerurd Willelmus Marescalius, cornes de Stiigidl, portons sceptrum régale aureum, in cujus summitate est crux aurea, et Willelmus Patricii, œmes de Salisbinc {s\c\juxtà etan gestans virgam auream fiaèentem in summitate columbam ûuream, (Annales de Roger de Hoveden, a' part.)
(a) Qui in dieirwentionis sancU Proto-Martyris sacratissimœ
unctioms Uquore deUèutum regem, missas gratiarum agens, ah-
jectoque secularis militiœ gladio ecchsiasUco ad (nmKctam maie-
factorum eum accingens, diademàte regnigratanter coronaQit : nec-
non et sceptrum, et virgam, et per hœc ecclesiarum et pauperum
ton, termine par une main d^ivoire, est compte parmi les marques et les omemens royaux que Tabbë de Saint • Denis doit apporter à Reims pour le sacre de nos rois(i). Dans Tëglise de Saint -Louis de Poissy^ sur le tombeau fait pour le cœur de Philippe «le -Bel, ce prince est représente portant la main de justice. Cet ornement ëtait commun à nos reines. On lit dans un ancien ordre du sacre de ces piîncesses (2), que le prélat consécrateur leur donnait un sceptre un peu moins long que celui de nos^ rois, et une main de justice. Aux somptueuses obsèques que Ton fit à Anne de Bretagne, cette princesse fut représentée sur son tombeau, ayant le sceptre à sa droite, et à sa gauche la main de justice ou de miséricorde j comme on voudra Vappelerj dit Fauteur contemporain qui a fait la description de cette auguste cérémonie. Les paroles de cet écrivain sont entièrement favorables à Texplication que nous avons donnée sur les différentes significations de la main de justice.
La main de justice, qui sert au sacre de nos rois, est conservée dans Tabbaye de Saint -Denis. Doublet la décrit ainsi :
âefert^nem, et quacunque regni instgma, approhante clero et popuhf deifotissimè contradidit. (L. 5, c. 5.)
(1) Fostmodàm positis super altare coronà regiâ, gladlo in tfaginâinchiso, ealcaribus aureis, et çirgâ admensuram unius atèiti iv/ ampUits, hahente desuper manum ebumeam. O titre se conserve à la Chambre des comptes de Paris.
(2) T. 2 des anciens Rits de dom M art en ne.
(( La main de justice est de licorne , assise sur une ((hante d'or, garnie au doigt proche du petit doigt (( d'un anneau d'or enrichi d'un beau saphir, et souhs (( ladite main un cercle à feuillage garni de trois gre- (( nats, de trois saphirs et de douze perles orienta- (( les (i), et au milieu de ladite hante ou baston, un u autre cercle à feuillage garni de trois grenats , d'un (( saphir et de huict perles : au bout d'embas, un troi- « siesme cercle à feuillage enrichi de deux grenats, de (( deux saphirs, d^une belle amatiste, ei huict perles. »
On croyait dëjà, du temps de Charles -Quint, que cette main de justice était de corne de licorne. Cet empereur étant allé voir le trésor de Saint-Denis (a), lorsqu'il passa par la France pour aller dans les Pays- Bas, quelqu'^un lui dit, en lui montrant cette marque de la dignité royale , qu'elle était taillée d'une pièce de licorne. U répondit que de plus convenable matière ne pouvait être composée la main de justice^ laquelle doit être nette et sans venin (3).
Si ce qu'on dit à Charles-Quint est véritable, ou a changé la matière primitive de la main de justice ; car nous voyons par le règlement de Louis VII , et par un ordre du sacre de nos rois qui n'a cpie trois cents ans d'antîqnité, qu'elle était d'ivoire (4).
( I ) Hist. de Vabb. de Saint-Denis, p. 368.
(a) Fauchet, Antiq, franc. , 1. la, c. i.
(3) La licorne était considérée comme l'emblème de la virginité. [Edit. C. L.)
(4) T. a des anciens Rits de dom M arienne.
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