DAI9S LES ARMOIRIES
FAR DU eAUWE (t).
La coite d^irmes a été le vêtement le plus ordinaire âe9 anciens Gaulois : il était appelé par euK sagUnij d*bû nous avons emprunte le mot de sajre ou de sajrôn. Sa forme était comme celle des tuniques de nos diacres, et même qatlques-uns de nos auteurs lui en dbnnent le nom. Pbur Fordinaire , elle ne passait pas les genoux, ainsi que Martial a remarqué :
Dimidiasque notes GistlJSca palia tegii.
Ils 3'en servaient ea temps de guerre par-dc^^us Ifi^ cuirasse^ de même que les chevaliers françaia cklfM cotte d!annes^ qui a retenu cette appeUa,Monr, pax''C# qu'elle se mett^t pveilleiaeAt, dessus le» 9jcb^,, k Texemple des auiciens Grecs., qqi usiaient. d'iw s^m^' . blable yêtement par-djeasus 1^ cuirasse, appelé p^sw* €»> sujet lmQi4p<yx(}fov,,€^irc(»9ue^t^iA»dans Plutairque^ 4i|$^L nous^ apprenons qive. soa principal U3age «éts^t^. If^fifet de reqonnaîtice; \f^ çav^iers de^^ deiix. ps^rtâs. Il est &it mention de cq$ coues d'apnos dans que^^es. auieups
(i) Dissertation I de son édit. de Joinviile. {EdiL G. L.)
grecs du moyen temps, qui les appellent d*un terme grec barbare , tantôt circXupcxcov, tantôt ciravoxXeSavov, parce qu^on s^en revêtait, par-dessus la cairasse. Tzetzes les représente fendues , ainsi qu^ëtaient les cottes d^armcs.
Les Français se servaient dans les commencemens d'une sorte de vêtement ou de manteau qui leur était particulier, qui , étant mis sur les épaules, venait jusqu*en terre devant et derrière, et par les côtés à peine touchait aux genoux, qui est la forme du manteau royal de nos rois aux jours de leurs sacres ; mais depuis qu'ails passèrent dans les Gaules , ils quittèrent cette sorte d*habit , et prirent la cotte d'armes ou le sayon des Gaulois, à cause que leur usage leur sembla plus convenable à la profession qu'ils faisaient de la guerre, et moins embarrassant dans les combats : Quia belUcis rébus aptior videretur ille habitas; ce sont les termes du moine de Saint-Gall.
Toutefois, comme la nouveauté plaît, et que les Français sont natnreKement sujets au changement , illB portèrent quelquefois les cottes d'armes plus longues et jusqu'à mir jambes, et même jusqu'aux talons. G*est ainsi que Nicétas représente la cotte d'armes du prince d'Antiôche, seigneur français, au temps du tournoi qu'il fit à Antioche , à l'arrivée de l'empereur Manuel Comnène. Il était, dit-il, monté sur un beau cheval plus blanc que neige, revêtu d'ime cotte d'armes fendue des deux côtés, qui lui battait jusqu'aux
talons r dtpir«ff)(0|j«voç ^^erûva ^««ffjfcffrbv iro^vjvcx^. Et Froissart
nous dépeint JeanChandos, chevalier anglais, aorné d*un grand vestemcnt qui lui battoit jusqu'à terre j
armoie de son armoiries d'un blanc saint, à deux paux aiguisez de gueules j Vvn deuant, Vautre der-^ riere. La Chronique de Flandre, parlant de l'empereur Henri de Luxembourg : Et fut monté sur vn grand destrier j et auoit vestu vn tornicle d'or (tunica) à aigle noir, et deux manches liées, qui allaient fusques sur la main; et ce tornicle lui pendait jusqu'à mjr-jambe. Getle forme de cottes d'armes longues se remarque souvent dans les anciens sceaux. Saint Bernard a ainsi parlé de celles des chevaliers du Temple : Operitis equos sériels , et pendulas nescio quos panniculas loricis superinduitiSj depingiUs hastas, clypeos, et sellas, etc.
Mais parce que cette sorte de vêtement était presque le seul où les seigneurs, les barons et les chevaliers pussent faire éclater leur magnificence, à cause qu'il cachait le surplus des autres habits et les armes, ils les faisaient ordinairement de draps d'or et d*ar-gent, et dé riches pannes ou fourrures d'hermines i, de martes zibelines, de gris, de vair, et autres de cette nature. Et c'est des cottes d'armes qu'il faut entendre Albert, chanoine d'Aix-la-Chapelle , lorsqu'il décrit les accoûtremens de Godefroi de Bouillon et des autres barons français, quand ils vinrent se pré-^ senter devant l'empereur Alexis Comnène; écrivant qu'ils y parurent in splendare et omatu predosarum *vestium, tam ex ostro quàm aurifrigio, et in niveo opère harmellinOy et ex mardrino, grisiaque et varia, quitus gaUorum principes prœcipuè vtuntur. Et ailleurs, racontant une défaite des Français, il dit
que les infidèles y firent un grand butin, et emportèrent molles vestes^ pelliceos varias ^ grisios^ karmellinosj mardrinosj ostra irmumerabïUaaurotexta nUri decorisj operis, et coloris.
