JUSQUES A PRÉSENT
Si autrefois il s'est frouvé des nations qui ont dressé des statues, décerné des triomphes, ordonné des sacrifices, institué des festes en l'honneur de ceux qui, par quelque signalée victoire ou autre généreuse action, s'estoient rendus recommandables , quelles obligations n'avons-nous pas et comment pourrons-nous assez dignement reconnoistre ces vénérables sénateurs que ny la crainte des disgrâces» ny les menaces d'un mauvais traittement, ny les violences exercées sur plusieurs d'entr'eux, n'ont peu destourner du dessein qu'ils avoient
si généreusement entrepris pour le soulagement des peuples. Et encore, si, après avoir délivré la France de ses sangsues» réformé les désordres et abus qui se corn* meltoient au gouvernement de l'Estat, l'avoir asseuré et retiré de la ruine prochaine à laquelle il estoit exposé par la tyrannie de celuy qui , abusant de l'autorité du Roy, ne s'en servoit que pour maltraiter les bons et fidelles François, si, dis-je, après que nous aurons veu les présens troubles et feux de division (que ce mauvais ministre a allumez en ce royaume ) esteints , nous pouvons estre assez heureux de voir dans peu une guerre, commencée et continuée depuis tant d'années, et entretenue du sang et de la substance du pauvre peuple, finie et terminée par l'admirable conduite de cette illustre compagnie , quelle reconnoissance assez grande aurons-nous pour cette surcharge d'obligations, et quels honneurs ne luy préparerons-nous pas, puisque nous luy sommes redevables de nostre repos, pour lequel il y a si longtemps qu'elle travaille, et plus particulièrement à présent messieurs les députez d'icelle, avec ceux des autres cours souveraines, en la conférence qui se tient à Ruel, comme vous verrez avec les autres récits de cette huitiesme arrivée !
Le premier jour de mars 16ft9, lettres sont arrivées de la part de Messieurs du parlement de Rouen, envoyées à Messieurs du parlement de Paris, touchant les arpests qu'ils ont rendus sur la nécessité présente, avec lesdits arresto, par le premier desquels ils ont ordonné que tous comptables et fermiers aporteroient en l'hostel commun de la ville de Rouen les denier» de leurs receptes ; par le second, que le sel des greniers et magasin de Rouen seroh vendu aux habitans de la ville et lieux cârconvoisins, pendant quinae jours, au prix de dix H*
vres te boisseau, et les deniers employez utilement pour le service du Roy et conservation de la province ; par le troîsiesme que tous villages et bourgs desclos» payant Tannée dernière pour taille» taillon, subsistance et au* très droits, la somme de cinq cens livres et au-dessous, fourniroient un homme de pied armé d'espée et de mousquet» et celles imposées à mille livres deux hommes, et ainsi les autres à proportion» et ce en diminution de leur impost de taille ; par le quatriesme» que le sel qui est dans les magasins de la ville de Gaers seroit aussy délivré aux habitans de laditte ville et des environs à raison de dix livres le boisseau» conformément à ce qui avoit esté ordonné pour la ville de Rouen; et, par le cinquiesme et dernier» que les paroisses qui ne pourraient fournir des gens de guerre» suivant ce qui avoit esté ordonné par l'arrest dont est cy-devant fait mention» ser oient tenues payer la somme de cinquante livres pour chacun homme» et les autres à proportion de leur impost de la taille» et que ce qui seroit payé seroit receu par les receveurs ordinaires des tailles en chacune esleotion.
