IO« LIV
(( de Tamour quHls nous portent , et de la fiance qu'ils (c ont en nous : et combien qu il y ait en ce royaulme (( assez d'autres chevaliers et escuyers qui trop mieux (( que nous sçauroient deviser et mettre en ordre un « si noble fait comme est celui d'un toumoy, néant- « moins pour obéir h nos dits très-redoubiez seigneurs, (( nous offrons de bon cœur à les obëir et servir, en (c acceptant la charge que cy-devant nous avez dëclai- (( rëe, pour y faire à nos loyaux pouvoirs tout le bien « que possible nous sera d'y faire en ce monde , en If employant tout nostre entendement et la peine de c( nos corps si loyaument que se, par cas d'advanture, (( de nostre costé il y avoit erreur, dont Dieu nous (( gard, ce sera plus par simplesse que par vice, nous (( soubmettant tousjours à la correction, bon plaisir et <( voulenté de nos dits très-redoubtez seignem^. »
A ce remercîment, le roi d'armes répondait par un autre compliment, en priant les chevaliers juges de lui indiquer le lieu et le jour où devait s'exécuter le tournoi, afin qu'il pût le proclamer.
C'était aux juges seuls qu'appartenait ce droit de fixer le lieu et le jour. Ils le décidaient entre eux dans un conseil. Aussitôt que le roi d'armes en était instruit , il allait en prévenir l'appelant , ensuite le défendant , et après la cour du roi , et ceux qui lui nommaient les juges. Si le roi d'armes ne pouvait faire lui-même cette proclamation, il envoyait des poursuivans dans chaque cour ; mais il ne pouvait se dispenser lui-même aux trois cours de l'appelant, du défendant et du roi. Il faut observer encore que le
roi dWrnes devait attacher aux quatre coins du rouleau des ëcussons, dont on a parlé, les ëcus des chevaliers et des ëcuyers juges j ceux des chevaliers en haut, ceux des ëcuyers en bas. On procédait ensuite à la proclamation.
Si le roi d'armes la faisait lui-même, il devait être, accompagné de quatre hérauts et de plusieurs poursuivans. C'était le poursuivant qui avait la voix la plus forte qui publiait le, manifeste suivant. D'abord il criait à trois reprises différentes :
« Or ouez, or ouez, or ouez!
(( On fait à sçavoir à tous princes^ seigneurs, ba- (( rons, chevaliers et escuyers de la marche de Tlsle- (c de-France, de la marche de Champaigne, de la (( marche de Flandres et de la marche de Ponthieu, (( chiefs des Poyers ; de la marche de Verraandois et (( d'Artois, de la marche de INormandie, de la marc( che d'Aquitaine et d'Anjou, de la marche de Bre- (c taigne et de Berry, et aussi de Corbie ; et à tous au- « très de quelsconques marches qu'ils soient de ce (croyaulme et de tous autres royaulmes chrétiens, (( s'ils ne sont bannis ou ennemis du roi nostre sire , (I à qui Dieu doint bonne vie ; que tel de ce mois , en «tel lieu, de telle place, sera un grandésime pardon H d'armes et très-noble tournoy, frappé de masses de (( mesure et espées rabattues, en harnois propres pour c( ce faire , en tymbres , cottes d'armes et houssures «de chevaux armoyés des armes des nobles tour- «noyeurs, ainsi que de toute ancienneté est de cous- « tume.
« Duquel loumoy sont chiefs très-haults et trèsce puissants princes et mes très - redoubtës seigneurs <(le duc de Bretaigne pour appellant, et le duc de ((Bourbon pour de fendant. Et pour ce fait -on dere- ((chief à sçavoir à tous princes, seigneurs, barons, (( chevaliers et escuyers des marches dessus dites, et (( autres de quelsconques nations quMs soient , non (( bannis ou ennemis du roi nostre dit seigneur, qui « auront vouloir et désir de tournoyer pour acquérir (( honneur, qu'ils portent de petits escussons que cy pré- (( sentement donneray, adfin qu'on congnoisse qu'ils (( sont tournoyeurs. Et pour ce en demande qui en (c voudra avoir ; lesquels escussons sont esquartelez des (( armes des dits quatre chevaliers et escuyers juges (( diseurs du dit tournoy.
(( Et au dit tournoy y aura de nobles et richesprix, (( donnez par les dames et damoiselles d'honneur.