L'abus qui se glissa, avec le temps , dans le port de ces dr^ d'or et d'argent et de ces riches fourrures, vint à un tel excès, particulièrement dans^ \m occasions de la guerre et aux voyages d'outre «-omt, qu'on en interdit l'usage, comme étant une dépe»M^ superflue et de nul firuii. Ea celui que te roi Ph^ lippe - Auguste et Richard, roi d'Angleterre, emvf^* prirent l'an 1 1 90 , entre . les ordonnances qui furent dressées pour établir l'ordre dans la milice, il fii& résolu que l'on s'abstiendrait à l'avenir du port de Técarlate, des peaux de vair, d'hermine et de gris , dont la dépense était immense, et plus vaine que nécessaire : StaUUum est etiam — guàd nulhis vatio vel ff*isà)j vel sabelUnis^ vel escarletis vtaiur. II semble que cet ordre fiit encore observé sous le règne de saint Louis, qui, en ses voyages d'outre-mçr, s'abstint de porter l'écarlate , le vair et l'hermine : Ab Uh enim tempore nunquam indutus est squarletOj, vel parmo viridij seu bruneto, nec peïUhus varUs^. sed veste tiiffi coloris j vel camelinij seu perséi. L^ sire de Joinville rend le même tépioignage ,, écrivant qu'onques puis en ses habits ne voulnt parler ne menu vair, ne gris, ne escarlat^j ne estriefs et espemns dorez^ Et ailleurs il assure que , tant qu'il fut outre-mer avec ce saint roi, il n'y vit pas une seule coite brodée > Connue cet abus continuait, et qu'il
ny ^vait personne qui ne sHncommodât pour se couvrir de ces pannes exquises, on fut obligé en Angleterre, «ux deux parlemens qui furent tenus à Londres Tan i334 et Tan i363, de faire défense à toutes perscmnes qui ne pourraient dépenser cent livi:iss par an , d'oser de fourrures. C'est ce qui a donné sujet à deux auteurs allemands de se plaindre de cette manie qui avait cours de leur temps : jàd marturinam vestem anhelamus quasi ad summam beatitudinem. C'était particulièrement dans les occasions de la guerre, oà les grands seigneurs faisaient paraître leur magpificence dans la richesse des kabits et des cottes d'arnnes. Guillaume de Guigneville, moine deChallis:
Où sont bannières de^loiées. Où soDt hyaames et bachinets, Tymbres et vestus velues, A or batu et à argent, Et à autre conuitoiement.
Ce n'est pas pourtant que j'efitime que Ton ait seulement commencé à j^rter ces riches fourru^ res di^puis les gpierres saintes , étant trop constant que les Français en ont usé dès le commencement de la monarchie. E^hard écrit que Charlemagne était <H*dînairement vêtu à la française : Vesfitu patrhj hoc estfnmcicoj (otebatur; et que, durant rhiver, ex pelUbus luirinis thomce confecto humeros ac pecÊus tegebat. D'où nom apprenons que les anciens Français se fiervaieot de fourrures dans leurs vétemens , ccxnme les autres peuples septentrionaux.
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Rutilius Numatianusy Claudian et Sidonius nous représenient les Goths et leurs rois tout fourres, y ëtakit appelés pelliti reges. Le même Sidonius témoigne la même chose des Bourguignons. Odon de Cluny dit que Geraud , comte d*Aurillac , vestimeniis pelUceis supervestibusDtebaturj quiagenus istud indumenti soient clerici vicissim et laici in vsum habere. A quoi se rapporte ce passage d'Yves, évêque deChar^ ireS) écrivant qu'Etienne, qui se voulait conserver en l'évéché de Beauvais, avait attiré la plupart des chanoines à son parti , par le présent qu'il fit à chacun d'eux de ces riches fourrures : Quos sibi peUicuUs peregrinorum murium, atque aliis hujusmodi "vanitatum aucupiis inescaverat. Roger de Houeden dit que l'évéque de Lincoln était obligé de présenter au roi d'Angleterre, par forme de reconnaissance, un manteau de martes zibelines.
