HISTOIRE DU TEMPS
qu'avec estonnement et les larmes aux yeux; ce qui doit exciter Vos Majestez à y donner un prompt remède, et ce sera une œuvre de parfaite justice et charité qu'elles exerceront envers leur peuple, dont la postérité leur donnera des louanges immortelles.
Fait et arresté , les semestres assemblez , le ±U octobre 1648.
Signé : Bourlon.
27l) EXTRAITS DES IUIGISTHES |
Te Deum par quelques exempts et gardes du Roy ; f e qui avoit donné une telle alarme audict quartier que toutes les boutiques estaient fermées et le peuple prest à prendre les armes si on n'y donnoit promptement ordre, y ayant eu des personnes assez hardies pour sonner le toxin à l'église Saine t-Lan dry, et parloient d'en aller autant faire au Pa liais; qu'il avoit creu estre de son debvoir d'en venir advertir la ville, et que toutes les gardes qu'on avoit envoyées vers l'église Nostre- Dame , pour faire haye lorsque le Roy est venu audit Te Deum, y estaient encore dans le Marché-Neuf, à dessein, comme l'on dict, de favoriser ledict enlève* ment, ce qui avoit donné occasion aux sieurs de la ville d'envoyer diverses personnes» tant au quartier dudit Rousseau qu'ailleurs, pour veoir ce qui s'y passerait. Et cependant on résolut le mandement qui ensuict :
De par les prérost des marchands et eschevins de la ville
de Paris*
« Capitaine Loison , rassemblez promptement le plus d'archers de la ville que vous pourrez ; venez nous trouver en l'hostel de ladite ville, pour servir à ce qu'il sera besoing de commettre dans l'occasion présente ; sy n'y faictes faute. Donné au bureau de la ville, ce vingtsixiesmë aoust mil six cent quarante-huit. » Pareil envoyé aux autres capitaines.
Comme ceux que Messieurs de la ville avoïent envoyés par les quartiers rapportèrent que tout y estoit extrêmement esmeu, et qu'on voyoit quantité de vaccabons qui ne demandoient qu'à piller, donnant des appré-
de l'uotel-dk-ville [1(548]. 277
hensions et terreurs pan niques dans l'esprit des bourgeois, leur disant qu'il y avoit des gens de guerre, tant de cheval que dé pied, qui dévoient venir fondre sur eux s'ils n'estoient en estât de se deffendre , il vint aussi quelques-uns desdits bourgeois en l'hostel de ladite ville , qui firent résoudre le mandement suivant :
De par les prévost drs marchands et eschevins de la ville
de Paris.
«Sire JacquesTartarin,quartinier, faictes présentement tendre les chesnes qui sont en l'estendue de voslrc quartier, et qu'elles demeurent en cet estât jusques à nouvel ordre; sy n'y faictes faute. Faict au bureau de la ville, le vingt-sixiesme aoust mil six cent quarante-huit. » Pareil envoyé à tous messieurs les quartiniers. Mais pour ce que le désordre estoit plus grand en la Cité qu'en aucun lieu, l'on advisa d'envoyer ce mandement qui ensuit aii. colonel :
De par les prévost des marchands et eschevins de la ville
de Paris,
* MonsieurDesrozes, colonel de la Cité, surl'advtaquenous avons qu'il y a quelque émotion populaire dans vostre colonelle , nous vous prions d'y prendre garde, et ordonnons aux capitaines de ville de se tenir prests afiin d'empescherles désordres qui y pourraient arriver, en attendant que nous nous y puissions rendre , si besoing estoit; dont vous nous advertirez, s'il vous plaist, par le porteur. Faict au bureau de la ville , le vingt-sixiesme aoust mil six cent quarante-huit. »
Et d'aultant que celui qui porta ledit mandement auroitdîct que l'incommodité de monsieur Desrozes l'empeschoit de pouvoir agir, et que le peuple estoit plus eschauffé que jamais, et que le désordre s'estoit estendu en divers quartiers» y ayant de certaines gens qui crioient aux armes h dessein d'interdire les bourgeois et donner occasion de piller» il fut advisé d'envoyer le mandement suivant à tous messieurs les colonels :
De par les prévost des marchands et escfitvins de ta ville
de Paris»
• Monsieur colonel» nous vous prions d'envoyer chez tous les capitaines de vostre colonelle, à ce qu'ils aient à se tenir prests au premier ordre qu'ils auront» affin de prévenir l'émotion du peuple» que Ton nous a dict estre alarmé en quelques endroicts de cette ville ; et cependant veillez en l'estendue de vostre colonelle à ce qu'il ne s'y passe rien de préjudiciable au service du Roy» de la ville et du bien public. Faict au bureau de la ville le vingt-sixiesme jour d'aoust mil six cent quarante-huit. » Pareil envoyé aux autres colonels.
