‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 2)Chapitre 22 sur 61 · On dit plutôt Ampela tovo ou Ampelapela · texte numérisé non relu

On dit plutôt Ampela tovo ou Ampelapela

cette sonnerie signifiait, car elles ne nous attendaient pas si tôt. Quand elles nous eurent reconnus, elles rentrèrent précipitamment dans leurs maisons jusqu*à ce que nous eûmes fait notre entrée triomphale et que Deaan Mevarrow [Andria-Mahavariana] se fût assis. Alors sa femme sortit et vint lui lécher les pieds; les autres Timitèrent, puis allèrent lécher les pieds de leurs maris. Il me fut agréable de penser que, moi aussi, j^avais maintenant une femme, aussi belle que la plus belle de toutes celles qui étaient là, et que, la première fois que nous reviendrions d*une semblable expédition, je serais de sa part Tobjet d*un pareil hommage.

Ma maîtresse m*ayant exprimé le désir de voir ma femme, je la lui présentai. Elle la fit asseoir avec elle sur la même natte et elle ne put s'empêcher de pleurer en pensant qu'elle avait eu le même sort; elle me recommanda de la traiter avec douceur et tendresse; je lui dis que je n'avais nullement l'intention d'en faire mon esclave, mais bien ma « valle » [valy], c'est-à-dire ma femme.

Gomme j'avais une provision de miel que j'avais laissée en dépôt chez un voisin, ainsi que des pois chiches [petits haricots ronds], et comme, en outre, mes vaches donnaient du lait, nous fîmes, ma fiancée et moi, un souper très passable, puis, tenant à imiter du mieux possible la cérémonie du mariage telle qu'elle a lieu chez nous, je la pris par la main et l'assurai que je serais pour elle un époux tendre et fidèle; je lui demandai ensuite si elle voulait être ma femme fidèle et aimante, ce à quoi elle acquiesça volontiers. Nous nous sommes alors couchés et avons joui de tout le bonheur que notre situation nous permettait de goûter, quoique nous n'eussions ni garçons ni filles d'honneur, ni la cérémonie de la jarretière de la mariée.

Certains de mes lecteurs se demanderont peut-être avec

étonnemeût comment je pus aimer avec tant de passion une femme noire. C*est que, depuis le temps que je résidais dans ce pays, j'avais fini par m*habituer à la couleur de ses habitants; d autre part, ma compagne était fort belle et très bien faite; elle avait une taille fine et élégante, ses traits étaient réguliers et charmants et sa peau était aussi douce et aussi délicate que celle de n'importe quelle femme d'Europe. D'ailleurs, toutes les femmes de bonne famille, qui ont été élevées avec soin, ont la peau fine et douce. Naturellement, dans le peuple, il y a tout comme en Europe, des créatures malpropres, avec une peau rugueuse, mais il faut remarquer que les femmes malgaches ne vont pas nues, comme les négresses de la Guinée; elles ont, pour vêtement, un « lamber » [lamba] qui est beaucoup plus long que celui des hommes et qui les enveloppe de la ceinture aux pieds ; elles portent en outre un caraco à manches courtes qui leur couvre le haut du corps jusqu'au cou, et qui est d'ordinaire en étoffe de coton, presque toujours de couleur sombre. Les femmes de la classe supérieure ornent souvent le dos de cette sorte de casaque de broderies faites avec des perles de verre de différentes couleurs qui sont disposées en forme de doubles croix et rappellent le pavillon anglais, comme si elles l'avaient pris pour modèle.