Quelques savans se sont persuadés, avec beaucoup de fondement, que les hérauts ont emprunté de ces cottes d'armes les métaux , les couleurs et les pannes qui entrent en la composition des armoiries. Le savant Marc Yelser est un des premiers qui a avancé cette opinion en ces termes : Atque ego compertum habeo pleraque insignia, quorum meri colores ^ ex mi- Uiari primo habitu manasse ; seu (jquod hacteniis eodem recidit) in miUtum saga migrasse ex clipeis. Henri Spelman, auteur anglais, l'a aussi touchée en son Aspilogie, lorsqu'il écrit que ces riches peaux ont donné lieu aux gentilshommes d'en emprunter les couleurs pour les mettre dans leurs écus et dans
leurs armoiries : Sœpenumerb pelles quœdam, qui* bus allas ad honorem et insigrUa induebanUir pro^ ceresj cotorem cljrpèis subminisUant armellinorum et zebeUinorum* Et après ces grands hommes, un de nos auteuris français (Segoing) Ta encore avancé sans la prouver, non plus que les autres , écrivant que c'est par les vestemens qu^on a introduit Vvsage du blazon, c^est-^'dire la pratique des métaux j couleurs et four-ruresj et les termes et les règles j particulièrement pour le comportement des armoiries obseruées par les herauz jusques en ce temps. Cette opinion est tellement plausible que je ne fais pas même difficulté d^avancer que c'est effectivement de ces cottes d'armes quHl faut tirer la source et Torigine des métaux, des pannes et des couleurs qui composent aujourd'hui les armoiries ; mais comme^ elle pourrait surprendre d'abord, si elle n'était accompagnée de preuves authentiques, je me propose de continuer cette Dissertation, et de prouver que ce que nous appelons vulgairement couleurs j en termes de blason, n'est pas une simple couleur comme on a cru jusqu'à présent, mais une panne ou fourrure ni plus ni moins que l'hermine et le vair, que l'on baptise de ce nom ; car, quant aux deux métaux qui entrent dans les armoiries , il n'est pas bien difficile de concevoir qu'ils n'ont été tirés que des cottes d'armes faites de draps d'or et d'argent.
Entre les peaux et les riches fourrures dont les auteurs du moyen temps ont fait mention, sont celles de vair, d'hermines, de gris, de martres ou martes,
ces animaux se tiennent caches tout le temps de Thiver dans leurs tanières, et quMls ont le goût excelr lent, ^lian dit qu^ils ont une connaissance de rave-, nir, et que , lorsquHls prévoient quelque ruine de bâtiment, ils s^en retirent. Il ajoute ailleurs que dans une île du Pont-Euxin, nommée Héraclée^ parce qu^elle était dédiée à Hercule , il y avait un grand nombre de ces rats, qui avaient du respect pour cette divinité, ne touchant à aucune chose de ce qui lui était consacré.
Un héraut d^armes qui vivait sous l'empereur Frédéric d'Autriche et Henri, roi d'Angleterre, en un Traité qu'il a fait du devoir des hérauts^ remarque une autre propriété de cet animal, qui est qu'il apaise les autres bétes qui sont en dissentions les unes avec les autres, et que, lorsqu'il ne peut les accorder, il se conserve dans la neutralité. Saint Jé-r r6me parle en quelque endroit de l'odeur agréable des peaux de ces rats : Odoris nutem siiffituSj et diversa thymiamata^ amomuniy cyphi^ œnanthe; muscuSj et peregrini mûris pellicula. Sigismond d'Herberstein, en sa Description de la Moscovie, nous apprend qu'il y a des saisons de l'année où les hermines ne sont pas si blanches; et comuie on les débite ordinairement renversées, il y a des marques à la tête et à la queue qui font juger aux marchands si elles ont été prises en bonne saison.
La peau des hermines a été employée de tout temps à usage de IbuiTure, et a été en grande estime parmi tous les peuples pour son extrême blancheur. Les rois
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el les princes eh ont usé comme de l'une des plus exquises, et s'en sont revêtus dans les grandes cérémonies; et les grands seigneurs en ont fait des cottes d'armes, qu'ils ont portées dans les armées. D'abord on se contentait de joindre toutes ces petites peaux et de les coudre ensemble , en laissant pendre les queues, dont les extrémités, qui sont noires, formaient cette diversité de couleurs qui se rencontre en la panne d'hermine. Ces peaux ainsi ajustées sont appelées par Ammian, dans le passage que je rapporterai incontinent, pelles sylvesirium murium consarcinatœ; ce qui a donné sujet aux hérauts de blasonner l'hermine d'un seul nom, sans exprimer le blanc et le noir, la nature de cet animal étant telle que sa peau est naturellement diversifiée de ces deux couleurs. Mais depuis, pour rendre ces fourrures plus unies, on a retranché les queues, et on a moucheté celte grande blancheur de petits morceaux de peaux d'agneaux de Lombardie, qui sont fort noirs, avec une observation des distances ; en sorte qne ce noir ainsi entremêlé servait à rehausser la blancheur naturelle de la peau de cet aniihal.
Entre les peuples qui ont le plus usé de ces peaux , ont été ceux d'Arménie, lesquels, suivant l'autorité de Julius PoUux, avaient un vêtement tout particulier, appelé par les Grecs /xufii)Tl)ç, parce qu'il était fait de peaux de rats qui naissent en ce pays-là : Apjuttvcov
Sï h fAUWToç, ^ ex fiuuv TÛv irop ai»TO?ç 9wufa9^voç. Alcuin
semble avoir exprimé la force de ce mot au poème
qu'il a fait de Charlemagne, où, parlant de Berthe IL io« LIV, 20
sa fille, il dit qu^elle avait à Tentôur du cou une peau qu'il appelle murina, c'esl-à-dire une peau d'hermines ou de rats de Pont :
. Lactea qidffpe ferunt preHosam colla murinam.
