‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliersChapitre 8 sur 30 · DB LHOTAL-DB->VILL · texte numérisé non relu

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tement en la place de Grève nombre de batteaux suffisant, avec des hommes pour la conduite d'y ceux, en l'Hostel-de-Ville , affin de passer tous ceux qui voudront entrer ou sortir dudict Hostel-de- Ville. *

Le soir fut tenu le conseil de guerre» où estoient messieurs le prince de Gonty et le duc d'Elbeuf , messieurs les prévost des marchands et eschevins, messieurs les président Aubry et Perrot , conseillers de ville, messieurs Lenain , Minardeau , Prévost et Payen , conseillers de la cour, messieurs le mareschal de la Motte-Oudancourt, le marquis de Noirmoustiers, le prince de Marcillac et autres ; ausquels ledict sieur marquis de Noirmoustiers fit entendre qu'il avoit envoyé veoir et estimer, par gens à ce cognoissans, les chevaux et les armes qui estoient en la maison dudict sieur Prévost, conseiller en parlement, et qu'on se pouvoit bien tenir au rapport qui en seroitfaict; dont la compagnie demeura d'accord et le remercia du soing qu'il en avoit eu.

Ensuite de quoy fut faict lecture de l'ordonnance faicte par messieurs les prévost des marchands et eschevins , à ce que tous les marchands de chevaux et autres se trouvassent tous les matins au logis de monsieur Payen, pour veoir leurs chevaux de service et en faire prix sur confirmé ;

Comme aussy celle qui ordonnoit aux quartiniers de la ville de se charger des moulins qui sont à Saint- Martin , et les faire distribuer par les quartiers.

Monsieur Fournier, premier eschevin , y a faict lecture des lettres de cachet du Roy qui luy sont tombées entre les mains, portant deffenses aux villes, bourgs et villages des environs , d'apporter pain ny autres provisions quelconques à Paris, sur de grandes peines, en

datte des sept et dixiesme jours du présent mois et an ; lesquelles lettres ont esté par l'ordre du conseil mises en mains de monsieur Minardeau, conseiller de la chambre, pour les y faire veoir, affin de dresser un arrest au contraire.

Il fut ordonné que le sieur de Poix , capitaine d'une compagnie de cavallerie , sera dès le matin envoyé avec tous sergens pour escorter le pain qui doibt venir demain de Ville-Juif.

Le sieur de Saint-Felœlis fut commis pour avoir soing de la chesne qu'on ordonna estre mise au travers de la rivière de Seyne au-dessus de l'arsenal , et pour aller veoir chez monsieur Geslier , marchant poissonnier, demeurant dans l'isle Nostre-Dame, s'il n'y avoit pas un reste de l'ancienne chesne qui y avoit autrefois esté mise au mesme lieu,

A esté ordonné que les poudres qui estoient au Temple et ailleurs seroient mises en divers endroits de cette ville pour éviter aux inconvéniens qui en pourroient avenir estant tout en un mesme lieu» et enjoinct à messieurs les conseillers de la ville de s'informer des quartiers où elles pourront estre seurement mises.

A esté advisé de faire seize compagnies de chevaux légers volontaires, qui est une par quartier, avec un chef en chacune , pour servir aux occasions où elles seront jugées propres.

Fut pareillement résolu de presser les quartiniers de satisfaire promptement à l'ordonnance de ce jourd'huy, qui réduisoitles portes cochères de cinquante écus chacune , et les autres portes à dix écus , au Heu de chevaux et soldats qu'ils debvoient donner.

Ufutfait lecture de l'arrest du parlement cejourd'huy, rendu et conceu en ces termes: «La cour, toutes les

de l'hotbl-dk-ville [1649]. 331

chambres assemblées, sur l'advis à elle donné de pourveoir à la seureté de la ville , a ordonné et ordonne que retranchement seroit faict aux fauxbourgs de cette ville , et à cette fin seront prises les terres et héritages nécessaires aux environs desdits fauxbourgs , à la charge d'indemniser les particuliers auxquels lesdites terres appartiennent; enjoinct aux prévost des marchands et eschevins de cette ville tenir la main à l'exécution du présent arrest. Faict en parlement, le douziesme janvier 1649. Signé du Tillet. »

Ce qui fut jugé très nécessaire, et lesdits sieurs prévost des marchands et eschevins priez de toute la compagnie d'y travailler incessamment, et à cette fin délivrer leurs ordonnances allencontre de qui il appartiendra , ayant esté diot tout hault que de cela despendoit la salvation de la ville.

Le mesme jour, le sieur du Tremblay, gouverneur du chasteau de la Bastille , ayant faict refus de délivrer les clefs à monsieur le duc d'Elbeuf , le chasteau fut assiégé et battu de six canons, et le lendemain rendu et remis aux mains dudit sieur duc; il y fut mis pour gouverneur monsieur de Bruxelles, conseiller de la grande chambre, et pour lieutenant le sieur de Touvière son fils.

Du mercredy treiziesme jour de janvier mil six cent

quarante-neuf.

Sur les grandes importunités que l'on recevoit à l'Hostel-de-Ville à cause de la quantité de personnes qui demandoient des passeports , il fut résolu d'establir un bureau pour cela, un autre pour ce quiregardoit

332 DXTRAITS DBS BBG1STRBS

les armes, un autre qui vuideroit tous les différends qui estoient entre les colonels, capitaines et officiers des compagnies, et un autre pour le faict des vivres ; à quoy Messieurs du parlement éludèrent lesdictes commissions, et en laissèrent faire les fonctions à mesdits sieurs les eschevins seuls, lesquels ne se rebutèrent poinctpourle grand travail qu'il y avoit; pour raison de quoy il fut résolu ce qui ensuict:

De par les prévost des marchands et eschevins de la ville de

Paris.

«On fait à sçavoir à tous les officiers et autres personnes qui veullent sortir de cette ville avec passeport de se trouver demain une heure de relevée en l'hostel de cette ville , où il y aura un bureau estably pour les entendre et expédier lesdicts passeports , leur déclarant qu'après ledict temps passé ils ne seront plus receus ; ce qui sera publié et affiché partout où il appartiendra, à ce qu'aucun n'en ignore» »

Il fut aussy ordonné à messieurs les colonels d'envoyer et mettre au greffe de la ville, au plus tost, un estât contenant le nombre des compagnies qui composent leurs colonnelles, et la quantité de personnes qu'il y avoit en chacune desdites compagnies.

A l'après-disnée il fut tenu le conseil de guerre où il fut résolu ce qui ensuit :

Ledict jour, le conseil de guerre tenu en l'Hostel-de- Ville de Paris , où estoient monsieur le prince de Gonty , monsieur le duc d'Elbeuf , monsieur le président de

di l'hotei.-db-villr [1649]. 333

Mesme, monsieur le maréchal de Lamotte-Oudancourt , monsieur le duc de Brissac, monsieur le marquis de Noirmoustier , messieurs les prévost des marchauds et eschevins de cette ville , et plusieurs autres,

À esté proposé qu'il falloit soullager les bourgeois de tant de fatigues qu'ils ont eues depuis quelques jours, et qu'à ces fins les trouppes qui sont sur pied, et celles qui se lèveront en vertu des commissions de la ville, ser oient mises aux fauxbourgs d'y celle.

Pourquoy monsieur le président de Mesmes a pris occasion de dire qu'il n'estoit pas raisonnable de fouler les habitans des fauxbourgs, puisqu'ils estoient bourgeois comme ceux de la ville et contribuoient aux frais de la guerre, et qu'il falloit donner un autre rendez-vous aux troupes.

A encore esté représenté qu'il falloit faire un estât des fonds dont les trouppes de gens de guerre peuvent estre secourus en cette forme. Sçavoir :

La cour de parlement, 1 x° , g 1 .

