‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 3)Chapitre 9 sur 23 · LEUR POSITION ET LEL'R DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

LEUR POSITION ET LEL'R DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

PAR THOMAS IIOWE » (1762 et 176Ô).

Thomas Ilowe a fait des observations géographiques aux îles Comores, qu'Alexandre Dalrymple a utilisées pour ses cartes et ses publications hydrographiques; il a notamment déterminé la longitude d'Anjouan à Taide d'observations de lune (ii^'SO'à TEst de Greenwich). On trouve dans le tome I des Nautical Memoirs and Journals de Dalrymple (1806) Tensemble de ces observations ainsi que celles de divers autres marins (sur les bancs et écneils avoisinants) qui ne présentent plus aujourd'hui qu'un intérêt rétrospectif, sans grande valeur.

Dalrymple discute la question de Texistenceou de la non-existence de nie de John Martins ou la Petite Comore, sur laquelle on n'était pas encore d'accord depuis les premiers voyages des Européens dans ces mers. En IGOO, Aleixo da Mota l'a vue en allant à Goa et en a fixé la latitude par une observation du soleil, 10*20' S.; elle est, dit-il, petite, basse et couverte d'arbres. Pimentel estime qu'elle osl à 3o lieues à l'Est du Cap Delgado; il ajoute que, malgré l'assertion d'Al. da Mota, presque tous les marins modernes en nient l'existence, maisque cependant il est fort possible qu'elle leur ait échaj)pé. Un pilote, qui a été retenu longtemps dans ces parages par «les vents contraires, prétend

1. Ttiomas Ilowe a fait pliisi»»urs voyagiîs aux IndtîS à bord des navires WincheUea et Xottimjhtim, (fu'il coinnianda en 1762 et 1700. 11 a pris beaucoup d*azimuts dans rarchipol des Comores, dont il a dressé la carte.

CONCERNANT MADAGASCAR ail

de ceux mis à terre, périssait de désespoir et aussi par suite du changement de climat et de nourriture. On trouve dans les journaux de bord de ces navires négriers (qui sont conservés dans les Archives du Cap) des pages entières où sont inscrits les noms des morts, avec quelques réflexions sur la perte éprouvée par la Compagnie, mais, même sous le gouvernement d*un homme aussi excellent que Ryk Tulbagh, sans le moindre mot de pitié pour ces malheureux êtres; on aurait, aujourd'hui, plus de compassion pour une cargaison de chevaux. Quelquefois les prisonniers ont tenté de s'échapper, mais les précautions étaient si bien prises qu'ils ne réussirent pas.

Il y a dans les Archives du Cap des premières années du xvni* siècle le récit d'un fait qui montre bien la manière de voir qu'on avait à cette époque au sujet des esclaves et qu'on trouve dans le rapport d'un capitaine négrier qui allait aux Indes occidentales qui, obligé de mouiller au Cap pour s'y ravitailler, demandait à être traité d'une manière toute particulière à cause de son voyage qu'il qualifiait de désastreux : au départ de Madagascar, ayant surpris des symptômes de mécontentement parmi sa cargaison d'esclaves, il avait jugé utile, pour éviter qu'ils se révoltassent et massacrassent l'équipage, de jeter par-dessus bord les [dus mutins; il en parle dans son rapport tout comme s'il avait jeté dos ballots de toile.

En 1765, le navire du Cap le Meermin fut envoyé par la Compagnie à Madagascar pour y prendre un chargement d'esclaves; le subrécargue fit escale à plusieurs [^cu'ts et en acheta cent quarante des deux sexes. Pendant le voyage de retour, le capitaine, Gerrit Mulder, leur fit enlever leurs fers, et, peu de jours après, le 18 février 1766, le subrécargue, leur ayant remis imprudemment un certain nombre de sagaies pour les polir, ils saisirent l'occasion qui leur était oflerte et, se levant tous à la

COXCEHNAXT MADAGASCAR 313

cinq autres furent faits prisonniers. A cette vue, ceux qui étaient encore à bord attaquèrent Téquipage qui put leur résister jusqu'au moment où le navire fut à la côte; les Malgaches durent alors se rendre. Cent douze de ces esclaves furent menés au Cap. Quant au Meermm, on ne put le renflouer et la mer le mit en pièces (M* Thl's Historij of South Africa, pp. 150-1 SI).

