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qu'il estoit et le rang qu'il tenoit pour lors dans les mai* sons des cardinaux Sachetti et Antonio ; chacun sçait aussi que son esprit, formé sous l'astre de Mercure et né au larcin et à la fourberie, ne s'employoit qu'à l'étude de son inclination; qu'il fit voyage de* Venise à Naples pour apprendre les piperies qu'on pratique dans lés jeux de hazard, dont il devint maistre si parfait en peu de temps qu'on luy donnoit par excellence le nom de pipeur ; de quoy toute la cour de France sçait la vérité, et plusieurs en ont fait expérience à leur très grand préjudice et de toute leur famille. Mais pour passer sous silence toutes ces choses , qui feroient la matière d'un gros volume, il suffit de considérer ce qui s'est passé en sa personne depuis qu'il est en France, ce qu'il estoit au temps qu'il y est venu, ce qu'il y est et ce qu'il y a fait jusques à présent. Lors de son arrivée , de petit pos- . tillon qu'il estoit, pour s'estre signalé par une fourbe qui noircissoit et la conscience et l'honneur du Pape, et qui fut comme l'allumette des flammes qui, par la guerre, dévorent la chrestienté, n'osant plus retourner à Rome, il fut recueilly par le cardinal de Richelieu, qui , le trouvant d'un esprit assez conforme au sien et propre aux intrigues dent il avoit besoin pour la conduite des desseins desquels la vanité luy avoit remply le cerveau , l'employa auprès de luy, luy donna plusieurs commissions pour tromper les uns et les autres , principalement le prince de Monaco, et, outre les despenses de ses voyages, luy faisoit donner tous les ans une pension notable par le Roy, sans parler de ce qu'il avoit sous main en qualité d'espion. Mais parce que tout cela n'estoit pas suffisant pour ses desseins, et qu'estant fort adroit il sçavoit bien par où il falloit s'insinuer dans l'affection des grands, connoissant l'humeur
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du cardinal de Richelieu d'une superbe sans pareil, qui, comme un dieu, ne voulait pas estre abordé ny adoré les mains vuides, il employoit tout ce qu'il avoit de pension en achapt de présens qu'il luy faisoit, afin de se conserver dans ses bonnes grâces ; si bien qu'il estait contraint de pourvoir d'ailleurs à une partie de sa despense et de son entretien. Et pour cet effect, suivant la profession de son ayeul, il faisoit trafic, par l'entremise d'un sien domestique, de livres qu'il faisoit venir de Rome , de tables d'ébène et de bois de la Chine, de tablettes, de cabinets d'Allemagne, de guéridons à teste de More, et autres curiositez qui se vendoient publiquement dans une salle de l'hostel d'Estrées, en la rue des Bons-Enfans, qu'il avoit louée pour ce sujet; et de l'argent qu'il en tiroit, acheptoit des montres et quelques pierreries qu'il envoyoit à Rome, afin que , de tous costez, il tirast ce qui estoit nécessaire à sa subsistance. Et cet esprit mercenaire et de trafic luy est tellement naturel qu'à présent qu'il est cardinal , gorgé de biens et suffoqué presque de toutes les richesses de l'Estat, il ne sçauroit se retenir d'en user; car l'on sçait qu'il fournit à la maison du Roy et de la Reyne toutes sortes d'étoffes, de tapisseries, de vaisselle, de pierreries, par l'entremise de l'un de ses petits émissaires, l'abbé Mondain, qui, de laquais piedmontois, est devenu prélat de trente mille livres de rentes, et par cet avare, mais infâme commerce, oste la vie à cinquante familles de Paris qui gagnoient légitimement sur les choses qu'elles fournissoient à la cour, chacune selon sa condition (1).