La chambre des comptes ,n««n^ gl.

La cour des aydes, xxx , 11 gh Le grand conseil, lun, gl.

Les médecins, mg 1 .

Les serviteurs du Roy , xi , g 1 .

Et ainsi de toutes les communautez, et faire en sorte que tous les fonds fussent déposés en une seulle main ; qu'il ne voudroit pas donner cette peine à monsieur le Prévost, conseiller de la cour; mais s'il la vouloit prendre , je ne crois pas qu'on la puisse mettre en meilleures mains.

Et après que ledict sieur Prévost s'est volontairement offert à faire la recepte et despense de cette armée , quelques-uns de Messieurs de la chambre des comptes

6$U EXTRAITS DliS REGISTRES

ont dict que la chambre avoit député monsieur de La Grange, l'un d'entr'eux, pour faire la recepte de leurs deniers; et quelques autres ayant proposé le receveur de la ville pour le maniement des sommes qui seront levées sur les bourgeois , et qui seroient mises en mains des quartiniers d'icelle ville , ledict sieur président de Messieurs a dict qu'il ne désaprouvoit pas le choix des personnes que les compagnies faisoient pour la recepte de leurs deniers, mais qu'il seroit à propos, selon son jugement, que lesdicts particuliers s'en deschargeassent es mains dudict sieur Prévost, pour faire qu'une personne seulle eust toute la recepte et despense.

A esté résolu, pour satisfaire à la parolle qu'on avoit hier donnée aux habitans de Ville-Juif de leur donner escorte pour amener du pain à Paris, qu'il leur seroit donné cent mousquets, tant pour la seureté de leur retour audict lieu que pour se deffendre en cas de nécessité.

A encore esté promis au capitaine de la rue aux Maires cinquante mousquets pour armer de bons soldats de sa compagnie qui n'ont pas moyen d'en achepter.

Pareil nombre de cinquante mousquets a esté arrestez pour la rue Sainct-Sauveur, et résolu que le tout seroit es mains des capitaines, qui en respondront en leurs propres et privez noms.

Ce faict , a esté parlé de délivrer des commissions des gens de guerre; ce que quelques - uns de messieurs les généraux ont rejette, non qu'ils eussent volonté d'en avoir les commissions, mais à cause du grand nombre de personnes qui estoient dans la chambre dudict conseil; car ayant passé dans la salle des colonels après que ledict conseil a esté levé , ils ont réglé les régi-

DJi i/hotill-de-ville [16&9]. 335

mens et levé les commissions en Tordre qui ensuict ;

Le régiment de Son Altesse , huict compagnies de chevaux-légers.

Le régiment de monsieur le duc d'Elbeuf , huict.

Le régiment de monsieur de Bouillon , huict.

Le régiment de monsieur le mareschal de La Motte , huict.

Celuy de monsieur le comte de Rieux , quatre.

Celuy de monsieur de Lislebonne, quatre.

Celuy de Noirmoustier, quatre.

Celuy de Laigue, trois.

Celuy de Marcillac , quatre.

Celuy de monsieur le coadjuteur, cinq.

Celuy de monsieur de Matha, trois.

Celuy de la Boullaye , trois.

Geluy de monsieur le duc de Vitry , quatre.

Celuy de monsieur le duc de Brissac , quatre.

Celuy de monsieur d'Ambure , trois.

Celuy de monsieur de Fougerolles, trois.

Geluy de monsieur de la Louvière , trois.

Infanterie.

Monsieur d'Elbeuf, deux régimens de mil hommes chacun.

Monsieur le duc de Brissac, un régiment de mil hommes.

Monsieur de Longueville , deux régimens de mil hommes chacun.

Monsieur delà Pentiève, un régiment de mil hommes.

Monsieur de Villebois , un régiment de mil hommes.

Gardes de Son Altesse , deux.

Gardes de monsieur d'Elbeuf, un.

336 EXTRAITS DBS BKGISTfiftS

Gardes de monsieur de Longueville , un.

Gardes de monsieur de Bouillon , un.

Gardes de monsieur le mareschal de La Motte-Oudancourt, un.

Ce mesme jour monsieur le duc de Beaufort arriva à Paris , qui fut logé à l'hostel de Vendosme.

Du vendredy vingt-deuxiesme jour de janvier mil six cent

quarante-neuf.

Il fut mandé à quelques colonels de la ville de faire trouver sur les deux heures dans la place Royale tous les soldats volontaires qui se pourroient trouver en leurs colonelles, pour servir hors la ville un jour ou deux; auquel lieu monsieur le prince de Gonty se devoit trouver.

Il fut ordonné aux quartiniers d'envoyer leurs cïnquantiniers et diziniers chez les boulangers et pâtissiers de celte ville leur enjoindre de faire incessamment du pain de la farine qui auroient en leurs boutiques, affin d'en garnir les places publiques, comme aussi d'envoyer par les maisons des bourgeois les prier de faire manger le pain de provision , et d'envoyer de- / main au marché, affin de laisser celuy qui y viendra

pour les pauvres gens. Il fut pareillement envoyé des mandemens à messieurs les colonels, tant pour l'escorte du pain que pour empescher qu'il y eust confusion en la vente d'yceluy dans lès places publiques.

Messieurs les prévost des marchands et eschevins envoyèrent aux Chartreux, Gélestins, Sainct - Victor, à Saincte-Geneviefve, emprunter de la farine, et les prier

de l'hotel-de-villb [tôftO]. S37

défaire cuire du petit pain toute la nuit, pour faire distribuer aux menues gens le lendemain aux places publiques.

Et d'aultant que tous les bleds et farines qui arrivoient par la rivière au port Sainct-Paul estoient aussyiost piller et saccagez par de certains vagabons qui s'en estoient rendus les maistres, il fut envoyé une compagnie de la colonelle de monsieur Scaron pour empescher ce désordre.

Du dimanche vingt-quatriesme jour de janvier mil six cent

quarante-neuf.

Ce jour monsieur le duc de Beaufort sortit de cette ville avec nombre de cavallerie et d'infanterie pour surprendre Gorbeil ; mais comme il eut advis que ce dessein estoit descouvert et qu'il y avoit entré du secours, il fi{ rebrousser chemin à nos trouppes, ayant cependant fait rompre les ponts de Gournay et de Saine t-Maur pour oster la communication aux ennemis d'entre les rivières de Marne et Seyne.

Ce mesme jour messieurs les députez du parlement d'Aix furent à la grand'chambre faire leur plainte sur l'eatablissement d'un nouveau semestre, remonstrèrent les violences dont on avoit usé pour en venir à ce poinct, ce qui ne tendoit qu'à la subversion de la justice, requérant l'intervention du parlement pour les tirer de cette oppression; et le lendemain, la cour, ayant délibéré sur ledict rapport, a arresté qu'il y aura jonction de la cour avec ledict parlement d'Aix; ce faisant, que très humbles retnonstrances seront faictes au Roy et à II e série, t. vu. 22

la Reyne régente sur la création et restablissement dudict semestre» que la cour a déclaré et déclare avoir esté faicte contre les lois du royaume , et qu'elle ne tiendra ceux qui en ont esté que pour personne privée ; et outre déclare les conseillers et officiers des cours souveraines qui feront les establissemens desdicts semestres nouveaux» sans édicts bien et deuement vérifiez en la cour, indignes et incapables de tous honneurs et privilèges , et d'entrer en compagnie souveraine.

Du dimanche trente-et-uniesmejour de janvier mil six cent

quarante-neuf.

