‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliersChapitre 10 sur 30 · JUSQUE* A PRÉSENT · texte numérisé non relu

JUSQUE* A PRÉSENT

Il est plus aysé de ployer que de rompre le courage d'un peuple , et la douceur et la clémence sont des moyens beaucoup plus asseurez pour la conservation d'un Estât que non pas la rigueur et la dévérité. Nous avons un notable exemple de ce qu'en la personne de Louis XI > Roy de France, lequel, ayant commencé son règne par l'esloignement qu'il fit de plusieurs bons et anciens officiers de la couronne qui avoîent rendu de grands services au Roy Charles VII, son père, au recouvrement de sont royaume , que les Anglois «voient oc-

cupé, fut cause que ces seigneurs mécontens, joints aux peuples chargez de grandes impositions qu'il avoit mis sur eux, eslevèrent une guerre contre luy, qu'ils appelèrent le bien public. Ce prince, se voyant en risque de perdre son royaume, chercha les moyens de l'éviter par une paix, et suivit en cela l'advis de Francisque Sforce, duc de Milan, son amy, qui luy conseilla de ne refuser rien de ce qui luy estoit demandé afin d'appaiser promptement celte guerre : après laquelle il se servit tousjours depuis de ces seigneurs, et confessa librement qu'il n'avoit voulu hazarder aucun combat pour ne vouloir pas commettre son Estât au péril si incertain d'une bataille, et qu'il avoit pris résolution de se retirer du royaume , estant hors espérance de le pouvoir conserver si la ville de Paris ne fust demeurée dans la fidélité qu'elle devoit à son party , et qu'elle a tousjours religieusement conservée pour ses Roys. De quoy Ton peut inférer que non-seulement les souverains ne doivent faire la guerre à leurs sujects ni les traiter avec rigueur, mais déplus que les ministres des princes, qui sous leur authorité s'efforcent de ruyner les principales villes de leurs Estats, sont leurs ennemis, et au contraire que ceux qui recherchent la paix et procurent le repos des peuples sont leurs vrays serviteurs, comme l'a toujours fait paroistre le parlement , dont vous apprendrez quelque chose par la relation de cette arrivée. . Le mercredy 10 mars 1649, nouvelles sont arrivées de Lizieux en Normandie que le baron de Mare, faisant des levées de cavalerie et d'infanterie pour le comte de Harcourt, après avoir abandonné Argenton et Alençon, le sieur de Cfyamboy, un des lieutenans de monsieur le duc de. Longueville , avec six cens chevaux qu'il avoit levez en cette contrée, eut advis que l'assemblée de

quelques troupes ennemies se faisoit dans le. chaste au du Chesne, ce qui fit qu'il approcha avec trente maistres seulement, a^ant fait faire halte au reste; et avec ce petit nombre s'avança jusques dans la basse-cour dudit chasteau , qui estoit gardée par l'infanterie ; où ayant trouvé un sergent qui estoit sur le pont-levis, feignit estre desdites troupes qui s'assembloienl en ce lieu ; ce que le sergent ayant creu, il le laissa entrer, et par ce moyen , ayant surpris à table ceux qui estoient en ce chasteau , il les fit tous prisonniers, puis se retira, et les emmena avec soixante de leurs chevaux qu'il y a gaiguez; , Comme aussi nouvelles* de Rouen que, mondit sieur le duc de Lohguèville ayant eu advis que le comte de Harcourt avoit dessein d'assiéger Dreux, et que pour cet effect on luy avoit envoyé de Sainct-Germain neuf compagnies du régiment des Gardes et le régiment de Bourgogne, avec artillerie, ce prince, qui n'oublie rien pour la conservation de sa province et soulagement des oppressez , est party de Rouen avec ses troupes, sçavoir : cinq mille hommes de pied et trois mille chevaux ; et, pour faire croire aux ennemis qu'il avoit dessein d'assiéger le Ponteaudemer, fit embarquer son canon sur la rivière avec quelque infanterie , qui *e rendirent en son camp , duquel il commanda le sieur de Sainct- Valéry, mareschal-de-camp de ses armées, avec six vingts chevaux, pour aller faire le logement de ladite armée à Montfort-sur-Rille , pour augmenter le soubçon qu'avoit ledit comte de Harcourt dudit siège; lequel n'ayant autre objet s'avança et fit desloger son armée ; et, pour éviter la honte qu'il eust pu encourir d'avoir perdu une place qui luy avoit donné tant de peine et qui est de si petite conséquence , il prit résolution de la secourir; mais aussitost monsieur le duc de Longueville, en estant II e série , t. vu. 25

