DE L'OFFICE
HES rois d'armes, des hérauts et des POURSUIVAIS;
de leur Jintiqait^, de lean privilèges et des principales cërëmonies ovf ils sont employés par les rois et par les princes.
PAR MARC YULSON, S' DE LA GOLOBIBIÈRE (i).
Tous les auteurs demeurent d'accord que Finstitution des rois et des hérauts d'armes est très-ancienne ; mais il y a diverses opinions louchant le sujet pour lequel cet office fut premièrement crëé. Quelques-uns ont dit que les rois et les princes, ou les généraux d'armée, s'en servirent premièrement conune de messagers sacrés qu'ils envoyaient partout indifféremment, vers leurs amis et vers leurs ennemis, en égale sûreté , soit pour annoncer la paix ou pour déclarer la guerre, marchant toujours sous la protection du droit des gens. Ceux qui sont de celte opinion disent que le mot ^héraut vient du mot grec Eupoç, qui signifie messager : c'est pourquoi l'ornement du ciel,
(i) Paris, Séb. Cramoîsy, iG^S, pet. in-4-^.
la merveille des métëores, ce bel iris ou arc-en-ciel que TEcriiure nomme Talliance de Dieu et le gage de son amour, et dans lequel éclatent les plus vives couleurs de la nature, est aussi appelé par le sage le messager céleste j qui nous annonce le bonheur et la paix. Lesiardus , en Fépitome de son Histoire , dit que les hérauts sont ainsi appelés comme aériens et dignes du ciel pour leur vertu et pour leur sagesse. Thucydide dit qu'ils sont appelés demi-dieux j c'està-dire beaucoup plus que les autres hommes , ayant vieilli dans le métier de la guerre , et s'étant acquis, par leur vertu *et leur longue expérience, une haute réputation et le surnom de heroës ou de héros ^ d'où est dérivé le nom èihéraut et d^héroïque. D'autres ont estimé que, parmi les récompenses qu'on donnait anciennement aux vieux soldats, l'on choisissait les plus sages et les plus entendus pour leur donner ime autorité sur les autres, et les établir juges de tous les différens qui surviendraient entre eux; ce qui obligea Agrippa de dire que le nom d'héraut vient de l'allemand herald^ qui signifie vieux gendarme.
Il y en a aussi qui disent que héraut vient d'un vieux mot français , harou ou haro^ qu'on criait au vieux temps pour un défi et pour une nouvelle et bruit de guerre , pour une semonce publique et un ban, où chacun accourait; mais cela ne peut être, puisque le nom de héraut est plus ancien que cette coutume qu'on a de crier haro. Quelques autres les ont nommés crieurs on précurseurs; aussi saint Jean- Baptiste, qui était le vrai crieur et annonciateur de
la venue de Notxe-Seigneur au monde, a souvent été nomme, par les docteurs, le hëraut et le précurseur de ce Roi de gloire. Et en efFet, soit quMl faille aller à la guerre ou aux cérémonies de la paix, les hérauts vont toujours les premiers, comme ceux qui annoncent à leur arrivée ou le bien ou le mal , et qui sont distributeurs de la branche pacifique d*olivier ou du rameau de chêne, qui est le symbole de la guerre. Hector Boetius les appelle chevaliers d'exempts : hi sunt emeriti milites magno apud suos honore. Le pape Pie , auparavant nommé j^Sneas Sjrhius^ en ses épitres , dit (c que Bacchus institua le premier les hé- (( rauds en la guerre qu'il fit contre les Indiens, et les (c appela veterani milites, vieux soldats, et leur donna (c de grands biens et plusieurs priuileges pour récom- « pense de leurs longs et pénibles seruices ; leur douce nant aussi le pouuoir de conseiller le peuple et la <( République, de punir les méchans et d'exalter la ce vertu des sages et des bons ; ordonnant que Ton « adiousteroit foy à leurs paroles , et qu'ils auroient (( en horreur tous mensonges et flateries , seroient iuc(ges des traistres, puniroient tous cheuahers adul- « teres et rauisseurs, seroient en liberté partout, et ft l'on leur donneroit seur passage, allans et retournans (C comme bon leur sembleroit; que ceux qui leur fe- « roient du mal seroient punis de mort ; qu'ils au- (( roient entr'eux vn Roy qui les nourriroit, les payece roit ou ferait payer de leurs gages, conserueroit ou fece roit conseruer leurs priuileges , et seroit ce Roy hoee noré des autres cpi seront au dessous de luy ; et luy
et les rendait plus ardens à acquérir de la gloire:
Quo non prctstantior aller JEre ciere inros, martemque accendere cantu.