Messieurs de la ville» ne pouvant avoir d'archers en suffisance pour sortir et aller dessamment par la ville» prièrent monsieur le président Fournier» premier eschevin» d'aller au Pallais-Royal sçavoir du Roy et de la Reyne régente quel ordre ils auroient à tenir» et» en outre » leur dire Testât où estoit la ville» ce qu'il ce avoit faict jusques alors, et représenter à Leurs Majestez la nécessité qu'il y avoit d'appaiser cette émotion populaire ; ce que ledict sieur Fournier accepta volontiers» et
dk l'iiotei.-djs-villr [1648]. 279
s'acquitta dignement de cette commission, encore que ce ne fust pas sans courir risque de sa personne, et rapporta qu'on y estoit très satisfaict du proceddé de Messieurs de la ville , lesquels l'on prioit néantmoing de faire distendre les chesnes. Et sur ce qu'il dict que les bourgeois n'osoient prendre les armes sans un mandement exprès de messieurs les prévost des marchands et eschevins , il fust résolu les deux mandemens qui ensuivent :
De par les prévost des marchands et eschevins. de la ville
de Paris.
«Monsieur , colonel, nous vous prions de
{aire continuer àtenirles capitaines, officiers etbourgeois de vostre colonelle soubs les armes, à ce qu'il ne s'y fasse aucune assemblée dans l'estendue d'ycelle ; vous y veillerez soigneusement, s'il vous plaist, et vous donnerez advis à l'hostel de la ville de ce qui s'y passera, vous priant n'y voulloir faillir. Faict au bureau de la ville, le vingt-sixiesme aoust mil six cent quarante-huit. » Pareil envoyé aux seize colonels.
De par les prévost des marchands et eschevins de la ville:
de Paris.
Sire Jacques Tar tarin , quartinier, faites demain matin détendre les chesnes de vostre quartier, que vous ne ferez retendre qu'en cas de nécessité, et allez par les boutiques les faire ouvrir, et nous venez rendre raison à sept heures du matin de tout ce qui se sera passé cette nuit
en vostredict quartier; sy n'y faictes faute. Faîct au bureau de la ville, ce vingt-sixiesme aoust mil six cent quarante-huit. » Pareil envoyé aux autres quartiniers.
Ce faict , chacun de messieurs les prévost des marchands et eschevins se sont retirés en leurs maisons, sans avoir laissé personne en l'Hostel~de-Ville , le greffier de ladicte ville y demeurant.
Du jeudy vingtseptiesme aoust mil six cent quarante-huit*
Ledict jour, cinq heures du matin , messieurs les prévost des marchands, eschevins, procureur du Roy, de la ville, s'estant rendus en la ville, auroient envoyé par tous les quartiers de Paris pour sçavoir ce qui s'y estoîl passé, en quelle posture estoit le peuple ; dont n'ayant rien appris qu'une suite de mutinerie , ce qui leur fut confirmé par les quartiniers , qui vinrent rendre raison de ce qu'ils avoient voulu faire pour l'exécution des mandemens précédens, à quoy ces bourgeois avoient fortement résisté, n'ayant voulu laisser abattre les chesnes ny ouvrir les boutiques , ayant faict des barricades en plusieurs endroicts, ayant esté si osez que de courir sur monsieur le chancellier, qui alloit au parlement, le contraindre de prendre un autre chemin et mesme de se sauver dans l'hostel de Luynes, où les mutins entrèrent de force, à dessein de le maltraiter, l'ayant fallu retirer de ce lieu à main armée , à quoy monsieur le mareschal
de la Milleraye fut employé avec quelques troupes <p" eurent assez de peine de le garantir de la foullo du
de l'hotel-de-villk [1648]. 281
peuple, qui tua le sieur Picault, lieutenant du grandprévost , près dudict sieur chancelier; ce qui fut cause que Ton manda le conseil de ladite ville, messieurs les colonels de ville, suivant ces mandemens qui ensuivent :
«Monsieur le président Âubry, plaise vous trouver et tenir présentement à THostel-de-Ville , pour adviser à ce qu'il est à propos de faire sur Testât présent des affaires, vous priant il 'y voulloir faillir. Faict au bureau delà ville, le vingt-septiesme aoustmil six cent quarantehuit.