Le mardy 2 » une compagnie du régiment de cavalerie de monsieur le coadjuteur de Paris, battant l'estrade sur le chemin de Longjumeau, ayant rencontré quarante cavaliers des troupes ennemies soustenus de soixante autres, les défirent aux deux rencontres qu'ils en firent à la portée du mousquetl'une de l'autre» et» en ayant tué quelques-uns et miz en route les autres, profitèrent de plusieurs de leurs chevaux et de la meilleure partie du butin qu'ils avoient fait
Le mercredy 3 , l'on a eu nouvelles que monsieur de Turennes faisoit advancer les troupes qu'il amène pour le secours de Paris, et qu'il estoitdesjà entré en France*;
Comme aussi que les conducteurs de l'armée de Sainct-Germain faisoient défiler leurs troupes vers Chartres et Mont-Lhéry, ce qui a obligé messieurs nos généraux à faire sortir nostre armée hors de son logement ordinaire et luy faire tenir la campagne ; et depuis ils ont fait loger ladite armée en tous les bourgs et villages circonvoisins de la rivière de Seine, pendant qu'ils font construire oin pont sur ladite rivière vers le Port-à-1'Anglois, pour donner libre passage et communication de ladite rivière de Seine à celle de Marne» et, pour la conservation dudit pont , deux forts réguliers aux deux bouts ; ce qui apportera dans peu de temps une très grande commodité à la ville de Paris;
Et encore de Sainct-Germain que monsieur le mareschal de Rautzau, gouverneur de Dunquerque, y estant arrivé suivant le mandement que Ton luy avoit fait de venir, y a esté arresté et depuis emprisonné.
Le jeudy 4, messieurs les députez du parlement, des autres cours souveraines et de la Maison-de-Ville, sçâvoir : du parlement, monsieur Mole, premier président, messieurs de Mesmes, le Coigneux et de Nesmond, président au mortier; de Longueil et Menardeau, conseillers de la grand'chambre , de la Nauve , Le Cocq , Bitault, P. Violle ou Palluau, de la part des enquestes, et Le Febure, conseiller des requestes; monsieur Briçdnnet, maistre des requestes de la chambre des comptes, monsieur Nicolaî, premier président, messieurs Paris et l'Escuyer, maistres des comptes de la cour des aydes, monsieur Amelot, premier président, messieurs de Bragelonne et Quatr '-Homme , conseillers ; et pour la Maison-de-Ville de Paris le sieur Fournier, esche vin, sont partis et arrivez à Ruel pour la conférence de la paix; où aussi, le mesme jour, messieurs les ducs d'Or-
léans et prince de Condé, et autres de leur suite, sont arrivez, et ont commencé ladite conférence; de laquelle le cardinal Mazarin ayant esté exclus, Dieu en fera esclore, s'il luy plaist, une tranquillité permanente à tout ce royaume.
Le mesme jour, les passeports ont esté apportez .pour la délivrance des bleds accordez pour la subsistance de la ville, lorsque messieurs les gens duRoy furent à Sainct- Germain ; ensuitte desquels messieurs les eschevins de Paris ont esté faire délivrer lesdits bleds, et les jours suivans ont esté conduits à Paris en plusieurs bateaux, où estant deschargez, il en a esté délivré aux boulangers et paticiers pour en fabriquer du pain.
Le vendredy 5, l'on a eu advis que le sieur marquis de Goaquin avoit joinct les troupes des gens de guerre qu'il a levées en Bretagne pour nostre secours à celles de monsieur le duc de Longueville, et que l'armée dudit sieur duc advancera dans peu de temps vers ces quartiers.
Comme aussi nouvelles sont venues de la ville de Rheims, capitale de la province de Champagne, que, le cardinal Mazarin y ayant envoyé gens pour s'emparer par surprise de ladite ville, les habitans en ayant eu advis se sont mis en armes et ont pourveu à la seureté d'icelle, en ayant chassé le Conducteur de cette entreprise. Ordonnance a esté publiée le samedy 6 , avec injonction aux boulangers de. mettre leurs marques et poids sur leurs pains, et deffenses de contrevenir à ladite ordonnance à peine de quatre cens livres d'amende et de punitions exemplaires, et aux boulangers du petit pain de la garder et observer sur les mesmes peines.
Je pense estre obligé de vous rapporter en cet endroict ce qui m'a esté dit en mon dernier voyage «que
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plusieurs personnes se sont estonnées d'entendre que Paris, que l'on peut dire la plus grande et la plus populeuse ville du monde , composée d'un nombre infiny d'ames, se soit laissée comme bloquer par une armée si peu nombreuse à proportion , et qu'ils se soient rendus maistres de partie des passages qui luy estoient les plus commodes pour l'apport des vivres sans que par la force des sorties en ay t empescbé leur dessein.
