ISAAC
ou SYDIC
JACOB ESAU, OSIRIS,
ou TYPHON, ou BACCHUS.
(i) Le même fait est rapporté dans. Clém. d'AIexand. {^Padag.y I. a, c. 8). La couronne de lierre passa da culte de Bacchus au culte de l'Amour et de la Beauté. Cependant, la couronne des amans était plus souvent de rokes. «La rose « est, suivant Anacréon, la fleur chérie de l'Amour.... Quand «ce dieu danse avec les grâces, ses beaux cheveux sont ornés <c de bo^itons de.rose.» (Anacn, od. 5.) {Edit C. L.)
(a) Il faut que Oiodore.de Sicile (1. 3.) se trompe, de faire Ouranos père d'Osiris ou d'Hypérion; i] ne doit être que son aïeul. D'autres font encore Osiris fils d'Ammon. Ammon est le Jupiter des Grecs, et le Janus des Latins : par- là on accordera les Grecs et les Komaîùs sur ceux qui se servireht les premiers de couronnes.
Les Romains , pour ne point céder aux Grecs Finvention des couronnes, prétendent que Janus, roi des Latins y fut le premier qui se couronna dans les iacrifices. Ceci m'engagera à une petite digression , pour £ure voir que les premiers souverains qui voulurent raMembler en eux toute rautoritë, y parvinrent en unissant la grande préurise à la suprême magistrature ; et c*est de cette union des deux puissances temporelle et spirituelle , que s'est formé Tétat monarchique.
Les premiers rois n'étaient que les chefs des familles ; mais ces pères de famille ayant trop de complaisance pour leurs descendans^ ce qui était la cause de Timpunité des crimes , plusieurs familles s'unirent ensemble 9 firent des lois^ et, pour les faire exécuter, choisirent le plus sage d'entre eux, auquel ils ne faisaient que prêter l'autorité : Omnes antiquœ génies regibus quondam paruerunt : quodgenus ùnperii primum adhomines justissimos et sapiendssimos deferebatur, (Cicero, lib. 3, c. a, de Legibus.) Cette autorité ne leur était continuée qu'autant quHl plaisait aux peuples qui les avaient choisis. Cela obligea les bons politiques de chercher à rassembler en eux les dignités qui pouvaient les rendre continuellement nécessaires, et, en augmentant leur puissance, la poifter insensiblement au-dessus du peuple et des lois.
Ilsr n'y parvinrent qu'en s'initiant dans les mystères de la religion : telle fut la conduite de Numa Pompilius , second roi des Romains. C'est une vérité constante , qu'aucune société ou ville ne saurait subsister
Iong-temp6 sans religion* Roane ne fhl pas jsiièt bâtie , que Romulus y établit des prêtres et des sacrificateurs. Tïuma f successeur de Romulns , institua le chefde ces prêtres, qu'on appela gniTtiJ^n/E/e. Celui qui était revêtu de cette qualité devenait le jpge sonv^ain de tout ce qui regardait la religic»! , et même de toutes les affaires: civiles qui y avaient quelque rapport ; aussi ce grand^préire est appelé par Festus , Judex atque arbiter rerum dwinarum atque humanarum. Son pouvoir allait si loin que les empereurs païens voulurent , dans la suite, réunir en eux cette dignité, et se firent gloire d*êlre appelés souverains pontifes. Les premiers empereurs chrétiens se parèrent aussi de ce titre jusquà Gratien, qui le quitta par re^ct pour la, religion , n*y ^ant que les papes qui puissent de droit le porter.
, Il ne serait paa difficile de troiwer, chez tous les anciens peuples de la terre , des exemples cpie la j»^trise a conduit à la royauté, et que cesvdeux dignités étaient souvent jointes ense^Iç îles Macfaabées chez les Juifs me suffisent, sans en aller chercher d'autres chez les Phéniciens, les Egyptiens et les Xndiens^où le ti|re de prjêtro et de mage était le même^piecelui de roi. Yirgile {^Enéide j liv. 3.) nous fait voir un de ces rois-ppntifes en la personne d'Anius :
Rex Ardus f rex idem homiaum. Phobique sacerdos, VitUs et sacra redimiUts tempora lauro, Occwni» .•••••
Les législateurs grecs et romains établirent des lois
pour le sacré comme pour le profane : Solon^.LicurguéetNuma établirent les cultes, et réglèrent le rang des prétreis et les cérémonies des sacrifices. . .; ;
Hérodote ( liv. 2, p. 49) dit que Solon avait pris des Egyptiens les noms des dieux, leurs cultes et leuro lois l'Est divinandi in tempUs rath abJEgjrpto ads* cita; jEgyptu igitur extiterunt prinàipes. corwentus et pompcui et conciliabula faciendij et ah iis Grœci didicèrunt.
