‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliers (volume 2)Chapitre 29 sur 35 · DE LA DIFFÉRENCE · texte numérisé non relu

DE LA DIFFÉRENCE

DES CUIRASSES ET DES COTTES D'ARMES d).

Comme les cuirasses et les cottes d'armes ne sont plus en usage dep«us cpelques siècles, on confond souvent ces deux sortes d'armures, et les historiens eux-mêmes n'en parlent pas toujours d*une manière qui apprenne à les distinguer. M. l'abbé de Yertot prétend qu'elles n'avaient entr'elles aucun rapport; et dans un Mémoire qu'il lut, sur ce sujet, à l'Académie, en 1711, il s attache à en prouver la différence par la matière dont elles étaient composées, par leur figure et par leur usage. Il commence par }a cuirasse, et il la définit, après le Dictionnaire de l'académie française, la principale partie de l'armure, qui est ordinairement de fer, 4Dt qui oeuvre le corps par devant et par derrière, depuis les épaules jusqu'à la ceinture. Chez les Grecs et les Romains on connaissait de trois sortes de cuirasses; il y ^1 avait qui n'étaient faites que de toile et de drap battu et piqué; quelques-unes

(i) Par l'aJI^bc àc Verlot. Exlr. àe VUhioire de r Académie des insaipt, et belles lei/rcs, t. 1 .

étaient de cuir, et les autres de fer. Pour ce qui est des premières, Pline assure qu^elles étaient composées de plusieurs doubles battus et piqués ensemble : telle était la cuirasse d'Alexandre, au rapport de Dion de Nicée, et celle de Galba, dont il est fait mention dans Suétone, qui, parlant de la sédition qu'excita à Rome la révolte d'Othon , dit : Loricam tamen induit Unteanij quamquhm haud dissimulans paràm ad' versus toi mucrones profuturam. Saumaise,dans ses observations sur Lampridius, remaixpie qu'on avait autrefois inventé cette armi:ure pour le soulagement des soldats : Quod mira utilitate ad les^amen corporis armorum ponderi ac asperitati subjectit aruiquitas. On peut ajouter qu'il y a bien de l'apparence que ces cuirasses de lin et de toile n'empêchaient pas qu'on ne mît par-dessus des cuirasses de :^r. On peut même croire que les anciens avaient donné aux premières le nom de Suhamiale; et c'est dans ce sens qu'on peut expliquer le passage de Spartien , qui dit en parlant de Sévère : Cùm Romam Severus venissetj prœtorianos cum subarmalibus inermes sibi jussit occurrere.M.ais il n^était pas toujours nécessaire d'avoir d'autres cuirasses que celles de lin et de toile, puisqu'il y en avait de si bien faites qu'elles étaient à à l'épreuve des traits, Nicelas, dans la Vie de l'empereur Isaac I*', rapporte que l'empereur Conrad combattit long-temps sans bouclier, couvert seulement d'une cuirasse de linge. La seconde espèce de cuirasse était de cuir, et c'est celle que Varron appelle pectonde corium. Tache nous apprend que les chefs

des Sarmates s'enr servaient quelquefois : Id principibus ac nobilissùno cuique tegmen ferreis laminis aut prœduro corio consertum. Cependant le fer était la matière la plus ordinaire des cuirasses. Les Perses appelaient les soldats qui portaient ces sortes de cuirasses, clibanariosj du mot clibanumj qui signifiait une tuile de fer; apparemment parce que ces cuirasses étaient faites d*une plaque de ce métal : Centum et wff.nti mïllia equUum Judirnus ^ disait d^s le sénat Sévère Alexandre , en parlant de la victoire qu'il avait remportée sur lès Perses, cataphractarios j quos iUi cUbanarios vocantj decem- milUa in bello- interendmus. Mais leur trop grande pesanteur fît qu'on les changea bientôt pour des cuirasses composées de lames de fer, couchées les unes sur les autres, et attachées sur du cuir ou de la toile. A celles-ci on substitua. dans la suite la cotte de maille et Thatibergeon; terme qui ne signifie qu'une armure plus ou moins longue, faite de chaînettes de fer ou de mailles entrelacées. Il parait, par ce que rapportent les anciens, que la cuirasse ne passait pas la ceinture, quoiquoique la firange dont elle était bordée desciendît jusqu'aux genoux.

