Phaclon
le seul indice que Ton ait jusqu'à présent dans les pays tropicaux pour prévoir quelques heures d'avance le commencement de Touragan.
Au mois de février 1771, la descente subite du mercure me causa de l'inquiétude, ainsi qu'à M. Poivre; il était quatre heures du soir. M. Poivre fit de suite appeler le capitaine du port; cet officier, qui avait assisté à Touragan de 1761, ne fut pas frappé comme nous de cette variation si brusque du baromètre et il nous dit qu'il y avait des indices plus certains. « Vingt-quatre heures avant les ouragans, affirma-t-il, on voit toujours les Noirs descendre de la montagne et venir nous annoncer la tempête. D'ailleurs, le coucher du soleil me <lécidera sur les mesures que je devrai prendre pour prévenir, autant qu'il sera en mon pouvoir, les accidents inséparables de ces affreuses tourmentes ». Nous eûmes beau insister, M. Poivre et moi, nous n'arrivâmes pas à le persuader; il voulut attendre le coucher du soleil. Le ciel était pur et serein, quoique le mercure baissât toujours dans le tube du baromètre, et le coucher du soleil fut très beau. Ce capitaine du port, qui avait longtemps servi sur les vaisseaux de la Compagnie des Indes, nous quitta fort content et tout à fait rassuré sur les malheurs dont nous croyions l'ile menacée; il semblait nous prendre en pitié d'attacher tant d'importance à la variation d'un baromètre.
On vient rarement à bout de vaincre l'obstination «l'un
homme qui, n'ayant que la pratique de son métier, a, de plus, Fabsurde préjugé que la théorie n'est bonne à rien. Cette espèce d'homme n'est malheureusement que trop commune, et celui qui dévoilerait les maux que des chefs ignorants et présomptueux ont causés et causent encore tous les jours, ne ferait pas une œuvre inutile à l'humanité.
L'ouragan se déclara à sept heures du soir, c'est-à-dire une
nombreux arbres jetés à bas et par les torrents et les rivières qui débordèrent; on ne fut pas moins de trois semaines avant d'avoir des nouvelles de ÏA^nbulante, quoiqu'elle eût fait naufrage dans un lieu qui n'est distant que de six lieues environ de Port-Louis. Toutes les récoltes furent détruites, et ce ne fut qu'au prix des plus grands efforts qu'on réussit à relever les vaisseaux les moins maltraités : ce fut M. de Tromelin qui rendit ce service important à la colonie et au commerce; on envoya à la hâte la plupart de ces vaisseaux à Madagascar pour y prendre des vivres et des provisions de toutes sortes. C'est dans ces moments malheureux que le talent d'un administrateur 86 montre avec le plus d'éclat : M. Poivre *, qui dans lo cours de son administration a montré autant d'intelligence que de sagesse, avait eu la sage prévoyance de faire hiverner plusieurs vaisseaux au Cap de Bonne-Espérance, et ces vaisseaux, avertis du malheur de l'Ile de France, apportèrent des secours qui sauvèrent la colonie, car ils arrivèrent peu de temps après le second ouragan dont les nouveaux ravages avaient abattu l'espoir et le courage des infortunés habitants de cette île.
Les avaries que les vaisseaux éprouvèrent dans le port par la violence des vagues et pai* la force du vent lors de ce second ouragan, furent beaucoup moindres que dans le premier. La variation du baromètre avait averti du danger et chacun s'était empressé de pourvoir à sa sûreté (Hochon, Voyage à Madagascar et avx Indes Orientales, 1791, Discours préliminaire^ pp. xxviii-xxxvn, et Grant, Hist. of Manritivs, 1801, p. 172-174 [traduit en anglais]).
1773. Ile de France. — L'ouragan fit son apparition vers neuf heures du soir le 10 avril, juste au moment où la lune paraissait
1. Voir aussi les Tableaux historiques, politiques et pittoresques de Vite de France, de Magon de Saint-Elier, Tort-Louis, 1839, pp. 174-176.
A la suite de ce désastre les vivres ont tellement renchéTi que le pain a été vendu à dix-huit pence [environ 36 sous] la livre; au bout de peu de temps cependant, il est arrivé des secours de toutes sortes de la côte de Coromandel, du Cap de Bonne- Espérance, de nie de Madagascar et du golfe Persique (Grant, Mlistortj of Maurilius, 1801, p. 175).
AFFINITÉS DE LA LANGUE MALAISE KT DES LANGUES DES INSULAIRES DE LA MER DU SUD (1775).