Les Assyriens, les Perses et les autres nations orientales se sont servi d^hérauts d^armes, au dire d'Ulpian, interprète de Démosthène; et nous lisons qu'il y en avait deux en chaque ville de Grèce j destinés pour terminer à Tamiable tous les différens qui survenaient parmi les nobles et les plus renommés chevaliers et gens de guerre. Les Romains , dès le temps de Numa, s'en sont servi , ce sage roi les ayant envoyés aux Fidenates auparavant que porter la guerre en leur pays; et Fempereur Jules César, après ses conquêtes , augmenta le nombre des féciaux ou hérauts jusqu'à vingt, récompensant les plus sages et les plus vaillans d'entre ses vieux guerriers de cet honorable office, et en dressa le collège à Yiterbe, où ils étaient entretenus aux dépens du public , leur chef étant nommé pater patratuSj car il était obligé, lorsqu'il était élu, d'avoir encore son père en vie avec nombre d'einfans. Et quant au nom et titre de roi d'armes, il leur lut baillé long-temps après par une façon toute française, comme la mode ancienne était de le donner au chef de plusieurs officiers de la maison du Roi, comme roi des merciers, des barbiers, des ribauds, et plusieurs autres ; titre d'autant plus propre au chef des hérauts, qui, exerçant un office tout royal, ont toujours * eu cet avantage de marcher devant les rois leurs mai' très en royal appareil , vêtus de riches et superbes
habits , et couvert de cottes d'armés toutes éclatâmes d'or et de broderies. Ils sont aussi dits rois à cause de la beauté et de Tautoritë de leurs charges^ et pour la dignité du maître qu'ils servent et qu'ils représentent. Nous lisons qu'Alexandre-le-Grand ne dédaigna pas de faire la fonction de roi- d'armes, car, entrant en Asie avec son armée , il dénonça lui-même la guerre, et lança wi javelot sanglant sur cette terre. Marc-Aurèle à Rome , après avoir conclu la guerre contre quelques nations barbares , fit le même ; et avant lui l'empereur Claudius, contractant alliance avec certains rois, fit lui-même la cérémonie qu'observaient les féciaux, quand il assomma de sa main une truie , après avoir fait une longue préface sur leur institution, dit Suétone; et Virgile, parlant de cette coutume, dit:
Et cœsa jungebant fœdera porca.
Les Grecs aussi, en pareilles occasions, tuaient un sanglier avec un caillou, pour donner à connaître qu'ils assoupissaient la guerre, dont cet animal est le symbole le plus significatif.
En France, le premier roi d'armes, selon l'opinion de quelques-ims, fut établi sous Clovis, et nonimé Mont'Jojre Saint-Denis j à cause du cri de guerre de ce roi, après quUl se fiit converti au christianisme. D'autres auteurs disent que ce fut seulement sous le roi Robert, et que le premier qui fut honoré de ce titre, l'an îo3r, fut un nommé Robert Dauphifri,
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qualifié noble et vaillant cheyalier, ce roi ayant augmenté les privilèges des hérauts , et ordonné que le roi dVmes serait l^ur juge, et qu^ils lui obéiraient; voulant en outre que lui et tous ses successeurs fus*sent af^lés rois ^ armes ^ cheft des autres hérauts de son royaume , et lui assigna pour cet effet deux mille livres de pension (qui était une somme bien considérable en ce temps -là) pour être en propre héritage à lui çt à ses successeurs en l'office , suivant Fordonnance de Constantin-le-Grand , qui voulut que tout ce qui serait donné aux hérauts ou chevaliers de mérite, exempts des fatigues et dangers de ta guerre, appartînt à leurs héritiers^ ce qui a duré jusqu'à Louis-Ie- Gros, qui fit son roi d'armes Louis de Roussy. Le roi Philippe second , surnommé Auguste^ Conquérant et Dieu-donné j ordonna que personne ne pourrait être élu roi d'armes, si premièrement il n'était chevalier ; ce qui l'obligea de donner l'ordre de chevalerie à Jean-François de Roussy, auparavant que de le couronner et vêtir de sa ootte de roi d'armes* Ce Jean deRoussy mourut en la Terre-Sainte, au voyage que le roi Philippe y fît avec Richard, roi d'Angleterre. Après lui fut créé GuiUaume de Montremy, par quelques auteurs nooiimé Montereau, et par le chancelier des Dormans;, Montmcnrency. Du temps de Philippe IV% surnommé i^ ^e/^ Gaultier de Troye fut élu à cette dignité et office de roi d'armes, lequel étant auparavant du nombre des hérauts , comme au jour de sa réception il se fut dépouillé de sa première ootte d'armes pour la donner à un héraut