Ce jour le sieur Tancrède de Rohan , qui se disoit fils et héritier du sire duc de Rohan , estant en la compagnie des sieurs marquis de Vitry, de Noirmoustiers et autres, ayant rencontré quelques partis de la garnison du chasteau de Vincennes, après avoir rendu combat contre eux et en avoir tué plusieurs, fut enfin luy-mesme blessé d'un coup de pistolet et emmené au chasteau, où il mourut le lendemain.

Du tundy premier jour de febvrier mil six cent

quarante-neuf.

Ce jour monsieur le duc d'Elbeuf, accompagné du marquis de Noirmoustiers, entra dans la ville de Brie- Comte-Robert, où il mit en garnison partye des troupes qui avoient esté tirées de Charenton , tant pour la con-

de l'hoti.l-'de-vili.b [1649]. 330

servatîon de la ville que pour la seureté des marchands qui viennent de ces quartiers-là apporter des provisions à Paris.

Ce mesme jour fut rendu arrest par lequel la cour ordonne que les receveurs des villes de Moulins et de Cnalons apporteront les deniers de leurs receptes aux coffres de l'HoBtel-de-Ville de Paris.

3&0 EXTRAITS DBS REGISTRES

au greffe de la cour de toutes les armes qu'ils ont en leurs maisons et magazins » sur les peines y contenue».

Du vendredy cinquiesme jour de febvricr mil six cent

quarante-neuf.

L'on vint donner advis à messieurs les généraux que la plus grande partie des garnisons de Corbeil et de Lagny estoient sorties» et qu'on croyoit que c'estoit pour aller à Brie-Comte-Robert.

Ce jour monsieur Miron, conseiller en cour de parlement de Rouen» fut en la grand'chambre comme député dudict parlement , où il exposa sa créance ; puis présenta ses lettres et quelques arrests rendus au parlement de Rouen sur les affaires du temps; prie la compagnie d'entretenir une parfaite correspondance et intelligence avec ledict parlement de Rouen, et d'arrester qu'il ne seroit faict aucun accommodement que les intérests dudict parlement de Rouen n'y fussent compris, et de donner arrest contre le semestre conforme àceluydu parlement; ets'estendit sur les moyens» dont il donna grande satisfaction à la compagnie» qui luy accorda ensuite tout ce qu'il demandoit, tant pour la jonction des deux parlemens que pour l'establissement du semestre de Rouen , qu'elle déclara avoir esté faict contre les lois du royaume» et que très humbles re~ monstrances seroient faictes au Roy et à la Reyne régente à cette fin (1).

(1) Le semestre, la cause ou le prétexte de la rébellion du parlement de Rouen, avait été créé par le cardinal de Richelieu. Les

»B l'hotbl-pb-villr [10&9].

Dl UlMiNCllE SKPT1BSME JOIJB DE PBBVRIBS MIL SIS CBHS QUARANTE-NEUF.

De par messieurs Us prèrost des marchands et esckevins de la ville de Paris.

342 EXTRAITS DBS REGISTRES

quel lieu vous seront donnez les ordres de ce qu'il sera besoing de faire, sur les advis que les ennemis veulent entreprendre de ce costé-là (1).»

Pareil envoyé à tous messieurs les colonels.

De par Us prévost des marchands et eschevins de la ville de

Paris.

t Monsieur, , colonel, vous pourrez, pour le

soullagement de vos compagnies, faire sçavoir aux capitaines d'icelles qu'il suffira , pour l'exécution de Tordre que vous avez receu de nous cette après - disnée , de les faire tenir demain, huitiesme de ce mois, à la pointe du jour, devant vostre logis, où vous recevrez les ordres de ce qu'il y aura à faire , et vous prendrez soing que chaque soldat soit muny de pain et autres munitions de guerre pour toutte la journée. »

Pareil envoyé à tous messieurs les colontels.

(1) Le lendemain, M. le duc d'Elbeuf sortait de Paris à la tête des régiments parisiens pour aller défendre Gbarenton, dont le prince de Gondé s'était emparé ; « Mais ayant veu Tannée de monsieur le Prince en bataille, postée avantageusement, paraissant estre au moins de onze mille hommes, et ayant tenu conseil de guerre pour sçavoir s'ils donneraient bataille ou non , il aurait esté résolu tout d'une voix de ne pas le faire, et de ne pas hasarder la vie du grand nombre d'infanterie des bourgeois de Paris qui estoient sortis sous les armes, dont il ne pouvoit assez louer le cœur et le courage, de crainte de faire crier leurs femmes et leurs en fans, au cas que la perte fost arrivée de beaucoup d'entre eux, qui estoit inévitable, estant impossible d'aller attaquer l'armée ennemie sans la defTaite de nos premiers bataillons et de la plus grande partie de reste, qui ne pouvoit y aller que par un deffilé. » ( Voyez le Journal du Parlement , au mardy neuf février, )

dk l'iiotel-db-villb [lô/iO]. %k&

Ce jour fut publié à Sainct-Germain-en-Laye une déclaration de Sa Majesté portant interdiction- de la cour de parlement, attribuant à quelques bailliages et sièges présidiaux du ressort dudict parlement le pouvoir et jurisdiction souveraine.

Du mardy nèufiesme jour de febvrier jnil six cent

quarante-neuf.

Ce mesme jour, monsieur le duc d'Elbeuf fut au par* lement faire le récit de tout ce qui s'estoit passé à Charenton, et tesmoigna l'obligation que Ton avoit à feu monsieur dé Glauleu.

Du mercredy dixiesme jour de febvrier mil six cent

quarante-neuf

Ce jour fut ordonné par le parlement que la taxe faicte lors du siège de Gorbie seroit suivye de ce que chacun debvoit payer pour la subsistance des gens de guerre, ce qui a causé que la ville a esté grandement persécutée.

Le mesme jour, monsieur le duc de Beau fort (1) sortit du pallais et alla jusqu'à Charenton , où il ne trouva

(1) François de Vendôme , duc de Beaufort , petit-fils d'Henri IV, et le Roi des Haltes , de la populace , naquit en 1616 et mourut en

iUk EXTRAITS DES BEG1STBBS

aucuns gens de guerre dans le bourg , mais seuUement deux à trois cens mousquetaires qui s'estoient retirez dans les moulins , que ledict sieur duc avoit dessein de battre; dont il fut diverty, mesme nécessité de s'en départir, pour aller favoriser le convoy qui estoit arrivé d'Estampes, conduit par monsieur le marquis de Noirmoustier (1).

(1) « Ayant joint ledit marquis , et comme ils marchoient avec le convoy au-delà de Huissoux, ils apprirent que le maréchal de Grammond paroissoit avec deux mille chevaux et autant de fantassins, et qu'il se campoit en la plaine de Ville-Juifve pour empescher ledit convoy de passer. Aussitost ils auraient donné advis au marescbal de la Mothe, lequel se rendit en peu de temps à Ville- Juifve, où, estant , il fit son possible pour attirer le mareschal de Grammond à un combat; mais, bien loin de l'accepter, il se retira, laissant partie de ses troupes audit lieu, et l'autre partie alla pour empescher ledit convoy au derrière du village de Vitry, par où il devoit passer. Monsieur de Beaufort se destacha avec quelques-uns des siens, et, passant audit Vitry, trouva au soi tir plusieurs escadrons de cavalerie qui vinrent à luy, entre autres le régiment de cavallerie du cardinal; et bien qu'il n'eust avec luy que ses gardes et quelques cavaliers, il chargea ledit régiment, en essuya le salut, et tua d'un coup d'espée à la gorge le sieur de Nerlieu qui le commandoit, homme de grande réputation et mérite, lequel estoit armé de toutes pièces, quoyque ledit sieur duc de Beaufort n'eust pour ses armes deffensives qu'une hougseline de velours noir ; ce qui mit ledit régiment en telle déroute que plusieurs furent tuez tant dedans que dehors ledit village; les autres espouvantez se retirèrent, et le convoy fut conduit à Paris en fort bon ordre : il estoit de douze cens bœufs, huit cens moutons, six cens porcs, et quantité de chevaux de somme chargez de bled et de farine.

