‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 2)Chapitre 35 sur 61 · LozUj litt. : prodige, chose extraordinaire · texte numérisé non relu

LozUj litt. : prodige, chose extraordinaire

qui ont amené le sorcier & faire cette prétendue révélation, quoiqu'il eût pris bien soin d*en faire remonter Tinspiration aux esprits ou demi-dieux; je dois toutefois lui rendre cette justice qu'il ne poussa pas la perversité jusqu'à faire intervenir Deaan Unghorray [Ândriananahary] ou le Dieu suprême dans Tune quelconque de ses farces de sorcellerie.

Quand « TUmossee » [Ombiasy] fit cette déclaration, je n'assistais pas à la cérémonie. Deaan Trongha [Ândria- Mitranga] demanda où l'on pourrait trouver un homme sans aucun parent? — « Je l'ignore, répondit le sorcier, je ne fais que répéter ce que disent les esprits, et ceux-ci, vous le savez bien, ne réclameraient pas pareille chose, s'il était impossible d'en trouver un. Mais j'y songe, ajouta-t-il, le blanc, Robin, remplit les conditions voulues. » — < Sans doute, répliqua Deaan Trongha [Andria-Mitranga] il remplit les conditions, mais il ne veut pas partir et je lui ai donné ma parole que je ne le forcerais pas à nous accompagner contre sa volonté ». — « Alors, observa V « Umossee » [Ombiasy], il faut que vous en trouviez un autre, si c'est possible. » Et, sa mission étant terminée, il s'éloigna, laissant dans un grand embarras le Deaan [Andrian] qui était un homme d'honneur, esclave de sa parole.

Celui-ci m'envoya chercher et me dit que je pouvais rendre un grand service au pays et plus spécialement à lui-même, service dont je serais bien récompensé, mais qu'il voulait que je promisse d'abord. Je répondis que, pourvu qu'il ne s'agît pas de tuer un homme, je serais heureux d'avoir une occasion de lui rendre service. Il me raconta alors l'histoire, ajoutant que, s'il avait quelque autre moyen de sortir d'embarras, il ne m'adresserait certainement point une pareille demande. Je restai un instant interdit, mais je repris vite possession de

croire que j'avais la moindre confiance en ses talents de sorcier. « Vous ne croyez pas vous-même à une pareille vertu de votre charme, mais, si vous y croyez, portez-le vous-même pendant la traversée de la rivière ou tout au moins marchez à côté de moi ou devant moi. » Il était trop fin pour accepter ma proposition ; je le forçai pourtant à aller me chercher deux fusils que je pusse décharger dans Teau pour éloigner les crocodiles et, ainsi armé, je continuai ma route. Nous aperçûmes plusieurs hommes en train de chasser; ils appartenaient à deux petits princes des environs, qui n'étaient pas de nos ennemis, et nos gens échangèrent quelques mots avec eux.

Nous traversâmes le massif montagneux désert en moins de trois jours, car mes compagnons connaissaient un chemin bien meilleur que celui que j'avais suivi en venant. Le jour où j'aperçus Vohitch futey [Vohipotsy], j'eus un air si mélancolique que Deaan Trongha [Ândria-Mitranga] le remarqua et me demanda ce que j'avais. Je lui répondis que nous arrivions dans l'Anterndroea [dans le pays des Anlandroy] où j'avais tant soufTert et que je redoutais beaucoup Deaan Mevarrow [Andria- Mahavariana] ; il chercha à me rassurer en me disant que nul n'oserait me faire du mal et qu'on ne tenterait rien contre moi, aussi bien par respect pour lui que par crainte.

Le lendemain, nous arrivâmes sur les bords du Madamvovo [Manambovo], la rivière où je menais boire mon bétail dans le pays de Deaan Murnanzack [Andriamananjaka]. C'était le lieu du rendez-vous général. Deaan Murnanzack [Andriamananjaka] y était déjà avec ses frères et ses troupes; Deaan Afferrer [Andrian-Afarana] me reconnut et, quand je m'accroupis pour lui lécher les pieds, il me releva, me fit asseoir auprès de lui et demanda à Deaan Trongha [Andria-Milranga] comment je l'avais rejoint, puis il me pria de lui raconter moi-même mon histoire;

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quand j*eus fini, il me dit que je m*étais donné beaucoup de mal pour recouvrer ma liberté, mais qu*à ma place il aurait agi de même et quMl me souhaitait bonne chance.