Pour la cotte d'armes, M. de Vertot prétend que c'était un habillement militaire qu'on mettait par dessus la cuirasse, comme im ornement, poiir distinguer les différens partis et le soldat dur général. On l'appelait chez les anciens, chlamjrs, paludamentum^ sagum; et si l'on en croit la plupart des auteurs, ce n'était qu'une draperie ouverte de tous côtéS; et qui

s^aiiachait sur rëpaule droite^ avec une boucle ou ardillon. Maçrobe rapporte que les aJOMeia» comparaient la mappemoiMie à «oe colie d'armes: Feteres onrnem hâibiHbilemterrmniexieÊjiç^ cMamydm ^imilemesse dixemnt. PlutsMNpiç !iij^iriUi^u*4^1ewii4re4e-Grmn4 vît avec plaisir le plan que le^ arcbiteoMa^ai^ii £û$ de la ville d'Alexao^ie, qsû wm h £gure d'ime c^ite d*armes ma«4donique* Ce qjû prouve «^BMaoce 4fW les cottes d^^rmes chez les Romains , wisi que chez les Gi^cs, n'étaient qu'une draperie qui n'iécait |mis fermée, c'est que Kéron, au jeappon 4e Siiétoae, s'en servait pour berner et faire sauter ea Tair omx qu'il renoonuait la ^ml dans les rues : jFer^àfliur et vagari nact^kiui Âolitu^, atqiue ifUfiaUdum ifuemque obvîum, wdpetulantem amiper^^ (w diUenio sago impasitum in subUme jacUure.

Un passage de Suétone détermine encore [dus précisémeiU. 1^ forme die la cotte d'armes des Romains. Cet autow, a(Nrès avoir dit qu'u^ oe^tmrion nommé OnmeUm, étwt venu à Rome demander le consulat pour son général, et voyi^t que les sollicitations étiaieiit iaiinmtueuses^ leva^a cotte d'armes, et montrant la garde de son épée , dit : Voilà 4e qjucî vous obliger à m'acc(»rder ma demande. Rejecto sagulo^ ostend^ns gUuUi capulum, non 4u6itasse in curid dicere : hicfaciet si vos non fecerids. On voit par ces paroWy que la cotte d'armes couvrait les armes de cet jC^ci^j ^t qu'il lut obligé de la relever pour ^ôre voir son lépée; ce qw ne peut pas convenir à la cuirasse. Ces cottes d'armes , comme nos écharpes à prd-

sent, servaient à distinguer les soldats de chaque parti. Celles des empereurs et des généraux d^atmée se nonmiateiit paludcanentum, et celles des soldats sagum. Les officiers en avaient de £sm longues et de &n riches; maïs le gënarad «était le seul qui eût le prirîlëge d^^i porter une de pourpre; il la prenait en sortant de la ville , et il la quittait avant que d*y rentrer. A r^ard des ss^ons ou colles d^armes des Grermains, ils ne leur venaient que jusqu^aux hanches. Tacite dit en parlant de ces peuples : iegmen omnibus sagum fibuléj aut si desitj spind consertum. Cluvier nous a conserve la forme de cetle cotte d'armes j qui était une espèce de manteau qui descendait jusqu^aux hanches, et qui était attaché par devant avec une agraffe ou une petite cheville. IN os Français néanmoins, quoiqu'originaires de la Germanie, avaient coutume de porter ces manteaux plus longs. Le Moine de Saint Gai dit que c'était un manteau qui descendait par devant et par derrière jusqu'à terre, et qu'à peine par les côtés touchait-il les genoux. Dans la suite la cotte d'armes des Gaulois, qui était beaucoup plus courte, devint à la mode, comme plus propre pour la guerre, au rapport du même auteur, quia bellicis rébus aptior videretur ille habitas. Quelques siècles après, Charlemagne rétablit l'ancien usage. Il paraît cependant que, sous Louis le Débonnaire, on était revenu à la cotte d'armes des Gaulois, et qu'on la portait toujours par-dessus les cuirasses.

Enfin, on ne peut pas donner une idée plus juste de ces cottes d'armes de nos anciens Français, qu'en

disant qu^elles ressemblaient aux tuniques des diacres; c'est ainsi qu^elles sont représentées sur les bas-reliefs, sur les tombeaux et sur les sceaux ; et on voit par le témoignage de nos historiens , que les Français , ainsi que les Grecs et les Romains, ont toujours porté les cottes d*armes par dessus leurs cuirasses. Ce qui prouve que ces deux pièces ont été considérées dans tous les temps comme des choses très-différentes.

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