IV
cation à mon mattre qui me demanda si je me considérais comme un trop grand personnage pour lui rendre Thommage qu*il recevait de sa femme, qui était la fille d*un roi, ainsi que de sa mère. Je refusai nettement, lui disant qu*en toute autre occasion je lui obéirais et que j exécuterais tout travail qu*il lui plairait de me commander, mais que je ne pouvais agir de la sorte. Alors il se mit en colère, me disant qu*il m'avait sauvé de la mort, que j'étais son esclave, etc. Malgré tout, je persistai dans mon refus. 11 se leva de son siège et voulut me donner un coup de sagaie; son frère lui prit heureusement le bras et il manqua son coup; il voulait récidiver, quand celui-ci, s'interposant entre nous, intercéda en ma faveur, mais il refusa de me pardonner, tant que je ne lui aurais pas léché les pieds; il lui permit toutefois de venir me parler pour tâcher de me faire entendre raison. Son frère vint donc m*expliquer à quel danger je m'exposais en n'accomplissant pas cette cérémonie et qu'en m'y soumettant je ne ferais qu'imiter ce qu'avaient été forcés de faire beaucoup de princes réduits en captivité; je finis par comprendre que le mieux était d'obéir et, m'avançant vers mon maître, je lui demandai pardon et j'accomplis la cérémonie comme tous l'avaient fait avant moi. Il me dit qu'il me pardonnait volontiers, mais qu'il saurait bien me montrer que j'étais son esclave. Ses menaces ne me firent pas d'olTel, car, ne voyant aucune chance de retourner en Angleterre, je n'attachais pas un grand prix à la vie.
Le lendemain, je me heurtai à une autre difficulté, beaucoup plus dangereuse que la première, et je crus bien ne pas pouvoir la surmonter. Ce jour-là, en effet, mon maître voulut rendre grâces à Dieu de l'avoir protégé contre les périls de la guerre et de lui avoir donné la victoire; voici en quoi consiste la cérémonie : Les Malgaches ont tous, dans leurs maisons, un
petit objet portatif, sorte d'autel [de talisman] domestique, qu'ils appellent Owley [Oly ou Aoly] * et qui, composé de morceaux d'un certain bois attachés ensemble, a la forme d'un croissant ayant les cornes dirigées vers le bas, avec deux dents de crocodiles entre elles ; cet Owley [Oly] est orné de perles de verre de diverses couleurs et est cousu sur une sorte d'écharpe dont rhomme qui part pour la guerre se ceint les reins. Je ne prétends point donner ici un récit complet des pratiques religieuses des Malgaches, il n'y avait pas encore assez longtemps que je vivais avec eux pour connaître la signification véritable (le leurs actes et de leurs paroles. Voici toutefois ce que j'ai remarqué : ils sont allés chercher dans les bois deux pieux fourchus qu*ils ont plantés en terre et sur lesquels ils ont placé une traverse, longue d'environ six pieds, pointue aux deux bouts et portant deux ou trois chevilles; à cette traverse ils ont suspendu rOwley [Oly] ^ et ils ont mis dessous un plat de terre plein de charbons ardents sur lesquels ils ont jeté des morceaux d'une gomme odorante. A un poteau placé derrière, était attaché un bœuf auquel ils ont d'abord enlevé quelques poils de la queue, du menton et des sourcils, qu'ils ont déposés sur l'Owley [Oly]; puis Deaan Mevarrow [Andria-Mahavariana], mon maître, traça dans Tair quelques figures cabalistiques avec le couteau qu'il