Le lendemain, arrivèrent Deaan Grindo [Andrian-Kirindra] et ses fils et, avec eux, Deaan Mevarrow [Ândria-Mahavariana] et son frère. Je constatai non sans regret que mon ancien maître était guéri du « yaws t '. Je m*aventurai à lui faire visite, en choisissant le moment où il se trouvait avec son frère; quand je leur eus, suivant Tusage, léché les pieds et qulls eurent exprimé leur satisfaction de me voir, ils me demandèrent pourquoi je les avais quittés. Je prétendis que, quand Tarmée se disloquerait, je retournerais avec eux, si Deaan Mevarrow [Andria-Mahavariana] voulait me rendre ma femme, qui, me dirent-ils n*avait voulu se marier avec aucun autre homme et ne cessait de pleurer mon départ. Cette nouvelle me toucha si profondément que j*en eus les larmes aux yeux, ce qui me permit de les tromper plus facilement par mes flatteries. Je ne me serais point livré à cette tromperie, si je n'avais craint que mon ancien maitre, voyant que je le méprisais et le haïssais, me fit secrètement assassiner. Le soir, je prévins Deaan ïrongha [Andria-Mitranga] de ce que j'avais fait et dit, dans la crainte qu'il n'imputât ma visite à Mevarrow [Andria-Mahavariana] à quelque mauvais dessein. Je revis avec plaisir mon ancien et fidèle ami, qui avait toujours gardé mon secret; lui aussi me dit que ma femme était inconsolable et qu'elle se repentait chaque jour de ne s'être point enfuie avec moi.

Deux ou trois jours après, l'armée, qui comptait maintenant

1. Le » yaws » est une maladie d'Afrique et de Madagascar, analogue au pian d'Amérique, que l'on croit d'origine vénérienne et dont les principaux symptômes sont des tumeurs cutanées qui ressemblent à des fraises, à des framboises ou à des champignons.

environ quatre mille hommes, se mit en marche et je la précédai, portant V « elodgc » [loza]; le lendemain, nous pénétrâmes dans le pays de Merfaughla [Mahafaly]. L*armée se divisa alors en trois corps, comme dans la précédente expédition, mais elle avança avec plus de circonspection que les jours précédents, car nous étions maintenant en pays ennemi; je marchais toujours en avant. Comme nous passions entre deux bouquets de bois, une décharge de coups de fusil fut inopinément tirée sur moi et, aussitôt après avoir fait feu, Tennemi s'enfuit; c'était une petite bande de quelques individus qui nous épiait dans Tintention de nous surprendre. Les balles me sifflèrent aux oreilles et, comme quelques branchages m'atteignirent en tombant des arbres, je ne me rendis pas tout d'abord compte si j'étais blessé ou non.

Je m'arrêtai, résolu & ne pas faire un pas de plus. Dcaan Tredaughe [Andria-Torodaina], qui était le chef le plus proche de moi, me commanda de continuer à marcher; je m'y refusai absolument, si l'on n'envoyait pas un détachement en avant. L' « Umossee » [Ombiasy], lui aussi, vint me trouver et chercha dans son jargon de sorcier à me convaincre; il eût obtenu tout autant de succès en s'adressant à la rivière. Enfln Deaan Crindo [Andrian-Kirindra], étant survenu, me commanda de continuer ma route, me menaçant de m'y contraindre par la force. Je devins furieux en entendant les paroles hautaines de celui que j'avais tant de motifs de détester et, ne gardant plus aucune mesure, je lui dis qu'il était un orgueilleux et que je remerciais Dieu d'èlre à l'abri de ses caprices; il répondit que je disais vrai et que, s'il en était autrement, je n'aurais pas fait un pas de plus! Sur ces entrefaites, Deaan Trongha [Andrîa-Mitranga] arriva pour voir ce dont il s'agissait; Deaan Crindo [Andrian- Kirindra] se plaignit à lui de mon obstination et de mon imper-

tinence. Mon mattre répondit que c'était barbare et déraisonnable d'exiger que je m'exposasse à être aussi sottement tué, et « quant à son impertinence, ajouta-t il, vous oubliez que c'est un blanc, qui vaut le meilleur d'entre nous ». A la fin, Deaan Crindo [Andrian-Kirindra] dut donner l'ordre à cent jeunes soldats de marcher en avant de moi; c'était une utile précaution, car, pendant toute l'après-midi, nous essuyâmes plusieurs fois le feu de petits détachements ennemis postés en embuscade.

Deux jours après, nous arrivâmes â la rivière sur les bords de laquelle nous avions autrefois campé, livré bataille et infligé une défaite â Deaan Woozington [ Andrian-Kosintany] , en lui tuant son brave général Ry-Opheck [Raoflka]. Nous y établîmes de nouveau notre camp. La plupart voulaient se livrer au pillage, mais Deaan Trongha [Andria-Mitranga] les en dissuada et leur conseilla de continuer à marcher afin do découvrir l'armée ennemie, avant de nous partager en petits détachements. Quant à moi, j'avais hâte qu'on livrât bataille, pour me débarrasser de r « elodge » [loza].