C'est de rArménie que ces petits animaux ont emprunté le nom qu'ils ont aujourd'hui ; car comme ils ont ëtë appelés premièrement rats de Pont, mures PonUci^ non que ce fût un rat de mer, ainsi que la Colombière a mis en avant en sa Science héroïque, mais parce que les peaux étaient apportées en Europe, ou de cette île dont ^lian parle aux lieux que j*ai cités , et qu'ailleiurs il semble placer près de Tembouchure du Danube ; ou plutôt , ce qui est plus probable , de la province du Pont en Asie. Ainsi , dans les derniers siècles, on les a nommes rats d'Arménie, ou du moins qn a joint cet adjectif à leurs peaux , parce que le débit s'en faisait en cette province - là , et à cause que ces *animaux y prennent naissance : d'où vient qu'on appelait ces peaux vulgairement peaux d'Arménie, ou, comme l'on parlait anciennement en France , peaux des Hermins onâi HerminSj c'est-à-dire des Arméniens, parce que ces peuples avaient coutume de s'en revêtir, suivant l'autorité de PoUux ; car en vieux finançais on disait Hermenie au lieu d'Arménie , et Hermins au lieu d* Arméniens.ViUe-Hardouin , parlant de Léon P% roi d'Arménie ou de la Cilicie, le qualifie sire des Hermines^ ou lui-même, en quelques épitres qui se voient parmi celles du pape Innocent III , se dit do~
mùius omnium Ârmeniorum. Tudebode se sert toujours du mot iVHermenii au lieu de celui à'jirmenii. L'auteur de la vie de Louis-le-Gros : Venerunt in auxilium soldani Iconiensis Turci duarum Hermeniarum. Froissart se sert souvent aussi du mot A^Hermenie au lieu d'Arménie, comme encore rameur du roman de Garin de Loherans :
Ge te donrai moD peliçon hermin, Et de raon col le mantel febclin.
Et ailleurs :
Sire, assis l'ont Sarazin et Perseut,
Et Box et Hongre, et Hennin et Tirant.
Quelques écrivains latins, qui ont parlé des peaux d'hermines, les nomment hermelline^ comme Pierre Damian, Albert d'Aix, et entre les récens Paul Jove et Alexandre Gaguin en- leurs Descriptions de la Moscovie, d'un terme usité par les Italiens pour signifier quelque chose venant d'Arménie, dont ils se servent encore pour exprimer l'abricotier, appelé par les Latins malus Armerdaca^ lui donnant le nom àLjirmelUno. Les Espagnols nomment les her mines ^rminosjdixxn terme plus approchant du laxin A rmenia.
Or, il n'est pas sans exemple que les riches fourrures, qui ont été en usage parmi les grands, aient été reconnues du seul nom adjectif des provinces où elles se débitaient et d'où elles s'apportaient , sans spécifier ni le nom ni l'espèce de l'animal : c'est ce que je vais faire voir incontinent, lorsque je parlerai des
maries zibelines ; ce qui n'a pas été en usage seulement dans les derniers siècles, mais encore a eu lieu dans ranliquiléy car je remarque que ces mêmes peaux d'hermines ont étë autrefois appelées peaux de Babylone, parce qu'elles se débitaient en cette capitale de l'Asisyrie, qui est voisine de l'Arménie. Le jurisconsulte Martian en fait mention y comme aussi saint Jérôme en l'une de ses épîtres. Le Glossaire grec-latin dii que Bene^entanum était une espèce de peau de Babylone, BoPuXoivtxou ^ep/juxToç cTloç. L'histoire MS. de Bertrand du Guesclin parle de drap de Bénévent :
Et gelta-on sur lui vn drap de bonniuent.
Un auteur grec , qui a fait un Abrégé de la Description du monde, dit que le trafic des peaux deBabylone se faisait en la Cappadoce : 'ÉfmopiaG èï rouraç
xae Ba^uXovcxov iréXXcov ; et jËliau, en SCS livres de la Nature des animaux, fait assez voir que ces peaux étaient les mêmes que celles d'Arménie, écrivant que les peaux de Babylone étaient peaux de rats, et qu'elles se débitaient chez les Perses, qui les prisaient beaucoup et en faisaient des robes ou des couvertures, qu'ils appelaient xovvaxoç, dont Pollux et Ammian fout aussi mention. Les Grecs récens appellent encore à présent les hermines IIovtcxcv, sans ajouter l'espèce de l'animal , et non seulement les hermines, mais encore toutes sortes de rats indiflFéremment. Les hermines ne naissent pas seulement dans l'A-
sie et autres provinces de POrient , maïs encore dans les pays septentrionaux. Justin, au livre 2 de son Histoire, dit que les Scythes, qui habitaient les terres occupées aujourd'hui par les Tartares et les Moscovites, se servaient de peaux de rats poui' vêtemens, ignorant Fusage de la laine : Lanœ iis usus ac vestium ignotus ; et quamquam frigoribus continuis "vranturj pelUbus tamen ferinisj aiit murinis vestiuntur; ne faisant aucun doute qu'il n'ait entendu parler des peaux d'hermine, vu qu'il est constant que la Moscovie et autres provinces voisines abondent en ces animaux ; et ceci est encore confirmé par Anmiian Marcellin, lorsqu'il parle des Huns, que quelques auteurs qualifient du nom de Scythes : Indumentis operiuntur linteisj vel ex pellihus sihestrium murium consarcinatis. Martin Cromer dit que les marchands polonais en font grand trafic. Paul Jove et Alexandre Gaguin assurent le même des Lappons et autres peuples tributaires du grand-duc de Moscovie. Le Juif Benjamin dans son Itinéraire, et Jean d'Orronville en la Vie de Louis III, duc de Bourbon, remarquent aussi qu'il s'en trouve grand nombre dans les forêts de la Prusse. Alderisius, airteur dé la Géographie arabe , témoigne qu'il y en a dans quelques forêts de l'Afrique ; et enfin la Chronique MS. de Bertrand du Giiesclin parlé en quelques endroits des peaux d^hermines qui s'apportaient des pays appartenant aux Sarrasins :
Vestus moult noblement de sendaure et d'orfrois, Et de beaus dras ouuers d'hermins sarazinois.