(1) Voici comment, sur ce point, Mascurat essaie de justifier le Cardinal aux yeux de son ami Saint-Ange : a Je ne dis pas que le Cardinal n'ait fait venir en ce temps-là, et
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O Dieu i qui auroit creu, en ce temps-là, qu'il fust jamais parvenu en Testât auquel.nous le voyons, au grand malheur de toute la France ? Qui se seroit persuadé , mais qui croira jamais dans les siècles futurs , le lisant dans l'histoire» qu'en moins de six ou sept années il se soit eslevé sur le faiste de l'auctorité, des richesses» de la grandeur et du luxe , au-delà de ce que , non les histoires, mais les romans et les fables, nous racontent de plus inconcevable dans l'antiquité? Qui croira jamais qu'un petit estranger, sorty de la dernière lie du peuple, né subjet du Roy d'Espagne, soit monté dans six ans jusque sur les espaules du Boy de France, ait fait la loy è tous les princes, emprisonné les uns, chassé les autres, gourmande les cours souveraines, banny les plus zélez au bien de l'Estat, basty dans Paris un palais qui fait honte à celuy du Roy et où le luxe est au plus haut point jusques sur les mangeoires des chevaux, envoyé en Italie et autres parts du monde la plus grande partie des finances de l'Estat, achepté à Rome un superbe palais où il a fait conduire plus de trois cents ballots de meubles des plus précieux de toute l'Europe, fait des profusions et des despenses incomparables pour l'entretien de sa vanité et de son luxe , et tout cela au prix
depuis encore, des tables d'ébène et de bois de la Chine, des garnis à la frangipane , des odeurs et pommades, des guéridons à testes de Mores, et, puisqu'il faut tout dire, des reliquaires, des chapelets et Agnus-Dei, des médailles, tant de paste que d'or et d'argent, des cordes de luth, des confitures et autres curiositez Semblables , que lé seul nom et la distance de la ville d'où elles viennent ont eous*téme dé ittettre en grand erëdft ; mois tfestok pour en faire des pré»sens aiÉt dames et aux seigneurs delà cour» et non pour en tirer un guaiu vi|;et sordide, duquel chacun. sçait qu'il se pouvoit fort bien passer. » '.,-.••
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du sang des pauvres François , et que Cette nation généreuse» qui autrefois avoit de la peine à supporter le joug de ses princes légitimes , se soit , comme un mouton, laissé, non pas tondre , mais escorcher, sans oser mesme se plaindre ; que ses princes l'ont sceu , l'ont tolléré et approuvé? Et à présent que l'on s'efforce à secouer le joug de ce tyran, vous, Monseigneur, luy vouliez servir d'appuy et de soustien pour le maintenir dans ses voleries, avec la perte peut-estre du Roy, d'un million d'ames innocentes et le péril etla ruine de toute la France 1 Car, Monseigneur, y a-t-il rien en tout cela que vous ne sçachiez et que vous ne voyez ?
Je laisse à part son impiété en la religion que nous professons, dont il prostitue l'innocence par le luxe de sa vie et en prophane la candeur et la majesté par les fautes et les malices de sa conduite. Jamais homme ne fut plus attaché que luy aux objets des sens ny plus ensevely dans les plaisirs et dans la volupté. N'a-il pas employé la fainéantise des moines d'Italie, trois années entières, à composer des pommades pour blanchir les mains? N'a-il pas inventé une nouvelle sorte de breuvage, pour la satisfaction de la langue, dont le prix excède toute pensée? N'a-on pas donné son nom au pain , aux pastes et aux ragousts, les amorces de la gourmandise ? Qui no sçait ce que coustent à la France les comédiens chanteurs qu'il a fait venir d'Italie, parmy lesquels estoit une infâme qu'il avoit débauchée à Rome , et par l'entremise de laquelle il s'estoit insinué dans les bonnes grâces du cardinal Antonio ? Tout cela durant la guerre, dans les temps, qu'on mettoit le. peuple à la presse pour contribuer à la subsistance des armées ! Et le sang des pauvres estoit employé à faire rire le cardinal Mazarin, à la satisfaction de ses convoitises et à