LES ESCLAVES xMALGACUES AUX ILES DE FRANCE ET DE BOURBON, en 1768.

Madagascar fournit à Tîle Bourbon des noirs pour la culture de la terre. Leur prix ordinaire est un baril de poudre, quelques fusils, quelques pièces de toile et surtout une certaine quantité de piastres : les plus chers coûtent environ SO couronnes de France.

Ces noirs de Madagascar n'ont pas le nez aussi épaté, ni le teint aussi foncé que ceux de la Guinée; quelques-uns sont simplement bruns. Il y en a, comme les « Balambous » [Amboalambo (Hova)], qui ont les cheveux longs; d'autres les ont blonds et môme roux. Ils sont adroits, intelligents et ont le sentiment de l'honneur et de la reconnaissance. La plus grande insulte qu'on puisse leur faire, c'est de parler de leurs parents avec mépris; ils ressentent beaucoup moins les injures personnelles. Dans leur pays, ils sont industrieux et travaillent avec art; leurs sagayes sont bien forgées, quoiqu'ils n'aient pour enclume et marteau que deux pierres. Les étoQ'es que tissent leurs femmes sont fines et teintes avec goût; ils s'en vêtissent avec grâce et la manière dont ils arrangent leurs cheveux est très seyante : ce sont les femmes qui sont chargées de ce soin et qui les disposent en une foule de tresses et de boucles. Ils sont passionnés pour la danse et la musique; l'instrument

CONCEHXANT MADAGASCAR 317

leurs esclaves favoris, de sorte qu'il a été absolument nécessaire de leur ôter ce pouvoir, ne laissant la possibilité d*a(Tranchir que les esclaves qui ont sauvé la vie de leur maître » (Grant, History of Mauritius, 4801, pp. 75-78).

NAUFRAGE DU NAVIRE L'HEUREUSE AU SUD DE LMLE JEAN DE NOVA», en 1769.

La frégate Y Heureuse, que commandait M. Gampis, partit de rile de France le 30 août 1769, faisant route pour le Bengale. Le 3 septembre, elle fut à vue de l'île Jean de Nove, à cinq ou six lieues dans Touest; la nuit, elle fit naufrage sur la partie sud du récif qui entoure ce petit archipel; l'équipage se sauva sur un banc de sable qui était à sec, à une lieue environ dans l'intérieur du récif, et d'où les hommes gagnèrent une petite île située à environ sept lieues au nord, à laquelle ils donnèrent le nom d'//e de la Providence *.

« Gette île a une longueur d'une lieue du nord au sud et une largeur d'environ 500 mètres au milieu. Le sol est un mélange de sable et de corail blanc. Le récif qui entoure l'île commence à la pointe septentrionale de l'île, puis se dirige vers le sud, de sorte que la pointe méridionale de l'île en est environ à une demi-lieue de distance. Il continue sur une longueur de six à sept lieues vers le sud ; sa plus grande largeur, qui se trouve vers son milieu, est d'environ deux lieues. L'intérieur est plein de bancs de sable et de corail,

1. Jean de Nova est un petit groupe d'îles et d'îlots au large de l'extrémité Nord de Madagascar, entro i0^5' et 10° 26' de lat. S. Il ne faut pas les confondre avec la petite île du même nom qui se trouve dans le canal de Mozambique par 17" 3' de lat. S.

2. L*llol de la Providence est à 385 kilomètres au N.-N.-E. du Cap d*Ambre, par O^IO' de lat. S. et 48° 45' de long. E. de Paris.

