‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliersChapitre 20 sur 30 · UU6 LETTRE D'UN RELIGIEUX · texte numérisé non relu

UU6 LETTRE D'UN RELIGIEUX

accommodante» mais dangereuse pour la seureté des Roys, l'authorité des magistrats, le repos des peuples et l'intégrité du commerce public.

De vous aussi quel moindre jugement ne pourroiton faire , sinon que , dégénérant à vostre naissance et à la gloire de la race des Bourbons , vous voulez, par un caprice inconcevable, effacer de l'histoire la mémoire de vos belles actions pour vous rendre complice et compagnon du plus vil et plus infâme de tous les hommes? Ne souffrez donc point que le jugement que l'on doit faire de vostre conduite soit plus longtemps en suspend , à vostre propre destriment et à celuy de tant de millions d'âmes qui pâtissent sous cette violence tyrannique. Ostez à ces estrangers et ennemis de PEstat cette folle persuasion et ce dernier refuge qui leur reste , que vous perdrez la France et vous-mesme pour empescher qu'ils n'ayent ce qu'ils méritent. Souvenez-vous de tant de généreux exploits en Flandre , en Allemagne , en Catalogne , de tant de batailles gagnées et de villes forcées , et ne donnez pas lieu aux histoires estrangères , quand les nostres par considération ne le voudroient pas faire 9 d'apprendre à la postérité que vous avez couronné tant de belles actions par la plus lasche de toutes celles qui peuvent partir d'une personne de vostre condition , et qu'après avoir bien fait du mal au Roy d'Espagne en le dépouillant de ses villes et de ses provinces , vous luy avez fait la restitution au centuple en tournant la force de vos armes contre la France , afin de la luy livrer entre les mains par la désolation que vous y méditez et que vous commencez avec ce malheureux, qui , voyant qu'il n'y a plus de lieu pour ses vols ny de seureté pour sa personne, veut la perdre avant que de partir , ou , s'il n'en peust échapper que par la mort ,

AU PRINCE DE CONDÉ. kkl

dresser un mausolée à ses cendres des ruines de Paris et du reste de l'Estat.

Quittez , Monseigneur, quittez cet insolent avec ses prétentions barbares et criminelles ; traittez ce cerveau desmonté en habitant des Petites-Maisons; riez-vous des fumées de cette bile qui lui inspirent des resveries si extravagantes et si précieuses ; saisissez-vous de cet ennemy du Roy et peste de son Estât, et, le conduisant captif au derrière de vostre carrosse , quoyqu'il ne mérite pas cet honneur , venez à Paris achever son procez avec ces vertueux et sages sénateurs , et luy faire souffrir et à tous les adhérans les justes peines deues à leurs démérites, pour un exemple éternel aux estrangers, aux orgueilleux et aux mauvais François. C'est par une action si louable, si généreuse et si saincte, que vous mériterez les faveurs du ciel , la gloire d'un prince du sang royal, les louanges de toutes les nations , les bénédictions de toute l'Eglise , les congratulations de toute la France , avec les prières de toute nostre congrégation et de tout le monde.

Page 1