(( Outre plus , j'annonce entre vous tous princes , ((Seigneurs, barons, chevaliers et escuyers qui avez (( intention de tournoyer, que vous estes tenus vous « rendre es héberges le quatriesme jour devant le jour « du dit tournoy, pour faire de vos blazons fenestres, (( sur payne de non estre reçeus au dit tournoy ; et (( ceci vous fay-je à sçavoir de par messeigneurs les (( juges diseurs, et me pardonniez, s'il vous plaist : les c( armes desquelles l'on sera armé seront celles-ci.
(c A sçavoir, tout premièrement, le tymbre doit «estre sur une pièce de cuir bouilli, laquelle doit (C estre bien faultrée d'ung doit d'espez , ou plus par (de dedans; et doit contenir la dite pièce de cuir
«tous le sommet du heaulme, et sera couverte la (( dite pièce du lambrequin armoyë des armes de cece luy qui le portera; et sur le dit lambrequin au plus (chault du sommet, sera assis le dit tymbre; et au- <( tour d'iceluy aura ung tortil que vouldra ledit tour- (( noyeur, du gros du bras, ou plus ou moins, à son (c plaisir.
(c Itenij le beaulme est en façon d*un bachinet , 'r ou d'une capeline , rëservé que la visière est autrece ment.
« Itetrij le harnois de corps est comme une cuiccrasse, ou comme un harnois à pied qu'on appelle a tonnelet. Et aussi peut-on bien tournoyer en bri- « gandines qui veut : mais en cpielque façon de bar- «c nois de corps que on veuille tournoyer, est de né-
cccessité sur toute que le dit harnois soit si
c( large et si ample cju'on puisse vestir et mettre desccsoubz un pourpoint ou corset j et fault que le pource point soit faultré de trois dois d'espez sur les espaules ce et au long des bras juscpes au col, et sur le dos ce aussi, pour ce que les coups des masses et des escc pées descendent plus volentiers es endroits dessus ce dits qu'en autres lieux.
ce De la mesure et façon des espées et des masses , ce n'y a pas trop a dire, fors que de la largeur et Ionce gueur de la jumelle; car elle doit estre large dequacc tre dois, adfin quelle ne puisse passer par la vue du eeheaulme, et doit avoir les deux tranchans larges ce d'ung doy despez. Et adfin quelle ne soit pas trop ce pesante, elle doit estre fort voidëe par le milieu, et
«mosse devant, el toute d'une venue, se bien pou (c non, depuis la croisie jusqu'au bout. Et doit estre la (( croisie si courte quelle puisse seulement garantir ung « coup qui par cas d'advanture descendroi^ ou viendroit c( glissant le long de Tespée jusques sur les dois, et « toute doit estre aussi longue que le bras avec la main (( de celuy qui la porte, et la masse par semblable : et ((doit avoir la dite masse une petite rondelle bien (( clouëe devant la main pour icelle garantir, et peult- (( on (jui veult attachier son espëe ou sa masse a une (( deslyée chaesne , tresse ou cordon autour du bras , (( ou à sa chainture, adfîn que se elles eschappoient (( de la main , on les peust recouvrer sans cheoir à (( terre.
(( Au regard de la façon des ponuneaulx d'espées , (( cela est à plaisir, et la grosseur des masses, et la pe- (c sauteur des espées doivent estre revisitëes par les (( juges la vigille du jour du tournoy, les({uelles mas- « ses doivent estre signées d'un fer chault par les dits «juges, adfin qu'elles ne soient point d'outrageuse (c pensanteur ne longueur aussi.
(c Les harnois des jambes sont ainsi et de semblable ((façon, comme on les porte a la guerre s^iis autre (( différence, fors que les petites gardes sont les meil- (c laures, et les forlers y sont très-bons contre la pointe (( des espérons.
(( Les plus cours espérons sont plus convenables « que les long, adfin que on ne les puisse arrachier <i ou destordre^ors les pieds en la presse.