Foule Pointe qu'ils ont atteint après un voyage d'un mois environ. Entre le Cap d'Ambre et la baie de Vohémar, ils ont constaté l'existence de trois beaux havres qui leur ont semblé dignes d'attention (Grant, Hislory of Mauritius , 1801, pp. 329-330).

RELATION DES OURAGANS ARRIVÉS A L*ILE BOURBON de 1733 à 1754, PAR L ABBÉ DE LA CAILLE,

AUX ILES BOURBON ET DE FRANCE en 1768 PAR GRANT, A L'ILE DE FRANCE en 1771 PAR ROCHON et 1773 PAR BRUNEL

1733. Dans la nuit du 10 au 1 1 décembre, grand coup de vent du Nord; les vaisseaux en rade de Saint-Paul ont appareillé et sont revenus quelques jours après sans dommage; un seul a tenu bon au mouillage. Un vaisseau et un bateau qui étaient à Saint-Denis ont été jetés à la côte; neuf hommes ont péri.

Le 22 décembre, il y a eu un coup de vent du Sud.

1734. Le 9 janvier, il y a eu un coup de vent de TEst qui a duré avec peu d'heures de calme jusqu'au 15. Le vent a tourné jusqu'à l'Ouest. Un navire qui était à Saint-Denis a appareillé.

La nuit du 25 au 26 janvier, coup de vent violent qui a duré avec de la pluie jusqu'au 29.

Le 13 mars, coup de vent au large, assez fort à l'île de France; un vaisseau qui était à Saint-Paul a appareillé.

1735. Le 26 janvier, il y a eu un coup de vent qui a commencé par l'Ouest vers les quatre heures du soir; il a tourné à l'Est et il a venté toute la journée du 27.

1736. Le 22 janvier, il y a eu un coup de vent qui a duré jusqu'au 25; la pluie n'a cessé que le 30.

Le 5févfier, pluie continuelle jusques et y compris le 10; coup de vent le 7.

1737. Le 28 janvier, violent coup de vent de midi au

CONCEIINANT MADAGASCAK 32 1

nuit; après un peu de calme, il a passé à TOuest, à TEst et au Sud ; il n'a fini que le 22 au soir.

La nuit du 16 au 17 février, coup de vent qui a peu duré mais qui a fort endommagé le maïs.

Le 6 avril, terrible coup de vont du Nord, dont la violence a duré de six heures du matin à six heures du soir. Un vaisseau portugais sans gouvernail et réduit à un màt a échoué sur le sable; douze personnes ont péri. Le vent ayant passé au Sud vers le soir, la mer est devenue belle tout à coup et le vaisseau est resté à sec sur le sable où il avait fait son lit; ceux qui étaient restés dedans ont été sauvés.

1747. Le 11 janvier à sept heures du soir, coup de vent qui a commencé par le N.-E. et a duré toute la nuit en passant au Sud.

1748. Le 21 janvier, coup de vent de quatre heures du soir jusqu'à la nuit.

Le 28 mars, violent coup do vent du Sud; il a commencé à une heure du soir et a cessé au coucher du soleil, après un calme d'une heure vers les cintj heures; beaucoup de pluie ce jour-là et le suivant, pendant lc([uel on a senti quelques fortes bouffées de vent.

1750. Le 31 janvier, coup de vent pendant la nuit précédant le 1" février; il était du Nord et a été violent à Saint-Denis; à Saint-Paul, il a été moins fort et du Sud-Ouest.

Le 4 mars, coup de vent médiocre.

Le 18 mars, coup de vent plus violent que le précédent; il a duré jusqu'au 20 à neuf heures du malin.

1731 . La nuit du 26 au 27 mars, il y a eu le plus terrible ouragan qu'aucune personne vivante dans Tîle ait jamais vu; il a fait des ravages épouvantables depuis l'Est, d'où venait le vent, jusqu'à Saint-Paul.

nS2. Le 4 février, coup de vent de TEst-Nord-Est, qui n'a pas été général dans toute Tîle.