Et quoy j'ai creu les satisfaire par ma réponse , qui a esté que, s'il n'y avoit des raisons contraires, on pourrait accuser ce peuple de peu de résolution en ce rencontre, mais que l'on a tousjours différé parce que les forces ennemies faisoient parade du nom du Roy ; que monsieur le duc d'Orléans avoit intérest de ne souffrir ce qui s'est fait que par des raisons inconnues; que, mon sieur le prince de Condé conduisant les desseins, personne n'eust creu devoir estre poussez jusqu'aux extrémités où il les a portez ; que Messieurs du parlement et messieurs les généraux, dès le commencement, avoient résolu de ne faire aucun acte d'hostilité , de ne rendre aucun combat s'ils n'y estoient forcez, de ne surprendre ny se saisir d'aucunes places , pour ne pas paroistre agresseurs, ains seulement de demeurer sur la deffensive et faire venir des vivres à Paris, sans bazarder aucuns bourgeois ny leur permettre aucunes sorties que celles qui se sont faictes par forme, d'où toutefois on ne les a retirés qu'à peine ; de laquelle déféranoe le party contraire avoit pris l'advantage desdits passages qui luy eust peut -estre facilement osté toutefois et quantes que l'on eust voulu faire une sortie de cinquante mille, voire de cent mille hommes, si, outre les raisons susdites , on n'eust pas eu cet object d'espargner les sujects du Roy.
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Action aussi louable à ces messieurs que celle de la charité qu'ils ont exercée , ayant retenu et fait fournir de vivres à dix mille personnes qui faisoient tous leurs efforts de sortir de Paris, à cause de leur nécessité , et de n'avoir encore voulu escouter les propositions qui leur ont esté faites de mettre hors la ville les bouches inutiles; au contraire avoir receu plus de cinquante mille personnes qui se sont venues retirer dans l'enceinte de ses muraille, lesquelles, par la grâce et providence de Dieu , ont trouvé en leur refuge de quoy se subvenir par l'ordre de ces sages directeurs , ausquels sa divine Majesté prépare une récompense au ciel et la France une éternelle mémoire de leurs bienfaits.
Monsieur le prince deConty, nostre généralissime, est sorty de Paris et a esté voir la disposition de nostre armée en tous ses quartiers , et le travail du pont que l'on construit au Port-à-1'Ànglois, et le mesme jour syr le soir est retourné à la ville.
Le dimanche 7 , l'on a eu advis qu'une partie de l'armée de l'archiduc avoit paru vers Bray -sur-Somme , et qu'une autre partie voltigeoit es environs de Guyse , et que le duc Charles estoit aussi avec des troupes en Champagne, es environs d'Avesnes; ce qui donne lieu d'espérer que l'armée qui environne Paris et tasche de leur empescher les vivres lèvera bientost nostre blocus, n'y ayant pas d'apparences que, contre toute justice et raisons politiques , les chefs d'icelle abandonnent les frontières du royaume et le mettent en proye pour affamer inutilement cette ville,
Cedit jour, quantité de bleds et farines sont arrivées à Paris, en charettes et sur des chevaux que l'on avoit amenez des environs d'Estampes , et d'autres bourgs et villages sur ce chemin.
Le lundy 8 , le régiment d'infanterie de Paris a fait monstre générale à la butte Goypeaux, hors le fauxbourg Sainct-Victor, pour se mettre en marche avec le reste de nostre armée , et de là est allé joindre noslre milice qui est retranchée très advantageusement es villages de Vitry, Ville-Juifve et autres bourgs prochains.
Le mesme jour la cour de parlement a donné arrest contre la prétendue déclaration et arrest du conseil de Sainct -Germain rendu contre monsieur de Turenne, lequel depuis un très long temps a rendu de si importans services à l'Estat dans une infinité de sièges et de batailles où il s'est trouvé, et continue en la présente occasion, ayant refusé de venir servir contre le parlement et la ville de Paris , 4 laquelle il a envoyé offrir ses services et celuy de ses troupes ; laquelle offre a esté receue par cette célèbre compagnie avec les tesmoignages de gratitude qui sont deus à un service rendu sy à propos, dans une conjoncture de la dernière conséquence; par lequel arrest ladite cour a déclaré ledit prétendu arrest du conseil ou déclaration , sy aucune y a contre ledit sieur de Turenne, nuls et de nul effect, et ordonné que, sans y avoir esgard, il aura tous passages libres pour entrer avec ses troupes en ce Royaume, pour le service du Roy, deffense de la cour, de cette ville et du public , avec injonction à tous officiers et sujectsdu Roy de luy obéir, et deffenses de l'empescher en quelque sorte et manière que ce soit ; et encore à ordonné qu'il demeureroit joinct aux intérêts de ladite cour et de ladite ville de Paris , et cependant qu'il sera fait fonds pour fournir et ayder à la subsistance desdites troupes ; et luy permet de prendre les deniers de receptes es lieux où il passera, jusques à la somme de trois cens mille livres, pour la substance d'icelles ; de
quoy seroit donné advis à monsieur le duc de Longueville et autres qu'il appartiendra.