Enfin, après quatre jours de marche, nous aperçûmes dans une plaine un corps d'un millier d'ennemis; Deaan Trongha [Andria-Mitranga] rangea nos gens en ordre de bataille, prêts à combattre. L' « Umossee » [Ombiasy] vint à moi pour m'ordonner de marcher devant mon maître avec 1' « elodge » [loza] et de le jeter dans la direction de l'ennemi, dès que le combat commencerait. Nous nous avançâmes et, de leur côté, nos adversaires vinrent â notre rencontre, mais très lentement, car ils avaient un dessein caché. Deaan Trongha [Andria- Mitranga] s'avança, comme le désiraient les ennemis, pendant que ceux-ci tiraient, quoique de fort loin; l'engagement avait cependant suffisamment le caractère d'un combat pour me permettre de jeter 1' « elodge » [loza], ce que je m'empressai

de faire, de bon cœur, et je m'en retournai vivement au camp, car je n'avais ni sagaie ni fusil pour combattre, enchanté d'être enfln débarrassé de mon fardeau.

Nos ennemis se retirèrent dans un bois, pendant que nos gens dirigeaient sur eux un feu nourri. Notre général, dont les regards perçants fouillaient tous les environs malgré la chaleur de rengagement, aperçut une longue file de fusils qui dépassaient une sorte de mur de terre s'élevant au milieu des arbres ; un grand nombre d'ennemis était, en effet, dissimulé dans un fossé qu'ils avaient creusé à dessein. Il commanda à ses soldats de faire halte et il battit en retraite sans perdre un liomme. On ne pouvait en effet songer à engager une bataille dans un bois inconnu et contre un nombre d'adversaires également inconnu.

Deaan Woozington [Andrian-Kosintany] était certainement l'un des plus rusés Malgaches de toute l'ile. Quoiqu'il ne disposât point de forces suffisantes pour tenir tète a une armée de quatre mille hommes et que son pays fût ruiné, il trouva le moyen de se venger cruellement. Mon maître lui-même, Deaan ïrongha [Andria-Mitranga], malgré sa bravoure et sa prudence, ne parvint pas à lui échapper. Comme notre provision de viande était toute consommée et qu'aucun ennemi ne se montrait pour livrer combat, diverses troupes de soldats s'en allèrent en quête de bétail et d'esclaves et revinrent avec de bonnes captures. Les principaux généraux, Deaan Crindo [Andrian-Kirindra], Deaan Murnanzack [Andria-Mananjaka] et Deaan Trongha [Andria-Mitranga] étaient restés dans le camp, mais, quehjues éclaireurs étant venus dire qu'ils avaient découvert la cachette d'un grand troupeau de bœufs, Deaan Trongha [Andria-Mitranga] voulut aller lui-même s'en emparer, quoique Deaan Crindo [Andrian-Kirindra] tâchât de l'en dissuader. Une centaine d'Anterndroeans [Antandroy] et autant de ses gens

partirent avec nous, car j'avais l'intention de prendre part à l'expédition; mais, à peine parti, je fus pris providentiellement d'une violente douleur dans la cuisse; je continuai néanmoins à marcher, car il ne me souciait pas de rester en arrière; toutefois, la douleur augmentant, le Deaan [Andriana] s'opposa à ce que je le suivisse et je regagnai le camp en sautant sur une jambe. Je ne revis jamais cet excellent prince; trois jours après, trois hommes apportèrent la triste nouvelle qu'il avait été tué.

Un de ses gens étant venu, au lever du soleil, lui annoncer «ju'il y avait une cinquantaine d'ennemis dans la plaine, il avait fait sortir sa petite armée du bois et avait marché sur les Merfaugla [Mahafaly]; quoiqu'il vit leur nombre augmenter, il n'hésita pourtant pas à les attaquer, ce qui fut une grosse faute, car les Anterndroeans [Antandroy] ne savent combattre que dans la brousse. Quand il fut près de ses ennemis, une seconde troupe parut, puis une troisième. Il lui fut impossible de rebrousser chemin, et, quelques-uns de ses Anterndroeans [Antandroy] s'étant enfuis, d'autres s'étant cachés dans les hautes herbes, il se trouva en face de plusieurs centaines d'ennemis avec une soixantaine seulement de ses soldats de Feraingher [FiherenanaJ. Le combat se prolongea pendant la plus grande partie de la matinée. Deaan Trongha [Andria-Mitranga] reçut deux blessures sans tomber, mais un troisième coup de fusil le frappa mortellement; à ce moment, il ne restait pas plus d'une vingtaine de ses hommes debout, qui se frayèrent un chemin au travers des ennemis ; ce sont trois d'entre eux qui nous ont fait ce récit. Quant aux guerriers de l'Anterndroean [Antandroy] qui s'étaient cachés dans les hautes herbes de la plaine, ils périrent pour la plupart, car, comme ces herbes étaient très sèches à cause de la saison et de la chaleur, les Merfaughla [Mahafaly] y

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