‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 2)Chapitre 8 sur 61 · IV · texte numérisé non relu

IV

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navire et qui étaient leur propriété. Les Malgaches savaient bien que nous n*avions plus qu'un très petit nombre de fusîis, aussi 8*éloignèrent-ils satisfaits. Dudey revint et nous annonça que le lendemain matin on nous laisserait continuer notre route. Il faisait maintenant complètement nuit et nous nous couchâmes sur le sable pour reposer, autant que le permettait notre triste situation, car, sans parler de la faim et de la fatigue dont nous sou (Trions grandement, nous avions encore sous les yeux les actes dé barbarie dont nous avions été témoins ia veille et nous nous rendions compte qu*à présent nos ennemis pouvaient faire de nous ce que bon leur semblerait.

 Taube du jour, qui était ie quatrième de notre triste voyage, nous constatâmes immédiatement, en ouvrant les yeux, labsence du capitaine Drummond, du capitaine Steward, de M« Bembo, de Dudey et de son mari, ainsi que de quatre ou cinq autres de nos compagnons qui s'étaient éloignés pendant la nuit, sans bruit et sans nous rien dire.

Nous étions arrivés au terme de ce malheureux voyage que nous avions entrepris, après un hardi coup de main, afin de sauver notre vie et notre liberté, et le moment était venu où notre sort, qui devait être tragique, allait se décider.

A peine, en effet, fit-il grand jour que les Malgaches s'approchèrent de nous. Les princes s'arrêtèrent un instant pour causer avec Sam qui, interrogé par le capitaine Younge sur ce qu'ils lui disaient, répondit : « Ils désirent savoir où sont le capitaine Drummond et ses compagnons ». Il avait & peine dit ces mots que les princes s'emparèrent, l'un de moi, les autres des trois ou quatre jeunes gens de mon âge qui se trouvaient dans notre troupe et les remirent à leurs esclaves qui nous lièrent les mains avec des cordes.

Je venais d'être attaché, lorsque je vis un des princes enfoncer

Coll. Ottvr. anr. Madag., \. iV, p, fififcij.

Massacre des naufragés du « Degrave r.

CONCERNANT MADAGASCAH 67

sa sagaie dans la gorge et dans la poitrine du capitaine Younge, et à peine leut-il achevé qu*il en tua un autre. Ses gens i^imitèrent et ils eurent bientôt massacré tout le monde. Ils dépouillèrent ensuite leurs victimes de leurs vêtements et ils les mutilèrent, ouvrant le ventre de plusieurs d'entre elles. Quant à moi, je pensais qu*une mort plus cruelle m*était réservée, car, Fun des chefs s*étant approché de moi, la sagaie levée pour me frapper, il en fut empêché par Tesclave qui me gardait et qui lui expliqua quelque chose que je ne pus comprendre. J'ai plus tard appris que mon gardien lui avait dit que j'étais destiné au petit-fils du roi. Le chef toutefois, s'il ne me tua pas, ne m*en dévalisa pas moins; sentant ma bourse dans la poche de ma culotte et n'en trouvant pas de suite l'ouverture, il se mit en colère et, d'un coup de sa sagaie, il la coupa et faillit m'entamer la peao.

Quand ils eurent terminé leur carnage et revêtu les habits des victimes, les Malgaches s'éloignèrent en toute hâte, dans le crainte que les gens de Port-Dauphin [Fort-Dauphin], qu'ils supposaient avoir été prévenus par le capitaine Drummond et ses compagnons, n'accourussent à notre secours. Peut-être s'imaginèrent-ils que nous avions envoyé le capitaine Drummond en avant pour aller chercher du renfort, et peut-être cette idée leur a-t-elle mis la rage au cœur et les a-t-elle amenés à nous assassiner; ce qui est certain, c'est que nous étions les êtres les plus malheureux du monde, poursuivis par une fatalité implacable, car j'appris dans la suite que nous avions à peine quitté ces tristes lieux, avant même que les cadavres fussent complètement refroidis, deux mille soldats du roi Samuel étaient arrivés pour nous délivrer.

On se demandera peut-être pourquoi nous n'avons pas envoyé en avant deux ou trois des nôtres, aussitôt après avoir tra-

versé la rivière; tout ce que je puis dire, c'est que nous étions tous aveuglés; car rien n'eût été plus facile, d'autant que la femme Dudey eût pu servir d'interprète à nos messagers, tandis que nous aurions conservé avec nous Sam. Mais je n'étais alors qu'un enfant et l'on ne pouvait attendre de moi de semblables décisions. Je ne prétends pas non plus expliquer par quelle raison le capitaine Younge crut devoir mettre en liberté le roi, puis son fils. Le complot avait été bien conçu et bien exécuté au commencement, mais il fut ensuite si mal mené que l'on a peine à croire que tant de gens aient été aussi bêtement naïfs, et j'en suis tout étonné depuis que j'ai pu mieux me rendre compte de tous ces événements.

La confiance trop aveugle que nous avons mise en notre capitaine est venue de ce que nous avions tous une grande affection pour son père et que nous étions par conséquent tout disposés à avoir la meilleure opinion de son fils; mais il n'avait malheureusement pas assez d'expérience ni de jugement. Le capitaine Drummond eut beau combattre ses idées sur plusieurs points, nous ne voulûmes rien entendre, emporté par un vent de folie qui nous a conduits à la catastrophe finale.

Ce n'est point un roman que j'écris; je me contente d'exposer les faits tels qu'ils se sont passés, sans rien y ajouter et sans rien inventer. Le fait est que mes amis furent massacrés et que, moi, je fus réduit en esclavage avec trois autres jeunes garçons. Quant à Sam, je ne le considère pas comme des nôtres, car il s'en alla avec les Malgaches, et je ne l'ai jamais revu depuis le jour fatal, mais j'ai appris qu'il vivait en homme libre sous les ordres de Deaan Crindo [Andrian-Kirindra *], et j'ai quelques raisons de croire que sa conduite à notre égard n'a pas été

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