»Le bruit estant venu à Paris que monsieur de Beaufort estoit aux mains avec les ennemis, le bourgeois dit qu'il falloit aller le secourir, et, sans attendre le commandement qui fut donné par après, plusieurs sortirent et allèrent droit au lieu où l'on disoit que se donnoit le

db l'hotbl-»e-ville [1649]. 3/i5

Dujeudy unzlesme jour de febvrier 1649, dix heures du

matin.

En l'assemblée de messieurs les prévost des marchands, eschevins et conseillers de ladicte ville, ledictjour tenue en l'hostel d'icelle pour adviser aufaictdes rentes de la ville et autres affaires pressantes , sont comparus monsieur le président Leferon , prévost des marchands, eschevins et conseillers.

La compagnie estant assemblée , monsieur le prévost des marchands, ayant seu qu'on l'accusoit d'avoir négligé quelques advis qu'on luy imputoit avoir receus de la part de monsieur le duc de Beaufort le jour précédent, y a représenté tout ce qui se passa le jour d'hier à l'effet du secours que l'on luy envoya, et a asseuré de n'avoir receu aucun advis dudict sieur duc de Beaufort, et que sur le bruit commun, qu'il n'apprit que sur les trois heures de relevée, il envoya des mandemens par toutes les colonnelles pour aller au-devant de luy ; dont toute la compagnie est demeurée satisfaite.

Messieurs Fournier et Lescot, eschevins, ayant esté en-

combat. En moins de deux heures il se trouva entre Ville- Juifve et Paris plus de 25,000 hommes résolus de se bien battre si Ton eust eu besoin d'eux ; mais ils rencontrèrent monsieur de Beaufort qui revenoit, lequel les remercia, estant très satisfait de voir l'affection des Parisiens qui , de leur costé, tesmoignèrent beaucoup de joye de voir qu'il n'estoit point blessé et que le convoy commençoit à entrer dans Paris ; plus de deux cens du party contraire ayant esté tuez en cette rencontre , où le duc ne perdit qu'un cavalier. «(Extrait du Journal du Parlement. )

346 EXTRAITS DBS REGISTRES

voyez au parlement pour rendre compte à la cour de tout ce qui se passoit à la ville , ont faick la relation à toutte la compagnie de tout ce que la cour avoit dict ensuitte, ce qui a fort satisfaict l'assemblée. Ils ont depuis adjousté que la cour estoit dans le sentiment de fairç eslire des majors dans les colonelles de cette ville, ce qui a faict à l'instant dresser un mandement pour assembler messieurs les colonels à deux heures de relevée.

A esté résolu de faire mettre quatre mil livres au greffe de la ville pour employer aux despenses extraordinaires de la guerre, et à l'instant l'ordonnance adressée à sire Nicolas Souples, quartinier.

De par les prévost des marchands et eschevins de la ville de

Paris.

« Monsieur le colonel , nous vous prions de vous trouver cejourd'huy , une heure de relevée , en l'hostel de cette ville , pour adviser ce qu'il sera à propos de faire dans vos colonelles en Testât présent des affaires du temps. 9

De par les prévost des marchands et eschevins de la ville de

Paris.

« Il est ordonné au capitaine qui commande en la rue des Petits-Champs de prendre garde à ce qu'il ne soit faict aucun désordre ny dégast en la maison de monsieur le chevallier de Lavalette , et empescher toutes les violences qu'on y voudroit apporter, faisant mettre sa compagnie sous les armes, en cas qu'il juge que le besoing soit, sans y perdre aucun temps. »

dk l'hotel-dk-yillb [16&9]. 847

Ledict mandement envoyé sur la minuit à cause du grand bruit qui s'estoit faict de ce qu'on avoit arresté ledict sieur chevallier de Lavalette par la ville, surpris en jettant des libelles imprimez, et amené en l'Hostel-de-Ville entre unze et douze heures du soir ; ce qui fut recognu dans son interrogatoire , dont la minutte est dans les liasses du greffe.

Du vendredy douziesme jour de febvrier mil six cent quarante-neuf, sept heures du soir.

• La compagnie estant assemblée, ledict sieur de Longueville ayant pris place y a dict que, la compagnie colonelle de son père estant cejourd'huy en garde à la porte Saine t-Honoré, il y seroit arrivé un hérault du Roy avec un trompette de Sa Majesté, qui avoit esté arresté à ladicte porte par celuy qui y commandoit en son absence , qu'il seroit à l'instant venu advertîr; où s'estant transporté, auroit seu dudict hérault qu'il avoit à parler de la part de Sa Majesté au parlement, à la ville et à monsieur le prince de Gonty;dont ledict sieur de Longueville auroit donné advis audict parlement, où, par délibération , il n'auroit pas esté jugé à propos de recevoir ledict hérault ny l'entendre , attendu que les héraults ne s'envoyent que de souverains à souverains ou à des rebelles j que le parlement ne prétendoit rien à la souveraineté, estant sujets du Roy et dans une entière obéissance, en sorte qu'il ne s'agissoit point de rébellion, et en mesme temps ordonne que les gens du Roy yroient trouver Sa Majesté pour sçavoir d'elle ce qu'elle désiroit

S48 ltXTRàlTS DIS REGISTRES

de son parlement, et d'aller par advance faire celte réponse au hérault; lequel ayant esté veu depuis par ledict sieur de Longueville, il luy auroit faict entendre qu'il avoit des lettres du Roy pour présenter audict parlement, à ladicte ville et audict sieur prince de Conty. Ce que la cour ayant sceu a déclaré ne les pouvoir rescevoir de la main d'un hérault, que monsieur de Conty luy en avoit autant dict , et qu'il ne restoit qu'à sçavoir la volonté de la ville , à laquelle le sieur de Longueville a creu qu'il devoit donner advis de tout ce qui s'estoit passé en la rencontre , et dont il attendrait la response. Et s'estant retiré» et l'affaire mise en délibération ,

A esté résolu et arresté que monsieur Fournier, premier eschevin , iroit de la part de la ville par devers ledict hérault lui faire la response qui ensuit : « La ville de Paris ne peut assez tesmoigner ce déplaisir qu'elle a de ne pouvoir entendre le hérault envoyé de la part du Roy, ny recevoir le paquet qu'elle luy a faict l'honneur de luy envoyer, soubs les asseurances qu'elle donne à Sa Majesté d'estre toujours disposée de l'informer de la sincérité de ses intentions lorsqu'il luy plaira de luy permettre luy en donner les assurances de vive voix. »

Dujeudy dix- huictiesme jour de febvrier mil six cent

quarante-neuf.

Ledict jour le régiment de cavallerie de Bourgogne, cy-devant de Son Altesse de Cionty, faisant plusieurs dégasts aux bourgs et bourgades des environs de Brye- Comte-Robert , le sieur de Bourgogne , gouverneur de

db l'uotel-de-villb [1649]. 3&9

cette place» sortit avec trois cens cavalliers et cent hommes de pied de sa garnison , et donna si vivement dessus ledict régiment qu'il leur fit payer bien cher les outrages par eux faicts par la mort de plus de cent des leurs, la prise de soixante ou environ, le désordre et la fuite du reste.

Ce mesme jour furent leues au parlement des lettres interceptées que le sieur Cohon (1) , évesque de Dol , escrivoit au cardinal Hazarin de ce qui se passoit à Paris, et ayant délibéré, fut arresté que l'on observeroit les actions dudîct évesque et qu'on lui bailleroit des gardes, comme aussi à l'évesque d'Aire, pour empescher la continuation de leurs mauvais desseins.