Il y a une conformité très renianiuable entre plusieurs mots de la langue des Insulaires de race blanche de la mer du Sud et de la langue malaise; mais, de cette similitude d'un petit nombre de termes, il ne faudrait pas conclure que ces Insulaires descendent des Malais, car, comme on trouve des mots malais dans les langues des Persans, des Malabars, des Brames, des Singalais, des Javanais et des Malgaches, il faudrait dire aussi que tous ces peuples viennent des Malais; celte manière de raisonner mènerait trop loin. Je suis porté à croire que tous ces dialectes conservent un certain nombre de mots d'une langue ancienne qui avait une grande aire de dispersion et qui s'est divisée peu à peu en différents idiomes. Les mots de la langue des îles de la mer du Sud, (|ui sont semblables h ceux de la langue malaise, démontrent clairement, suivant moi, que les îles orientales de cette mer ont été peuplées par des gens venus des îles de l'Inde ou des îles septentrionales de l'Asie, et que celles qui sont plus à l'Ouest ont tiré leurs premiers habitants des environs de la Nouvelle-Ciuinée. Si nous avions des vocabulaires exacts des différentes langues qu'on parle dans ces îles, nous pourrions dire de quelle tribu en particulier elles tirent leur origine (Forster, in t. V du Voyage de Cook d<ins lliémi-
religion et de toutes sortes de-crimes et de vices : ces imputations sont absolument fausses.
Les Français sont le seul peuple de l'Europe qui ait essayé de former un établissement dans l'île de Madagascar, sur le même plan qu'ils avaient déjà adopté dans les Indes Orientales; mais, après avoir persévéré pendant plusieurs années et dépensé beaucoup d'argent, ils ont abandonné leur entreprise, les indigènes, que favorisait le climat, leur ayant résisté et ayant réussi à en massacrer quelques milliers.
Vers l'année 1770, le comte Beniowsky, gentilhomme polonais hardi et entreprenant, s'étant sauvé de Sibérie où l'avait envoyé en exil l'Impératrice de Russie, alla au Kamtchatka, où il construisit un vaisseau dans lequel il s'embarqua avec quelques compagnons d'infortune, audacieux comme lui. Il côtoya la côte Est de l'Asie jusqu'à la rivière de Canton en Chine et, de là, passa aux îles françaises où il recueillit des renseignements sur les indigènes de Madagascar. Ayant le goût des entreprises extraordinaires, il vint en France présenter le plan d'un nouvel établissement dans cette île; on prêta attention à ses projets et on lui permit de lever une troupe de 300 Européens, de toute nation et de toute religion, et de leur donner l'uniforme qu'il jugerait à propos : il choisit l'uniforme russe, c'est-à-dire verl, ainsi que les animes dont on se sert en Russie. Il s'embarqua avec ce corps pour l'île de France et, de là, pour le Fort-Dauphin \ engageant un grand nombre de colons à le suivre. II traita avec les naturels, qui consentirent à ce qu'il s'établit dans une baie au bord de la mer, mais ils ne lui permirent pas de pénétrer dans l'île. Il lit construire un fort, où
1. Ce n'est point à Fort-Dauphin, dans le Sud-Est de Madagascar, mais au fond de la baie d'Antongil, dans le Nord-Est, que Beniowsky a fait son établissement.
deux à cinq jours de Tîle Bourbon ou de TJle de France à l'une de ces baies, mais le retour est plus long à cause des alizés et des courants qui obligent d'aller soit au nord, soit au midi pour trouver des vents favorables.
Notre flotte a jeté Tancre dans la baie de Saint-Augustin le 14 et le 15 juin [1780]. Les naturels vinrent bientôt à bord ; ils font le commerce avec une adresse mûrie par l'expérience. Si leur habileté dans les arts mécaniques est plus que médiocre, ils savent en effet assez bien trafiquer : les arlicles qu'ils échangent pour de la poudre, des balles, des pierres à fusil, des mousquets et des liqueurs spiritueuses sont de 1res beaux bœufs, des moutons, des chèvres, des volailles, des coqs d'Inde, du lait et toutes les espèces de végétaux de la saison.
Dans le nord-est comme dans le sud-est, ils cultivent une grande quantité d'excellent riz et ils ont en abondance des « plantins » [des bananes], des yanes [yams ou songes], de la chaux, des citrons, des oranges, des tamarins, etc. On y trouve dans le sein de la terre les plus gros et les plus purs cristaux de roche de Tunivers. Les baies abondent en poissons d'espèces excellentes et on trouve, sous les rochers et dans les rivières, diflerentes sortes de poissons à écailles. Il y a dans les forêts de quoi exercer les talents des naturalistes.
L'île est divisée, dit on, en sept royaumes, gouverné chacun par un roi qui jouit héréditairement de son autorité et de son titre. Ces princes, dans leurs hostilités, suivent les mêmes règles que nous; ils se contentent de piller et d'enlever les bêles à cornes, et les prisonni(M*s sont vendus comme esclaves aux traitants français ou hollandais.
Les hommes sont d'une taille moyenne, propres, agiles, actifs; ils sont hardis et braves à un haut degré et ne pardonnent jamais une injure, même à leurs supérieurs; ils se
CONCEILNANT MADAGASCAR 335
Je n'ai jamais pu savoir s'il y avait des hôtes féroces dans cette île. Il Y a des crocodiles dans toutes les rivières; il v a aussi une grande quantité de chiens et de sangliers et diverses espèces de canards sauvages et d'oies qu'on ne trouve pas ailleurs.