Les prévost des marchands et eschevins de la ville de Paris, tous vostres. » Pareil envoyé à tous messieurs les conseillers de ville.
De par les prévost des marchands et eschevins de la ville
de Paris.
« Monsieur , colonel , nous vous prions
vous trouver cejourd'huy en l'hostel de cette ville , une heure de relevée, pour adviser à ce qu'il y aura à faire en la conjoncture des affaires présentes, vous priant n'y voulloir faillir. Faict au bureau de ladicte ville, ce vingt* septiesme aoust mil six cent quarante -huit. » Pareil envoyé à messieurs les colonels.
En conséquence desquels mandemens se seroient trouvez au bureau de la ville messieurs Sentieul, Gaigny, Levieu , Herongervais , Leconte , Cottaut , d'Inote , Joubert, de Faverolles, Barillon, Baudequin, Tronchot et Belacour, conseillers de ladicte ville , ausquels monsieur le prévost des marchands auroit représenté Testât pré-
sent des affaires et ce qu'ils a voient faict jusques icy pour empescher les désordres qui estoient parmi le peuple , l'effet qui s'en estoit ensuivy en quelques quartiers , le peu d'obéissance dans les autres; qu'ils estoient mandez pour adviser avec eux ce qu'il y auroit à faire. Où , après s'estre longuement entretenus» il a esté ad visé d'en demeurer à ce qui avoit esté faict jusques à ce qu'on eust appris ce qui se seroit passé au Pallais-Roy al , où le parlement estoit allé en corps , avec résolution de donner arrest sur la response qui leur seroit faicte avant que la cour se séparast.
Et ledict jour de relevée seroient venus en l'hostel de ladicte ville, messieurs de Thelier, Destampes, de Lamoignon, Miron, Scaron, Vauve et de Montauron, colonels de la ville, monsieur Marescot, lieutenant-colonel de monsieur de Chastignonville, et monsieur du Fresnoy, lieutenant-colonel de monsieur Tubeuf , ausquels monsieur le prévôst des marchands dit qu'il les avoit assemblez, tant pour sçavoir de leur bouche ce qui s'estoit passé en leurs colonelles depuis vingt-quatre heures, leur faire entendre tous les ordres qui auroient esté donnés par la ville , que pour adviser avec eux aux moyens et^expédients qui se pourroient proposer pour étouffer ces désordres en leur commencement parce que la suitte en seroit très dangereuse. En conséquence, làdessus un des messieurs les colonels , qui s'estoit trouvé jusqu'à deux heures au Pallais-Roy al, leur fit un ample récit de tout ce qui s'estoit passé, et qu'après les remontrances faictes à la Reyne par la cour de parlement à plusieurs reprises il s'y estoit proposé un accommodement, qui estoit de faire revenir les exilez, pourvu que la cour cessast de s'assembler; que Messieurs du parlement avoient faict reffus d'en délibérer sur-Ie-
de l'hotel-db- ville [16&8]. 283
champ et esloient sortis pour s'en retourner au pallais à cet effet, mais que le peuple les avoit obligez à retourner, comme ils avoient faict, audict Pallais-Royal, dans la grande gallerie duquel ils estoient entrez pour faire ladicle délibération , de laquelle on espéroit un grand effet. Après laquelle relation , ou y, sur ce, le procureur du Roy et de la ville en ses conclusions et l'affaire mise en délibération , a esté résolu et conclud que les ordres donnez par messieurs les prévost des marchands et eschevins de ladicte ville seroient continuez jusques à nouveau mandement, qui seroit envoyé ausdits sieurs colonels après que lesdits sieurs prévost des marchands et eschevins auroient sçu ce qui auroit esté arresté au Pallais-Royal avec Messieurs du parlement, et que cependant cbaque colonel se promèneroit avec ses capitaines dans l'estendue de sa colonelle, pour empescher les désordres et inviter les marchands à ouvrir leurs boutiques.