Avant que la royauté eût acquis le degré d^autorité nécessaire pour sa perfection, les rois se contentaient de porter à leurs mains quelque chose qui les distinguât du commun de leurs sujets. Trogue-Pompée dit quils portaient dans leurs mains des bâtons ou des piques, ce qui était la marque de leur dignité; et c'est ce que les Grecs nommèrent des sceptres.
Per ea tempora reges hastas pro diademate habebantj quas Grœci sceptra dixere; nom et origine rerum, pro Diis immortalibus veteres hastas coluere. (Justin., lib. 43-)
Les dieux même n'étaient représentés qu'avec les attributs de leur puissance à la main.
Jupiter tenait des foudres^ Mars ime pique, Neptune un trident, Pluton un bident, ou bien on lui mettait des clefs à la main, pour marquer que ce dieu possédait l'empire des morts, et qu'il le tient si bien fermé qu'on n'en revient plus,
Fata obstanif tnstique palus inamabiUs undâ
Alligat, et no\^ies Styx intetfusa coercet (Virg,, lib. 6.)
On représentait Apollon avec une lyre y pour marquer qu^il était le dieu dé rharmonie; et si on le voit couronné de lauriers, c'est moins en qualité de dieu du jour que pour montrer qu'il est le père de plusieurs beaux arts. Le dieu Pan n'était couronné de roseaux qu'à cau^ qu'il est l'inventeur des instrumens à vent. Esculape était représenté sous la figure d'un serpent 9 pour signifier la prudence qu'on doit avoir dans la pratique de la médecine.
: «Tai dit ci -dessus que Numa Pompilius établit sa parfaite autorité autant en qualité de législateur et de pontife des Romains , qu'en qualité de leur roi.
Mais dans la suite , la royauté ayant été abolie, les Romains eurent pour ce titre une haine si grande, que nul n'aurait osé porter la couronne, si cet ornement n'avait servi qu'à caractériser la royauté ; au lieu que, depuis l'expulsion des rois« les pontifes continuèrent de porter des couronnes jusqu'à Jules César; et Auguste ayant de nouveau réuni le souverain pontificat avec la dictature perpétuelle, il commença parlà à établir cette grande puissance que les empereurs roniains ses successeurs ont portée si haut.
Suétone dit que Jules César refiisa de porter le diadème. Ce prince craignait par -là de déplaire au sénat et au peuple, en se piœant d'un ornement qui ne leur aurait pas été agréable (i); ainsi, lui et les
- (i) Le mot diadème vient du grec. Les. Grecs donnaient aux couronnes ordinaires le nom de stephanos^ ou stephané, et aux couronnes des rois celui de diadema, qui signifie ban-
premiers empereurs se cont^iik^iit de porter la> couronne de lauriers^ qui était la couronne triomphale.
Aurelius Victor et Tbistorien Jomandès disent que Tempereur Aurëlien fut le premier qu^ parjat ca pu* blic avec le diadème :
Primus apud Romanos diadgma capid inné" xuiij etc.
Cependant il &ut convenir que le diadème était, bien long-temps avant cet empereur, la marque de la souveraineté. ]^ous voyons dans l'histoire que quand les rois de l'Asie et de l'Afrique se soumettaient aux Romains, soit volontairement ou par fortune de guerre, ces princes venaient au-devant du général romain, mettaient leur diadème à ses pieds, et ce général le leur remettait sur la tête, en les recevant au nombre des amis de la République. .
•. Dans d'autr^ occasions, le sénat envoyait des am* bassadeurs pour couronner les fils des rois alliés de Rome, après la mort de leurs pères.
■: Ainsi, quand les auteurs nous disent qu'Aurélien fut le premier dçs empereurs qui porta le diadème, ils ont voulu faire entendre que ce prince fut le pre«micr des Romains qui osa se parçr publiquement d'une cl^ose qui avait été l'objet de la haine du peuple jusqu'alors , en le faisant ressouvenir de la tyrannie qu'avaient exercée sur eux leurs premiers rois; ce
{ de ^CM, lier, et de ^rf/Mt, bandelette )| parce qa^en effet les rois de la Grèce ne portèrent pendant long-temps qu'on simple bandeau d'an tisso de lin« {Eâit G L. )
qui «Tait fait que les eaipereurs, avant Aurélien, s*ëtaient contentés de ptxrter la couronne triomphale , pour ne fioint ^xnivanteir les Romains e^ leiu: donner à soupçonner qu*on voulût les remetU'e soiis le joug despotique.