nommé en sa place, il fut revêtu des habits royaux , par le don qui lui en fut fait sur le champ par le Roi, qui f outre cet honneur, lui assigna douze cens royaux dW de pension, et lui donna pour une fois deux mille couronnes d'or. Et au temps de Philippe deYàlois y surnommé le Catholique j qui fut un Roi trèssplendide, Jacquet des Essàrs fut honoré de celte chaîne par Sa Majesté, qui lui donna, et à tous les hérauts 6t autres officiers d'armes , de très-grands privilèges (que noaê avons trouvés pai^ écrit); plusieurs auteurs les ayant attribués, mais ma) à pi^opos, lesuiis à Alexandre -le -Grand , d'autres à l'empereur Charles ly*", qui , ayant été nourri en France en ta cour du roi Philippe de Valois , se servit du même formulaire étant venu à l'empire ; en voitsi les t^mes : (c Mes ((Soldats^ vous serez appeliez^ Hérauds, ôonipagnons « des roys , et iuges des crimes commis par la noblesse ; « veillez par cy après exempts de plus aller en ^erre, a conseillez les royfr {>our le Uen public, corrigez les (c choses vilaines el des-h6nnestes, favoriser les ueuf- « ues, defeÉndez les orphelins', assistez les princes de « vôtre conseil, et leur demandez vos viures, babin , « solde et entretenement; que si quelqu vn Vous le re^ rr fusé, qur'il soit iÀfame, sans honneur et sans gloire , « tenu ainsi que criminel de lezé Majesté : mais aussi «gardez -vous bien de sotdller l'honneur que voué (< àuez d^aj^ocher prés de nous et des pri^odi, par (cyuroguerie^ trop parler,; indisorétiba> boufiR^merie «et autres* Vices : souuenez - voué dti priuile^e q»e <( ilous vous donnons pour les* pénibles tràuaux dé It
(( guerre , où vous vous estes irouuez , à ce qtie Thonce neur que nous vous octroyons ne tourne à desfaon- (( neur et à peine, laquelle nous réseruons à nous et à «nos successeurs rois françois, de prendre sur vous (( lors que vous aurez mefFait, etc. » Après lui , le roi Jean les maintint dans les mêmes privilèges^ et lorsqu'il institua, en Tannée i364, Tordre de TEtoile couronnée , qui portait pour devise : Monstrant régi' bits astra vianij il fit son roi d'armes Jean Gentian de Poinpone. Et Charles VI, dit le Bierv-Aiméj donna cette charge à Gilles de Merlo, et puis à Guillaume de Rieux j tous lesquels noms des rois d'armes de France et plusieurs autres se trouvaient écrits es Lettres d'ordonnance et de fondation de la chapelle des rois, hérauts et poursuivans d'armes, fondée en l'église du Petit-Saint- Antoine, à Paris, où, auparavant les désordres des guerres civiles , étaient toutes les ai*chives et principaux papiers desdits officiers d'armes, qui y tenaient leur siège et s'y assemblaient pour résoudre tout ce qui concernait et dépendait de leurs offices ; et je trouve qu'il y avait des huissiers et des sergens d'armes , ce qui fait voir qu'ils avaient une juridiction séparée : maintenant tout cela est presque anéanti. Anciennement, à Rome, les féciaux ou hérauts portaient en leurs mains un caducée, et ceux du temps de nos plus anciens Gaulois portaient tout de même un caducée fait de branches de verveine (de laquelle nos anciens druides se servaient dans leurs mystères sacrés) entortillée de deux serpens , non }k cause de la fable morale de Mercure , mais pour montrer que les
hérauts doivent être sages et prudens, ainsi que les serpens. Ceux du temps de nos premiers rois portaient des yerg.es ou baguet-les consacrées et bénites, selon que le rs^porte Grégoire de Tours en son Histoire de France : maintenant, nos rois d^armes portent un sceptre couvert de velours violet semé de fleurs de lis d'or en broderie, ayant une fleur de lis d^or niassif au bout, couronnée d'une couronne royale de même, comme nous dirons ci-après.