Du samedy vingtiesme jour de febvrier mil six cent

quarante-neuf.

Ce jour arriva à Paris un convoy de bleds et farines dans cinq à six cens charrettes qui venoient de la province de Brye et qui avoient esté escortées par monsieur le marquis de Noirmoustier, qui estoit sorty le jour précédent, croyant faire rencontre des trouppes çon-

(i) Anthyme-Denys Cohon, prédicateur célèbre qui prononça l'oraison funèbre de Louis XIII et le discours d'usage pour le sacre de Louis XIV. Il s'était attaché à la fortune de Mazarin, en faveur duquel il rédigea, dit-on , la pièce qu'on trouve dans les collections de Mazarinades sous le titre de Sentimens d'un fidèle sujet du Roi sur l'arrêt du parlement du 29 décembre 1651. Ce prélat mourut évéque de Nîmes en 1670. Il était de Graon, où il était né en

duictes par le comte de Grandce. Il y eut aspre combat où le prince de Marsillac fut blessé d'un coup de pistolet» et monsieur de Duras, le fils, d'un coup de mousquet, après avoir deffaict quantité desdictes trouppes et faict passer d'une force ledict convoy , sans qu'il y ay t eu perte d'une seule charrette.

Du dimanche vingt-uniesme jour de febvrier mit six cent

quarante-neuf.

Il est enjoinct aux quartiniers , cinquantiniers, dizainiers de cette ville et fauxbourgs de Paris, de travailler incessamment et conjoinctement avec messieurs les députez des compagnies souveraines, pour l'exécution des arrests de la cour du parlement des vingt-huict et trentiesme janvier dernier.

De par les prévost des marchands et cschetins de la ville

de Paris.

« Monsieur le colonel , plaise vous trouver demain vingt-deuxiesme dudict mois, deux heures de relevée, en l'Hostel-de-Ville , pour donner compte de Testât de la milice de Paris que vous nous avez faict espérer de mettre sur pied , vous priant n'y voulloir faillir. Faict au bureau de la ville, ce vingt-uniesme febvrier mil six cent quarante-neuf. »

Lès trouppes ennemyes, après une longue batterie

DE l/nOTKL-PE-mLE [1649]. 35 1

de canon , ont pris le chasteau de Lizîgny en Brye , appartenant au duc de Luynes, auquel ils firent grand dégast.

Du iundy vingt-deuxiesme jour de feàvrier mil six cent

quarante-neuf.

En l'assemblée de messieurs les prévost des marchands , eschevins et colonels de la ville , ledict jour tenue en l'hostel d'ycelle pour sçavoir en quel estât estoit la milice de ladicte ville, sont comparus messieurs Jérosme Leferon, prévost des marchands, eschevins et colonels.

La compagnie estant assemblée, monsieur le prévost des marchands y a représenté que le subject d'ycelle estoit pour sçavoir ce que chacun de messieurs les colonels avoit advancé pour la milice des colonelles de Paris, les priant de voulloir dire en Testât qu'elles estoient et quel jour il vouloit faire montre; mais comme il s'en est trouvé de plus advancées les unes que les autres, il a esté jugé à propos de faire deux reveues , la première jeudy prochain, et l'autre le dimanche ensuivant. Et d'aultantque Ton s'est ressouvenu que toutes les trouppes de cette armée av oient pris jour à jeudy pour sortir de cette ville sans y plus retourner, toute la compagnie a trouvé bon de remettre la reveue de ladicte milice à vendredy, deux heures de relevée , en la place Royale, où chacun a promis de se trouver..

Ce faict, messieurs les colonels ont demandé des armes pour armer leurs soldats à Messieurs de la ville, qui ont répliqué ne pouvoir le faire faulte de fonds; sur

352 EXTRAITS DBS REGISTRES

quoy un de la compagnie a pris occasion de dire qu'il y avoit deux cens mousquets en la maison de monsieur le cardinal Mazarin, et en mesme temps ledict sieur de Ghamplastreux s'est offert d'en parler à Messieurs du parlement pour avoir lesdicts mousquets» auquel cas ils seroient partagez entr'eux à proportion du monde que chacun desdicts sieurs colonels fournissent.

À encores esté mis sur le tapis qu'il y avoit quelques corcelets et piques dans l'arsenal, dontlesdictes trouppes se pouvoient accommoder, et qu'outre on pourroit donner une livre de poudre» une livre de mèche et une livre de balles à chaque soldat; dont ne s'estant pas trop esloigné, monsieur le duc de Luynes auroit prié monsieur le prévost des marchands de sçavoir desdicts sieurs colonels ce que chacun d'eux estoit résolu de fournir et ce qu'il demandoit à la ville. Ce que leur ayant demandé,

Monsieur Destampes-Valençay a dict qu'il fourniroit quarante-huit hommes effectifs, sans les officiers» qui sont : un capitaine, un lieutenant, deux sergens, deux capporaux, deux anspessades et deux appointez;

Qu'il demandoit à la ville seulement deux mousquets, seize corceletz, seize picques, quarante-huit livres de poudre , pareille quantité de plomb , et autres quarante livres de mesche et quatre hallebardes.

Monsieur de La Moignon fourniroit cent hommes effectifs» à compter chaque officier pour homme» et demandoit à la ville quatre-vingt-dix mousquets • ou dumoing soixante-quatre, avec trente-deux corceletz, trente-deux picques , quatre hallebardes » ensemble cent livres de poudre , cent livres de mesche et aultant de balles ;

Monsieur de Ghamplastreux, idem.

de l'hotel-de-villé [1649]. 368

Monsieur de Thiles, idem;

Monsieur de Bagnols, idem;

Monsieur Trouson , idem.

Monsieur Menardeau a dict qu'il fournirent soixantecinq hommes effectifs, à compter lesdicts officiers pour un , et demandoit à la ville quarante mousquets» vingt corceletz , vingt picques , quatre hallebardes , soixante-cinq livres de poudre, autant de plomb, balles et mesche ;

Monsieur le président de Maisons, idem.

Monsieur Hiron fourniroit cinquante-deux soldats avec les officiers ; qu'il demandoit des armes, de la poudre , mesche, balles , plomb à proportion ;

Monsieur Scaron, idem.

Monsieur Tallement dict qu'il fourniroit quatre-vingts hommes effectifs , et demandoit les armes et munitions de guerre à proportion ;

Monsieur de Thillenault , idem.

Monsieur Martineau, qu'il fourniroit quatre-vingts hommes effectifs , dont il demandoit les armes et munitions de guerre à proportion;

Monsieur Favier, idem ;

Monsieur Thibert, idem.

Monsieur Barthélémy, qu'il fourniroit cinquante hommes effectifs, dont il demandoit les armes et munitions de guerre à proportion.

Mais comme il demeura constant que la ville ne pouvoit fournir aux mousquets, et qu'il y avoit des corceletz et picques à l'arsenal de Paris, il fut résolu le mandement qui ensuict :

« Il est ordonné au sieur de Bernoy (Nicolas) , commandant à l'Arsenal de Paris, de deslivrer à .... . Il* SÉRIB, t. vu. 2&

l'un des colonels de ladicie ville la quantité de corceletz, picques , hallebardes , poudre, mesche, balles et plomb, pour armer et servir à la fonction des soldats de sa compagnie lorsqu'elle sera commandée, ainsy qu'il a esté cejourd'huy arresté au bureau de la ville; quoy faisant ledict sieur Bernoy en demeurera bien et vallablement deschargé. Faict au bureau de la ville, le vingt-deuxiesme de febvrier mil six cent quaranteneuf. •

Et sur ce qu'on rapporta à la compagnie que monsieur le duc d'Orléans a fait reproche à quelques personnes de condition de ce qu'on avoit mis garnison dans le Luxembourg, où les soldats faisoient un grand dégast , il fut résolu le mandement qui ensuict :

De par tes prévost des marchands et eschevins de la ville

de Paris.