Après laquelle résolution chacun s'estant retiré , messieurs de la ville , sur les cinq heures du soir , estant à cheval, ayant vingt archers de la ville devant et derrière eux, avec quatre de leurs sergens, furent par la rue de la Vannerie jusques au* grand Chastelet de la tour, au long de la rue Saint-Denis , entrèrent dans la rue de la Féronnerie, tournèrent par celle Aubri-Boucher , descendirent par la rue Neuve-Saint-Médéric et celle de Sainte-Croix, et par la rue Bourlibourg, passèrent au travers du cimetière Saint- Jean, furent à la rue Saint- Antoine , tournèrent par la rue Geoffroy-Lasnier , pardessus les quaiz de ladite ville, en l'Hostel-de- Ville; pendant laquelle course ils firent leur possible d'oster au peuple tous les ombrages qu'on lui avoit mis dans l'es- P r it, et dont il s'expliquoit volontiers avec beaucoup de
28£l EXTRAITS DKS REGISTRES
chaleur, qui fut néanmoing alantie en quelques endroicts.
Et défait, Messieurs de la ville ayant pris résolution d'aller au Pallais-Royal pour s'esclaircir sur tous les bruits et donner compte à la Reyne de tout ce qui se passoit, ils y furent en carosse sur les huit heures du soir, virent en premier lieu monsieur le cardinal de Mazarin pour la Reyne, ensuite le mareschal de Villeroy, qui leur dirent ce qui s'estoit passé avec Messieurs du parlement, que les exiliez retouraferoientle lendemain, et prièrent Messieurs de la ville de faire oster leurs barricades et abattre leurs chesnes, et le lendemain ouvrir les boutiques, à ce que les bourgeois et les artisans fussent employés à leurs négoces et travail ordinaire ; ce que Messieurs de la ville promirent de faire leur possible. Et de faict, estant retournez en l'Hostel-de- Ville, ils résolurent de faire les mandemens qui ensuivent.
De par les prévost des marchands et eschevins de la ville de
Paris.
« Monsieur , colonel, vous donnerez advis
aux officiers et bourgeois de vostre colonelle que toutes choses soient pasifiées , ainsy que nous avons apris de la bouche de la Reyne ; c'est pourquoy il n'est plus nécessaire de tenir personne soubs les armes , ny de contenir les corps de gardes , que nous vous prions de faire lever dans l'estendue de vostre colonelle , et faire en sorte que les boutiques soient ouvertes demain matin et les chesx nés deslendues sans aucune difficulté ; de nous donner advis de ce qui s'y passera. Faict au bureau de la ville» ce vingt-septiesme aoust mil six cent quarante-huict. » Pareil envoyé à tous messieurs les colonels.
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De par les prévost des marchands et eschevins de la ville de Paris.