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provoquer l'ire de Dieu contre nous» faisant connoistre à tout le monde qu'il n'a point d'autre religion que celle de Machiavel; que» portant la pourpre de l'Eglise romaine, ce n'est que pour monstrer les sanglantes saignées qu'il luy a fait souffrir en Allemagne , et que sous l'ombre de ses enseignes il est le plus cruel ennemy qu'elle se puisse figurer. En effect, quelle vengeance a-il fait tirer des sacrilèges commis contre le corps de Jésus-Christ dans le plus auguste de nos mystères? Au contraire, n'a-il pas tiré les autheurs des mains de la justice pour empescher la punition ? N'a-il pas toléré, voire approuvé la violence et la fracture des lieux consacrez pour la retraite des vierges, et cela au milieu de Paris ? Quiconque lira à l'advenir le traitté fait en faveur des Suédois et des protestans d'Allemagne , sous l'appuy de la France, au préjudice de l'Eglise, ne se pourra jamais persuader qu'il soit d'autre conseil et d'autre esprit que celuy d'un Turc ou d'un Sarrazin desguisé sous le manteau d'un cardinal. Aussi, quelles personnes voit-on auprès de luy pour ses plus confidens et fidelles conseillers, que des impies, des libertins et des athées? Qui ne les connoist, dis-je, pour des gens de sac et de corde, pour des monstres d'hommes , plus nourris au sang que les cannibales , et dont les conseils , après estre gorgez de vices, ne tendent qu'aux meurtres et aux assassins ? Et néantmoins, pour feindre d'estre fort religieux, il nous a fait venir d'Italie les Théatins , qui, ces jours derniers, attiroient tout le monde par la curiosité de leurs marionnettes , cependant qu'il minutoit le carnage et le sac de -Paris, faisoit transporter toutes les nuits une partie des voleries de l'Estat qui estaient dans sa maison, et s'estudioit de conduire à chef, comme il a fait, l'attentat le plus hardy et insolent qui se soit
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jamais veu dans toutes nos histoires. Que s'il falloit par» 1er de son orgueil , il n'en faut point demander d'autres nouyelles qu'à vous-mesme. N'a-il pas eu la témérité de vous vouloir précéder P Et dans cette présomption arrogante, quelle peine ne vous a-il point donnée? Et quelles parties ne vous a-il point dressées sous la tyrannie du cardinal Richelieu? Qui Ta porté à retenir dans une captivité si rigoureuse monseigneur le duc de Beaufort, l'un des Mars de nostre siècle et le coryphée des vaillans, si vous n'estiez pas, sinon l'ambition d'avoir des gardes comme son prédécesseur» trouvant par ce moyen l'artifice de se faire loger dans le palais du Roy afin d'avoir les mesmes gardes que son souverain, pour ne rien dire du lieu et de la disposition de son appartement? De quel crime estoit coupable le mareschal de La Motte , sinon d'estre trop généreux et trop incorruptible , pour souffrir, outre sa prison , les fourbes, les malices et les faussetez des tesmoins qu'on luy a suscitez afin de luy ravir l'honneur avec la vie ? N'est pas le Cardinal, pour donner couverture à ses voleries propres, en l'accusant de péculat, et d'avoir dérobé à la milice ce que luy-mesme avoit volé à l'Estat et envoyé eu Italie et ailleurs, et pour luy ravir avec autant d'infamie que d'injustice les gratifications glorieuses dont* le deffunct Roy avoit reconnu sa valeur et ses sueurs? Quel prétexte a-t-il pris pour faire mourir par poison le président Barillon dans un exil hors de la France ? vous le sçavez et l'avez pu apprendre de feu monsieur le Prince; aucun, sinon qu'il estoit trop bon François, et que, par un esprit extrêmement judicieux , ce sçavant et sage sénateur prévoyant les choses de loin , il ne pouvoit supporter cet orgueilleux Sicilien, et Mazarin qu'il voyoit s'élever avec trop d'ardeur, et se bastir un throsne de
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la ruine de ses compatriotes. Ce qu'il a exercé à l'endroit des uns , qui doute qu'il eust manqué d'en faire autant à l'endroit de vostre personne lorsque l'occasion s'en seroit présentée et que vostre espée luy auroit esté moins nécessaire qu'elle n'a pas esté jusqu'à maintenant. Aussi» combien de fois vous a-t-il exposé à dessein de vous perdre ? Combien de fois vous a-t-il engagé dans les combats» en Flandre et en Catalogne» avec des forces extrêmement inégales à celles des ennemis» d'où vous n'estes sorty victorieux que par une espèce de miracle» Dieu favorisant vos intentions pour le bien de la France contre celles de cet orgueilleux, qui eust voulu vous avoir perdu avec la perte de dix batailles et de trente villes» afin de s'oster le seul obstacle qu'il voyoit en vostre personne pour venir au but de ses pernicieux desseins ?
N'est-ce pas dans ce mesme esprit qu'il a tant fait despenser d'argent et perdre d'hommes dans les guerres d'Italie ? Quel dessein a-t-il eu pour Orbitello» Portolongone et Piombino» sinon d'avoir des places pour rétablissement d'une principauté » ayant assez de finances pour la rendre la plus riche d'Italie ? Quel motif l'a porté à la rébellion de Naples et d'y engager monsieur de Guise » sinon celuy d'y establir quelqu'un des siens pour y régner» après que ce prince y auroit employé avec , ses travaux son sang et peut-estre sa vie » pour tirer ces peuples de la domination de leur souverain légitime?