Tel est le costume et tels sont les usages des femmes malgaches. Je ne veux point dire que je les préfère à nos Européennes, et pourtant, quoi que je sois de retour en Angleterre depuis longtemps, je ne puis m'empêcher d'avouer que je pense encore avec plaisir à ma compagne malgache et que ce n'est pas sans chagrin que je me rappelle notre séparation, car, au point de vue de la fidélité, de leur conduite à l'égard de leur mari, de leur bon caractère et de l'agrément de leur conversation, en tenant compte, bien entendu, du peu qu'elles savent,

j'estime que les Européennes ne peuvent soutenir la com{)araison avec les femmes malgaches. Nous autres, hommes blancs, nous professons un très grand mépris pour les noirs à cause de la haute opinion que nous avons de nous-mêmes; eux, par contre, ont un profond respect pour nous et estiment que nous leur sommes très supérieurs en science et en art, ce qui n*est pas douteux, mais je crois que, si Ton comparait impartialement les vertus respectives des deux races, on trouverait probablement que les païens noirs l'emportent sur les chrétiens blancs. Le lecteur se rappelle peut-être que, pour consoler la mère de ma femme, je lui ai dit que j*avais le cœur aussi tendre qu'un nègre et je ne pouvais rien lui dire de mieux ; car ces gen3 se traitent certainement les uns les autres avec plus d'humanité que nous ne le faisons nous-mêmes. A Madagascar, personne n'est misérable s'il est au pouvoir de ses voisins de lui venir en aide; l'amour, la tendresse, la générosité, la probité y sont développés à un point qui devrait nous faire rougir *. Et il en est ainsi non seulement dans le pays d'Anterndroea [des Antandroy] que j'ai habité, mais encore par toute l'tle, où ces sentiments sont encore plus parfaits. On pourra m'objecter que Deaan Mevarrow [Andria-Mahavariana] était dépourvu de probité, puisqu'il se plaisait à voler le bétail de ses voisins; c'est vrai, mais dans chaque pays il y a quelques mauvaises gens, et d'ailleurs il importe de remarquer que mon maître agissait contre sa conscience et que dans son for intérieur il se blâmait, car il savait aussi bien que quiconque ce qui est juste. La preuve, et je pourrais en invoquer beaucoup d'autres, c'est qu'il m'a payé mon miel en me donnant une vache et un veau. Entre les mérites et les vertus des hommes, il y a une grande

1. Tout ce passage est faux pour tous les Malgaches, mais il l'est encore plus pour les Antandroy.

difTérence et ce n*est certes pas avec plaisir que j'accouple sur la même page les noms de Deaan Murnanzack [Andria-Mananjaka] et de Deaan Hevarrow [Andria-Mahavariana] dont les vices n'infirment en rien les vertus caractéristiques des habitants de son pays.

Que mon lecteur me pardonne cette digression, mais elle m'a rappelé la seule joie qu'il m'a été donné de goûter pendant mon séjour dans Anterndroea [chez les Antandroy].

J'ai continué, comme par le passé, à garder le bétail de mon maître, mais, à partir de ce moment, j'ai eu quelques bêtes à moi, ainsi qu'une agréable compagne qui tenait ma maison et qui préparait mes repas. Comme j'avais à ma disposition une grande quantité de miel, j'avais toujours une bonne provision de « toak » [toaka ou rhum malgache] pour notre usage personnel, ainsi que pour pouvoir exercer les devoirs de l'hospitalité envers mes amis. Je menais donc une existence aussi agréable que n'importe lequel de mes voisins, et, ayant moins de travail que par le passé, j'ai pu mieux étudier la religion et les mœurs du pays. Je vais tout d'abord raconter la fête de la circoncision à laquelle j'ai assisté et que je ferai précéder, ce que je ne crois pas inutile, de quelques indications, d'ailleurs peu étendues, sur la religion.

Les indigènes reconnaissent et adorent un être suprême qu'ils appellent Deaan Unghorray [Andriana-Nahary ou Ndranahary], c'est-à-dire le Seigneur d'en haut*, et quatre divinités inférieures, dont chacune est préposée à une des quatre parties du inonde : Deaan Antemoor [Andrian-Antimoro^] ou le maître

1. La signification réelle d'Andriananahary est le « Seigneur qui a créé (le inonde) »». Ary, en effet, veut dire « qui existe, qui est produit, qui est fait M et Mahary « être capable de créer ».

2. Les Antimoro sont considérés. à Madagascar comme les sorciers les plus habiles et les plus savants; ce sont des descendants d'Arabes. Ils habitent dans le N.-N.-E. de l'Androy.

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