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3. Ce capitaine White est le même qui se livra à la piraterie dans les parages de Madagascar dès 1702, et qui est mort en 1719 à Madagascar
Le 20 janvier, je dis adieu à Ttle de Madagascar et nous mimes à la voile pour les Antilles.
Nous ne nous sommes pas arrêtés au Cap de Bonne-Espérance, mais à Sainte-Hélène où je suis descendu à terre pour soigner quelques-uns de nos esclaves qui étaient malades et d*où nous nous sommes rendus à la Bardade. Nous y avons jeté Tancre le 22 avril et nous y avons demeuré pendant une semaine, puis nous sommes allés i la Jagnaïque, où nous avons débarqué notre cargaison d^esclaves.
Le capitaine m*a témoigné pendant toute la traversée des sentiments paternels;. à chaque escale, il m*a donné de Targent pour mes menues dépenses, mais, comme je n*en connaissais guère Tusage, j*ai fait plusieurs bévues qui ont causé une hilarité générale. Aucune des liqueurs qu*on m'offrait ne me plaisait et je regrettais le < toak » [toaka] auquel j'étais depuis si longtemps habitué. A la Jamaïque, je tombai malade; le capitaine me fit transporter à terre, quoique ce fût fort coûteux, et il prit soin que rien ne me manquât. Au moment où nous étions prêts i partir avec une flotte escortée par le « Winchelsea », un vaisseau de quarante canons, survint le « Mercury », commandé par le capitaine White, qui arrivait de Madagascar.
Nous quittâmes la Jamaïque le 5 juillet 1717. A la hauteur des Crooked Islands [archipel des Bahamas], nous vîmes deux corvettes auxquelles le « Winchelsea » essaya de parler. Soup-
Qonnant que c'étaient des pirates, il amena sa flamme et prit les allures d'un navire marchand. L'une d'elles s'y trompa et, hissant un drapeau et un pavillon noirs, elle se mit en
suivant les uns (voir tome III, p. 604), suivant d*autres à Bourbon, où il aurait été en relâche. (Maillard, Notes sur l'Ile de la Réunion^ 18G2, p. 335, et Drury [voir plus loin, p. 405].)
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chasse, mais, ayant vite reconnu son erreur, elle changea de route et s'en alla du côté de la terre où le vaisseau de guerre ne put la suivre; notre capitaine, dont le navire était bon voilier et armé de seize canons, s'élança à sa poursuite et échangea plusieurs bordées avec elle. Les pirates serrèrent la terre de près et, la nuit venue, se mirent hors de notre portée; ils eurent toutefois rimpudence de piller deux des navires qui formaient Tarrière-garde de notre convoi, menaçant, si jamais il rencontrait de nouveau le capitaine Mackett, de le pendre à son grandmât ou de le brûler vif à son bord.
Quelques jours après, le « Winchelsea », en virant de bord tout à coup, aborda malheureusement notre navire, réduisant notre bossoir en pièces jusqu'à fleur d'eau et faisant tomber notre mât de misaine; quant au vaisseau de guerre, il perdit son éperon et son beaupré. Si la mer eût été mauvaise, nous aurions été perdus, mais Dieu, heureusement, voulut qu'il fil beau temps. Avec Taide de son équipage et le concours des autres navires, nous avons aveuglé provisoirement la voie d'eau qui s'était déclarée et nous avons dû aller relâcher, escortés par le reste de la flotte, aux Grooked Islands, où nous fîmes les réparations nécessaires, puis nous repartîmes.
Nous sommes arrivés aux Downs [rade située au sud de l'estuaire de la Tamise] le 9 septembre 1717; il y avait seize ans et neuf mois environ que j'en étais parti. Je descendis à terre sur le conseil du capitaine, qui voulut bien me donner l'argent nécessaire pour aller à Londres, mais je n'entrepris pas c6 voyage sans avoir d'abord remercié Dieu d'avoir permis que je revinsse sain et sauf dans mon pays natal et de m'avoir fait échapper aux grands dangers que j'avais si souvent courus et aux misères que j'avais si longtemps endurées.