Sire Jacques Tartavin, quartimer , nous vous donnons
la ville, qui apprirent par eux qu'ils avoient envoyé par les quartiers, qu'on y avoit demeuré sous les armes toute la nuit, et qu'aucun ne voulloit ouvrir de boutiques ny souffrir que les chesnes et barricades fussent abaissées et abattues ; ce qui leur ayant esté confirmé par aucuns de messieurs les quartiniers , ils prirent résolution d'aller au parlement pour venir advertir Messieurs de la cour de tout ce que la ville avoit faict depuis cette émotion populaire , et partirent entre sept et huit heures du matin à pied dudict Hostel-de- Ville, ayant une douzaine d'archers devant eux avec quatre sergens de la ville ; trouvèrent tous les bourgeois sous les armes, qui leur dirent qu'ils ne pouvoient se tenir autrement et demeurer en seureté en leurs maisons, y ayant de certains vagabonds et gens qui ne sont point cognus qui rodent de toutes parts et s'attaquent effrontément à ceux qu'ils ne trouvent pas les armes à la main, pour les voiler et piller, ce qu'ils auroient faict en divers endroicts si les bons bourgeois ne se fussent opposez. Il y avoit aux environs du Pallais quantité de vallets soubz les armes qui parloient fort insolemment ; néanmoings les capitaines qui leur commandoient prièrent Messieurs de la ville de pardonner à tels gens, dont euxmesmes advouent n'estre pas les maistres, ne disposant de ces espris esmeuz que par adresse. La grande porte de la cour du Pallais ayant esté ouverte, Messieurs de la ville furent au parquet. Ils trouvèrent messieurs les gens du Roy , ausquelz monsieur le prévost des marchands représenta tout ce qui s'estoit passé dans Paris après le Te Deum de mercredy dernier, et tout ce que la ville avoit faict pour coupper chemin à leur csmotion; ce qui fut approuvé par Messieurs du parquet, lesqueli conduirent Messieurs de la ville en la grande chambre
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pour en informer le parlement; ce que monsieur le prévost des marchands fit avec grand ordre, dont la cour tesmoigna beaucoup de satisfaction; en sorte que, la Ville s' estant retirée, quelque peu de temps après messieurs les gens du Roy sortis, toute la compagnie fut au parquet en attendant l'arrest de la cour qui sera cy-après transcript , et qui leur fut lors prononcé.
Ce faict, messieurs les prévost des marchands, eschevins, procureurs du Roy, greffier d'ycelle ville, s'en retournèrent en l'hostel de la ville , n'ayant pas trouvé plus de respect aux gens de guerre qui estoient sûr le Pont-au-Change , par où ils passèrent, que ceux qu'ils avoient veus en allant, quoyqu'on les assurast qu'aucuns de ces messieurs les exilez estoient de retour et que Ton attendoit d'heure à l'autre monsieur de Bruxelles; ce qui fut cause que Messieurs de la ville résolurent le mandement suivant :
De par les prévost des marchands et eschevins de la ville
de Paris.
« Monsieur , colonel , nous vous prions mander
diligemment vos capitaines , et prendre la peine , avec eux, d'aller par l'estendue de vostre colonelle, pour assurer les bourgeois qu'il est constant que ces messieurs sont de retour et qu'il n'y a aucune cavallerie ny infanterie aux environs de Paris, comme quelques séditieux l'ont voulu persuader au peuple, à ce qu'ils aient à mettre les armes bas , ouvrir les boutiques et destendre les chesnes et oster les barricades , vous priant n'y voulloir faillir. Faict au bureau de la ville, ce vingt-huitiesme aoust mil six cent quarante-huit. » Pareil envoyé à messieurs les colonels.
DK5 liHCISTIHlS
De par les prévoit des marchands et esckevins de ta ville
DR l/nOTEL-DE-VILLE [1648]. 289
moing avec beaucoup d'adresse et de patience, ayant esté jusques à la porte Sainct-Anthoine , puis passé par la rue du Petit-Musque jusques au pont Marie» où il se trouva quelques gens sans adveu avec une barricade, par laquelle ils ne laissoient passer que ceux qui leur donnoient de quoy boire ; et furent sy osez d'arrester la ville sans voulloir lever les armes, disant qu'ils n'avoient point de capitaine et qu'ils estoient là pour deffendre leurs vies et leur pain , et qu'ils tireroient sur le premier qui avanceroit. Et quoyqu'il eust esté fort facille de les forcer, estant plus de six contre un , sy est-ce que Messieurs de la ville, pour* la conséquence, aymèrent mieux passer par-devant l'hostel de Sens , où ils trouvèrent monsieur Scaron, colonel, avec tous ses voisins sttubs les armes et barricadés comme les autres, qui rendirent toute obéissance à Messieurs de la ville, ayant faict rompre ses barricades et faict retirer ses gens.
L'après-disnée dudit jour, le sieur Champrom, conseiller en parlement et l'un des capitaines delà ville en l'isle Nostre-Dame, se vint plaindre à messieurs les prévost des marchands et eschevins de ce que ceux qui faisoient la garde au bout du pont Marie , du costé de la barrière des Sergens , qui estoit dans l'estendue de sa compagnie, ne le vouloient reconnoistre pour capitaine et faîsoient mille insolences. Il fut advisé qu'jl s'y enretourneroit, et qu'une heure après Messieurs de la ville se rendroient en ladic te isle pour faire quitter prise à cette canaille. Cependant il vint des nouvelles comment un ehacun mettoit les armes bas et se rangeoit à son devoir.
