‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 2)Chapitre 5 sur 61 · Michol est la fille de SaQl et la femme de David · texte numérisé non relu

Michol est la fille de SaQl et la femme de David

2. Moïse défendait toute représentation matérielle de la divinité.

c'est de 1' « wley » malgache [Oly ou Aoly] dont nous venons de parler qu'il tire son origine. Dans plusieurs passages, TÉcriture Sainte parle en même temps de TEptiod et du Téraflm qu'elle semble unir; or, l'Ephod est, comme Ton sait, un petit vêtement de toile*. Quant aux c Owley » [Oly ou Aoly] que les Malgaches portent attachés à une bande de toile ou écharpe magnifiquement ornée, c'est évidemment l'Ephod et le Téraphim juifs. Aussi n est-il nullement absurde de se démander si le splendide Ephod du grand-prêtre, avec le pectoral, l'Ourim et le Thummim*, n'est pas un simple « Owley » [Oly ou Aoly] perfectionné; c'est même certain, car tous ces talismans sont destinés aux mêmes usages, c'est-à-dire à la parure et à la divination.

Nous trouvons là l'origine de la croyance aux Esprits familiers à laquelle, avec le temps, s'est ajoutée la foi chimérique aux sortilèges, aux enchantements, etc., superstitions insensées qui n'ont pas plus de fondement que celles des Malgaches pour leurs « Owley » [Oly ou Aoly] qu'il considèrent comme la demeure d'Esprits en communication constante avec Dieu. Toutes ces superstitions sortent des rêveries auxquelles tout homme est sujet ou de songes qu'ils ont interprétés à leur manière, la plupart des êtres humains leur attribuant une signification et cherchant ainsi à prévoir l'avenir et à y trouver un guide pour leur conduite selon les éventualités.

Les habitants de Madagascar ne tiennent certainement pas leur religion d'une nation policée et industrieuse, car ils n'ont aucun souvenir d'une ancienne civilisation; ils n'ont ni chevaux, ni machine quelconque, pas même de roues, si nécessaires cependant pour le transport des objets et pour d'autres usages, ce qu'ils n'auraient certes jamais oublié s'ils avaient autrefois possédé de semblables outils. Ils sont venus de l'Afrique, comme le montre leur couleur, peut-être d'Abyssinie ou d'Egypte; quant aux Virzimbers [Vazimba], leur chevelure crépue indique clairement qu'ils sont originaires du Sud de l'Afrique. Le capitaine Mackett déclare avoir entendu dire à Deaan Toak-Offu [Andrian-Toakafo] que, d'après les traditions lopales, les premiers habitonts sont venus dans l'Ile, il y a bien des siècles, sur de grands canots.

i. Voir plus haut la note 2 de la page 10.

2. Ourim (lumière) et Thummin (perfection) sont, d'après les uns, des sorts sacrés au moyen desquels le grand prêtre juif consultait la divinité, et, d'après d'autres, les douze gemmes de sa cuirasse.

Mais qu'il viennent d'où l'on voudra, il est évident que leur religion est la plus ancienne du monde et qu'elle ne s'éloigne guère de la pure religion naturelle. Celle des Egyptiens et des Chananéens dérivet-elle de celle des Malgaches ou les Malgaches onMls une origine égyptienne, toujours est-il que leur religion date d'une époque antérieure à celle de la captivité des Israélites en Egypte qui était déjà alors un pays très policé. Il faut en outre se rappeler que, avant Abraham, les Egyptiens n'étaient pas plus idolâtres que leurs voisins et que le roi Melchizédech avait le titre de (( Prêtre du Très Haut », lequel terme correspond exactement à celui qu'emploient les Malg^aches : Deaan Unghorray [Andriananahary *] ou lé Dieu Très Haut. Il convient aussi de noter que ce sont les rois ou seigneurs de Madag;ascar qui accomplissent les offices religieux dans les cérémonies publiques.