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Je ne veux point m'arrêter à ce qui regarde le blason de rhermine , parce qu^outre que cela est hors de mon sujet, cette matière d'ailleurs a été traitée amplement par tous ceux qui ont écrit des blasons. Je remarque seulement que Thermine étant Tarmoirie des ducs de Bretagne, en était aussi la devise. Bretagne, roi d'armes, décrivant l'enterrement du cœur d'Anne, duchesse de Bretagne et reine de France, dit qu'à l'entrée de l'église des carmes , où il fut déposé, il y avait un grand écu parti des armes de France et de Bretagne, couronné de deux couronnes, et enrichi d'une cordelière d'or. «Au-dessous « dttdit escu y auoit vne ermine faite prés du vif, (( ayant vn fanon d'ermines au col, passante estoit sur (cvne mote de verdure (que la Colombière a mal (( prise pour de l'e^u ) ; et disoit celle dite ermine : « A ma viCj qui est l'antique mot du noble pays et <i duché de Bretagne. » Ce mot n'est autre, si je ne me trompe, que le cri de guerre des ducs de Bretagne, n'ayant rien de commun avec l'hermine, quoique je n'ignore pas qu'ils ont encore crié Saint Yve$! ou Saint Malo! se pouvant faire qu'un comte ou duc de Bretagne, s'étant vu en péril dans le combat, avait imploré l'assistance des siens, en criant que l'on en voulait à sa vie j mais cela n'est qu'une pure conjecture. Chifflet remarque encore que Frédéric d'Arragon, roi de Naples, institua l'ordre de l'Hermine en i497j fl^^ pendait à un collier d'or. Voilà ce que j'ai remarqué de l'hermine : maintenant il faut dire quelque chose du vair, avant que de parler des
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couleurs qui entrent en la composition des armoiries.
Tous les auteurs conviennent que le vair a été Vnne des plus riches pannes ou fourrures dont les princes se soient revêtus. Nos hérauts , qui le reconnaissent et l'admettent dans les armoiries avec Fhermlne, le reprësentent comme parsemé de cloches, les unes en leur forme naturelle, les autres renversées, jointes ensemble. César Yecellio, auteur italien, décrivant les habits et la robe d'Ordelafo Faliero , qui était doge de Venise en Tan io85, dont la figure se voit sur la porte du trésor de Téglisé de Saint - Marc de la même ville, dit que la robe de ce duc est fourrée de peaux de vair, qu'il représente comme le papelormé. Voici les termes de cet auteur, pour faire voir Teslime que Ton faisait de ces peaux anciennement : H II manio dunque era di seta , firigiato d' oro , a et foderato di varie pelli che in quei tempi erano di «grandissima stima; et di qui nasce che Farmi et ((Tinsegne di moite famiglie nobili fanno oltre le u altre cose queste pelli, che chiamano "varij et perce ci6 si vede che Fantichi pitt(»ri, qualunque volta voie levano ritrar qualche gran personnagio di autorità, u lo depingevano ordinariamente con vn manlo foce derato di queste pelli. »
La plupart des auteurs écrivent que le vair n'est autre chose qu'une fournie composée de petits morcegiux de peaux d'hermines, et de celle d'une bétellettc nommée griSj lesquels, étant découpés et taillés artistement eh triangles, représentent la figure de diverses cloches renversées les unes contre les autres,
les droites ëtant de gris , les renversées d^hermines , au moyen de ce que le poil venant à s*ëlai*gir au bas du triangle, et à se mêler Tun parmi Tautre, il prend la figure de la cloche ou d^un verre; d'où quelquesuns ont pensé que cette pelleterie avait pris son nom. de là on infère qu'au blason du vair aussi bien qu'en celui de rhermine , il n'y a point de fond , c'est-à-dire qu'il n'y a aucune pièce chargeante ni semée : l'argent qui est employé pour marquer la blancheur de l'hermine et l'azur qui représente le gris , auquel cette couleur tire plus que pas une antre , étant vair ; bien qu'improprement on prenne aujourd'hui l'azur pour le vair, comme l'on fait les mouchetures noires pour les hermines. . Ces mêmes écrivains ajoutent que c'est pour cela que le nom de vair a été donné à cette pelleterie , à cause de sa variété, étant diversifiée de peaux de différentes couleurs, de même que parmi les latins, vestis varia: dicehaiur^ quœ erat discolory diversisque coloribus consuta; car, suivant le dire de Cicéron, varietas verbum latinum estj idque propriè quidem in disparibus coloribus dicitur. Ceux de Babylone semblent avoir été les premiers qui ont inventé ces sortes de fourrures marquetées et diversifiées. 2^nàre raconte que Sapor, roi de Perse, qui vivait du temps du grand Constantin , ayant fait voir à son fils Adanarses, alors jeune enfant, une superbe tente qui lui avait été envoyée de Babylone, faite de peaux d'apimaux qui naissent en ce pays là, artistement diversifiées et marquetées, il lui demanda ce qu'il lui semblait de ce riche présent; à quoi Adanarses fit ré-