Je ne crois pas qu'il soit à souhaiter qu'il y ail un établissement européen dans cette île parce que, si les capitaines de navires voulaient se conformer à quelques règles judicieuses, on pourrait s'y fournir de tout ce dont on aurait besoin à un prix plus raisonnable et d'une manière plus agréable que s'il y en avait un. Les seuls produits nécessaires à l'existence qu'on n'y trouve pas sont des légumes pour la soupe, tels ({ue choux, navets, carottes, etc., et, en se donnant un peu do peine, on pourrait certainement en faire pousser. Les indigènes, en voyant les Européens se bien comporter avec eux et exécuter fidèlement leurs engagements, prendraient vite les mômes habitudes.
Ayant été réduit à la dernière extrémité par une maladie de foie, qui m'a forcé à garder la chambre pendant six semaines, et dans l'incapacité de digérer des aliments substantiels, j'ai bien craint de laisser mes os à Madagascar. J'y ai heureusement trouvé un remède prompt et efficace, une source d'eau minérale qui sort à la marée basse d'un rocher dans la baie de Saint- Augustin, k environ cent verges au Nord du rocher de la Tente. Cette eau cause d'abord une sorte d'étourdissement, comme l'eau de Bath, mais elle m'a guéri complètement, en moins d'une semaine, de toutes mes obstructions bilieuses. J'en ai pris pendant toute la traversée jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, et son efîet a été de tout point excellent; mon ap])étit est redevenu fort bon et jo dînais avec une tranche de bœuf tué le matin môme, sans avoir la moindre indii»eslion. Les bœufs de cette île sont du reste excellonls; ils pèsent de cinq cents à huit cents livres et leur chair est tendre, délicate et d'un bon goût.
an y fanaliinay ratsy iaby toa izahay mivalony fanahy ratsy anyrarinay[!].
Aka manatitsa aminay vetsivetsy ratsy, fa hianao miteheza (?) anay taminy ratsy iaby].
tsika. Amana hianao manafaka anay aniy ny otahtsika, toa izahay manafaka ota an y ireo nianota aminay.
Amana hianao aza manatitsa anav amy ny fivetsivetsy ratsy].
S. Dans Tîle de Madagascar, on parle un dialecte malais, dont j'ai vu des dictionnaires, et je possède un ouvrage sur la religion chrétienne traduit en cette langue. Il n'est pas croyable que les Malais aient passé directement de Malacca dans cette île qui en est si éloignée et qui appartient à TAfrique ; mais il est plus probable qu'ils y ont été des Maldives où ils ont pu aborder en venant de Tlnde (Don Lorenzo Her\'às, Catalogo de las lenguas de las naciones conocidas, Madrid, t. II, 1800, pp. 44 et 46).
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES DE JOSEPH LINDLEY» DANS LES ILES COMORES, en 1787.
D'après J. Lindley, la longitude du piton d'Anjouan est, par le transport du temps, 44° 38' et, par les observations de dislances lunaires, 44** 44' [44'' 20'] Est de Greenwich [Dalrymple a ado|)lé cette position dans ses caries; auparavant, dans ses premières publications hydrographiques, il avait mis 44^30' qu'il croyait un nombre plutôt trop fort. Le capitaine Austin Bissel, en 1798, a donné 44" 1' par une distance de la lune au soleil [)rise à l'île de la Selle [^qui forme la pointe N.-O. d'Anjouaif ;43'* 44' auxquels il a ajouté IT [12'] pour le piton) j (Noie iii Comôro Islands by 1 homas Ilowe, Xautical Memoirs and Jou7iials of Alex, Dalri/mple, 1. 1, 1800).
1. Josepli Lindley a Tait un voyage aux Indes en 1787, à bord du Henry- Dunias; il avait un excellent «hrononiètre de poche Arnold et il a pris de nombreuses observations de distances lunaires dont Dalrymple a adopté les résultats dans ses caries hydrograpliiiiues.
CONCERN.VNT MADAGASCAR 341
RELÂCHE DE LORD KEITH DANS LA BAIE DE SAINT-AUGUSTIN, en 1791.
En 1791, Lord Keith, se rendant aux Indes, a relâché dans
la baie de Saint-Augustin pour s'y ravitailler. Depuis celte
époque, très peu de navires de guerre ont visité cette baie et
les navires de commerce qui avaient Thabitude de venir y faire
de Feau et des provisions n'y viennent plus depuis longtemps;
aujourd'hui, les relations des Anglais avec les indigènes de
Madagascar sont limitées à quelques baleiniers et à de rares
négriers qui y relâchent pour s'y a[»provisionner et quelquefois
pour y compléter leur cargaison d'esclaves (Owen, Narrative
of voyages to explore the shores of Africa, Arahia and Mada^
gascar, 1833, t. II, p. 90, et Thomas Boteler, Narrative of a
voyage of discovery to Africa and Arabia 1833, t, II, p. 97).