Le diadème ne fut d'alxx'd quW large ruban ou bandeau d*étoffe teint en pourpre, dont les deux bouts se nouaient ayec des cordons derrière la tête.
Peut-être que d^abord tout le monde en portait , et q[ue ce n^ëtait qu*une numière conunode pour relever les cheveux dans les pays chauds , car le diadème est venu de l*C^ent.
Ces diadèipesj surtout ceux des souverains, furent ;;ehaus8és de diamaus et de riches pierreries.
Ensuite, ces diadèmes furent des cercles d*or.
Les empereurs qui s*en servirent, depuis Constantin jusqu^à Maurice et Phocas , mirent sur ce cercle des diamans et le bordèrent de perles, comme on peut le voir dans la suite des médailles qu^on a dea empereurs.
Ces diamans qui couvraient le diadème donnaient aux tètes qui en étaient ornées un édat lumineux , <^mme si elles étaient enveloppées de lumières:
Cui tempora drckm Aurad bis sex radii fidgeniia dnfpad, Sotts an spécimen»
( ViRC, iih. la. )
C'est cette lumière, causée par Téclat des pierreries du diadème, qu'on a appelée nimbus om gloriette^
Gela rendait lès têtes chargées de cet ornement resplendissantes comme pelles des bienheureux , * supposé qu^on puisse les dépeindre corporéllement :
Coronam ex auro et gemmis fûigenUm gerit, Luce hcum afficiens*
(Cab. PaschaIm^ Ub. 9, c. 7.)
11 est donc certain que les cercles lumineux qu on a commencé à mettre sur la tête des saints , depuis le quatrième siècle , n'étaient que pour exprimer les effets d'une lumière naturelle et réfléchie , à laquelle on donna du merveilleux pour exciter à honorer les saints. Les peintres furent les premiers à fournir cette idée risible de la gloire céleste. Ce n*est pas d'aiijouiv d'hui qu'on donne à ces artistes ^ de même qu'aux poètes 9 une imagination si vive, qu'elle leur fait passer les bcNrnes du vrai dans leurs ouvrages (i) :
(i) On a aussi représenté le Sauveur avec une couronne d' olivier. Saint Jean Févangéliste, Prudence et plusieurs autres écrivains sacrés admirent cet attribut j mais Tertullien n'y vit qn\m abus intolérable. Comme Dieu, selon ce père, il n'est pas de couronne digne de Jésus - Christ : le cercle radieux, qu'on nomme ici nimbe, ne saurait même convenir à celui qui est le principe de toute lumière. Comme victime immolée pour le salut de l'espèce humaine, la couronne d'épines est la seule qui puisse lui être réservée. Mais il ne paratt pas que l'Eglise ait letenu ou approuvé cette sévérité de principes, car la télé du Christ a conservé le nimbe dans presque tous les tableaux où elle figure, même dans tous ceux *qui ont été exécutés sous les yeux oujpar l'ordre des
Pietoribus tUqve pœtis Quidlibet audendi semperfidl cequa poiestas.
( HOR.f Ars poetica. )
Ceux qui ont excellé dans ces deux arts ont tou* jours eu le privilège de tout entreprendre et de toi:^t oser ; tëmoin la mâchoire d^âne qu^ils ont mise ^ la main de Caïn pour tuer son frère Abel j quoique TEcriture ne dise pas de quelle manière ce meurtre fut fait.
Les peintres firent d'abord ce nimbe en rond tout uni ; mais s'apercevant que cette grande simplicité ne marquait pas assez la petite portion de gloire céleste, que leur imagination libérale avait accordée aux saints sur la terre , et que dans la suite des temps on prendrait le nimbus pour une simple couverture servant à mettre à couvert la tête des images des injm*es du temps ( ce qui est arrivé , voy. les Mémoires de T Académie des inscriptions); afin d'ôter toute équivoque et de donner au nimbe un éclat plus approchant d'une véritable lumière, on le fit en soleil ou radié ; et ce sont ces rayons, ramassés et relevés en rond^ qui ont fait inventer la couronne radiale à longs rayons 9 qui est la plus ancienne espèce de couronne métallique , et qui a été long - temps en usage avant les couronnes, à fleurons.