a La cotte-d'armes doit estre faitte ne plus ne moins
a comme celle d^un herault , réserve qu'elle doit esire (( sans plis par le corps, adfin que on congnoisse mieux « de quoy sont les armes. »
il paraît , par ce qu'ajoute ici Fauteur du Traité que nous citons, que les armures dont on se servait dans les tournois en Brabant, en Flandres, en Hainaut et en Allemagne , étaient différentes de celles qui étaient en usage en France. Elles étaient plus pesantes , mieux conditionnées , et plus propres à préserver des accidens et à parer les coups de masses et d'épées; mais aussi ces armures n'avaient point la grâce des armurea françaises, le chevalier qui en était revêtu paraissant, dit René d'Anjou, plus gros que long. C'était un pourpoint piqué de coton , d'un doigt d'épaisseur, qui couTrait le ventre et les cuisses ; des brassarts de euir bouilli, armés de cinq ou six petits bâtons de la grosseur du doigt ; un casque à camail sans visière, surmonté d'un grand heaume de cuir bouilli, tout d'une venue , et fait de manière qu'on pouvait l'ouvrir et le baisser lorsqu'on voulait se rafraîchir. Sur le heaume était le lambrequin des armes , la torque ou bourrelet de la devise et le timbre des armes du chevalier, qui portait encore s«ar sa brigandine une cuirasse ou cotte-d'armes très- ample. Quant aux selles de leurs chevaux, elles étaient à peu près conune celles des Français, relevées et bourrelées par derrière , basses d'arçon par devant. Les masses , les épées , les harnois des jambes étaient les mèDOtes.
Les chevaux étaient aussi préservés des coups et des effets du choc par des armes défensives. Toutes
les parties découvertes de leurs corps étaient garnies de cuir bouilli; comme le cou, bordé de bandelettes, et la tête, couverte d*un large chanfrain de même matière. Pour le reste du corps, il était absolument couvert par devant et par derrière d'une housse trèsample qai descendait jusqu^aux pieds du cheval. Cette housse était brodée aux armes du chevalier; c'était la pièce de l'armure la plus riche. Mais pour préserver du choc Pavant-main du cheval et les jambes même du chevalier, on avait inventé une espèce de bâture qui s'attachait fortement aux arçons de droite et de gauche, et passait circulairement devant la poitrine du cheval. On nommait ce bourrelet le hourt. Il était composé de paille longue, enveloppé d'une forte toile ^ contrepointé de ficelles, et affermi intérieurement par des baguettes de bois qui le rendaient plus solide. Ce hourt ne s'apercevait point, étant sous le caparaçon de l'avant-main , duquel les jambes du chevalier étaient encore couvertes. D'après ce détail, on peut se former une idée assez précise de l'armement d'un chevalier prêt à combattre dans un tournoi. Voyons à présent quelle était la construction des lices : c'est toujours René d'Anjou qui va nous l'apprendre.
Le lieu où devait se tenir un tournoi devait être un carré plus long d'un quart que large, entouré d'une double barrière faite de poutrelles carrées et fortes. Cette barrière devait avoir une brasse et demie de hauteur à doubles traverses , l'une en haut , l'autre en bas, celle-ci à la hauteur du genou. Elles étaient séparées par un espace de quatre pas, dans lequel se te-
naient les domestiques des chevaliers, les musiciens, et des soldats pour empêcher la foule.
La grandeur du camp dépendait de la quantité de chevaliers qui devaient combattre , et cMiaient les juges qui la déterminaient.
La partie qui concerne les cérémonies usitées à Touverture des tournois , pendant les fêtes auxquelles ils donnaient lieu, et lors de leur exécution, est dW intérêt d'autant plus piquant , que le détail en est moins connu , et que Fauteur qui nous le fournit n*a rien laissé à désirer à cet égard. Yoici ce qu'il nous a transmis à ce sujet.
Tous les chevaliers qui se proposaient d'entrer en lice devaient se rendre, quatre jours avant celui qui était indiqué pour le tournoi , dans la ville du rendezvous, choisie par les juges. Ils devaient y arriver par troupes , sous les bannières du chef dont ils étaient vassaux, et qui devait les conduire et marcher à leur tète. Leur entrée dans la ville devait se faire de la manière suivante :
D'abord marchait le cheval de parade du prince, seigneur ou baron, chef de la troupe. Ce cheval, que Ton nommait alors le destrier j devait être couvert d'un grand caparaçon , aux quatre coins duquel étaient les armes de son maître et sa devise j la tête surmontée d'un panache en plumes d'autruche, ayant au cou un collier garni de clochettes. Ce cheval était monté et conduit par un petit page, assis de cdMt sur la selle ou chevauchant. Les destriers des chevaliers et escuyers suivaient celui de leur chef, tous caparaçon-
cette maison qu^on se réunissait pour faire toutes les cërémonies relatives au beau sexe, en faveur duquel les tournois avaient lieu. Dès le jour même de Tarrivée des juges dans la ville se tenait cette assemblée y où tout le monde qui y avait droit se rendait après souper ; les juges y arrivaient dans le même ordre quUls étaient entrés dans la ville , si ce n'est qu'eux et leur cortège étaient à pied. Parvenus dans la salle, ils se plaçaient à l'endroit qui leur était destiné , et qui était toujours la place d'honneur; ils donnaient ensuite le signal de la danse, qui durait environ une demi-heure, et la faisaient cesser : alors le roi d'armes et les poursuivans montaient sur l'échafaud des musiciens. Le poursuivant qui avait la voix la plus souOTe s'écriait:
Or ouezj or ouezj orouezl
A ce cri succédait un silence général , pendant lequel le roi d'armes prenait la parole et disait :
u Très - haultz et puissans princes, ducs, comtes, «barons, seigneurs, chevaliers et escuyers aux armes <c appartenans. Je vous notiffie de par messieurs les (( juges diseurs , que chascun de vous doive demain à (( l'heur de midy, faire apporter son heaulme, tymbre (( avec lequel il doit tournoyer, et ses bannières aussi, « à l'hostel de messeigneurs les juges , adfin que mesi( dits seigneurs les juges , à une heure après midy, « puissent commencer à en faire le département : et (( après ce qu'ils seront départis, les dames les vien- «dront voir et visiter, pour en dire puis leiir bon « plaisir aux juges.