€ Monsieur Transon, lieutenant-colonel, nous vous prions de faire lever présentement la garde qui est mise dans le pallais du Luxembourg et empescher d'oresna-

vant que l'on passe par dans la cour dudict pallais pour aller au corps-de-garde qui est au bout* du parc, y pouvant aller par la grande rue qui va aux Carmes deschaussez, le tout affin qu'il ne se fasse aucun désordre dans ledict Luxembourg; vous priant n'y voulloir faillir. Faict au bureau de la ville, le vingt-deuxiesme jour de jjebvrier mil six cent quarante-neuf. »

de l'hotkl-db-villb [1649]. 355

Du mardy vingt-troisiesme jour de febvrier mil six cent

quarante-neuf.

En l'assemblée de messieurs les prévost des marchands, eschevins et conseillers de la ville de Paris, ledict jour tenue en l'hostel d'ycelle pour adviser aux moyens de recouvrer et emprunter jusques à cinq mil livres pour estre employez aux affaires présentes, pour la contribution de ladicte ville , à prendre sur son domaine, sont comparus messire Jérosme Leferon, prévost des marchands, eschevins et conseillers.

La compagnie estant assemblée , monsieur le prévost des marchands y a représenté qu'il les avoit assemblez pour adviser ensemble aux expédiens qu'il y avoit de trouver de l'argent «pour satisfaire en quelque façon à l'espérance que Messieurs du parlement et les autres compagnies attendoient de la ville , et dont ils s'estoient faict entendre, tant au parlement, aux assemblées qui se sont faictes chez monsieur le premier président, qu'autres endroicts, réputant à nostre négligence, au peu d'affection, ce qui ne doit estre attribué qu'au peu de crédit que nous avons eu jusques à présent , priant la compagnie de voulloir dire ce que chacun a faict pour cela depuis les assemblées précédentes.

Sur quoy monsieur le président Perrot auroit pris occasion de dire qu'il s'estoit trouvé ce matin au parle»ment lorsqu'on y a parlé d'une partye de quarante mil livres qui est entre les mains du nommé Gourtin , qui appartenoit à des messieurs, où quelques-uns de Messieurs du meàme parlement ont dit assez haut que la ville les devroit prendre à constitution de renies, puis-

355 KXTEÀITS DKS REGISTRES

qu'elle avoit tant de peine à trouver de l'argent , si d'ailleurs toutte la cour n'avoit pas improuvé; et l'affaire ayant esté mise en délibération , a esté arresté et conclud que la ville contribue roi t, tant de son domaine qu'octroyé, jusques à la somme de cent mil livres à la despense de cette guerre, suivant les assemblées précédentes; pour satisfaire à partie de laquelle somme ladicte ville prendroit à constitution de rentes ladicte somme de quarante mil livres dudict sieur Courtin ou d'autre à qui elle appartient» et pourvoir au surplus par autre emprunt, s'il se trouve de l'argent à constitution; au payement et continuation desquelles rentes les sieurs prévost des marchands et eschevins s'obligeront, en leurs propres et privez noms, tant et si longuement qu'ils demeureront es charges , desquelles ils ne pourront estre destituez qu'au préalable ils ne soient deschargei desdictes obligations par ceux qui. entreront en leurs places, qui se chargeront pareillement de la continuation de cesdictes rentes en leurs propres et privez noms, et ainsi successivement jusques à ce que les rachapts en aient esté faicts; et au cas que ledict surplus, montant à soixante mil livres , ne se puisse trouver à emprunter sur lesdictes obligations , que l'on engagera la ferme de monsieur Villers, montant à treize mil livres par an, pour sept ou huit années, ainsy qu'elle fut du temps de Gorbie. Ce qui ne se pouvant faire, a esté proposé de demander aux locataires du pont Nostre- Dame de faire advance d'une année et demye des loyers desdictes maisons , à condition de prolonger le temps de leurs baux de trois ans, lors de l'expiration d'iceux, au mesme prix qu'ils les tiennent à présent et sans aucun frais; et, pour suppléer au surplus, que le buffet vermeille doré de la ville seroit vendu ou en-

Dl i/lIOTBL-nt- VILLE [16&9]. 357

gagé , et générallement faire , pour le recouvrement de ladicte somme de cent mil livres , tout ce qui se pourrait. De laquelle délibération messieurs Fournier et Helyot, eschevins, et messieurs Doinville et Conte, conseillers de ville, ont esté priez de ladicte assemblée d'aller faire récit en l'assemblée de Messieurs du parlement qui se faict cette après-disnée chez monsieur le premier président.

Du mercredi vingt-quatriesine jour de febvrier mil six cent

quarante-neuf.

Ce jour messieurs Molle , premier président , de Mesmes, second président, Violle , conseiller en la grande chambre , Lecocq , Catmat , Minardeau et Paluau , conseillers des enquestes, le sieur Buve, conseiller des requestes, députez du parlement, et messieurs les gens du Roy partirent pour aller à Sainct-Germain , à dessein de porter Leurs Majestez à la paix.

« Sire Jacques Tartarin , quartinier, allez et envoyez les cinquantiniers et dizainiers de vostre quartier dans toutes les maisons bourgeoises les prier de faire cuire les farines qu'ils ont dans leurs familles, affin de n'envoyer poinct demain aux marchez et laisser le pain qui s'y trouvera pour ceux qui n'ont de quoy en faire faire. Vous irez et envoyrez aussy présentement chez tous les boullangers et pastissiers de vostre quartier leur enjoindre de faire quantité de pains de deux et trois livres , à ce que les pauvres gens en puissent avoir

358 EXTRAITS DBS REGISTRES

pour leur argent; sy n'y faictes fautes. Faict au bureau de la ville, ce vingt-sixiesme febvrier mil six cent quarante-neuf. »

Du vendredy vingt-sixiesme jour de fibvrier mil six cent

quarante-neuf.

Ce jour fut faict la composition pour la réduction de Brye-Comte-Robert ; car, encores que ce ne soit qu'une bicoque, les assiégeans y perdirent quantité de monde, ce qui fut cause que cette capitulation, qui estoit de sortir armes et bagages, ne fut fort bien gardée , y ayant eu de nos soldats tuez et d'autres dépouillez (1) .

(1) Les conditions de la capitulation étaient que les officiers, sortiraient avec le gouverneur, armes et bagages, et que les soldats garaient la vie sauve ; mais à peine la garnison fut-elle hors de la place qu'elle essuya le feu des assiégeants. La moitié des soldats resta sur la place, l'autre fut contrainte de prendre parti.

Brie-Comte-Robert, désignée dans les anciens actes Braia-Comites-Roberti, ce qui signifie terre grasse du comte Robert, est une petite ville située à six lieues de Paris, dans ce qu'on appelait la Brie parisienne. Le nom de Robert, qui entre dans la composition de son nom, rappelle, à ce qu'il parait, celui de son fondateur, de Robert, fils de France, comte de Dreux et seigneur de Braye, et non de Brie, comme on a dit depuis par corruption.

Cette bicoque, comme s'exprime le manuscrit de l'Hôtel-de-Ville, possédait un beau couvent de Minimes, un grand marché, et, dans son église paroissiale, surmontée d'une haute tour, un remarquable morceau d'architecture gothique.

nu l'hotbl-db- ville [1649]- .350

Du dimanche vingt- kuictiesme et dernier jour de fctmrier mil six cent quarante-neuf.

