Chose extraordinaire, prodige
4. La province d'Androy, qu'habitent les Antandroy, est située dans l'extrême Sud de llle et est comprise entre le Manambahy à l'Ouest et le Mandrary à TEst.
Ajoutons que c est en compagnie de ce même capitaine Mackett que Drury a fait son second voyage à Madagascar, non pas, il est vrai, à bord du navire qu'il commandait, mais sur un qui lui appartenait en partie avec sa cargaison, comme celui qu'il commandait lui-même et plusieurs autres du reste, et qui était sous les ordres du capitaine White. C'est ce que Mackett m'a confirmé dans une conversation que j'ai eue avec lui et où il m'a dit : « que, dans son dernier voyage à Madagascar, il avait vu diverses personnes, tant indigènes parlant anglais qu'Anglais ayant échappé à la mort en s'cnfuyant avec le capitaine Drummond, qui avaient connu Drury, et qu'il avait recueilli ce renseignement important, que ce capitaine Drummond était bien, comme le supposait Drury, l'homme qui a été tué à Tulcar, à sept lieues au Nord de la baie Augustin [baie de Saint- Augustin] \ par un nègre de la Jamaïque, un certain Lewes ».
Le capitaine Mackett a pris Drury en telle amitié qu'encore aujourd'hui il le patronne, ce qu'il n'eût certes point fait s'il n'avait su, de façon certaine, avoir affaire à un homme droit et probe, ce qui ressort suffisamment du reste de sa conduite et de ses conversations. J'estime donc qu'il n'y a aucun motif de mettre en doute la véracité de l'auteur sur un point important quelconque de son récit.
Les passages où il est rendu compte de la religion des Malgaches paraîtront peut-être, aux yeux de quelques personnes, écrits par l'éditeur d après des idées préconçues et ses tendances personnelles. 11 n'en est rien I la partie de ce récit qu'on pourrait tenir pour suspecte a trait à un fait qui a été relaté tel quel par Drury; en effet, le remarquable entretien qu'il a eu avec Deaan Murnanzack [Andriamananjaka] et qu'il rapporte tout au long, où ce prince s'est livré à toutes sortes de plaisanteries sur la création du monde en six jours et sur le repos de Dieu le septième, ainsi que sur la côte d'Adam et sur les paroles adressées par Dieu aux hommes, et où il a très nettement exprimé à diverses reprises l'opinion que tout cela n'était qu'inventions puériles et racontars de vieilles femmes, est la reproduction fidèle des paroles du prince, paroles qui ont été encore confirmées par les additions qu y a faites l'auteur, lorsque je l'ai questionné à ce sujet et lui ai demandé des détails.
Il faut du reste tenir compte du caractère et de la position sociale
1. Tuléar est en réalité à 13 milles marins ou 24 kilomètres au Nord de
la bouche de rOnilahy ou rivière de Saint-Augustin.
de Fauteur, qui n'avait que quatorze ans lors de son malheureux voyage et qui, élevé au collège dans la religion anglicane, y a toujours été fidèle et Ta pratiquée, depuis son retour en Angleterre, avec une dévotion plutôt exagérée. On aurait donc tort de croire qu'il a pu ou qu'il a voulu forger quelque récit dans le but de favoriser la libre pensée ou la religion naturelle aux dépens de la doctrine révélée, car il ne s'est vraisemblablement jamais donné la peine de réQéchir à ces questions. Dans tous les passages où il est parlé de la religion ou du gouvernement, l'éditeur s'est, il est vrai, permis de mettre dans la bouche de l'auteur certaines réflexions, mais c'est le seul artifice auquel il a eu recours, et il ne fait aucune difficulté pour avouer qu'il ne pouvait laisser passer des sujets aussi importants et aussi intéressants sans en tirer les conclusions et en faire ressortir les enseignements. Pourtant l'intérêt que lui inspirent de semblables questions ne l'a point conduit jusqu'à altérer un fait quelconque ou à ajouter quelque invention de son cru. M. Drury est seul responsable de tous les faits qui y sont racontés, ainsi que des conversations avec les divers personnages et de la description de leur caractère.
Certains auteurs prétendent que la religion dés Malgaches est le Mahométisme. J'ignore d'où ils tirent cette notion et où ils ont pu prendre ce renseignement; les sacrifices que font les Malgaches et leur antipathie pour la Révélation, ainsi que le fait qu'ils mangent de la viande de porc sur la partie de côte où mouillent des navires arabes avec leur équipage de vrais Musulmans, montrent manifestement qu'ils sont en opposition avec cette religion, dont ils ne se rapprochent que par la pratique de la circoncision; ceux qui connaissent l'histoire ancienne savent que, même avant qu'elle fût en honneur chez les Juifs, cette pratique a été commune à plusieurs nations de l'Orient, nations qui n'avaient même jamais entendu prononcer le nom d'Hébreux, lesquels, en réalité, étaient une peuplade isolée, maintenue par ses lois hors de tout contact avec les autres peuples, ignorante des arts et des sciences et, en somme, insignifiante et inutile au monde. On le sait non seulement par les récits d'Hérodote, mais aussi par une foule de témoignages résultant des faits eux-mêmes....