Et afin que vous n'estimiez pas que j'entre trop avant dans ses intentions » que je fasse le prophète ou entreprenne sur l'office de Dieu » à qui seul il appartient de pénétrer le cœur des hommes, jugez, s'il vous plaist» de ses desseins pour Naples par ce qu'il a pratiqué en
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Catalogne. Je rougis de honte quand j'y pense; la main me tremble quand je l'escris. Je voudrais, pour l'honneur de la France et de ses princes, le pouvoir effacer avec mon sang de la mémoire des hommes et des histoires estrangères avec la mesme facilité que je ferois avec de l'encre sur ce papier. Car qui le croira jamais? qui ne l'estimera au delà des romans et des fables , que la France, cette nation belliqueuse , ces peuples nés pour commander et non pour obéir, au mesme temps qu'ils passoient sur le ventre à leurs ennemis et portoient la terreur et l'effroy par la générosité de leurs armes dans tous les royaumes voisins, que ces François, dis-je, dans cette glorieuse conjoncture , se soyent trouvez tel* leroent dépourveus, non-seulement de princes, mais de simples soldats ou hommes de conduitte, qu'ils ayent esté nécessitez d'aller en Italie chercher un moine, mendiant, jacobin de profession, luy faire quitter son froc et sa besace pour en faire un vice-roy en Catalogne (1)? Qui le croira d'icy à cent ans, quand mesme vous seriez encore vivant pour l'asseurer en foy de prince? C'est une tache sur le front de la France qu'elle n'effacera jamais que par l'impossibilité que les générations futures auront d'y. adjouster foy , comme à une vérité plus fabuleuse qu'apparente. Dès là il ne
(1) An mois de février 1648, Michel Mazarin, frère du cardinal, avait fait , comme vice-roi de Catalogne, . son entrée à Barcelonne. Né à Rome en 1607 , il avait d'abord embrassé l'état religieux et pris Phabit de Tordre de Saint-Dominique. Nommé à l'évêché d'Aix, en 1645, par le crédit de son frère, il échangea trois ans après, tonjours poussé par la fortune de Jules , la mitre épiscopale contre le chapeau de cardinal. Michel Mazarin ne jouit pas long-temps de sa haute fortune ; car il vint , sept mois après son entrée à Barcelonne, mourir à Rome. Il était alors âgé de M ans.
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faut plus s'estonner s'il tranche du souverain , s'il ne parle que de son ministère ; s'il s'est joué de monseigneur le duc de Longueville, durant la négociation de Munster , par les intrigues secrettes de son fidèle serviteur; si monseigneur le duc d'Orléans n'a pas l'authorité de donner passeport à un valet de pied pour venir à Paris et qu'il faille l'avoir signé de Mazarin ; si, dans le plus grand bruit de ces tonnerres qu'il a excitez pour ruiner l'Estat , il emprisonne les principaux officiers et les gardes de l'oncle du Roy, et lieutenant général de la régence, par la perfidie et trahison d'un coquin qui, suivant l'allusion de son nom, n'est bon que pour la rivière ; s'il oste les gouvernemens aux princes et casse les capitaines des gardes pour y mettre des Italiens ou des personnes de sa caballe ; si, la cuisine du Roy ayant manqué, la sienne, dans le mesme palais, fumoit avec plus de délices que celles d'aucuns princes de la terre ; s'il a remply la cour et Paris d'Italiens qui gourmandent insolemment les bourgeois et les courtisans ; s'il a fait venir de petites harangères de Rome, les fait eslever dans là maison du Roy avec train de princesses du sang, et sous la conduite de celle qui a eu l'honneur d'estre gouvernante du Roy ; s'il a trouvé un nouveau genre de supplice pour tirer le sang du peuple, sçavoir: les partisans et les fusilliers, des desmons desguisez sous des apparences humaines ; s'il a donné la grâce à une troupe de filous et de coupeurs de bourses pour s'en faire une compagnie d'assassins, marchant par Paris en forme de bataillon autour de son carrosse comme s'ils conduisoient un Empereur dans un char de triom* phe; si la noblesse en foule se presse à sa porte pour entrer , et attend le mois entier pour, recevoir seulement une œillade de Son Eminence ; s'il a fait donner