Je dois faire connaître par quel singulier hasard providentiel
mon père avait appris que j*exislais encore et que j'étais dans Tile de Madagascar. Mon frère, étant un jour au cabaret de « la Couronne », à Cherry Garden Stairs, Rotherhith, buvait à une table voisine de celle où se trouvait William Thornbury. L'entendant parler de Madagascar avec un ami, il lui dit qu'un de ses frères avait fait naufrage dans cette lie, il y avait plusieurs années, et qu'il serait fort heureux d'en avoir des nouvelles. Thornbury lui répondit qu'il n'avait jamais vu qu'un seul blanc à Madagascar, mais qu'il avait oublié son nom. Mon frère mentionna plusieurs noms avant le mien; quand Thornbury l'entendit, il s'écria : « Robert Drury ! c'est bien le nom de ce blanc, et son père habite à « la Tète du Roi » dans l'Old Jury ». Comme j'arrivai à Londres un dimanche vers trois heures de Taprès-midi, je ne crus pas bon de me rendre, pendant le sermon, à « la Tête du Roi » dans l'Old Jury, c'est-à-dire à la maison que mon père avait habitée avant de se retirer à la campagne, et j'allai à la taverne « Bell », qui à présent est « le Café Anglais » et qui est à l'extrémité de l'Old Jury; je dis que je venais de débarquer et demandai qu'on me laissât entrer; me voyant vêtu d'un costume de marin et entendant mon mauvais anglais, le tenancier me prit pour un étranger et me laissa entrer, me demandant quel était mon pays et d'où je venais. Je lui répondis que j'étais Anglais, ce qu'il ne voulut pas croire tant qu'il ne sut pas qui j'étais, mais, aux questions que je lui posai, il ne tarda pas à deviner mon nom. Je lui demandai en effet qui tenait aujourd'hui « la Tête du Roi? » et si John Drury n'en avait pas été autrefois le propriétaire! Il me répondit que John Drury s'était retiré à la campagne, laissant son établissement à son frère William, qui était mort, et dont la veuve, qui s'était remariée, mais qui avait perdu son second mari, était encore la patronne. « Comment? dis-je, William Drury est
mort? — Oui, répondit Taubergiste, et son frère, John Drury, est également mort, voici un an. » Celte nouvelle me surprit et ra^attrista au point que je me mis à pleurer. Mon interlocuteur découvrit alors qui j'étais, car il savait que j*étais absent depuis . nombre d'années et que, d'après des lettres que j'avais adressées de la Jamaïque à « la Tête du Roi », mes amis m'attendaient en Angleterre d'un jour à l'autre. 11 me demanda donc si mon nom n'était pas Drury. Je lui répondis que j'étais en effet le malheureux qui avait eu tant d'infortunes et qu'elles continuaient puisque mon père était mort. Il me dit encore, ce qui accrut ma douleur, que ma mère était morte de chagrin peu de temps après l'arrivée de la nouvelle de mon naufrage et que mon père s'était remarié.
Une fois le service divin fini, j'allai à « la Tête du Roi », où l'on découvrit bien vite qui j'étais et où l'on m'accueillit avec joie. On me mit au courant des affaires de notre famille; j'appris que mon père m'avait laissé 200 livres sterling [5000 francs] et la nue-propriété d'une maison située à Stoke Newington qu'occupe maintenant M. Richard Beardsiey.
Je restai à Londres le temps nécessaire pour voir les quelques amis dont j'avais conservé le souvenir, puis je me rendis & Loughborough auprès de ma sœur et de mes autres parents, qui furent heureux de me revoir après m'avoir cru perdu pendant tant d'années.
Après avoir réglé mes affaires, je retournai à Londres, où je rencontrai le capitaine Mackett, qui continua à me traiter affectueusement et qui me promit d'assurer mon sort au cas où j'en aurais besoin ; il me demanda de retourner avec lui à Madagascar, mais, comme je venais d'accepter une place de comptable chez un de mes parents, je ne pus le suivre. Peu après son départ, ma position ne repondant pas à mes espérances, je me décidai à
accompagner le capitaine White, Tami du capitaine Mackett, qui était en partance pour Madagascar; je devais Tassister dans son trafic, ce qui m*était facile grâce à ma connaissance de la langue et des mœurs du pays. Aussi, après avoir laissé entre les mains d*un ami ceux de mes effets que je ne crus pas utile d'emporter avec moi, je m'embarquai à bord du « Mercury » et nous partîmes des Downs le 13 septembre 1718.