36/l KXTRA1TS

de cette vérité. Le peuple opprimé en toute sorte , le» anciens officiers avilis et quasi anéantis par la création de tant de nouveaux , les familles les plus accommodées ruinées par mille monopoles , les finances pillées et transportées hors du royaume; les proscriptions, emprisonnemens et morts violentes des plus affectionnez du Roy, gui n'ont peu voir ces désordres sans s'en plaindre, et par ce moyen en attirer sur eux l'indignation de ceux qui les commettoient ; la paix tant de fois refusée, et la guerre tousjours continuée, pour sous ce prétexte pouvoir plus aisément satisfaire à l'avarice des mauvais ministres et achever la ruine de ce royanme ; enfin, la France défigurée et déchirée, ayant perdu cette ancienne splendeur que l'abondance luy apportoit, estoient d'assez puissans tesmoins pour convaincre de tous ces crimes le cardinal Mazarin, autheur de nos désolations. Toutesfois, par une extraordinaire preuve, Dieu a encore permis que l'Espagne vienne servir de tesmoin pour convaincre entièrement ce trouble-repos sur les mauvais desseins qu'il a conceus à la ruine de la France. Admirable coup du Ciel de voir deux puissantes couronnes, ennemies et jalouses l'une de l'autre, pour leur puissance, s'unir et s'accorder en un moment! Estrange changement et quasi incroyable, de voir des armes qui s'employ oient, il n'y a que six mois, pour l'agrandissement de ce royaume de France, aujourd'huy portées pour la destruction et ruine entière de sa ville capitale, et ensuitte de celles de tout l'Estat; et, au contraire, celles qui en ce temps-là ne faisoient feu que pour embrazer ce royaume, les voir aujourd'huy toutes près* tes pour la conservation d'iceluy. Ce sont les offres que fit l'archiduc par son envoyé à Messieurs du parlement, avec celles d'une ferme paix ; si bien que nous pouvons

à présent dire xpax etjustitia osculala sunt, que la justice et la paix se sont trouvées, se sont caressées et se sont embrassées, que veritas de terra orta est, la preuve certaine et la vérité des desseins du cardinal est entière* ment découverte, et aussi que jus titia de Cœlo prospexit, que Messieurs du parlement, meus par des inspirations du Ciel, ont équitablement prononcé contre ce perturbateur, et achèveront glorieusement cet ouvrage qui tournera à leur honneur et au profit général et particulier de tous les peuples chresliens.

Ce fut sur les offres et autres déclarations faites par l'envoyé de l'archiduc que Messieurs du parlement députèrent vers Leurs Ma jestez, et que mesdits sieurs les députez et gens du Roy partirent le 2U février 1649, accompagnez des archers de la ville et des gardes de monsieur le mareschal de La Motte, qui les quittèrent vers le Cours de la Reyne, où ils furent rencontrez par monsieur de Saintat, maistre des cérémonies de France, avec ordre de les conduire au bourg de Ruel. Monsieur le mareschal de Grammont les receut au-dessus de la montagne de Nigeon, dite des Bons-Hommes, et les escorta jasquesàSaint-Cloud. Sur le chemin, quelques cavaliers allemans ayans eu l'effronterie de vouloir faire violence au carosse de monsieur le premier président, un d'iceux fut tué sur la place, et les autres arrestez pour estre punis de leur témérité. Mesdits sieurs les députez et gens du Roy arrivèrent à Ruel, où ils furent receus et régalez, et le lendemain lundy 25 en partirent pour Saint-Germain-en-Laye , où l'après-disnée du mesme jour ils eurent audience de la Reyne régente et de messieurs les ducs d'Orléans et prince de Condé, qui produira, avec la grâce de Dieu et le travail de ces Messieurs, une paix qui nous rendra la félicité que les estran-

gers et mauvais François nous ont ostée il y a si longtemps. Et parce que monsieur le chancelier n'y estoit pas, la response fut mise au lendemain.

Ledict jour mercredy 24 febvrier, sur les nouvelles que messieurs nos généraux eurent que la plus grande partie des garnisons ennemyes de Saint-Denys, Aubervilliers et autres lieux, avoient défilé par le pont de Gournay, qu'ils ont fait restablir, pour aller assiéger Brie-Comte-Robert, firent sortir des troupes, tant de cavalerie que d'infanterie, jusques au nombre de quatre mille chevaux et six à sept mille hommes de pied soûldoyez, outre plus de vingt mille hommes des bourgeois de Paris, qui firent un notable corps d'armée qui tint la campagne le reste de ce jour ; pendant lequel, et les deux jours suivans, l'on fut es villes et bourgs de la France jusques à dix lieues de Paris, avec si grand nombre de chariots et charettes que l'on a amené dans la ville une très grande quantité de bleds, farines et autres sortes de vivres ; de sorte que ce convoy est le plus notable de tous ceux qui y sont arrivez depuis qu'elle est bloquée; dont on a une particulière obligation à messieurs nos généraux et autres seigneurs, qui tous ont contribué de leurs propres personnes pour ce bon effet. Pendant cette sortie ont esté pris prisonniers plusieurs ennemis, au nombre déplus de cinquante, qui alloient à la picorée avec cent de leurs chevaux , outre les officiers, et entre autres le sieur Batilly, leur mareschal de camp.

Le mesme jour 24, le Roy, la Reyne régente, monsieur le duc d'Orléans, Madame et monsieur le prince de Gondé envoyèrent les duc Dam-Ville, commandeur de Souvray, chevalier de Grammont, baron du Fretoy et le sieur Flamarin consoler la Reyne d'Angleterre de

DU COURRIER FRAWÇOIS [16&9]. 367

l'attentat et régicide commis on la personne du Roy de la Grande-Bretagne, son mary.

Le lundy 25 la cour nomma des commissaires pour instruire le procez des nommez La Raillère et L'Aunay- Gravé, arrestez prisonniers comme servant d'espions en ville au cardinal Mazarin.

L'on a procédé celte semaine à la vente des meubles du cardinal Mazarin, suivant les arrests de la cour qui ont esté donnez contre luy.

Le vendredy 26 febvrier il y a ou nouvelles de Brie- Comte - Robert que le comte de Grancey avec les troupes ennemyes avoit assiégé ladite ville, et qu'aux approches d'icelle celuy qui commandoit dans la place' a monstre qu'il sçavoit bien se deffendre; car ayant fait tirer quelques volées du canon qu'il y avoit et fait faire des charges à ses soldats, a causé aux assiégeans une notable perte de leurs gens qui y ont esté tuez en celte première attaque. Mais ledit gouverneur voyant que l'artillerie de nos ennemys avoit fait bresche suffisante, et sçachant qu'il nous estoit impossible de le secourir, à cause de plusieurs défilez par lesquels il falloit de nécessité passer avant que d'y arriver, et que le mareschal du Plessis-Praslin, qui commandoit un gros des troupes mazarinés, avoit choisi les postes les plus avantageux sur le passage que nos gens ne pouvoient esviter de tenir; après avoir fait pour la deffense de cette place tout ce qu'un homme de cœur peut faire, a encore obligé le chef des assiégeans de luy accorder une honorable composition, de sortir avec armes et bagages ; ce qui toutesfois n'a pas esté exécuté, puisque les assiégeans, qui font profession de n'avoir point de foy non plus que Dieu , n'ont pas laissé , contre le droict des gens, de violenter nos soldats, en ayant tué quelques-

uns et despouillé les autres; cruauté qu'à peine les Turcs et Barbares pratiquent contre leurs ennemis» le seul souvenir de mille hommes des meilleurs de leur milice qu'ils ont perdus à ce siège les ayant provoquez à cette rage.

