SUR LES COUROI9KE$, LEUR ORIGIIÏE ET M£OR FORME
PAR BENETON DE PEYRINS (i).
Entre tous les auteurs qui ont parlé des couronnes et de leurs usages, deux célèbres modernes, Charles Pascal (dans son livre de Coronîs) et M. Du Gange (dans sa a 4* Dissertation sur THistoire de saint Louis par le sire de Joinville) ont si bien et si amplement traite cette matière, quUl semble qu*ils Pont épuisée, et qu^on ne peut plus rien dire de nouveau là-dessus après eux ; mais comme les hommes pensent différemment, et que chacun a des idées particulières, je joindrai les miennes h celles de ces habiles gens. Ce n'est pas pour les critiquer que j'entreprends ce discours, je veux seulement m'étendre plus au long sur des choses sur lesquelles ils ont passé trop légèrement, étant aisé de s'apercevoir qu'ils auraient pu dire une partie de ce qui paraîtra nouveau dans mon ouvrage , s'ils avaient plus réfléchi , dans certains endroits du leur, qu'ils n'ont pas assez développés à proportion
(i) Extrait de la Continuation des Mémoires de littérature ci d'histoire, par DesRrolels et Goujet, t. lo, a^ part.
des autres. Je diviserai ce discours en deux parties: la première traitera de l'origine des couronnes anciennes , et la seconde, de la forme des couronnes modernes. , ^
La religion a donné origine aux couronnes; les hommes s'en sont servi pour honorer les dieux, avant que de s'en orner eux-mêmes. Les prêtres en port aient dans les sacrifices ; et chaque divinité ayant ses prêtres particuliers, de là vinrent les différentes espèces de couronnes, qui servirent à caractériser ceux qui étaient employés au culte de ces différentes divinités.
Les prêtres de Cérès étaient couronnés d'épis de blé. '
' Ceux de Bacchus l'étaient de pampre , et ceux d'Apollon , de Pan et de Pomonne , l'étaient de lauriers , de roseaux et de fleurs.
La couronne devint ensuite l'ornement des grands hommes. Elle a éié la marque de la victoire , avant que d'être la marque de la souveraineté.
Le premier usage que Ton fit des couronnes, dans la société civile, fut pour récompenser ceux qui remportaient les prix dans les jeux publics par la force et par l'agilité de leur corps, pu qui excellaient dans les sciences et les beaux-arts, comme l'éloquence, la poésie, la médecine, la musique (i), eic. Voici
(i) Aa temps tic Pausanias, on voyait encore àTanare le portrait de la célèbre Corine, thébaine, vainqueur de Pindare, dont le front était orné d'un simple ruban, en guise 11. lO* Liv. ïfi
comme parle Yitruve, dans la préface du livre 9 : (i) ((Ceux qui avaient remporté les prix dans les (( jeux olympiques, pytkiques, isthmiques et neméens, (( recevaient tant d^honneurs chez les Grecs, que non cr seuleBDent ils étaient loués en pleine assemblée non ils se trouvaient avec toutes les marques de «leurs victoires, comme la palme et la couronne, (( mais quHls s^«n retournaient en triomphe dans leur (( patrie sur un char à c[uatre chevaux, où ils étaient (( toujours inourris aux dépen» de la République, qui (( pour cet effet I^ir assignait des penâions.^ »
Au& jeuit olympique», le victorieux était couronné d^olivier sauvage; aux pythicpies, on Tétait de laurier; aux isthmiques , ^n la donnait de branche de pin, et afcix neméens, elle était faite de feuilles d'ache. Ce qui est exprimé par ces ({uatre vers latins d*Alciat, qui les a ainsi traduits du grec d*Archias :
de couronne. (Paiis., 1. g, c. 22.) Il paraît que, chez les modernes, Pétrarque fut le premier des poètes lauréats : sa couronne était de laurier. On sait qu'il en fit une sorte de sacrifiée à la religion, et qu'à son arrivée à Rome, où il fut conduit» 9ti grande pompe, il la. suspendit à la voàte de l'ancienne basilique de Saint-l^ierre. .... . ( Edit G. L. )
(i) Nohilihus athletis qui Olympia^ pythica, istlimica, ncmea ndssent, Grœcerum majores ita magnos honores constUuerunt, nH non modo in conoentu stanies cum paîma et corona feront laudes f sedet càm reœrtantur in suas cùfitates, cum çictoria triumphantes quadrigis in mania et in pairias eoekantur, aquà RepubUca perpétua pita constitutis vectigaHhus fruantur.