ponse que, lorsqu'il serait roi, il ferait faire un pavillon sans comparaison plus exquis, et qu'il le ferait faire de peaux d'hommes. Ce que cet auteur rapporte de ce jeune prince pour \xn présage de sa cruauté,, qui. lui fit perdre le royaume dans la suite du temps, et faisant voir d'ailleurs en cet endroit que ces peaux de Babylone étaient de diverses couleurs et comme
marquetées r cx-^vri irori t« iraTpj ^(Cxo/xtaOv] ex Boe^uXwvoç. ^cpfAaercv iyp^cdpéocç 'TrocxcXcmpov èipyafffirvif}. Saint Jérôme, SI
nous croyons quelques-uns, écrivant à Laeta, a parlé de ces peaux marquetées de Babylone : Pro gemmis et serico dwinos codices amet^ in quitus non aurlet pellis Babjrlonicœ "vetmiculata pictura, sed ad Jidem placeat emendata et erudita distinctio. Mais je ne doute pas que ce passage ne doive être entendu du parchemin ou du vélin de ces livres que Ton. ornait de figures, de peintures et de miniatures; car, suivant l'autorité de Pline, colores diverses picturœ iniexere Babylon maxime celebravitj etnomen imposuit. Quoi qu'il en soit, ayant justifié ci -devant que les peaux dont ceux de Babylone fai'saient des robes et des couvertures étaient de rats, et Zonare écrivant que la tente de Sapor était composée et marquetée de peaux du pays, il est aisé de se persuader, qu'ils ont été les inventeurs du vair, qu'ils composèrent de peaux d'hermines et de gris, qui sont des animaux qui naissent ordinairement sous les mêmes climats. Quelques savans rapportent à ce sujet un passage de Calixène dans Athénée ; mais , selon moa sentiment, cet auteur semble parler des tapis de
Perse, diversifies de couleurs et de figures d^animaux, appelés par Plutarque ^atri^cç.
Monet, en son Inventaire des deux langues, écrit que le (c vair est une espèce d^écurieu de poil tirant u sur le colombin par le haut du corps, et blauc sçim u le ventre, dont la peau, ce dit -il, sert de fourruie «aux manteaux des rois; laquelle on diversifie en (r quarreaux et tavelures de colombin et de blanc , (( ores de plus grand , ores de moindre volume , qu^on (c appelle grand vair ou petit vair. » Un auteur de ce temps , parlant des MoscQvites, dit quUls sont pour la plupart marchands, et font trafic de peaux de martes a^bellines et de rats musqués, qui est, ce dit-il, notre ancien menu vair, dont les rois et les grands portaient autrefois des fourrures. Aux comptes d^Estienne de la Fontaine, argentier du Roi, des années i3499 i35o et i35i , au chapitre des pannes, il est souvent parié de ventres de menu vair. Du Pinet, en sa Traduc* tion de Pline , semble donner le nom de rosereaux aux menus vairs ; mais quant à moi j'estime que ces animaux dont tous^ ces auteurs parlent ne sont autres que les gris que le Juif Benjamin, suivant la traduction d'Arias Montanus , appelle d*un seul mot veergares ou vairs- gris j écrivant qu'il s'en trouve un grand nombre dans les forêts de Bohême : Beffo omnis montosa est, sjrlmque frequentissima^ m quibus arUmalia illa ifweniuntur quœ Veergares din cunturj eœdemque zibellinœ dictœ. La Traduction de Constantin TEmpereur porte Feergaresj aliàs martes Scythicœ, où toutefois ces derniers mots semblent
être des traducteurs ; car les zibellines ou les martes sont différentes des gris. Rolandin , en sa Chronique dePadoue, fait ëtat des yairs deSclavonie; néanmoins les peaux de gris n^ont pas été estimées si riches que celles de vair. Le Cérémonial romain, parlant des chappes de cardinaux , dit que à quartd fend majoris hebdomadœ usque ad sabbatum sanctunij ^oletant uti cappis suis obsciiris cum pelUbus de griseiSj et non de variisj etc.
