DE LA COLONIE ANGLAISE DE MADAGASCAR
(DE W. COURTEEN bt C*) «
l. — CONSEILS TENUS PENDANT LX TRAVERSÉE d'EUROPE A MADAGASCAR A BORD DU NAVIRE, LE Smh, NAVIRE AMIRAL DE LA FLOTTE QUI COMPRENAIT
EN OUTRE LE James et l' Hester de 220 tonneaux, par mm. john smart,
HUMPHREY SLANO, THOMAS SPENCER, ROBERT IIOGG, THOMAS CLARKE, R00ER WRIGT, HENRY HINDE, ABRAHAM READE, THOMAS P\GE, HENRY BARRETT, JOHN BENION, POWLE WALDEGRAVE, JOHN STOCKE, DANIELL WHEATLYE, SAMUEL LEVETT ET ABRAH.AM ALDINGTON :
1" Le 18 septembre 1644 dans la baie de Puttata (Ténérife) : John Smart et ses compagnons décident d'acheter du vin et diverses denrées, mais ils ne peuvent rien y obtenir.
2*» Le n octobre, à Tîle de Mai (archipel du Cap- Vert) : remplacement du capitaine du James, Bartholomé Churchman, à cause de son incapacité notoire, par Jérémie Weddall ainsi que du second, Hilliard, par Georges Comodell. Le navire Hester avait pour commandant Robert Hogg et le Sun, Thomas Spencer.
y Le 24 octobre, à Tile de Mai : instructions données à
1. Ce journal aurait dû t^lre inson' dans le tome III à la page 187.
2. C'est cette expédition dont Richard Boothby a fait, dans A BriefDiS" covery of Madagascar j un si grand éloge, invitant « ceux de ses compatriotes désireux de s'enrichir à s'y joindre pour mener à bien la digne et noble entreprise du Sijuire Courtoen >» (Voir t. III, Ouvr, anc. Madag., pp. 175-176). — - Nous avons dt'jà dit que Sir William Courleen, le père du dit Squire, avait obtenu le 12 déc. 163") du Roi d'Angleterre une charte l'autorisant à fonder une colonie et faire le commerce dans l'Océan Indien. La première tentative, avec une Hotte de six vaisseaux, fut désastreuse; après la mort de Sir \V. Courleen qxù y avait perdu 3 millions de francs, en 1641, son fils envoya en Extrême-Orient une Hotte de sept vaisseaux qui fut attaquée par les Hollandais et eut le même sort. Enfin, au moment où ses affaires périclitaient, il fit l'entreprise dont il est ici question et qui fut aussi malheureuse que les précédentes (Voir t. III, Ouvr. anc. Madag., R. 184 [note]).
ait qu'un chirurgien (Peter Leigh) et il donne des détails sur leur ravitaillement à Tîle de Mai et au Cap et demande qu'on envoie divers objets, notamment des vêtements.
II. — CONSEILS TENUS A MADAGASCAR ET AUX COMORES ET LETTRES DU 25 MARS 1035 AU 25 JUIN' 1646.
1" Conseil tenu a bord du navire le Sun ' dans la baie de Saint- Augustin *, LE 25 MAus 1645. — Attendu qu'Abraham Beade a été envoyé avec le canot du Sun à 7 ou 8 lieues au nord de la baie de Saint-Augustin, où il devait trouver Dian Massara [Andriainahatsara] et entrer en pourparlers avec lui dans le but de se procurer du bétail et des provisions pour les colons et pour les équipages des navires, que, ne l'y ayant pas rencontré, il est allé à douze lieues dans l'intérieur et lui a acheté vingthuit bœufs qu'il a expédiés par terre sous la conduite de trois Anglais et de trois noirs ;
Attendu qu'il est demeuré en ce lieu pour y continuer son trafic et qu'une lettre en date du 21 mars, dans laquelle il demande qu'on lui envoie des marchandises, laisse espérer Tachât d'autres bœufs :
Il est décidé que, dès que le temps et le vent seront favorables, le commandant du Sun, expédiera son canot à l'endroit où l'on a laissé M. Reade, avec tous les articles que celui-ci a demandés, pour son trafic et que le canot y restera vingt-quatre heures et même, s'il est besoin, douze heures de plus. Signé : John Smart, Thomas Clarke, Samuel Levett, Humphrey Morse, Henry Barrett, Powle Waldegrave, Abraham Aldington.
