Probablement le lamoty ou prunier malgache
nelle sucrée que produit un arbuste épineux, un fruit juteux et plein de pépins qui est tacheté comme un œuf de moineau, dont il a la forme, et qui est considéré comme un remède souverain contre la dysenterie; il vient sur des arbres très élevés dont les feuilles ressemblent à celles du poirier. Il y a un arbre dont les jeunes pousses et les feuilles piquent comme les orties, et dont la racine est très précieuse parce qu*elle est spongieuse et contient une grande quantité de suc ; lorsqu^on manque d*eau, ce qui est le cas en beaucoup d'endroits de ce pays, on la pile dans un mortier en bois et on en extrait le liquide ; Técorce de ce même arbre sert à faire des cordes. On trouve dans ce pays de bons bois de charpente, comme le cèdre et Fébène, mais aucun ne peut servir à faire des mâts de navire.
Les plaines sont abondamment couvertes d*herbes de diverses sortes et de diverses couleurs, qui atteignent une hauteur beaucoup plus grande que n*importe quelles herbes d'Angleterre, mais qu'on ne fauche pas pour en faire du foin, car, avant qu'elles soient mortes, il en pousse de nouvelles ; d'ordinaire, on met le feu à l'herbe sèche. Il y a aussi du tabac; quelques indigènes fument le « Jermaughla » [Jamala] soit dans des tuyaux de roseaux, soit dans des coquillages.
Dans le pays de Deaan Murnanzack [Andria-Mananjaka], j'allais quelquefois à la pêche, mais, comme je l'ai dit plus haut, les habitants n'ont pas de pirogues et ils se bornent à s'installer sur les rochers pour pêcher avec des hameçons et des lignes, jamais avec des filets. D'ordinaire, c'est la nuit que nous péchions, à marée basse, avec des torches, et nous prenions les poissons dans de petits trous, pendant qu'ils dormaient, disaient les indigènes. Les homards et les écrevisses [crevettes ou camarons] ^
1. Il n'y a pas d'écrevisses dans le Sud de Madagascar; on n'en trouve que dans les rivières du massif central.
y sont abondants et ne bougent pas à la vue des torches. Nous embrochions souvent les poissons avec une pique aiguë. J*y ai vu des anguilles, et aussi des espadons, ainsi que nombre de poissons qui se trouvent dans d*autres pays ayant le même climat, mais il y en a beaucoup que je n*ai vus nulle part ailleurs, entre autres un poisson rond comme un navet et tout couvert de piquants, que j*appellerai hérisson de mer, comme les indigènes le nomment dans leur langue « sorerreake » [sorariaka]. Les tortues y abondent et sont excellentes.
Je n*ai jamais vu à Madagascar, dans Anterndroea [dans le pays des Antandroy] de bétes féroces, telles que tigres, lions, etc.; les renards, les sangliers et les chiens sauvages sont les animaux les plus dangereux qui y existent. Il y a des serpents; j'en ai tué un jour un très gros, en lui écartelant avec mes mains les mâchoires qui étaient énormes ; il n^était pas venimeux. D'ailleurs, pendant tout le temps que j'ai demeuré à Madagascar, je n'ai jamais su que personne soit mort ou ait été empoisonné par le venin d'un serpent; j'y ai vu des gens mordus et le membre blessé a enflé comme cela arrive d'ordinaire à la ëuite de la morsure d'une béte quelconque, mais rien de plus.
Durant mon séjour à Yong-gorvo [Angavo], ma principale occupation et mon seul divertissement consistaient dans la chasse des bœufs sauvages, que les indigènes appellent le bétail de Hatloy [Hatohina], « Anomebay Rer Hattoy » [Aomby Rahatohinn]. D'après la tradition, ces animaux appartenaient jadis h un grand personnage du nom de Rer Hattoy [Rahatohina], personnage très avare qui n'en voulait tuer aucun, les laissant errer et se reproduire en liberté; il résidait au milieu d'une forêt sauvage et, après sa mort, sa famille et ses gens se rendirent auprès du roi d'une région de l'intérieur dite
Uutoroaroche [Antimaroka], abaDdonnant la plupart de leurs bétes. D^autres prétendent que Rer Hattoy [Rahatohina] fut tué avec la plupart de ses sujets et que, comme leur bétail n*était pas aussi estimé que les zébus ordinaires, on Tabandonna dans la forêt, où il s*esl multiplié. Mais tout cela n*explique pas comment ces animaux sont arrivés à Madagascar. Comme au dire de tous, ce Hattoy [Hatohina] était un pur Malgache, je pense que ses bœufs étaient le bétail primitif de Tile et que les bœufs domestiques ont été importés d*Afrique, de la côte de Natal et de Dilligoe [Delagoa] où Ton trouve les mêmes, avec une bosse sur le dos; ce sont ceux-ci qui ont été préférés aux autres pour Télevage, tandis qu'on a négligé ceux de Hattoy [Hatohina]. Ce qui me confirme dans mon opinion, c*est que Madagascar renferme deux races différentes d'habitants, comme je l'expliquerai plus loin en détail.
Après m'avoir bien fait surveiller pendant environ deux mois, jusqu'au moment où il jugea que l'herbe ayant repoussé avait éflacé les traces de l'armée de Feraingher [Fiherenana], Deaan AfTerrer [Andrian-Aferana] m'emmena de nouveau chasser avec lui le bétail de Hattoy [Hatohina]. La première chasse que je fis eût été parfaite, si elle n'avait fini d'une manière tragique ; nous avions tué cinq vaches et nous allions nous en aller, quand un taureau, ayant passé près de nous, reçut une sagaie dans le ventre ; ne voulant pas le perdre, nous le poursuivîmes et lui perçâmes les flancs de deux ou trois autres coups de sagaie. Rendu furieux par la douleur, il fonça sur nous; un chasseur hardi lui jeta une autre sagaie qui lui transperça le dos. L'animal courut droit sur Thomme qui venait de le blesser, et nous eûmes beau pousser des cris pour l'effrayer, il continua à le poursuivre et, l'ayant atteint, il le lança à quelques mètres en l'air; l'endroit où retomba le