« Et pour le jour de demain , auire chose ne se (( fera 9 sinon les danses après le souper, ainsi comme (( aujourd'hui. »
La danse recommençait après cette proclamation , et ne finissait que lorsque les juges le trouvaient à propos. On sei*vait ensuite du vin et des confitures que Ton nommait épicesj et tout le monde se retirait. Tel était l'emploi du premier jour; le second, on transpcnrtait au lieu indiqué, et qui était toujours la demeure des juges, les bannières, lespennons, les heaumes et les timbres des chefs et des chevaliers ; mais on observait encore dans ce transport un ordre remarquable. Par exemple, les bannières des princes étaient portées par leurs chambellans chevaliers, leurs pennons par leurs écuyers tranchans, leurs heaumes par leurs écuyers d'écurie : les bannières des bannerets, par leurs gentilshommes ; leurs heaumes , ainsi que ceux des chevaliers et des écuyers , par des gentilshommes quelconques ou par Ao/i/ie^te^'var/e^. Toutes ces pièces étaient placées de suite et par rangs, de manière qu'on pouvait toutes les distinguer séparément. Les dames et demoiselles, conduites par les juges, et accompagnées des seigneurs, chevaliers et écuyers , se transportaient dans le cloître où ces armures étaient rangées ; et là un héraut ou un poursuivant leur nommait les personnes auxquelles elles ' appartenaient. Si une dame avait quelque reproche à faire à un des chevaliers nommés, elle touchait son timbre; alors le chevalier, ainsi accusé par ce seul auouchement, devait être puni le lendemain, si les
juges le trouvaient coupable. Tel ëiait le privilège du beau sexe, qu^il avait droit de se plaindre publiqqement d'une médisance , d'une calomnie, d'une seule parole qu'un chevalier aurait prononcée contre l'honneur ou la vertu d'une dame ; et tel était l'avantage de la chevalerie , qu'elle mettait im irein à l'indiscrétion même. Combien, à cet égard, cette institution serait utile de nos jours !
C'est ici le lieu de rappeler les actions prohibées par la chevalerie , et les punitions qu'on infligeait à ceux des chevaliers qui les commettaient.
Il y avait , en général , quatre cas particuliers : .le premier était de médire des dames; le second, de manquer à l'honneur par des mensonges, et l'inexécution de ses promesses, quand elles étaient faites sous la foi de gentilhomme ; le troisième , de prêter à usure et même à intérêt; le quatrième, enfin, les mésalliances par des mariages disparates.
Dans le premier cas, lorsqu'il était prouvé, le chevalier qui en était convaincu était condamné à être battu par ses pairs , ce ts^nt et si longuement qu'il crie (( mercy aux dames à haute voix tellement que chas- (( cun l'oye , en promettant que jamais ne luy advien- (( dra d'en mesdire ou villainement parler. » Cette punition est loin de nos mœurs, et il est à croire C[u'elle n'avait pas lieu souvent dans un corps qui se piquait autant de galanterie que de noblesse.
Le manque de parole, le mensonge et l'usure étaient punis de la même manière ; mais cette punition était terrible. Tous les chevaliers, princes, barons, cheva-
liers, écuyers présens au tournoi dans lequel on devait faire cette éxecution, devaient s^approcher du coupable, et le battre jusqu^à ce quHl eût rendu son cheval. Alors, les sangles de sa selle étaient coupées par les plus bas valets , qui relevaient avec celte selle, et le portaient stir une des barrières de la lice. Là , il était entouré de personnes qui devaient Tempécher de descendre , et il y restait tout le temps que duraient les jeux du tournoi. Son cheval était donné aux trompettes et aux musiciens.