. Lc] cercle Itimineux et plat étant devenu la marque des images des saints, et ce qui distinguait leurs sta-
poniifes. Les rayons de l'ostensoir sont un véritable nimbe.
( EdiL Ç. L. )
tues d^avec celles qu^on érigeait aux hommes , les empereurs , depuis J ustinien-Rhinotmete , le quittèrent par respect, et se contentèrent de cercles omës de pierreries à Tantique, ou de couronnes radiales à longues pointés , comme p viens de le dire.
Et comme la dignité impériale les élevait au^lessas' des rois^, qui avaient aussi bien qu^eux Tusage des couronnes ouvertes, les empereurs fermèrent le» leurs' avec des demi«cercles ou arcs qui se croisaient, pour imiter le bonnet, et qui étaient surmontés dW ^kibe avec une petite croix , ce qui terminait; la counmM» impériale. On peut voir la preuve de tout cela dans leé médailles que M. Du Gange a mises dans son His-^ toiré byzantine.
Venons présentement à la seconde partie de mon Discours , qui regarde lés cour<mnes modernes. * ' '
Comme le même M. Du Cange , dans sa ^4* Dis^ sertation sur THistoire de saint Louis, a fait gnaver des modèles de toutes lés différentes couronnes qui ont été portées jusqu'à présent, cela me dispensera de m*étehdre beaucoup là-dessus. Je ferai seulement remarquer à mes lecteurs que nos rdis de la première' et de la seconde race portèrent des diadèmes, d^ couronnes radiées et à fleurons; que dans ceÀ'demiè^ res il n*y avait que quatre grands fleurons qui entouraient la couronne et garantissaient le dessus du cercle , comme on le voit dans cette belle couronne de Charlemagne (dite de), cpii est au trésor de Saint-Denis, etqu on porte à Reims pour le sacre des rois. Ces fleurons à trois pointes, qui n'étaient que des ornemens
agrëaUes que ]e hasard avait fait imaginer pour embellir les couronnes, pourraient bien avoir donne origine aux fleurs de lis qui font les armoiries de France. Les rois de la troisième race , qui firent de ces fleurons leurs alrmes, n'en mirent d*abord qu'une sur leurs écus, et ensu^ les mirent sans nombre j du temps des croisades.
Depub "^e Cbarlemagne eut transmis la dignité impériale dtos sa maison j les rois de cette race portèrent indiffëremment des couronnes fermées et ouvertes, comme empereurs des Romains et comme rois de France.
Nos fois de la troisième race reprirent les couronnes Ouvertes ; mais au lieu de quatre fleurons dont était composée l'ancienne couronne royale , ils y en mirent huit , pour la distinguer d'avec les couronnes des ducs et des comtes, qui commencèrent, environ ce temps-là, à usurper les ornemens et les prérogativeé de la royauté.
Les ducs et les comtes , sous les deux premières races de nos rois, n'étaient que des officiers amovibles et de simples gouverneurs des provinces et des villes, que les rois pouvaient destituer quand ils le voulaient ; mais au commencement du dixième siècle, ces gouverneurs, profitant de la faiblesse où était tombé l'Etat, par les longues guerres civiles et étrangères qu'il avait soutenues (i), s'approprièrent leurs
( I ) Les guerres civiles des enfEins de Louis - le - Débonnaire, et les courses des Normands.
gouvernemens h, titre d^hérëdité pour eux et pour leurs enfans. Les rois furent obliges par nécessité de dissimuler, et même de confirmer ces usurpations. Tout ce que ces princes purent faire, pour ne point perdre entièrement la souveraineté de leurs domaines dânembrés, fut d'obliger le% ducs et les comtes à leur en faire hommage, à se reconnaître toujours vassaux de la couronne, et à s'obliger de la défendre ; ce qui fit que la monarchie française devint un Etat semblable , à peu près , à celui où est Fempire d'Allemagne aujourd'hui. Ces grands vassaux, une fois bien affermis dans leurs usurpations, s'attribuèrent tous les droits régaliens sur leurs terres , dont la vaste étendue les rendait aussi puissans que le Roi , à qui ils ne devaient qu'un simple hommage.