adverty, en donna advis audit mareschal-de-camp, afin d'éviter la rencontre dudit comte et qu'il le pust venir joindre avec plus de seureté; ce qu'il fit fort heureusement. Le bruit de celte grande armée» qui avoit jeté la terreur et l'effroi dans les troupes du comte d'Harcourt, facilita merveilleusement l'entreprise dudit sieur duc, qui estoit de donner secours à Evreux, ville qui est de grande conséquence à la province ; et d'effet, ayant commandé le sieur de Gomesnil, mareschal-de-camp de ses armées, avec huit cens mousquetaires et quatre cens chevaux pour ce secours, les fit partir la nuict, et par la conduite et la prudence du duc tout arriva comme il avoit pensé , et a secouru ladite ville ; après quoy il est retourné à Rouen.

Le jeudy il, le parlement fit règlement des taxes faictes par les députez des compagnies souveraines pour le payement des frais de l'armement et subsistances des gens de guerre, ensemble des modérations faictes d'aucunes desdites taxes, et ordonna que ceux qui estoient compris èsdits rooles de modérations demeureraient descheus d'icelles faute de les avoir payées, et qu'ils seroient contraints au payement des premières sommes ausquelles ils avoient esté taxez pour ledit armement et pour la subsistance du mois de febvrier et du présent mois de mars, comme pareillement les autres particuliers desnommez èsdits rooles, afin que nostre année ne manquast pas de ce qui luy peut estre nécessaire, non plus qu'elle a faict jusques à présent. Comme aussi le mesme jour ladite cour de parlement permit à tous marchands forains et autres d'amener à Paris bleds , farines et pain en telle quantité qu'ils voudroient, lesquels ils pourraient vendre et débiter à tel prix et conditions dont ils conviendraient avec les acheteurs,

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et que les boulangers , tant de petit que de gros pain» et les paticiers seroient tenus doresnavant de cuire tout le bled qu'ils auroient en pain bis de divers poids, sçavoir : les boulangers de petits pains d'une ou deux livres, et ceux de gros pain, depuis une jusques à six livres, avec deffenses à eux d'en cuire d'autre façon ny de plus grands. Et à ce que le peuple tirast soulagement des bleds et farines qui arrivent journellement A Paris, ladite cour a ordonné qu'ils seroient menez à la halle pour estre distribuez aux boulangers et paticiers à grande mesure , et au peuple à petite mesure ; et pour l'exécution députa des commissaires pour estre présens et tenir controole de ce qui seroit délivré, avec deffenses à toutes personnes d'empescher le transport desdits bleds à la halle ny de piller les charrettes, i peine de la vie, avec injonction au bourgeois de l'empescher et courir sus à ceux qui voudroient ce faire.

Le mesme jour un gentilhomme est venu en parlement, avec lettre de créance de monsieur le duc de La Trimouille , qui a rapporté à la cour que mondit sieur le duc de La Trimouille , ayant fait depuis quelque temps des levées de gens de guerre dans la province de Poictou et autres circonvoisines pour le secours de la ville de Paris, avoit rendu son armée complète et composée de huict mille hommes, tant de cheval que de pied, avec laquelle il se tenoit prest et attendoit les ordres du parlement, et à cette fin requéroit estre receu à son union , et que commission luy fust délivrée afin de se mettre en marche pour venir du costé de Paris. Sur quoy la cour ayant délibéré , ledit sieur de La Trimouille et les sieurs Destissac , de Ghaumont et au* très gentilshommes , avec la ville de Poictiers , ont esté receus à l'union du parlement et de la ville de Paris.