Le chevalier qui s^était mésallié était puni à peu près de la même façon. 11 était battu jusqu'à ce qu'il eût rendu son cheval , mais on ne lui coupait point les sangles ; on se contentait de lui jeter par terre sa masse et son épée ; un héraut ou im poursuivant prenait la bride de son cheval et le conduisait dans un des coins de la lice, où il restait à cheval, les mains libres et comme prisonnier, jusqu'à la fin du tournoi. S'il faisait mine de vouloir s'échapper, alors on le battait de nouveau, l'on coupait les Aigles de sa selle, et on le mettait à cheval sur une des barrières de la lice.
On regrette que l'auteur qui nous a laissé ces détails ait gardé le silence stu* l'espèce des armes avec lesquelles on fi*appait les coupables , et qu'il n'ait pas dit ce qu'ils devenaient après l'exécution.
11 faut encore remarquer que lorsqu'un roturier qui avait pardevers lui des actions recommandables , une conduite sans reproches et nyertueusej et qui à ces derniers titres se présentait ait tournoi , y était ad-
mis avec une cérémonie assez singulière. Les che&du tournoi 9 princes et seigneurs, s'approchaient de lui, le menaçant de le battre , et jouant de leurs masses et de leurs épées autour de sa personne sans le frapper. Cette seule cérémonie le purifiait de sa roture , et il était admis sans difficulté au tournoi et dans toutes les assemblées de chevalerie ; personne ne lui reprochait son extraction. Il avait dès lors le droit de timbre , et pouvait ajouter à ses armes ce qu'il jugeait à propos; ce droit passait à ses héritiers , qui jouissaient comme les autres gentilshommes des prérogatives de la noblesse. Ce ne pouvait être qu'une institution fondée sur la vertu qui la récompensât ainsi , et cette manière d'acquérir la noblesse valait bien celle de l'acheter à prix d'argent.
Après ]a vérification des timbres et des heaumes par les dames et les juges , il parsdt que ces derniers les distribuaient par portions égales pour combattre sous les bannières des deux chefs du tournoi. Cette distribution fait^ on reportait ces timbres et ces heaumes aux logis de leurs maîtres, et de la même manière qu'ils avaient été portés à l'hôtel des juges. Tout le monde se rendait ensuite à la maison d'assemblée , après le repas qu'on allait prendre , et les danses recommençaient. Entre la première et la seconde , le roi et les poursuivans proclamaient ainsi ce que l'on devait faire le lendemain :
(( Haultz et puissans princes , barons , chevaliers et (( escuyers , qui aujourd'huy avez envoyé présenter à « messieurs les juges et aux dames aussi, vos tymbres
(( et bannières, lesquels ont ëté partis, tant d'un costé (( que d'autre par esgale portion , soubs les bannières a et pennons de très-haut et très-puissant prince mon- (( seigneur le duc de Bretaigne appelant ; et mon trèsce redoubté seigneur monsieur le duc de Bourbon def- (( fendant; messeigneurs les juges diseiu*s font à sça- ((Toir que demain, à une heure après midy, le seif( gneur appelant avec son |)ennon seulement viengne (( faire sa monstre sur les rengs, accompaigné de tous (( les autres chevaliers et escuyers qui soubs luy ont (( esté partis sur leurs destriers encouvertez et armoyez (( de leurs armes , et leurs corps sans armures habil- <( liez le mieux et le plus joliment qu'ils pourront , (( adfin que mesdits seigneurs les juges diseurs pren- (( nent la foy des diz tournoyeurs. Et après ce que le (( dit seigneur appelant aura ainsy fait sa monstre, la (( foy prinse, et qui sera retourné de dessus les rengs , « yiengne à deux heurs le seigneur deffendant faire (( la sienne pour pareillement prendre la foy, et qu'il (( n'y ait faulte. »
Le troisième jour était consacré à cette espèce de revue et à la prestation du serment que devaient faire les combattans.
Tous s'assemblaient à l'heure indiquée et à l'appel des hérauts et poursuivans, qui parcouraient les rues en criant : «Aux honneurs, seigneurs chevaliers et (( escuyers! aux honneurs, aux honneurs! » Chaque chevalier montait alors à cheval , proprement habillé et armorié de ses armes, sans harnais , un tronçon de lance k la main ou un simple bâton , et il se rangeait