‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 2)Chapitre 43 sur 61 · NOUVEAU VOYAGE DE ROBERT DRURY A MADAGASCAR · texte numérisé non relu

NOUVEAU VOYAGE DE ROBERT DRURY A MADAGASCAR

Lors de mon voyage aux Indes, étant encore tout jeune, j'avais appris le métier de marin; je l'avais oublié depuis, faute de pratique, mais, avec les conseils d'un homme qui y était très entendu, je ne tardai pas à y devenir suffisamment habile pour rendre des services. J'ai tenu un journal de ce second voyage, afin de fournir à ceux qui ne connaissent pas Madagascar des informations utiles.

Le premier avril 1719, nous sommes arrivés au Cap de Bonne- Espérance, où nous avons acheté les provisions qui nous étaient nécessaires, et, le 10, nous sommes partis pour Natal; le 29, nous avons aperçu la terre par 29'' 10' de lattitude sud, à onze lieues environ au nord de Natal. Poussés par une brise légère, nous avons couru 0. S. 0. le long de la côte africaine; à midi, nous avions la pointe de Natal à deux lieues de nous, au S. 0. 1/4 0., et, i deux heures de l'après-midi, nous avons jeté l'ancre par 14 brasses, à deux milles de la pointe, qui était à rO. S. 0; le courant a dans ces parages une direction du S. S. 0. au N. N. £. En quinze jours, nous avons acheté en cet endroit soixante-quatorze esclaves, tant jeunes garçons que jeunes filles, en échange do grands anneaux ou plutôt de colliers en cuivre jaune et de divers autres objets; ces esclaves four-

Dissent un meilleur travail que ceux de Madagascar, ils sont plus robustes et plus noirs.

Le capitaine White débarqua, en ce lieu, six des indigènes de Dillagoe [baie Delagoa] qu*ii avait emmenés avec lui lors de son précédent voyage et qui, ayant à franchir les États de deux ou trois rois avant d'arriver dans leur pays, n'étaient pas sans crainte d*étre pris en cours de route; le capitaine leur donna des fusils, des munitions, des hachettes et des colliers en cuivre.

J'ai vu sur cette côte des bœufs [zébus] ayant des bosses comme ceux de Madagascar. Les habitants ont les cheveux courts et crépus comme les nègres de la Guinée, tout différents de ceux des Malgaches.

Le 1 juin, nous aperçûmes la côte est de Madagascar; ayant grimpé au sommet du grand mât, j'ai découvert du côté du sud un haut plateau, et j'en ai conclu que nous étions au nord de Port-Dauphin [Fort-Dauphin], mais le capitaine ne se fia pas à ce que je lui disais et, ayant fait mettre la chaloupe à la mer, il nous envoya, le second maître et moi, à la côte afin que nous nous renseignions auprès des indigènes.

Nous longeâmes le rivage en ramant pendant un long parcours, jusqu'à ce que nous vînmes en vue d'une petite ville dont quelques-uns des habitants nous observaient; mais les vagues brisaient avec tant de violence à trois ou quatre cents mètres de la plage que nous n'osâmes pas nous approcher davantage de terre; je me déshabillai et gagnai la terre à la nage. Deux des Malgaches se jetèrent à l'eau pour me venir en aide, et me conduisirent à un endroit, situé à un mille plus loin, où ils amarrent leurs pirogues. La chaloupe aborda en ce point et je persuadai à l'un des indigènes de nous accompagner. La localité où nous nous trouvions s'appelle Murnumbo

[Manomboarivo] ? S elle est à une dizaine de lieues au nord de Port-Dauphin [Fort-Dauphin]. Nous y avons constaté la présence d*un courant violent et d'une forte houle qui empêchent d*accoster.

Le lendemain soir, nous avons jeté l'ancre par 14 brasses, en dehors de la baie de Port-Dauphin [Fort-Dauphin] où nous ne pûmes entrer. Les ruines du fort étaient à TO. S. 0., le cap Ramus [cap Ranovalona] au S. 0. i/4 S., la pointe des Sept Vierges ou des Sept Hamacs [Itaperina] à TE. Le jour suivant, au matin, nous avons levé Tancre et nous avons pénétré dans la baie où nous avons ancré par 3 brasses, à une encablure [i 120 brasses] du rivage; nous avions alors le fort français au S. E. 1 /4 E, les ruines de Téglise au S. S. £., et nous étions abrités des deux côtés par la terre; malgré tout, il est prudent d'avoir toujours une ancre solide et un bon câble, car, dans ces parages il souffle parfois un vent violent de N. E.

Port-Dauphin [Fort-Dauphin] est situé par 24°o0' [25^2' 5^ de latitude sud. Le mouillage est situé sur le côté E. de la pointe; on doit se méfier d'un rocher que l'on rencontre à tribord [à droite]. Une fois entré, il faut se diriger vers l'O. N. 0, Quand on est dans la baie, on voit les ruines d'un fort sur une colline qui s'appelle le « Nez du Port ». Il est nécessaire de serrer la pointe de près jusqu'à ce qu'on soit dans la baie et, quand on a le fort au S. E. 1/4 E. ou à l'E. S. E., on peut jeter l'ancre ou même, si l'on préfère, amarrer le navire aux rochers. A deux milles au sud, il y a une fausse baie qui peut tromper ceux qui ne connaissent point cette côte ; il faut l'éviter, car elle est pleine d'écueils.

Aussitôt que l'ancre eut été jetée, je descendis à terre et me

1. L'embouchure de la rivière Manomboarivo est environ par 24^*42, à une vingtaine de milles ou neuf lieues de Fort*Dauphin.

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