La nuict du jeudy au vendredy, sur ce que ceux du party contraire eurent advis que le pont de batteaux encommencé sur la rivière de Seine, proche le Port-àl'Anglois, estoit parfait et en estât de nous servir à la communication du passage des rivières de Seine et Marne, quelques troupes de cavalerie, au nombre de quatorze escadrons» vindrent du costé de la Brie pour brusler ledit pont ; ce que messieurs nos généraux n'ont pas seulement empesché, mais, encores repoussé lesdites troupes* lesquelles se retirèrent sans avoir pu faire aucun dommage audit pont; de quoy irritées allèrent injustement se vanger sur les prochains villages par où elles firent leur retraite.

Le vendredy 12 , messieurs les députez qui estoient allez à Ruel pour la conférence de la paix , après avoir arresté et signé les articles d'icelle, arrivèrent à Paris environ les quatre heures du soir.

Dès ce jour tous les passages des environs de Paris ont esté ouverts, et a esté libre à toutes personnes de dehors d'y venir et y séjourner, comme à ceux de la ville d'aller où bon leur a semblé, sans qu'aucuns actes d'hostilité ayent plus esté commis par les gens de guerre des deux armées.

Et ensuite sont arrivez à Paris, par les rivières de Seine et Marne, plusieurs grands batteaux chargez de bleds et farines, qui ont esté deschargez à l'Arsenal , et depuis charriez aux halles, où l'on les distribue journellement aux personnes qui en veulent acheter.

Le lendemain samedy 13, le parlement estant assemblé, sur ce qu'il fut représenté que messieurs nos généraux , n'ayant point député de leur part pour les prétentions qu'ils pourroient avoir, n'esloient compris qu'en général es articles accordez à la conférence de

Ruel , il fut délibéré qu'avant que faire ouverture et lecture d 'îceux messieurs les députez retourneroient vers n Leurs Majestez pour traiter des inlérests desdits sieurs, ensemble de ceux de monsieur le duc de Longueville , du parlement de Rouen , et généralement de tous les intéressez en cette cause , de quelque qualité et condition qu'ils soient , et que le tout seroit compris par une seule déclaration.

Ce jour, on a eu advis que le mareschal Du Plessis- Praslin , ayant tiré des garnisons qui estoient à Sainct- Denis, Mont-Lhéry, Ghastres et autres lieux, le régiment de Persan et d'autres troupes, avoit fait un gros d'environs trois mille hommes, avec lesquels il marche vers Damp-Martin-en-Goille, sur l'advis que l'on a eu à Sainct-Germain que parties des tro upes de l'archiduc Léopold s'avançoient entre les deux rivières du costé de Han.

Le dimanche lu, au matin , comme mesdits sieurs les députez se disposoient à partir, a esté apporté une lettre de cachet de la part du Roy, la substance de laquelle estoit qu'auparavant que d'entendre lesdits députez sur le faict de mesdits sieurs les généraux, qu'il fust procédé à la vérification des articles accordez à ladite conférence ; sur quoy le parlement fut assemblé , et résolu que le lendemain lecture seroit faite desdits articles, et délibéré pour sçavoir si l'on procéderoit à ladite vérification.

De ce jour il y a eu cessation d'armes de nostre armée et de celle du party contraire, en sorte qu'aucunes attaques ny entreprises n'ont esté faites de part ny d'autre, en l'attente que l'on a d'une bonne et seure pacification pour le repos des François, à la confusion des ennemis estrangers de cet Estât.