Et sur les cinq heures de relevée , Messieurs de la y iUe partirent à pied de l'Hostel- de- Ville, assistez des sergens et archers de la ville , furent le long des quaiz II e série , t. vu. 19
200 i.xtraits dis i\i:gisti\ks
de la Grève jusques au pont Marie 9 où ils apprirent que la garde avoit faict violence sur quelques-uns qui les estaient allez trouver de la part de monsieur le procureur général, qui s'y estait luy-mesme transporté sans rien opérer, ayant rencontré un homme sur le chemin qui avoit esté fort blessé par cette canaille , laquelle quitta prise et s'enfuit quand ils sçurent que Messieurs de la ville venoient exprès pour se saisir de leurs personnes. Monsieur le capitaine Champraud s'y trouva , qui représenta encore à Messieurs de la ville les insolences de ces gens-là. Cette barricade fut ostée et tout le peuple remis en seureté. D'aultant qu'il y en avoit un autre devant l'Ave-Maria , on pria ces messieurs de la faire oster avant que de s'en retourner ; ce qu'ils firent faire , et passèrent devant l'église Sainct-Paul pour s'en retourner par la rue Sainct-Anthoine. Ainsi qu'ils estaient devant les Jésuites, monsieur Malo, conseiller au parlement, l'un des capitaines, leur vint dire qu'il y avoit un grand rumeur à la porte Sainct-Anthoine, où tous les bourgeois avoient repris les armes ; ce qui obligea Messieurs de la ville à venir de ce costé-là. Us y trouvèrent le sieur Leclerc, aussi capitaine de ladite ville, qui leur dict qu'il y avoit plus de deux heures qu'il faisoit ce qu'il pouvoit pour empescher sa compagnie de prendre les armes et d'obéir aux mandemens de la ville , dont il n'avoit pu venir à bout; qu'il estait ravi de ce que lesdits sieurs de la ville estaient sur le lieu pour leur confirmer ce qu'il leur avoit dit, qui est de ne rien craindre, et que tous les bruits qu'on faisoit courir estaient faux ; ce que Messieurs de la ville essayèrent en vain de leur persuader; tellement qu'ils radjustèrent les barricades qui avoient esté deffaictes, et s'eschauffèrent d'une telle façon qu'on fut contraint de les laisser
de l'hotel-dk-vili.k [1648]. 291
faire. Messieurs de la ville s'en retournèrent par la place Royale et rencontrèrent monsieur Du Plessis de Guénégaud, colonel dtfdit quartier, qui s'y en alloit; auquel l'un de messieurs les eschevins donna l'arrest que la Cour avoit rendu aujourd'huy , qu'elle avoitfaict publier et afficher partout, pour essayer à ranger cepeuple à la raison ; ce qui n'opéra rien de faict. Messieurs de la ville ne furent pas plus tost à l'Hostel-de-Ville qu'il leur vint nouvelles de divers endroits qu'il y avoit quantité de gens de guerre autour de Paris, et que ces provisions de poudres, de balles et mèches, qu'on avoit fait sortir de la Bastille et qui furent pillées par les bourgeois, estoient pour eux ; qu'on devoit la nuit enlever le Roy et mettre la ville au pillage ; ce qui les fit résoudre d'aller au Palais-Royal y porter ces nouvelles et sçavoir de Leurs Majestez ce qu'elles désiroient de faire.