Je" ne puis qu'effleurer ce sujet; toutefois, grâce aux faits que je viens d'indiquer à la hâte et au hasard de la plume, il ne sera pas difficile de découvrir, d'une façon assez inattendue, l'origine des religions, aussi bien de la religion révélée que de la religion naturelle. Mais mon avant-propos est déjà trop long et je ne puis retarder davantage le récit de notre voyageur. Je ne passerai donc pas en revue les textes qu'il conviendrait .de consulter sur ces sujets et, à mon vif regret, je me vois dans l'obligation d'abandonner cette étude si intéressante, non toutefois sans garder l'espoir de la reprendre quelque jour. En effet, une personne digne de confiance et d'un grand bon sens m'a laissé espérer qu'elle me fournirait de curieuses observations qu'elle a faites en pleine Afrique, dans les parties les moins connues de ce continent, et où elle a constaté que les indigènes, qui n'ont pas été corrompus par le contact des Européens, sont humains, exempts de malice, et mènent une conduite conforme à la morale, confirmant ce que notre auteur raconte au sujet des Malgaches.

Quelque hâte que j'aie d'en terminer, je ne puis cependant passer sous silence la remarque suivante : que, dans l'état de nature, les hommes qui considèrent Dieu comme le créateur de l'Univers, lui accordent comme attributs la justice, la sagesse et la bonté et n'admettent pas qu'on lui attribue les pires passions, telles que la colère, lesprit de vengeance et la jalousie; ils estiment que son

1. Andriananahary, litt. : le Seigneur qui a créé, et non pas le plus haut Dieu.

œuvre est parfaite, qu'il ne désire y apporter aucun changement et qu'il ne regrette aucun de ses actes, contrairement à ce que prétendent certains rhéteurs qui semblent ainsi dire qu'il a agi sans réflexion, comme s'il était un faible mortel ignorant et inconsidéré. Suivant eux, Dieu a donné aux hommes le sens du goût afln qulls puissent juger quels sont les aliments les meilleurs pour les nourrir; et, comme il les a créés afin qu'ils vivent en société, il leur a donné l'intelligence et la raison nécessaires pour juger de ce qui procurera le plus sûrement la paix et le bonheur à leur association. Aussi, pour trouver l'origine des lois morales et politiques, n'avons-nous besoin que de rechercher les sensations (je ne dis pas les idées) les plus simples et les plus naturelles de plaisir et de douleur.

Si nous examinons les hommes dans leur état de nature, ils ne nous paraissent pas tels que les dépeignent les Hobbistes S qui ne voient dans l'humanité que des mâles combattant les uns contre les autres; nous, au contraire, nous y voyons des mâles et des femelles, et la plus ardente passion des mâles est manifestement la tendre affection qu'ils ont pour leurs femmes et pour leurs enfants, passion qu'ont aussi du reste quelques animaux. Tel est le véritable état de nature, où se forment les caractères doux et bienveillanls et les amitiés sincères, ce qui vaut mieux que de se quereller et de se battre; ces êtres s'améliorent et se perfectionnent tout naturellement, sans se laisser troubler dans leur jouissance.

Dans l'état de nature dont nous parlons, il est impossible qu'un certain nombre de familles vivent ensemble, même pendant une année, sans faire quelques conventions au sujet des punitions à infliger aux adultères, aux meurtriers, aux voleurs (j'eusse voulu dire qu'une société ne pouvait vivre sans règles même pendant le quart d'une année, mais ce dernier laps de temps se rapprocherait trop de deux fois quarante jours). On y enseigne de bonne heure aux enfants le respect et la reconnaissance qu'ils doivent à leurs parents et à ceux qui les ont nourris et élevés pendant qu'ils étaient incapables de se subvenir à eux-mêmes; il n'est donc pas étonnant que, dans une semblable société, il y ait une loi punissant les insultes aux parents. L'idée qu'ils ont de l'existence d'un Auteur suprême de la Nature découle des réflexions que tout homme fait naturelle-

i. Hobbes est un philosophe matérialiste, qui prétend qu'à Télat de nature chacun est en guerre contre tous et pour qui la force prime le droit.