Alors ces ducs et ces comtes, pour mieux faire paraître leur prétendue indépendance, prirent toutes les marques extérieures de la souveraineté, et portèrent des couronnes , des épées , des manteaux ; on les inaugurait cérémoniellement, en les revêtant de toutes ces pièces , le jour qu'ils prenaient possession de leurs Etats. Jean Besly, dans son Histoire des comtes de Poitou, pages 90 et 91 , décrit les cérémonies qui se pratiquaient à l'installation d'un duc ou d'un comte. L'histoire fait mention du couronnement de Boson, comte de Provence.
Il y avait de la différence dans la forme des couronnes. La royale était surmontée de fleurons tout autour ; on en mettait jusqu'à huit.
A la ducale, il n'y avait que deux ou quatre fleurons.
Celle du comte n^avait qu*un fil de grosses perles au lieu de fleurons.
Un procès-verbal du sacre de Charles VU I dit que, des six pairs séculiers qui assistèrent à cette cërëmonie, les trois ducs portaient des couronnes qui notaient qu^un cercle rehaussé de deux fleurons, un devant et Tautre derrière, et que la couronne des trois comtes était un cercle tout uni. On peut tirer de là la preuve que la couronne ducale avait moins de fleurons que la royale.
Nos rois continuèrent de porter la couronne ouverte jusqu^à Louis XII et François I*' (jusque vers iSso). On prétend que ces deux princes prirent la couronne fermée pour ne point paraître céder en prééminence aux empereurs d'Allemagne et aux rois d^Angleterre, qui en portaient de cette espèce. On pourrait même assurer (conjecturer) que les rois de France, depuis qu'ils eurent reconquis entièrement leur royaume sur les Anglais, prirent de ces couronnes fermées pour conserver l'usage qu*avaient introduit les rois d'Angleterre régnant en France, de mettre des couronnes fermées sur les armoiries de ce royaume, sur leurs sceaux et sur les monumens publics.
Si le^duc et le comte portaient des couronnes , tout le reste de la noblesse n'en avait pas. Je n'ai point de preuve que le baron en eût, malgré son rang immédiat après le comte. Ainsi , il faut tenir pour certain qu'à l'exception des ducs et des comtes, entre les autres gentilshommes, tant les petits vassaux relevant du Roi que les vassaux des grands vassaux , nul n'a- II. io« Liv. 19
vait droit de porter des couronnes. La noblesse se contentait de mettre sur Tëcu de ses armes , dans les sceaux, un simjde cascpie* On distinguait , par la manière dont ce casque éiak posé sur Técu, les difiërens rangs des n^ibles. Les chevaliers le mettaient de fînont et ouvert, c*est-à-dire la visière levée; le damoiseau qui n^avait pas encore reçu la chevalerie le melt|dt de front, mais la visière abaissée; les iécuyers le mettaôent de profil, de même que les anoblis, et ces derniers avaient la visière des leurs entiècement fermée et sans grille. (Règles modernes.)
Il n*jr a point d'exemple que la couronne fftt d'usj^e ppur le gentilhomme qui n'était point titré , de quelque qualité qu'il tàt; et si Ton voit des couronnes dam l^urs sceaux jusqu'au quimsième siècle, ce n'étaîl; qu'iixia marque de d^ndance, et pour montrer qu^on était vassal et sous la protection d'un duc ou d'iun comte, duqudi on mettait la couronne sur ses armoiries.
C'est pour la. même raison qu'on voit encore sur les Bçe^fxx. des gentilshommes, depuis le douzième jusqu'au quinzième siècle, leurs armoiries avec des éoartelures de France, d'Angleterre et de Navarre; ce qui a £ât croire à des modernes peu éclairés que ces maiisops liiobles avaient des alliances avec les maisons royale, pu. que c'étaient des concessions accordées ppur des services considérables rendus à l'Etat. Rien de tout cela. La noblesse mêlait dans ses armoiries celles d'un royaume sans permission ni concession, mais seulement en signe de protection , et pour faire
voir le parti qu'elle suivait. Dans les guerres des rois de France et des rois d'Angleterre, presque toutes les provinces du royaume étant partagées entre ces doux puissances y les gentilshommes qui tenaient le parti de France mettaient de» flews de lis dans leurs armoiries , et ceux attachéi aux Anglais y mettaient des léopards.
