‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliers (volume 2)Chapitre 26 sur 35 · PAR L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PAR L'ÉDITEUR

Sans combattre directement le sentiment de Du Cange sur les couleurs héraldiques, le P. Menestrier s*en ëcarte quelquefois dans son Traite de Y Origine des armoiries j qui ne parut que onze ans après la publication du Joinville avec des dissertations (i). Ce traite, comme presque tous les ouvrages de Fauteur, contient une foule de particularitës curieuses qu'on ne trouve que là ou dans les textes originaux. C'est à cette source que nous avons puise les observations suivantes. On croira sans peine que deux hommes tels que Du Cange et Menestrier, complètes Tun par l'autre, doivent offrir, à peu près, tout ce qu'à leur ëpoque on a pu écrire de plus intéressant et de plus utile sur l'objet commun de leurs recherches. {^Edit. C. L.)

Du tiéoù blason.

C'est des Allemands que les Français, les Espagnols et les Anglais ont emprunté ce terme de blason^ pour signifier la description des armoiries ; car il y a cette différence entre armoiries et blason j qu'armoi-

(i) Origine des armoiries^ Paris, 167g, petit in- 12.

rie est la devise que Ton porte sur le bouclier ou la cotte d*armes, et blason en est le déchiffrement ou la description. Il s*estpris autrefois en France pour toute sorte de description. Ainsi Jacques du Fouilloux , en son livre de Vënerie, qu^^l présenta à Charles IX, fait en quatre vers le blason du lièvre :

Lièvre je suis de petite satare, Donnant plaisir aux nobles et gentils; D'estre léger et VÎte de nature Sur toute beste on me donne le prix.

Favyn le pfend pour éloge (i) : « Les habitans di- (( sent pour louâllger et blasonner leur ville. >^

Il est pris en mauvaise part et signifie médire, en la Chronique de Louis II, duc de Bourbon, où il est dit que, donnant Tordre de TEcu aux chevaliers, «il <( leur commanda d'honorer les dames et demoiselles, (( ne permettre et souffrir d'en ouyr blasonner et (( mesdire. » Savaron le prend presque au même séUs, au Traité des duels : « C'est ce qui a donné sujet de « doléance à Pierre de Montboissier, dit le vénérable «abbé de Cluny, se plaignant de ce qu'Estienne de «Mercueui:, évesque d'Auvergne, qu'il blasonne «d'estre sanguinaire ennemi des prestres et reli- «gieux, etc. )> Amyôt, en sa traducticm de Plutarque , le prend pour épitaphe ou inscription (d) t « Les

(2) Eioge de Pélopidas.

« Lacedemoiiiens referoient le vivre et le mourir voce lontiersàTeiçercice de la vertu, comme le témoigne (( ce blason funëral :

Ces morts îcy n'eurent en cette foy

Que le mourir, ni le vivre de soy

Fait beau ni bon, mais bien le sçavoir faire,

Et l'un et l'autre a droit en bonne affaire.

Il a les mêmes significations chez les Espagnols , qui lui font encore signifier la gloire, les actions glorieuses , la vanterie et le parler excessif : Siiva sobre todo de blason açer procreado al mémorable cavallero quinoheSj dit Rodrigue Mendez Silva (i); el capUan gênerai ostentb ^valerosos blasones.

Dans la Célestine, il est opposé à silence :

Escusa el silencio, y sitele encubrir Lafalta de ingemo y torpeza de lenguas, Blason que es contrario pubHca sus menguas»

Blasonar del ameSj c'est un proverbe espagnol contre ceux qui font les braves en temps de paix, et qui racontent leurs prouesses, dont ils sont les seuls garans.

La plus commune signification est celle des armoiries. En la Yie de Bertrand du Guesclin, il est dit de Pierre-le-Cruel (2) : « Au col avoit pendu Tecu ,

( 1 ) Poblacion de Espana, p. 7.

(a) Cbap. 4o*

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