Les Romains nonm^ient les hévùuxs fecialeSj prœcônes et caduceatores; et les Grecs , cerices et irenophylacesj qui vaut autant à dire connue arbitres et procureurs de la paix, leur office n'ayant point de but ni de volonté si sainte que celle d'apaiser les différends par les voies de douceur, et empêcher le plus qu'ils pouvaient les armées d'en venir aux maiiis^ d^où vient que leurs offices étaient estimés sacvés, n'y ayant aucun d'entre eux qui ne fîit. honoré , respecté et caressé partout , soit qu'il fût envoyé vers les amis ou vers les ennemis : aussi étaient -ils juges des conventions guerrières, dont ils recevaient les sermens, et faisaient les proclamaiions de la paix ou dénonciations, de la guerre , jetant d'une même bouché le froid et le chaud , le bien ou le mal, selon la volonté des princes qui les envoyaient ; étant à remarquer que , lorsqu'ils allaient dénouer la guerre, ils se couvraient le visage d'un voile fait et tissu dé laine , pour donner h connaître que cela leur déplaisait, et que c'était malgré eux, dont l'humeur ei Tinclination étaient entièrement portées à la paix et à la concorde.
En France 9 les plus sages rois les ont toujours traités favorablement. Philippes de Commines dit cpie le Foi Louis XI, quoique extrêmement avare, donna à un héraut que le roi d'Angleterre, son ayinemi, lui avait envpyé, trois cents ëous d*or de sa propre maiai et trente aunes de velours cramoisi, et lui pmnk mille ëous : aussi ëtait-oe la coutume que les nns, les princes et les grands seigneurs faisaient gloire de les enrichir et de leur faire largesse h qui mieux mieux , afin de les obliger à publier leurs louanges aux pays étrangers : mais aussi il fallait que les rois et hérauts d'armes se comportassent avec grande prudence et respect envers les princes où ils étaient envoyés , soit pour porter des paroles de paix ou de guerre ; qu'ils n'sibusassent et n'outrepassassent point les conditions de leurs sauf* conduits et de ce privilège particulier qu'ils ont avec les ambassadeurs , par un consentement universel des nations, de marcher sous la protection du droit des gens ; qu'ils observassent toutes les formaUtés requises , et ne sortissent point des hmites de leurs charges; qu'ils fussent humbles, courtois et affables partout , et rendissent raison à ua chacun sans orgueil et sans ostentation; car^ s'ils faisaient autrement, ils couraient fortune d'être désavoués ^ châtiés a leur retour, si leur prince en recevait quelque plainte. A propos de qii»i nous lisons que le héraut du duc de Gueldres ayimt défié le roi CharlesTI par surprise et comme en cachette en la ville de Tournai, pour ne lui donner pas moyen de se reconnaître, fut arrêté prisonnier par commandement
du Roi 9 « et cuida estre mon (dit Froissart), pource que ce tel défi estoit contre les formes et contre IVsage accous- (( tumé , et de plus en vn lieu mal connénable, Tource nai n'estant cjuVne petite ville de Flandres ; )) étant nécessaire en ces occasions qae les rois cm hérauts d'armes fassent donner avis de leur arrivée aux princes où ils sont envoyés j et leur fassent demander le jour, l'heure et le lieu pour s'aller présenter devant eux^ pour leur parler avec hardiesse pleine de respect et de civilité 9 la plupart des rois ayant accoutumé de 1^ recevoir ce à cour pleniere, enuirbnnez des plus (( hauts barons de leurs royaumes et fleur de leur che- «ualeriey» disent lès vieilles Chroniques. Le roi François I" reçut en cette scMie le héraut de l'empereur Charles Y en la grande salle du Palais-Royal à Paris, étant sur un trôné ou tribunal dé quinze marches, dressé au-devànt dé la tahle de marhre, accompagné du roi de Navarre et de grand nombre de princes, ducs, pairs, maréchaux et autres grands seigneurs du royalumey tous assis selon leur naiifsance et dignité; et d'autre côté, de plusieurs cardinaux, archevêques, évécjues, et dé tous les ambassadeurs des rois, princes et républicjùes, ayant devant lui tous les officiers de sa couronne, cie sa maison^ du Parlement et du ^and-cc^iseil^ eu: très-belle et très^magnifique ordonnance, comme odia se voit plus particulièrement décrit dans le Cérémonial de France : mais ce sage et généreux roi ne lui permit pas de parler, puisqu'il ne lui délivrait pés là sûreté du camp pour le combat ancjuel il avait déiié ledit empereur; pource
que le sauf- conduit quUl avait fait donner audit héraut contenait particulièrement qu^il devait :apporter et donner ladite sûreté, laquelle le Roi désirait, avec passion enflammée de cette glorieuse envie de décider, par un combat singulier de sa personne avec celle de l'Empereur, cette vieille querelle .qui avait déjà tant coûté de sang à leurs sujets.