Cette coutume s'était établie dès le temps des croisades, parmi les nobles, de mêler dans leurs anncnries quelques pièces de celle du chef sous la bannik« duquel ils combattaient. J'ai donné beaucoup d'exemples de ces conformités d'armes dans mon Histoire dea jeux militaires. La noblesse n*a commencé à s^amrîbuw le droit de porter des couronnes, que depuis que nos rois ont &it revivre , en faveur de quelques gentilskom* mes qu'ils ont voulu distinguer, ces anciens titres de duc, de comte, et mâme de marquis, qui est im titre qui nous vient d'Allemagne et d'Italie , et qui n'est connu ( qui ne s'est répandu ) en France que depuis le quinzième siècle. La terre de Nesle en Picardie, et celle de Trans en Provence ^^ sont les premiera marquisats érigés en France pour des gentilshcmimes. Celui de Trans le fut en f5o6, par le roi Louis XII, en faveur de Louis de Villeneuve.
Les marquis ont pris des couronnes moitié fleurons et moitié perles , pour montrer qu'ils doivent avoir le rang entre lé duc et le comte, parce que les anciens marquis étaient les gouverneurs des provinces frontières d'un Etat dont la défense était confiée à leur valeur ; ^u lieu que les comtes ne gouvernaient
que les provinces du dedans , ce qui ne demandait pas un gouverneur si expërimenlé que ceux qui commandaient sur les marches ou frontières ; et c^est de là que vient la préëniinence du marquis sur le comte.
Les premiers comtés modernes érigés pour des gentilshommes sont risle*Jou]dain (sous Philippe de
de Valois), Harcourten i338, La val*Montfort en 1429*
Après Fextinction des anciens ducs et comtes , il n*y eut plus guère que les princes du sang qui portassent ces titres.
Anne 9 baron de Montmorency, connétable de France, a été le premier gentilhomme dont la terre ait été érigée en duché - pairie , vérifiée au Parlement en i55i , après plusieurs lettres de jussion envoyées aux cours, qui refusaient de reconnaître d'autres pairs que les princes du lignage royal.
Cette dignité de duc s*est depuis fort multipliée , et souvent on attache ce titre à des terres très-petites , quoique la volonté des rois soit qu'on ne puisse ériger une terre en duché-pairie qu'elle n'ait 1 2,000 liv. de rente au nioins. Le Roi, qui est entièrement le maître des honneurs dans son royaume , y multiplie les titres autant qu'il lui plaît, les attache à telle terre qu'il veut, sans avoir égard à son étendue ni à son revenu, et sans suivre la règle ancienne, qui limitait le nombre des fiefs que devait avoir une terre à proportion du titre qu'on voulait lui donner.
Pour revenir à mon sujet, à mesure qu'on a fait revivre les anciens titres en faveur des gentilshommes, ces nouveaux ducs, comtes et marquis, quoique
bien différens en aulorité et en puissance des ancien^, ont quitté le casqiie, qui était Tunique ornement de leurs armoiries , et ont pris des couronnes qui désignaient leurs nouvelles dignités.
Les barons, pour ne point paraître inférieut^ à ces nouveaux titrés , ont pris aussi la couronne : cette couronne ^e baron n^est qu'un cercle entortillé d'un double fil de petites perles.
Si la dignité ducale s'est bien muliipliée, comme je l'ai dit ci-dessus, celles de comte et de marquis le sont encore bien davantage. Au commencement, pour suivre l'ancien utsage , on joignait plusieurs fiefs ensemble pour en faire un comté ou un marquisat ; ensuite, on a donné ces titres à de simples fiefs; et aujourd'hui on a des lettres de comte et de marquis sans posséder aucune terre : ce sont des titres personnels qu'on peut transmettre à sa postérité.
Mais ce qui augmente encore à l'infini ces titres personnels, c'est la liberté que prennent plusieurs gentilshommes de se marquiser euK - mêmes sans let« très du Roi, outre l'usage ridicule qui commence à s'introduire de marquiser des noms de famille, qui ne sont souvent que des sobriquets risibles qui s'accordent très-mal avec le titre de comte et de marquis.
Il y a encore une nouvelle espèce de couronne qui paraît de nos jours, c'est la couronne à bonnet. Plusieurs maisons ducales (la Trémoille, Luxembourg- Montmorency, Cossé - Brissac) qui prétendent avoir quelques autres avantages sur les autres ducs par des prétentions de principauté étrangère ou représenta-
lions de maiscMis souveraines , mettent leurs couronnes sur un bonnet rouge , sommé d*une houpe de même ; ce qui £>rme une espèce de couronne fermée, approchant du bonnet électoral.
Outre les itois maisons ducales ci-dessus nommées, le marquis de BauSremont porte sa couronne sur un bonnet vairé d*or et de gueules, qui sont les pièces du blason de ses armes.