A en croire le récit de Dr'ùry, je suis, au contraire, porté à supposer que ce sont les Juifs qui ont emprunté aux habitants de Madagascar plusieurs de leurs cérémonies religieuses, et non point ceux-ci qui
les ont empruntées au peuple hébreu. En effet, on ne peut douter, pour plusieurs raisons évidentes, que la religion des Malgaches soit plus ancienne. Premièrement, ils croient aux songes, dont ils tirent des présages, ce qui était déjà défendu aux enfants d'Israël à l'époque où Moïse a promulgué sa loi. Deuxièmement, ils se rasent la tête en signe de deuil, tandis que Moïse a fait aux Israélites le commandement exprès de ne pas suivre cette pratique, commandement que, de nos jours encore, les Juifs observent scrupuleusement, laissant pousser leurs cheveux en signe de deuil. Je voulais citer à l'appui de ces assertions deux ou trois textes des Nombres, du Deutéronomo, etc., mais, en y réfléchissant, je trouve que ce serait inutile, car, presque dès les premières pages de la Genèse, à travers le Pentateuque et les autres Livres, ainsi que dans une grande partie de l'Ancien Testament, on rencontre une foule d'exemples de ce genre. Troisièmement, Moïse prescrit de ne sacrifier que des animaux mâles, tandis que le plus souvent les Malgaches immolent des vaches, et leurs sacrifices ne sont pas accompagnés des nombreuses cérémonies évidemment ajoutées postérieurement; à Madagascar les fêtes ne donnent lieu qu'à très peu de pratiques supertitieuses, les indigènes ne brûlent pas leurs offrandes et, s'ils allument des gommes dans le voisinage de leurs tombeaux, c'est tout simplement pour se garantir contre l'odeur des cadavres. Quatrièmement, et c'est ce qui est le plus remarquable de tout, c'est que 1' « Owley » [Oly ou Aoly] *, que ces gens de Madagascar emploient pour consulter l'avenir et qui leur suggère des songes extraordinaires, est évidemment l'Ephod ^ et le Térafim ' dont les Lévites se servaient dans la maison
1. Les Oly ou Ao!y sont des talismans, des charmes que les Malgaches considèrent comme doués de vertus particulières; ils leur attribuent toutes sortes de pouvoirs et sont persuadés qu^ils les préservent des divers dangers auxquels ils peuvent être exposés et qu'ils leur procurent richesses, bonheur, amour, etc. Il y a les oly 6asy, qui empêchent les balles de pénétrer dans le corps de leurs heureux possesseurs et qui, en même temps, font d'eux des tireurs émérites; les oly fitiay philtres d'amour; les oly mahery, sorts propres à tuer ses ennemis ; les oly varatsa^ talismans contre le tonnerre, et mille autres!
2. L'Ephod était, d'après les uns, un vêtement ou étoie pour les prêtres juifs, d'après d'autres, un simulacre de Dieu au moyen duquel les Juifs croyaient obtenir des oracles.
3. Les Térafim étaient des simulacres assimilables aux idoles domestiques des Grecs Qt des Romains.
de MichoP (voir le Livre des Juges, 17). Quoique ces pratiques fussent contraires à leur loi *, les Juifs ne les ont jamais complètement abandonnées, et on sait que, en violation des Commandements de Dieu, le prêtre Abimélech consulta un Ephod pour David.
Je sais bien que certains auteurs considèrent ces Térafim comme des figures humaines, non sans une certaine apparence de raison, puisqu'il est dit que Michol, la fille de Saûl, en plaça un dans le lit de David pour tromper les messagers de son père, tandis que David prenait la fuite. Quant à moi, j'incline plutôt à croire que ce passage fait allusion à quelque divination par le Térafim dont s'est servie Michol pour le salut de son mari. En effet, Térafim est un pluriel, et il ne peut signifier une seule image. D'autre part, les dieux que Rachel a dérobés à son père Laban, ne pouvaient être des statues aussi grandes que des hommes, puisqu'elle les cacha en s'asseyant dessus, or le mot que dans cette phrase on a traduit par dieux est, dans le texte original, « Térafim »; de plus, dans Osée (chap. m, v. 4), il est parlé à la fois dans un même vers d'une image, d'un Ephod et d'un Térafim, ce qui montre bien qu'il s'agit d'objets distincts ; il faut en outre remarquer que les Juifs évoquaient les morts au moyen de ce Téraphim. C'est exactement ce que font les habitants de Madagascar avec Y « Owlcy » [Oly ou Aoly], à l'aide duquel ils évoquent les esprits de leurs ancêtres, ce qui est expressément défendu aux Israélites et ce que leurs Prophètes leur ont fréquemment reproché avec véhémence. Ceux qu'intéressent les superstitions des Cabalistes n'auront pas de peine à trouver dans les anciens ouvrages juifs de nombreux récits sur le mode de divination par TEphod et par le Térafim, et ils verront que ce sont en réalité des esprits qui s'en vont pendant la nuit auprès de Dieu, dont ils rapportent les messages.
Or, c'est précisément l'idée que les habitants de Madagascar se font de leur « Owley » [Oly ou Aoly]. Lors même qu'on aurait quelque raison de supposer que le Térafim était en réalité une figure humaine, cela ne modifierait en rien mon opinion. En effet, après que les Egyptiens et d'autres peuples eurent fait des progrès dans les arts, notamment dans la sculpture, les Juifs ont parfaitement pu réussir à donner à leur Térafim la forme d'un être humain. Mais