Que si les rois avaient envie de faire porter quelque parole hardie ou quelque défi plein de mépris, d'injures, de menace et de reproche, ou même quelque démenti , ils ne se servaient pas toujours de leurs vrais rois ou hérauts d'armes, mais y envoyaient quelque personne inconsidérée et de peu d'importance, afin que le blâme ou le mal qui en pouvait arriver ne pût être imputé à des personnes considérables, comme sont les rois et les hérauts d'armes. Le roi Louis XI, appréhendant de faire faire un voyage inutile à son roi d'armes , envoya par manière d'acquit au roi d'Angleterre un gendarme qu'on habilla en héraut d'une plaisante façon : Ton l'affubla d'une cotte d'armes faite d'une bannière de trompette, et l'on lui attacha par-dessus l'émail d'un petit poursuivant d'armes nommé plein chemin. Pourtant il s'ac- (^tta si à propos de sa commission , qu'il en reçut grand honneur et profit , ayant par son adresse moyenne la paix entre ces deux grinds princes.
Mais pour revenir aux anciens privilèges des rois et des hérauts d'armes, celui qu'ils avaient d'aller et de venir avec sûreté et liberté dans les armées ennemies , lors même qu'elles étaient rangées en bataille
et prêtes à donner, était très-grand et très-considërable ; car par ce moyen ils pouvaient rendre de trèsbons services à leurs princes, en remarquant pendant ces entrevues les délibérations, la contenance et les desseins des ennemis , leur courage ou leur crainte > la. disposition et le nombre de leurs troupes, la quantité de leur artillerie , de leurs vivres et de leurs munitions, les noms, les armes et les bannières et enseignes des capitaines, ensemble ceux qui étaient en plus grand crédit , et auxquels les gens de guerre avaient le plus de croyance, afin que leur maître ou les généraux d^armée sous lesquels ils servaient fussent avertis de tout, et en pussent tirer du profit. Que si parfois il s'ouvrait quelque voie d'accord ou de trêve et suspension d'surmes, les bérauts en étaient souvent les entremetteurs , et faisaient les allées et venues pour conclure et faire tout ce qiii étjait nécessaire,* sur quoi Ton leur ajoutoit foi entièrement , et jamais ils ne pouvaient être désavoués. Que s'il était impossible de terminer les différends à l'amiable, et qu'on ne pût éviter la bataille;, alors c'était aux hérauts à prendre bien garde à ceux qui faisaient mieux leur devoir, et qui combattaient avec plus de prudence et de valeur, les reconnaissant à leurs cottes d^armes ou à leurs, bannières, écus et cimiers, pour en faire un fidèle rapport au Roi, s'il s'y rencontrait, ou au général d'armée; après quoi les hérauts faisaient retentir leur nom et leur gloire partout où ils se rencontraient , et étaient les fidèles ministres et distributeurs des prix et des récompenses qu'on leur donnait. Et quand il
fallait sonner la retraite et faire cesser le combat, la présence des hérauts criant le holà, et commandant d^ par le Roi on de par le général d*armée , faisaient contenir xm chacun , et arrêtaient la fureur des soldats les plus échauffés* a Au commandement de Mar^ (( cel, héraut du roy saint Louys, les soldats mettent (c les armes bas ^ et se rendent entre les mains de leurs ce ennemis, » selon que le rapporte le sire de Joinville ; et Frmssart dit qu*en un furieux assaut donné à la ville de Yillepode, en Galice, «à la parole des abérauds cessèrent les assaillans et se reposèrent;» et en un autre endroit, il récite cpie le héraut du duc de Lancastre , revêtu de la cotte d^armes de son nudire, c'est-à-dire dWe semblable, a'étant présenté à certains soldats acharnés au combat, il les fit retirer tout aussitôt.