Estant lesdits sieurs arrivez sur les huit heures au Palais-Royal , ils trouvèrent au grand cabinet de la Reyne monsieur de la Meilleraye, sur-intendant des finances, lequel ils entretinrent du désordre qui estoit arrivé à la porte Sainct-Anthoine pour deux charrettes sorties de la Bastille, chargées de munitions de guerre, qui avoient esté pillées; à quoy il repartit que mercredy dernier il avoit donné ordre de faire porter lesdites munitions où elles faisoient besoing, et qu'il ne s'estoit pas souvenu de le contremander dans l'occurence du temps où l'on faisoit peur ; qu'au contraire le peuple reconnoissoit la sincérité des intentions de la Reyne, près de laquelle Messieurs de la ville ayant esté conduits, ils représentèrent à Sa Majesté tout ce qui se disoit et se faisoit par la ville ; et comme il n'estoit pas possible d'oster de la créance des peuples que tout Paris ne fust
mvesty de gens de guerre pour leur courir sus et les pren-
Î92 EXTRAITS DiiS REGISTRES
dre au dépourveu; qu'ils croyoient que leurs magistrats estaient d'intelligence avec Sa Majesté pour les surprendre ; ce qui toucha la Reyne et monsieur le cardinal Mazarin qui estait près d'elle; laquelle ayant dictauxdits sieurs de la ville que les gens de cheval qui avoient paru cejourd'hui autour de cette ville estaient allez coucher à Villepreux , et que le régiment des gardes qui estait près la personne du Roy s'en estait cejourd'hui retourné en son quartier, et qu'elle avoit des pensées bien éloignées de celles des habitans de Paris, qu'elle les prioit de les croire et de les faire entendre au peuple , ils prirent congé et furent voir en passant monsieur le mareschal de Villeroy, qui les confirma en cette croyance. Sur laquelle estant retournez à l'hostel de ladicte ville , ils furent estonnez d'y trouver deux mille âmes de l'un et de l'autre sexe qui se mirent à crier contre eux de ce qu'ils leur avoient osté les armes de la main lorsqu'elles leur faisoient besoing? qu'elles s'entendoient avec la Cour pour les perdre et ruiner; qu'on leur donnast permission, tant pour se deffendre que pour sauver leurs vies et celles de leurs femmes et eofans; ce qui fut dict avec tant de violence que tout ce que Messieurs de la ville leur purent dire ne servit à rien ; si bien qu'à la fin il fallut pour les satisfaire promettre d'envoyer fermer les portes de la ville , dont les quartiniers auroient les clefz ; ce qui fit monter aucuns de ces messieurs en haut pendant que les autres rassuroient ces peuples, où il fut dressé les mandemens qui ensuivent :
i l'iiothl-dr-ïille [1648]. 29S
Tir »ir Ut nrinott Art ■m.arrhnnA* et nrhwn* A* ht «dit
qu'il n'est rien de tous les faux bruits qu'on fait courir parmy le peuple pour l'esmouvoir à sédition, ainsy que nous en avons esté assurez du Roy et de la Reyne régente ; sy n'y faictes faute. Faict au bureau de la ville, ce vingt-huitiesme aoust mil six cent quarante-huit. • Pareil envoyé à tous les quartiniers. Ces ordres donnez et envoyez, messieurs les prévost des marchands , eschevins et procureur du Roy de la ville, se retirèrent, laissant trois au quatre archers pour garder les portes de ladicte ville jusques au lendemain.
Du samedy vingt-neufiesme d'aoust mil six dent quarantehuit.
Ledict jour, lesdits sieurs prévost des marchands, eschevins et procureur du Roy de ladicte ville , se rendirent en l'hostel d'y celle , cinq heures du matin , envoyèrent dans tous les quartiers des personnes affidées, qui rapportèrent avoir trouvé tout calme, les bourgeois s'estant retirez en quelques endroicts incontinent après minuit, les autres à deux ou trois heures, et les plus zélés à quatre. L'on renvoya sur les sept heures, sur le pont Nostre-Dame et dans la rue Saine t-Denis, des personnes qui virent ouvrir les boutiques, les halles et tous les marchez bien garnis, et le monde assez tranquille, ce qui fit résoudre Messieurs de la ville d'aller au Pallais- Royal donner advis; ce qui fut faict par monsieur le prévost des marchands, monsieur le premier eschevin, le procureur du Roy et greffier de ladicte ville , messieurs les trois autres eschevins estant demeurez audict
de l'uotkl-dh- VILLE [16^8]. 295
Hostel-de-Ville, tant pour donner ordre à ce qui se présenterait que pour veiller au payement des rentes. Ledict sieur prévost des marchands et ceux qui l'accompagnoient furent, à la sortie du Pallais-Royal , au parquet des gens du Roy, et de là conduits en la grande chambre , où ledict sieur prévost des marchands rendit compte de tout ce qui s'estoit passé le jour précédent et de tous les ordres qui s'estoient donnez à la ville pour appaiser toutes les violences populaires; ce qui fut fort approuvé de part et d'autre.