ment sur Tharmonie et la beauté visible de l'Univers et aussi de ce que les hommes et tous les objets quelconques ne se produisent pas cux-naêmes. La vénération qu'ils ont pour TÊtre suprême provient d'une pieuse et légitime admiration, qu'accompagne un sentiment de crainte et de respect. Par suite, il n*y a pas non plus lieu de s 'étonner de ce qu'ils ne profèrent aucun blasphème profane.

Ils comptent les mois par lunes, et la pleine lune partage naturellement les mois en deux parties, de sorte que notre division en semaines ou quarts de mois ne peut guère être considérée comme un vrai perfectionnement. Quant au Sabbat, les habitants de Madagascar n'en ont aucune idée; le jour de repos qu'ils accordent à leurs esclaves n'est pas fixé à un jour spécial de la semaine, il est pris au hasard suivant les événements et aussi suivant l'humanité du maître. D'ailleurs, pourquoi le septième jour n'étaitil pas accordé aux Israélites qui étaient esclaves des Egyptiens?

C'est avec une bien grande joie que je constate l'empressement des Malgaches à s'adresser à Dieu en toute occasion, implorant son assistance lorsqu'ils sont dans le besoin et lui rendant grâces avec piété et gratitude pour les bienfaits qu'il leur accorde; ils n'ont pourtant ni temples, ni tabernacles, ni bois sacrés, ni sanctuaires quelconques pour y faire leurs dévotions, et ils n'ont ni fêtes, ni jours fixes pour leurs prières, ni prêtres chargés d'intercéder pour eux auprès de Dieu. Sans doute leurs « Umossees » [Omasy ou Ombiasy], c'est-àdire leurs prophètes, leur prescrivent de fabriquer leurs « Owleys » [Oly ou Aoly] avec certaines racines ou avec des bois spéciaux qui, d'après eux, plaisent aux Esprits et possèdent des vertus magiques, et ils déterminent le moment auquel ces gris-gris doivent être préparés; mais ces prophètes n'ont jamais, jusqu'ici, osé discuter les grands et glorieux attributs de sagesse, de perfection et de bonté du Dieu très haut, et ils se sont encore bien moins hasardés à se mettre en contradiction avec la raison et à compromettre le bonheur de leurs compatriotes, en attribuant à notre Père suprême des vices et des passions immorales. Il est bon que nous arrêtions notre attention sur les faits que je viens de signaler et je recommanderai à certaines gens de rentrer en eux-mêmes et de se rendre compte si, en propageant leurs systèmes artificiels de religion, ils n'ont pas déshonoré Dieu, autant que la chose est possible à l'homme, et par conséquent corrompu l'humanité.

Que l'on ne croie pas que mon appréciation sur la religion des

habitants de Madagascar est basée sur le seul récit de M. Drury. Cette ile a été dans ces derniers temps visitée par beaucoup de personnes, et je puis en appeler à leurs témoignages qui conflrment la vérité de mes observations sur la morale des indigènes, ainsi que sur leur pratique de la circoncision, leurs sacrifices et leur usage des « Owley » [Oly ou Aoly].

Il en est de même du reste des nègres qui occupent sur la côte de Guinée une région d'une étendue de plusieurs centaines de lieues et qui ont un fétiche semblable aux « Owley » malgaches [Oly ou Aoly], fétiche qui leur sert dans leurs cérémonies religieuses, ainsi que je Tai constaté moi-même, quoique je ne Taie pas examiné de près. Ces nègres, dans les régions où ni les Européens, ni les Musulmans ne les ont corrompus, sont, tout comme les Malgaches, humains, exempts de malice et respectueux des principes de morale K