Commission et argent ont esté délivrez à un colonel suisse pour un régiment d'infanterie de gens de sa nation, lesquels sont à présent à Paris, et dont la plus grande partie est de ceux qui, se ressouvenant de l'intention qu'ils ont eue en quittant leur pais natal de venir porter les armes pour l'agrandissement de ce royaume, ont abandonné le party de ceux qui en procurent la ruine.

Le samedy 27, messieurs les députez estans de retour de Saint-Germain-en-Laye sont venus au parlement, où, toutes les chambres estant assemblées et messieurs nos généraux présens , fut fait récit de leur députation, ensemble de la réponse de la Reyne, qui tesmoignoit par icelle qu'elle désiroit un bon accommodement ; que pour y parvenir Sa Majesté souhaitoit que les députez fussent nommez avec plain-pouvoir, afin de conférer et adviser à ce qui est nécessaire pour Paris. La délibération sur cette response fut remise au lendemain dimanche 28 , à cause de l'absence de messieurs nos généraux , qui ne peurent s'y trouver pour quelque notable empeschement qui leur estoit survenu.

Le dimande 28 et dernier février, il y eut assemblée au parlement, où il fut délibéré, sur ladite réponse de la Reyne, que la conférence seroit tenue en lieu seur, députez nommez , avec plain-pouvoir des cours souveraines et de la ville , pour parvenir à l'accommodement proposé» dont la Reyne seroit advertie; ce qu'ayant été fait et Sa Majesté ayant désiré de voir ledit arresté,

messieurs les gens du Roy sont partis pour Sainct-Germain le mardy 2 mars , pour satisfaire à sa volonté , et la prier vouloir permettre la liberté des passages pour faire venir des vivres à Paris , ainsi qu'elle a promis.

Le cardinal Mazarin , voyant que ses forces estoient trop faibles pour réduire la ville de Paris à sa discrétion , et que , tant que l'union, la concorde et la bonne intelligence se maintiendroient dans icelle, et particulièrement entre Messieurs du parlement, autres principaux magistrats et le peuple , il luy seroit impossible d'exécuter ses pernicieux desseins, s'est efforcé, par l'entremise de quelques factieux qu'il a gagez exprez, de rompre cette union et porter le peuple à un souslèvement contre ses protecteurs ; mais le soin que les bons et vrays François ont apporté pour empescher tels désordres a estouffé ce monstre de division dès sa naissance, empesché l'effet que nostre ennemy en attendoit, et chacun, retenu en son devoir, a conservé l'intelligence parfaite qui estoit auparavant ; et tout l'advantage qu'en pourra tirer cet ennemy (si ses espions luy sont fidelles) , sera de sçavoir l'ardeur, le courage et le désir que tous nos citoyens ont de se garantir de ses surprises, et la confusion qu'il doit avoir que ses fourbes sont mutiles contre les François.

Le lundy premier jour de mars , l'on a eu nouvelles de Rouen que l'armée de monsieur le duc.de Longueville , composée de douze cens gentilshommes, deux mille autres cavaliers et cinq à six mille hommes de pied, et autant qui l'attendoient sur son passage, est en marche pour délivrer la ville de Paris de l'oppression dès ennemis estrangers du royaume , et que ce qui l'a empesché d'approcher plus tost (outre le mauvais temps de cet hiver) est qu'il a voulu exterminer les ennemis

II* SÉRIE, t. vu. 24

H70 extiuits

que l'on luy avoit opposée dans la province de Normandie, affin qu'aucun obstacle n'empeschast l'effet du dessin qu'il a toujours eu de contribuer à l'extirpation de la tyrannie étrangère, au rétablissement des officiers et au soulagement et repos des peuples.

Monsieur le mareschal de la Motte-Houdancourt, ayant bmslé et ruiné le pont de Gournay que les ennemis avoient fait restablir, les a obligez , en revenant de Brie- Comte-Robert , de reprendre leur passage à Lagny , ce qui les a incommodée; de sorte que, sur l' arrière-garde de leur démarche , les paysans des environs les ayant chargez, il y a eu assez bon nombre de leurs gens qui y sont demeurez , pour satisfaction de la violence qu'ils avoient faîte à la garnison dudit Brie contre la foy donnée; de quoy ils se sont vengez sur le bourg de Neuillysur-Marne et autres villages sur leur route , où Us n'ont non plus espargné les lieux saincts et les vierge» qu'ils ont cy-devant fait en d'autres endroits»

Le menue jour a esté publié une ordonnance de messieurs les prévost des marchands et eschevins de Paris portant injonction aux boulangera et particuliers de cuire des pains d'une, deux et trois livres, pour estre distribuez aux pauvres , et en fournir les marchez suivant la quantité des bleds et farined qui leur ont esté délivrez & cet effet

L'après-disnée du mesme jour une partie du régiment de Paris fit monstre à la place Royalle > en présence de monsieur le duo de Luy nés , maistre de camp , où messieurs les prince de Conty, doc de Beaufort et autres seigneurs se rencontrèrent , qui admirèrent le bon estât auquel estoient les huàct compagnies quiiaisoient ladicte monstre, chacune composée de cent hommes» tous gens d'eahte.

DU COUAR1BR FB ANC OIS [10&9]. 371

Le mardy 2 , le parlement estant assemblé , furent apportées deux lettres 9 Tune de monsieur le duc d'Or* léans et l'autre de monsieur le prince de Condé, par lesquelles ils faisoient entendre que l'intention de la Reyne estoit de donner l'ouverture des passages du jour de la conférence commencée , et pour lors fournir à la ville de Paris certaine quantité de bleds pour la subsistance de chaque jour seulement. Sur lesquelles lettres ayant esté délibéré » fut arresté que l'on despescheroit promptement un courrier vers messieurs les gens du Roy pour leur donner advis du contenu desdictes lettres, qui estoient contraires à la response delà Reyne» laquelle ils prieroient derechef de satisfaire à la parole , et, suivant icelle, donner ouverture des passages , puisque, de leur costé. ils auroient satisfait et député pour la conférence» sinon qu'il n'en seroit fait aucune; et cependant ordonné que commissions seroient expédiées et délivrées pour lever gens de guerre et armer incessamment dans les provinces circonvoisines.

Le mercredi 3 , messieurs les gens du Roy estant de retour de Sainct-Germain ont rapporté en l'assemblée que tout ce que l'on pouvoit espérer de la Reyne estoit réduit à cent muids de bleds par chacun jour, qui seroient livrez dès cejourd'huy, à raison de cent cinquante livres le muid , à la charge que la conférence se commencer oit dès demain à Ruel; sur quoy Messieurs du parlement, qui en touttes leurs actions ont tousjours traicté avec respect et douceur, en ont encores usé de mesme en ce rencontre et accepté lesdistes offres, et fait advertir messieurs les députés de se disposer à partir demain du matin pour Ruel; résolution certes nonseulement généreuse, mais encore très prudente de cet auguste sénat, lequel, encore qu'il sache qu'il y a des

armes prestes, tant dedans le royaume que chez les estrangers, pour se joindre à celle dont il n'a encore osé que pour la deffense du peuple , néanmoins , s'asseurantenlapuretéde ses désirs et en l'innocence de ses actions» a mieux aymé par l'ordre de cette conférence, en faire cognoistre la candeur, que de choisir la voye contraire, et par ce moyen nous faire voir que la douceur de sa justice salvos faciet filios pauperum et humiliabit calumniatorem.

AUTRE ARRIVÉE

APPORTANT TOUTES LES NOUVELLES

Mfc CE QUI S'EST PASSÉ DEPUIS SA DERNIÈRE ARRIVÉE

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