Sacra per argwas certamtna quatuor urbes Sunt : duo factu wris, et duo calitibus; Ut Joois et Phœ&i, Meiicertœgue Archemurique : Pramia sunt pinus, poma, apùmi, aique olea.
Les couronnes se faisaient^ comme Ton Toit, de branches d'arbres qni se ployaient aisément ;^ tel ëtait Tolivier, le laurier, le pin (i), l'if, le lielre, le saule, le chêne, le mirthe et le romarin : on en faisait aussi d'herbes et de fleurs, et celles-ci étaient bien plus d'usage pour les sacrifices et le9 pompes nuf^Uales que pour les fé€es publiques (3).
Des jeux publics , la couronne derint rornement des héro^ et des chefs de guerre. Un gënëral , après avoir triomphe des ennemis de sa patrie, rentrait dans sa Tille avec une couronne que ses soldats lui mettaient sur la tête, et il conservait cet ornement, qui le distinguait toute sa Vie des autres citoyens, en les
(i) L'olivier, emblème de la sagesse, el le pin servaient k tresser la couronne virginale. Le fenoall et le peuplier étalent au contraire réservés aux filles débaucliées. (Semosthène, de Cor.) On employait pour couronner les' nouvelles mariées, une espèce d'asperge dont le fruit est mélë d'épl*nes, le sisymbre consacré à Vénus, et la verveine affectée aux sacrifices. (Pasch., de Cor», I. 3, c. 17.) (Edit. C L.)
(a) Les couronnes de feuilles ont précédé les couronnes de fleurs. Celles-ci, d'après le témoignage de Pline ( 1. ai et 35 ), durent leur plus grande élégance et leur vogue aux talens du peintre Pausias de Sycione, et de la bouquetière Glycera. ( Edii. C L )
faisant ressouvenir que, quoique ce général ne fût plus qu*un homme privé, il avait rendu autrefois des services considérables à sa patrie , ce qui lui avait fait mériter cette distinction particulière.
Ce ne fut qu'après les grands hommes et lés héros que les rois et les souverains s'avisèrent de faire de ces couronnes les marques perpétuelles de leurs dignités : ils adoptèrent cet ornement en voyant le respect qu'on portait à ceux de leurs sujets qui les avaient méritées pour les raisons que je viens de dire. Les rois prétendirent qu'étant les premiers de l'Etat, toutes ces marques honorables leur étaient dues , et que même ce rang de chef du peuple, qui leur donnait encore le droit de présider dans les cérémonies de la religion , devait aussi leur donner celui d'y assister avec les ornemens qui rendaient les prêtres si respectables.
Les Grecs disent que Bacchus (i) fut le premier qui se couronna de pampre et de lierre, après ses victoires dans les Indes. Si on en doit croire Dîodore de Sicile , la cause pour laquelle ce dieu porta une couronne ne ferait pas honneur à cet ornement. L'auteur, au livre 4 ^^ son histoire , dit que la tête du dieu Bacchus ne nous est représentée ceinte et liée d^une thiare ou couronne, qu'à cause des douleurs
• (i) On ne peut refuser à Bacchus l'usage des couronnes, témoin celle qu'il donna à Ariane, fiUe de Mines, que les astronomes odt placée au nombre des signes célestes.
qu excitent et portent à la tête les fumées du vin, que ce dieu- avait inventé (i).
Si on peut bien établir que Bacchus est FOsiris des Egyptiens et FEisaii des Hébreux , ce fait donnerait une grande antiquité à l'origine des couronnes. Pour cela, voici comme il faudrait concilier Moïse avec Sanchoniaton, rapporté par Eusèbe^dans sa Préparation évangélique, liv. i , pag. 33 et suiv. :
THARE
ou URANOS, OU