Et encores ledit jour la cour ordonna que les deniers de la vente des meubles du cardinal Mazarin seraient mis es mains des desnommez en l'arrest, nonobstant les oppositions qui pourraient avoir esté formées à la délivrance , sauf aux opposans à se pourvoir sur les autres biens dudit Cardinal.
Ce mesme jour monsieur le prince de Conty, nostre généralissime , retourna voir les travaux que Ton continue pour retrancher nostre armée aux villages de Ville-Juifve et autres villes susdites , où il fut accompagné, outre ses gardes , de plus de six cens cavaliers volontaires, entre lesquels il y avoit plusieurs personnes de condition , mesmes du corps des compagnies souveraines, qui tous témoignent assez la bonne affection qu'ils nous portent , non-seulement en ordonnant ce qui est nécessaire , mais encores en offrant leurs propres personnes pour nous deffendre contre nos ennemis ; ce qui doit estre reconneu de tous les bons François.
Le noardy 9 , sur ce qui a esté remonstré à Messieurs de la cour du parlement, par monsieur le procureur général du Roy, qu'il avoit eu advis que le cardinal Mazarin, abusant de l'authorité de Sa Majesté, avoit fait bailler des commissions à plusieurs particuliers pour lever des troupes, avec pouvoir de tirer, en vertu des ordonnances du mareschal de la Meilleraye , les deniers qui se trouveraient aux bureaux des receptes, pour employer à la levée desdites troupes qui se fait contre le service du Roy et du public , et entr 'autres par les sieurs de Gourcelles, Galerandes, Laverdin et Damilly, es provinces d'Anjou, du Maine et du Perche, mesdits
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sieurs du parlement, toutes les chambres assemblées é leur ont fait inhibitions et deffenses* et à tous autres» de quelque qualité et condition qu'ils soient, de faire aucunes levées de gens de guerre qu'en vertu des commissions du Roy et attaches de la cour de parlement sur icelles, et à tous gentilshommes et autres de prendre employ sous eux , ny de s'enrooler » à peine de la vie et d'estre desgradez de noblesse ; et à tous receveurs de leur livrer aucuns deniers ny de s'en dessaisir que par ordre de ladite cour ; et en cas de contravention! enjoinct aux communes de s'assembler au son du tocsin , et courir sus aux chefs et aux troupes qu'ils auront levées.
Monsieur le marquis de La Boulaye, ayant seulement emmené de Paris trois cens cavaliers avec luy , a tellement grossi ses troupes , en la marche qu'il a faite vers le comte de Dunois , que Ton nous asseure qu'il en a & présent plus de douze cens, et qu'il nous prépare un grand et riche convoy de quantité de bleds et autres provisions nécessaires qu'il a fait conduire à Estampes.
Il y a nouvelles de Bretagne que le parlement de Rennes , ayant esté pleinement instruit par les lettres circulaires et autres qu'il a receues des bons et justes desseins de Messieurs du parlement de Paris, délibéroit l'union et jonction avec eux , et que cela auroit esté plus tost fait si quelques partisans du cardinal Mazarin, qu'il avoit envoyez en cette province afin de préoccuper les esprits du peuple et les attirer à son mauvais party, n'eussent retardé l'effect d'une intelligence si nécessaire pour le soulagement particulier de leur province et le bien universel du Royaume.
AUTRE ARRIVÉE
APPORTANT TOUTES LES NOUVELLES
DE CE QUI s'iBT PASSÉ DEPUIS SA DEKNlfeltE ARUVAe