Le 21 décembre, coup de vent du Nord et grande pluie. Deux bateaux se sont jetés à la côte.

1733. Le 42 mars, coup de vent du Nord qui a mis en danger un des vaisseaux de la Compagnie.

Le 26 mars, espèce de coup <lc vent qui a obligé un vaisseau à appareiller.

ilîîi. Le 10 janvier, espèce de coup de vent qui a commencé par le Nord-Est, est resté quelque temps au Nord-Nord-Ouest et a passé ensuite au Sud-Ouest.

Les 19, 20 et 21 avril, coup de vent et ouragan qui ont fait de grands ravages dans Tîle (Ifist. de rAcad, des Sciences, année i 75 /, Paris, 1739 : Mém. de 7nathémati//ues et de physique, pp. 122-126).

1708. Dans Tîle Bourbon [à Saint-Pierre] la brise, qui vient toujours du Sud-Est, se lève k six heures du matin et cesse à dix heures du soir; on novembre, elle souffle avec force jour et nuit.

Le 1" décembre 1708, le vent cessa subitement et, à la marée haute, une vague s'abattit avec tant de violence sur le rivage que la sriilinelle dut quitter son [>oste: les sommets des montagnes élairiit rouverts de nuages éi)ais (jui [)araissaient immobiles; le vent commen<;a alors à souffler un peu du Sud-Est, tandis que, dans la iner, d'énormes vagues, hautes comme des montagnes, venant de l'Ouest, se succédaient sans interruption, trois par trois, projcîtant vers Ir ciel un embrun qui formait comme leur chevelure et s<» brisant sur la plage en lançant leur écume à une hauteur d(î cinquante pieds. L'air était lourd et le ciel sombre; on n^spirail difficilement. Des nuées de corbigeaux* et

\. Le coil)i«:pau est le Numcnius arquatus qui est un oiseau de rivage et non de haule nier.

CONCERNANT MADAGASCAH 323

^^ paille-en-queue * quittaient la haute mer et ralliaient la terre, ^Wchanl un refuge sur la côte; dans toute Tîle, les animaux ^e toutes sortes témoignaient une agitation extraordinaire et les (habitants éprouvaient une secrète terreur, appréhendant la tempête qui allait succéder au calme.

Le 2, au matin, le vent tomba tout d*un coup et la mer grossit; les vagues augmentèrent, venant de plus loin, et fouettèrent avec violence le rivage qui devint tout blanc de Técume dont elles le couvrirent et qui ressemblait à un amas de flocons de coton. Il n'y avait plus de doute qu'un cyclone approchait. Plusieurs navires levèrent Tancrc et déradèrent; les canots et tous les objets qui étaient sur la plage furent halés à terre et tout le monde se hâta de consolider sa maison à Taide de cordes et de poutres. Sur le rivage était amassée une foule de gens qu'attiraient l'extraordinaire spectacle de la mer et le danger que couraient les navires.

Vers midi, il se produisit un grand changement dans le ciel et le vent commença à soulier frais du Sud-Est. Com me on craignait qu'il tournât à l'Ouest et jetût les navires à la côte, on leur donna de la batterie l'ordre de dérader; ils coupèrent leurs cùbles de suite et, en moins de deux heures, disparurent dans le Nord- Ouest, dans un horizon absolument noir.

A trois heures de l'après-midi, le cyclone arriva avec un bruit épouvantable; le vent soufflait de tous les côtés, la mer était déchaînée et furieuse, lançant sur la terre des nuages d'écume et de sable et des masses de coquillages et de pierres; en quelques instants, les embarcations qui étaient en réparation à 50 mètres de la plage se trouvèrent enterrées sous les galets. Une partie de la toiture de l'église fut emportée par l'ouragan, ainsi que le

Page 1