Après les batailles^ ils étaient obligés de visiter les blessés et d'en dire les noms au Roi ou au général , afin qu'on assistai anx uns et qu'on récompensât les autres, et que tous, en général et en particulier, reçussent Fhonneur et la gloire qui leur éisdent dûs. C'était aussi de leur charge de visiter ceux qui étaient morts au lieu d'honneur, pour les faire revivre en la mémoire des vivans, par le moyen des histoires qu'ils en dresiKixent ou faisaient dresser par les plus doctes et ap[»t)uvés historiens^ auxquels ils donnaient de fidèles mémoires où leurs noms étaient exaltés et leurs proaesses décrites; ce qui servait d'un puissant aiguillon pousr inciter et échauffer les courages d'un chacun à servir leur prince et leur patrie, et verser
leur sang avec affection , ëunt assures qu^on en peindrait leurs hércxiques actions dans le temple d'honneur et dans celui de la mémoire. Outre cela, ils araient soin de les faire ensevelir le plus honorablement qu^il leur était possible , et faire donner h leurs cendres glorieuses le repos qu'elles méritaient.
Et lorsqu'il s^agissait de distribuer aux victorieux les récompenses militaires et honorables, ou même partager entre eux les dépouilles des vaincus , les officiers d^armes en étaient les principaux juges. Que s^il fallait proclamer la victoire et le nom du général d'armée et des principaux officiers qui y avaient le plus contribué, et remplir l'air de feux de joie, et le faire retentir d'acclamations d'allégresse et du hruit des tr(»npettes et des canons, pom* témoigner une réjouissance publique , les rois et les hérauts d'armes étaient ceux qui commençaient la fête. S'il était nécessaire de courir par tous les coins du mcmde pour porter de bonnes nouvelles^ les hérauts ou les poursuivans d'armes en avaient les ccMnmissions. Ainsi nous lisons dans Froissart, qu'un poursuivant d'armes ayant porté au roi d'Angleterre la première nouvelle de la mémoraA>le victoire que Jean de Montfort avait obtenue près d' Auray, contre Charles de Blbis , qui y fat tué : a il le fit, dit-il , son héraud , sous le nom de « VindesorCj auec moult grand profit et reuenu pour (( soy entretenir. » Les hérauts aussi qui , après la même bataille , reconnurent entre les morts Charles de Blois, étant accourus à grande hâte pour en annoncer la vérité ^ Jean de Montfort^ ils crièrent,
du plus loia qu'ils le virent : Bonnes nouvelles! bonnes nouvelles! ce qui obligea Jean de Montfort^ qui était fort dévot à la sainte Vierge , de fonder un couvent à Rennes , quMl dédia à Notre-Dame-de-Bonnes-Nouvelles, pour remercier Dieu de cette victoire, qui le rendit paisible possesseur de toute là Bretagne. J'ai vu, au bout de Téglise de ce couvent, le portrait de cette bataille; et encore dans le milieu de Féglise des chartreux, qui furent fondés près d'Auray, au même lieu où les armées avaient combattu, où elle est dépeinte encore mieux qu'à Renues; où entre autres particularités Ton voit peint au naturel un beau lévrier d'attache , lequel avait toujours fidèlement aimé et suivi Charles de Blois, lequel le quitta un peu auparavant qu'il fût tué, et, courant vers l'armée de Jean de Montfort, le sut bien choisir parmi tous les autres guerriers , et lui fit mille caresses et soumissions; ce qui causa un étonnement à tous ceux qui le virent , et particulièrement à ce prince , qui dès lors pronostiqua favorablement pour le succès de la bataille prochaine et pour la possession de cette duché, comme l'événement le fit voir peu de tenais après. Entre les hérauts de nos rois , celui de Louis. XII , nommé Gilbert Chauveauj est le plus remarquable; car il fiit si envieux d'être le premier qui aimonçât au Roi la prise de Milan, qu'il anîva au château d'Amboisc, où le Roi était, en moins de trois jours, et pensa mourir à ses pieds, si fort il s'était tourmenté en courant la poste jour et nuit.
En France, le nom et titre de roi d'arme§ est Mont-
Joye-Saint'DeniSj pour la raison ci-dessus alléguée; et quant aux hérauts des provinces qui composent cette belle et grande monarchie, ils prennent ordinairement le nom de leurs provinces. Le premier héraut se nomme