1. Dans les éditions de 1750 et de 1807, la préface qui est notablement abrégée et mutilée se termine par un paragraphe qui y a été ajouté et qui est tiré des sermons de Tarchevêque Tillotson (a). Voici ce paragraphe : « On voit dans ce livre que les Malgaches ont deux lois qui méritent qu*on les en loue. Ils en ont d'abord une qui punit ceux qui lancent des imprécations contre les parents d*un concitoyen. Quelle honte pour les pays chrétiens, où il n'existe ni loi ni châtiment contre ceux qui ont Timpudence impie de maudire non seulement un homme quelconque, mais même leurs propres parents I Ensuite, ils ont un tel respect et une telle vénération pour Dieu que jamais ils ne profèrent de blasphèmes. Au contraire, dans noire pays, tout chrétien qu'il est, l'impiété est telle que, comme l'archevêque Tillotson en fait la remarque, « un homme ne peut pas traverser les rues sans avoir les oreilles écorchées par des jurons horribles et blasphématoires et par des malédictions qui, lors même que nous ne nous rendrions pas coupables d'autres péchés, suffiraient pour perdre une nation ». Ces deux lois montrent bien quel est le caract<>re des Malgaches qui, partout où ni les Européens, ni les Musulmans ne les ont corrompus, sont exempts de malice, respectueux des préceptes de la morale et pleins de bonté, à un plus haut degré, disons-le à notre honte, que la plupart des habitants des pays qui jouissent de tous les avantages d'une éducation libérale et chrétienne.

Nous avons encore une observation à faire, qui, nous l'espérons, ne sera pas considérée comme d(''placée ici. 11 est juste en effet de remarquer combien de fois l'auteur de ce livre a échappé aux plus grands périls par

(a) Les sermons de Tarchevôque Tillolson, qui ne comprennent pas moins de douze volumes, ont été publiés en 1742 et 1743.

Je ne donnerai dans ce livre que le récit simple et absolument exact de faits et d^événements réels. Je ne chercherai pas à rallonger ou à Tembellir par d*habiles inventions ou par des phrases d^emprunt, et je ne formulerai d'autres réflexions que celles qui découlent naturellement de mes nombreuses aventures, si extraordinaires et si surprenantes.

Il n'est pas, je pense, inutile de dire à mes lecteurs que je n'avais pas quatorze ans quand j'ai été victime d'un grand malheur et que, par conséquent, je n'ai pu, à cause de mon jeune &ge et aussi de mon ignorance de la langue malgache, faire toutes les nombreuses et intéressantes observations qu'une personne d'un âge plus mûr et d'un jugement plus développé, surtout si elle n'eût pas été réduite en esclavage, aurait recueillies avec plus de profit.

Je suis né le 24 juillet de l'année 1687 à Londres, dans les c Grutched Friars », où habitait alors ma famille. Mon père transporta, peu après, sa résidence dans 1' « Old Jewry », près de Gheapside, où il était bien connu et estimé comme tenant la fameuse maison dite « La Tète du Roi », qu'on désignait aussi sous le nom de « Maison du beefsteak ». Cet établissement, du vivant de mon père, était un lieu où se réunissaient

la protection et la bonté de Dieu. Nous ne pouvons douter qu'il a regretté de plus en plus vivement sa désobéissance obstinée à la volonté et aux sollicitations de ses tendres parents et de ses amis, qui rengagèrent si instamment à abandonner sa résolution opiniâtre de faire un voyage aux Indes Orientales. On voit dans ses aventures la marque tout à la fois de la colère et de la bonté de Dieu : la première s*est manifestée dans le naufrage et Tesclavage de Tauteur, la seconde dans sa délivrance et son retour en Angleterre. Que tous ces événements servent de leçon aux jeunes gens des générations futures et qu'ils se gardent d'attirer sur leur tète, par leur désobéissance et leur obstination à mépriser les conseils de leurs parents ou de leurs amis, les misères et les infortunes qui amènent un repentir, hélas I trop tardif.

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