Nos derniers hérauts (c'est ainsi que je nomme ]es auteurs de notre temps qui ont traité des armoiries) , écrivant au sujet du vair, disent qu^il y a une soi te de vair dans les blasons qu'on nomme beffroy de "vair; ce qui est lorsque le vair est représenté en figures plus grandes, et qu'il y a moins de traits. Je voudrais qu'ib m'eussent cité quelque auteur de considératkm pour leur garant, car, trouvant cette expression impropre, j'aurais peine à la recevoir. Je sais hien que Claude de Saint- Julien, en ses Mélanges historiques, parlant de la maison de Beauffremont, dit qu'elle porte des armes parlantes, savoir des beffroys-mout, c'est-à-dire beaucoup de beffrois. « Sur (cquoy il faut noter, dit cet écrivain, que ceux se (( trompent qui hlazonnent les armoiries de Beauffre- (( mont vairées d'or et de gueules ; car le vray blazon a est semé de beffroys ou bauffrois sans nomhre ; » termes qui font assez voir que les beffrois sont différens du vair, qui est une panne où l'autre est une cloche: car, ainsi qu'il dit au même endroit, (de r( mot de beffroy signifioit anciennemenl vue grosse
(( cloche, qui picquée donnoitbel effroy, c'est-à-dire <( grande frayeur. » Ce n'est pas pourtant que je vou- ' lusse admettre cette définition du beSroy, ne me souvenant point avoir lu ailleurs que la cloche du beffroy ait été nommée heffroy^ qui était un nom donné ordinairement aux tours de bois dont on se servait anciennement pour faire les approches, lorsqu^on assiégeait une pi ace 9 ainsi que j'ai amplement justifié en mes Observations. Il est vrai néanmoins que Dominicy a traité de celte façon de parler battre le bef- JrojTj c'est-à-dire sonner la cloche de beffroyj et Esiienne Pasquier dit que le mot de beflFroy est corrompu au lieu d'effroi^ et que sonner le befiroy en une ville n'est autre chose que sonner l'effroy.
Quoi qu'il en soit, il est fort probable que le vair a été distingué du gris, en ce que le vair était de peaux entières de gris, qui sont diversifiées naturellement de blanc et de gris, ces petits animaux ayant le dessous du ventre blanc et le dos gris ; de sorte qu'étant cousues ensemble sans art, elles formaient une variété de deux couleurs. Mais depuis on en a usé comme aux hermines, qu'on a tavellées de petits morceaux de peaux noires au lieu des queues , qui faisaient le même effet; car on a composé le vair des dos de gris et des peaux des hermines, qu'on a ajustées en triangle en égale distance, ainsi que j'ai remarqué : et comme pour exprimer le vair dans les armoiries, on s'est servi de deux couleurs, savoir, de l'azur pour dénoter le gris , et de l'argent pour marquer l'hermine j ainsi pour figurer le gris dont on se
servait dans les coites d^armes, on a employé Tazur dans les écns et les boucliers, la couleur grise, qui a emprunté son nom de celle du dos de cet animal, étant une couleur qui lient également du noir et du blanc, appelée par les Grecs ffonoq, qu^un grammairien grec définit ainsi : ^aïoç, h ydctov Xevxov xai lukwov; d'où on a formé ensuite le mot de Xeuxo^atoç, qui est une couleur entre le blanc et le brim, qui n'est autre que la grise. Pline et Martial se sont servis de ce terme, qu'ils ont latinisé. Il y en a même qui estiment, avec beaucoup de fondement, que la couleur appelée pseudo -sacti" nus (sic), en la Vie de saint Grégoire-le-Grand, pape, n'est autre chose que le gris, n'étant pas tout à fait blanche et tenant du brun ; de même que dans Marcellus Empirions, la couleur du poil de lion est appelée pseudo'flavus j parce qu'elle n'est pas absolument jaune : Colore pseudo-Jlavo^ quasi leonino. Cet auteur se plaît à cette manière d'expression, dans lequel pseudo^calidus et pseudo-liquiduSj c'est ce qui n'est qu'à demi-chaud et à demi-liquide.
La seconde couleur qui entre dans la composition des armoiries est le gueules, Cenxcpx n'ont pas pénétré dans la véritable signification de ce mot se sont persuadés qu'il venait de gula ou de la gueule des animaux, qui d'ordinaire, paraissant sanglante, exprimait naturellement le rouge ; mais soit que cette pensée ait quelque probabilité, il est constant que le gueules était une espèce de peau teinte eu rouge. Saint Bernard nous l'apprend formellement en l'épître qu'il écrit h l'archevêque de Sens en ces termes : Horreant
et muriiim mhricaias pelliculas^ quas Gulas vocant, manibus circumdare sacratiSj donnant à connattre, par cette manière de parler, que ces peaux étaient de rats, c^est-à-dire de rats de Pont ou d^hermines, teintes avec artifice. Brunon, qui vivait quelque temps avant saint Bernard , a ainsi parlé de cette espèce de pelleterie en son Histoire de la guerre de Saxe : Unus ex ïlUs cufusdam nobilis ex curiâ crusinam guUs ornatam, quasi furtim prœcidit. Le mot de crusînaj dont Ditmar se sert encore au liv. 5 de son Histoire, signifie une espèce d^habit fait de pçaux, et est un terme des anciens Saxons. Le Glossaire d^JEMni^ mastrucaj vel mastruga^ crusne ; et celui de Somner, crusene^ tunica exferinis pellibuSj mastruca. Anastase, bibliothécaire, en son Histoire ecclésiastique, après Théophanes, semble faire mention de ces peaux rougies xoxxn/a èepiukrioL^ pelles coccinecBj qui sont pçut-être celles que l'empereur Constantin Porphyrogenète appelle itpftart» ôXiîQtva, n'est que ces peaux ne soient peaux corroyées et teintes en écarlate, que Roger de Houeden appelle cordoiian vermeil j et dont parle Corippus, lorsqu'il décrit la chaussure des empereurs de Constantinople :
Cruraque puniceis induxit regia çincUs, Parthica campano dederant quœ tergorajuco.