Le lundy 15 dudit mois, le parlement estant a&

semblé et mesdits sieurs les généraux présens, fut fait lecture desdits articles arrestés à la conférence de Ruel ; sur lesquels ayant esté délibéré, ensemble sur la lettre de cachet du jour précédent, il y a eu arrest par lequel la cour accepte l'accommodement , et néanmoins ordonné que les députez retourneroient à Sainct-Germain pour faire instance et obtenir la réformation d'aucuns articles d'iceluy, et pour traitter des intérests de monsieur le prince' de Conty et de messieurs nos généraux, qu'à cette fin ils bailleroient par escrit pour estre compris dans une seule et mesme déclaration , ensemble ceux de monsieur le duc deLongueville, du parlement de Rouen, de monsieur de Turenne, de sestrouppes et autres intéressez.

Le courrier du Mayne est arrivé le lundy ik , qui nous asseure que cette province s'est entièrement déclarée pour Paris , et que , monsieur le marquis de la Boullaye ayant couru vers ces quartiers, les nouvelles de son approche ont donné telle espouvante au nfarquis de Lavardin et quelques autres, qui faisoient des levées dans cette province pour Sainct-Germain, qu'il les a à mesme temps tous dissipez et empesché leurs desseins ; après quoy il s'est retiré, sans que l'on ait peu sçavoir en quel quartier, ce vaillant et vigilant capitaine donnant plus tost des nouvelles de ce qu'il a fait en quelque lieu que l'on ne sçait sa marche.

«Le mardy 16, monsieur de Sainctot, grand-maistre des cérémonies de France, est arrivé à Paris, qui a apporté les sauf-conduits pour messieurs les députez, qui sont partis l'après-disnée du mesme jour pour aller traitter desintérests de messieurs nos généraux, et faire en sorte que la déclaration du mois d'octobre dernier, si judicieusement concertée et si équitablement octroyée

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pour le bien et soulagement des peuples, ne reçoive aucune atteinte et soit inviolablement observée , et par ce moyen appaiser les présens troubles» restablir le commerce, rendre le repos et le contentement à un chacun, au royaume son ancienne splendeur, et charger de confusion les ennemis de la France.

Ce mesme jour, sur ce que Ton a eu advis que plusieurs particuliers officiers et autres soldats du party contraire, sous prétexte de la cessation d'armes accordée de part et d'autres , venoient en cette ville achepter et emportoient des munitions de guerre, a esté publié une ordonnance de l'Hostel-de- Ville de Paris ,* par laquelle il est fait deffences à toutes personnes d'emporter de la ville aucunes poudres , plomb , mesches , armes ny autres sortes de munitions, à peine de la vie , et encores que tous soldats, tant de cavalerie que d'infanterie, tant d'un party que d'autre, eussent à se retirer promptement en leurs quartiers, sous les inesmes peines.

Monsieur le prince de Conty et messieurs nos généraux, accompagnez de leurs gardes, sont allez voir Tordre auquel est nostre armée à Vitry et es environs.

Le mercredy 17, monsieur le duc de Bouillon , convallescent de sa maladie , est allé coucher au quartier de l'armée pour relever monsieur le mareschal de La Mothe, lequel avoit relevé monsieur le duc de Beaufort, et continue à y faire entretenir la discipline et les ordres militaires dont il a une si parfaite connoissance, lesquelles trouppes sont en très bon estât.

Ce mesme jour ont esté apportées en parlement lettres de monsieur le duc de Longueville, escrites à Rouen le 15 mars, par lesquelles il asseure le parlement dune parfaite union et intelligence* qu'il a jette des trouppes dans Evreux, et qu'il n'obmet rien pour as-

sembler le plus de forces qu'il luy est possible pour l'avantagé des affaires, et que monsieur de Matignon s'est saisi de l'isle Marie que tenoit le sieur deSellefond, qui est du party contraire ; que le Mans s'est déclaré pour Paris, et beaucoup d'autres lieux se préparent d'en faire de mesme ; sur lesquelles a esté arresté que de la part de la cour sera fait response audit sieur duc de Longueville.

AUTRE ARRIVEE

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