‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliersChapitre 18 sur 30 · UUQ LETTRE D'UN RELIGIEUX · texte numérisé non relu

UUQ LETTRE D'UN RELIGIEUX

des gardes à Mademoiselle et Ta tenue longtemps captive dans son logement des Tuilleries ; s'il a fait faire affront au Pape sous le nom du Roy , afin d'empescher la restitution des vols que les Barbarins ont faits au trésor de sainct Pierre ; s'il a traitté avec tant d'indignité et si sauvent le parlement de Paris , le plus auguste sénat de l'univers ; s'il luy a fait non-seulement casser» mais déchirer ses arrests, et si» au milieu des triomphes du Roy, sous vostre conduite» il a fait enlever les plus zélés des magistrats » afin de ternir l'esclat de nostre gloire par celte action tyranique et changer les acclamations publiques en des larmes universelles; si» par un attentat contre l'Eglise et sans exemple dans le passé » il a fait emprisonner un sçavant docteur de Sorbonne et célèbre prédicateur» parce qu'il avoit parlé trop advantageusement de l'authorité du Roy » fait prier Dieu pour Sa Majesté et pour les nécessitez de l'Estat; s'il fait observer monseigneur le duc d'Orléans et le tient comme captif» de crainte qu'il ne se vienne mettre à la teste des princes unis pour la conservation du Roy et la liberté de sa personne sacrée d'entre les mains de ce tyran. Toutes ces choses, et beaucoup d'autres que je passe sous silence et que nous tiendrions pour fabuleuses si nous ne les voyons» à nostre grand regret, ne causeront point d'estonnement dans l'esprit des royaumes estrangers ny des générations futures. On les croira facilement» après avoir appris qu'un Sicilien, moine , mendiant, jacobin, a esté fait vice-roy en Catalogne à la place du mareschal de la Motte » du comte d'Harcourt et du prince de Gondé » les Hercules de nostre siècle , parce qu'il estoit frère de Mazarin, et qu'on l'a veu depuis, pompeux et magnifique dans Paris » dans un luxe digne de sa nation , mettre la main sur le sein des plus belles

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dames de la cour, se persuadant que les Françoises n'estaient pas plus chastes que les Italiennes. Après cela , qui peut douter que son dessein pour Naples fust autre que de s'en faire Roy , après l'avoir conquis avec le sang des princes françois ? Qui peut douter qu'il n'eust résolu d'establir en France une monarchie plus barbare et plus dure que celle des Ottomans, et, après avoir mis les princes et les grands de l'Estat comme en captivité et à la chaisne, disposer de la vie et des facultez de tous les peuples selon ses humeurs capricieuses et le mouvement irrégulier de son imagination , ou pour mieux dire de sa fureur?

En suitte de ces ezcez il n'est point nécessaire de parler de l'abondance prodigieuse de ses richesses par ses larcins et ses voleries sur les finances, ny des artifices barbares qu'il a inventez pour les amasser. Il est superflu de dire les millions qu'il a ravis sous la couverture des compians , dont il a remply les bourses d'Amsterdam , les banques de Venise et les monts-de-piété de Rome, tant sous son nom que sous celuy de ses confidens (1). Depuis trois ans on ne sçait plus en

(1) Le dialogue entre Hascurat et Saint-Ange s'anime surtout et s'étend fort sur ce chapitre des richesses amassées par Mazarin. Saint-Ange manifestant l'intention de demander à son interlocuteur quelques explications sur ces millions qui courent les banques de Rome, de Venise, de Gênes y d'Amsterdam, sans se pouvoir arrêter en aucunes, Mascurat prend la parole. Selon lui : « Tout ce qu'on a dit sur ce sujet n'est rien qu'une pure resverie introduite à cause de l'argent que l'on a fait passer de France en Italie, tant pour entretenir nos alliances avec le duc de Parme et de Modène, pour favoriser les sièges d'Orbitello, Porto-Longone et Piombino, pour accepter Monaco, secourir les Napolitains , acquitter les pensions de beaucoup de seigneurs italiens - et avoir un fonds préparé tant pour

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France s'il y a eu autrefois des pistoles d'Italie ; celles d'Espagne ne sont pas moins rares que les roses en hy-

l'occasion d'un siège vacquant que pour subvenir à mille autres despenses qui ne sont pas moins nécessaires que les précédentes, quoiqu'inconnues à la pluspart de ceux qui ne pénètrent que des secrets de basse-cour. Et, en effet , Ton n'a pu jusques à cette heure vérifier que la moindre de toutes ces voitures ait esté divertie par Son Éminence, bien moins encore qu'elle ait esté mise par luy en réserve ; et néantmoins Ton sçavoit fort bien que le maréchal d'Ancre avoit deux cens mille livres al. Banco di San-Giorgio de Gennes, et trente mille escus à Rome sur la fabrique de Saint-Pierre , qui servirent, après sa mort, pour bastir l'un des clochers qui sont aux deux costez du portail de l'église. Pourquoy cela ? parce qull est comme impossible que les choses de fait, et qui doivent passer par l'entremise de beaucoup de personnes, demeurent longtemps cachées. C'est pourquoy le poëte avoit raison de dire :

Secretum divitis ullum Esse putas ; muro ut taceant, jumenta loquentur.

»Et ne veux-tu pas que, pour esventer celui du cardinal Mazarin, qui a tant et de si puissans ennemis , la terre mesme où il aurait caché ses trésors ne conceust des voix pour les découvrir, comme elle fit autresfois les grandes oreilles de ce fameux Roy Mydas:

Obruta verba refert, dominique coarguit aures.

» Tant d'ambassadeurs d'Espagnedépeschezpar toutes les principales villes d'Italie n'en auroient-ils pas senti quelque vent ? Tant de factieux franc ois n'en auroient-ils pas découvert quelque chose ? Les livres du sieur Cantarini, qui ont esté si longtemps es mains du parlement, n'en auroient-ils pas parlé? Et s'il y avoit eu lieu au moindre soupçon, auroit-on négligé de s'y attacher, lorsqu'on cherchoit tous les moyens imaginables pour le perdre? Et si on l'a voulu faire par tant de suppositions fausses et malicieusement controuvées, quarèveris abstinuit? Mais posons le cas qu'il ait envoyé des millions en Italie : à quelle fin veut-on qu'il l'ait fait? Pour s'en prévaloir au besoin, me répondras-tu. Pourquoy donc, te diray-je, ne s'en est-il pas servy depuis quinze mois qu'il a commencé de vendre ses offices, d'en-

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