Et d'aultant que le lendemain il se devoit faire une* célèbre procession de Sainct-Jean à Nostre-Dame et retourner de Nostre-Dame & Sainct-Jean, en laquelle monsieur le coadjuteur et l'archevesque de Paris dévoient se trouver pour faire l'office , lesdits sieurs de la ville le furent trouver pour le prier de remettre cette procession à huitaine , craignant que , dans cette grande assemblée j il ne s'y rencontrast quelques esprits encore tous eschauffez de ce qui s'estoit passé, qui prissent cette occasion de recommencer la sédition , s'estant remarqué qu'il y avoit quantité de personnes qui ne cherchoient que des prétextes pour faire souffrir le peuple. Ledict sieur coadjuteur les receut avec grand honneur et leur octroya volontiers ce qu'ils demandent, avec esloges des soings qu'ils avoient pris et continuoient de prendre pour le repos de ce^te ville.
De là ils furent chez monsieur le chancellier, qui estoit encore au Palais-Cardinal , passèrent aussy parl'hostel Montbazon pour voir si la maladie de monsieur le gouverneur luy pourroit permettre d'estre entretenu de toutes ces nouvelles; mais comme on ne le voyoit point encore, ils s'en retournèrent à l'hostel de ladite ville, où ils recevoient de temps à autre la confirmation du
296 EXTRAITS DK9 REGISTRES
calme qui estoit dans tous les quartiers, les boutiques ouvertes, les commerces des halles et les autres marchez et tous les hostelleries à l'ordinaire, et comme si les choses n'avoient point esté. »
Du mercredy, jour des Boys, sixiesme janvier mil six cent
quarante-neuf (1) .
Ledict jour, sur les sept heures du matin, monsieur le prévost des marchands est venu à l'Hostel-de -Ville et a
(%) C'est ce jour même, sur les quatre heures du matin, que Je jeune Roi Louis XIV sortit de Paris avec la Reine, le duc d'Anjou et le cardinal Mazarin, pour se rendre à Saint-Germain. Cet événement, qui fut le signal des troubles dont notre publication va reproduire les détails, se trouve ainsi relaté dans le Journal du Parlement : a Sur les trois heures du matin, monsieur le duc d'Orléans, qui avoit les gouttes, se fit porter en chaise à la porte de la conférence; laquelle ayant fait ouvrir et pris les clefs d'icelle, il monta en une chambre pour se chauffer. Peu de temps après, messieurs le Prince , Te prince de Conty, duc d'Enguyen et le cardinal Mazarin, y arrivèrent, attendant la Reyne, laquelle ne tarda pas beaucoup après à se rendre à ladite porte avec le Roy, monsieur le duc d'Anjou, monsieur de Villeroy et monsieur de Villequier, capitaine des gardes-du-corps. Estant tous sortis du Palais-Cardinal par la porte de derrière, quand ils furent tous assemblez, ils s'en allèrent jusqu'au milieu du cours, où ils s'arrestèrënt, et envoyèrent le sieur de Gomminge faire lever Mademoiselle , et luy porter ordre de monsieur le duc d'Orléans, son père, de monter présentement en carrosse et les venir trouver. Ils s'en allèrent tous à Saint-Germain ; le chancelier, les secrétaires d'Estat et les autres conseillers et ministres partirent à la pointe du jour, avant que personne fust adverti de fa sortie du Roy. Madame la duchesse d'Orléans ne partit que sur les
db l'hotel-db-ville [1648]. 297
aussitost envoyé quérir messieurs les escbevins et procureurs d'icelle , qui s'y sont rendus sur les huict heures; ausquels ayant dict que monsieur de Guénégaud luy avoit fait tenir par l'un de ses commis une lettre de cachet du Roy, qui auroit esté suivie de deux antres lettres que messieurs les duc d'Orléans et prince de Condé escrivoiént à la compagnie, il les auroit assemblés pour en faire la lecture , afin d'adviser ce que la ville auroit à faire en la conjoncture des affaires présentes. Ensuict la teneur de ladite lettre de cachet :