Guillaume de la Pouiile, parlant de ces bottines impériales :
Asswnitur imperiaUs Purpiura, pes dexter decoratur pelle rubentiy Quâ solet imperii qui curam suscepit ult\
Tant il y a que le Reclus dç Moliens, en sa palenôtre MS., semble dire que Ton se servait des peaux de martes pour les teindre en rouge , les appelant sobelines engoulées en ces vers :
En tels euvres régnent déables, Âa régne nostre Créateur, Ne gardent mie chu Seigneur Qui tant ont dras outre raison , Cote, surcot, blanchet, plichon, Houches, mantausv 9PBpe$ fourrées De Sobelines engoulées.
Ce qui se pourrait encore entendre des martes blanches, dont Adam de Brème parle eh quelque endroit de son Histoire, qui naissent dans la Norwëge. Le Roman de Garin donne la même épilhète aux hermines; ce qui justifie qu^on se servait aussi des hermines pour les teindre en rouge :
Si ot vestu un Hermin engolé.
Ailleurs :
Et pardessus un Hermin engolé.
Il est parlé dans la Vie de saint Wolphelme , abbé , des peaux de béliers rougies, pelles rubricatœ arietum. Depuis, pour exprimer cette espèce de pelleterie dans les écus et les boucliers, on s'est servi du vermillon. Jean de Sarisbery : Si aiitem minium , coloive alius quocumque ictUj casuve à clypeo ex-
ciditj, hoc garrula linguaj si licueritj memorlalefaciet in sœculum sœculL
La troisième couleur dont on se sert dans les blasons est le sable. Guillaume Guiart, en Fan i5b4:
Es pennonciaus et es bannières, Dont H vent tient maintes enverses, Reluisent les couleurs diverses.
Gomme or, azur, argent et sable.
Ceux qui ont éié puiser l'origine de ce mot dans le sable noir, dont Vitruve, Palladlûs et Thwroçz, en son Histoire de Hongrie, ont parlé, se sont notoirement mëpris ,' car on doit tenir pour constant que le sable est une espèce de pelleterie. Philippe Mouskes, en la Vie de Louis VIII , autorise assez cette pensée par ces vers :
S'il y avoit assés encor
De rices dras battus à or,
De dras tains et d'escarlate, '
Detranciés à grans barates,
Sables, Ermins, et Vairs et Gris,
As jouvenciaus, et as vious gris.
Un judicieux auteur de ce temps a avancé , avec beaucoup de fondement, que le mot de sable a été formé des martes zibelines , qui de leur nature sont noires : Sabulum vero quod est nigrum^ non à sabulo deflexurrij sed à murîbus Pohticis nigri colo risj quod vocant marlres sabelinasj vel sabulinas. Quoique cet auteur n'ait avancé cette opinion que par simple conjecture, sans Tavoir autorisée d*aucun passage, et qu'il se méprenne en confondant lès rats
de Pont avec les martes, si est-ce qu'il n'y a pas lieu de la révoquer en doute, après ceux que je viens de coter. El quant à Torigine de ce mot , j'estime que les martes furent surnommées zebelines ou sabelines à cause de Zibel ou Zibelet, ville maritime de la Terre- Sainte 9 appelée par les anciens BibUnnij et située enU'e la ville d'Antioche et le châteèa:4'Archas, où elles se débitaient, et d'où elles étaient apportées en Europe. Et comme les rats de Pont forent Amplement nommés hermines , parce que les peaux de ces animaux 8è débitaient en Arménie, il en est arrivé de même des maries , dont les peaux ont été nommées zebellines, de la ville de Zibel, et, en terme plus court, Zeble ou Sable. Guillamne de Neuf bourg les appelle sabeUinœ simplement, comme encore Arnoul de Lubeck en ce passage : Reffna cuUihét militi addidit pelles varias, et pelliculam ZobelUnam. Le Roman de Garin :
Ortedonrai mon pelîçon Hermin, Et de mon col le mante! Sabclin.
Jacques Millet eu la Destruction de Troie :
Si est le ebamp fait de broudure De fine marte Sabeline.
Cette peau est nommée par Pierre Damian pellis GibeUmicaj à l'eiidroit oji il parle d'un ecclésiastique mignon : Hic iiaque niiiduUis et semper omatus incèdebatj ita i)t caput ejus nunquam nisi GibelU"