i. Dans le manuscrit de John Smart, le nom de ce navire est toujours orthographié '< Sunn ». — 2. C'est à Salara, sur la côte sud de la baie de Saint- Augustin, un peu à rouostdu rocher d'Andriamihaly (Tent rock des Anglais)qu était leur établissement; Voir t. in,OMur.anc.itfa(iagf .,p. 314-3i5).
rivières, etc. qui seraient favorables à rétablissement de plantations et de colonies, ainsi qu*aux vivres que pourraient s*y procurer les colons et les navires qui y relâcheraient et aux matériaux propres à la construction de navires et d*embarcations pouvant servir tant à la colonie qu'à l'exploration de l'île.
Vous toucherez, si c'est possible, a l'île Maurice, où vous prendrez la cargaison et les épaves du Henrie Donaventure : poivre, fer, ancres, câbles, cordages, munitions de guerre, ferrures, provisions et tous matériaux provenant du navire et de sa coque que vous démolirez pour en retirer tout ce qui peut être utile à notre colonie de la baie de Saint-Augustin.
Vous porterez votre attention sur les minerais et rapporterez une assez grande quantité de chacune des sortes que vous trouverez afin qu'on en puisse faire l'essai, ainsi que du cristal d'Antengeile [Antongil] et du talc ou verre de Moscovie de Sainte-Luce, dont il faudra vous procurer des morceaux les plus grands possible, sans quoi ils n'auraient que peu de valeur.
Dans ces divers ports, vous achèterez des esclaves, du riz et des produits du sol, tels que fèves ou pois chiches et autres qui vous sembleront utiles au voyage, en tant naturellement que votre cargaison vous permettra d'en embarquer. Une copie de la liste des articles de la cargaison est annexée à la présente.
Quand vous aurez terminé ce voyage d'études, vous profiterez des premiers vents favorables pour revenir à Saint-Augustin afin de nous rendre compte de votre exploration et de recevoir de nouveaux ordres pour la suite.
Si vous croyez que le pays de Sainte-Luce est convenable pour y faire du commerce et y installer une colonie, vous traiterez avec le chef du pays pour obtenir une certaine étendue de
et se rendra au Brésil, à la Baya de todos los Santos [Bahia], pour y vendre ladite cargraison d'esclaves, etc., le prix devant être employé à l'achat de sucre et d'autres produits de ce pays ou à un fret quelconque; le navire retournera ensuite en Europe. C'est ce qui nous semble le mieux et le plus profitable aux intérêts de nos armateurs; il y a là en efTet de grandes chances de succès et on connaîtra ainsi rapidement en Angleterre les conditions dans lesquelles se trouve notre établissement. Toute autre entreprise serait pleine de risques et entraînerait des pertes de temps et de grands frais, sans résultat certain. Signés : John Smart, Thomas Spencer, Thomas Clarke, Abrah. Reade, Samuel Levett, Humphr. Morse, Thom. Page, Abrah. Aldington.
4** Ordres et instructions pour vous, Thomas Page, chef de traite,
JÉRKMIE AVeDDALL, œMMANDANT LE NAVIRE LE JAMES, ET JoSEPH CuT- TANCE, AIDE-TRAITANT, POUR UN VOYAGE A ENTREPRENDRE DE CETTE HAIE
DE Saint-Augustin a Messeiage [baie de Boina] et a Assada [baie
d'AmPASINDAVA], sur la côte nord de CETTE ILE DE MADAGASCAR, AFIN de l'explorer et d'y faire du COMMERCE, PUIS SUR LES CÔTES DE LA
Perse et de l'Inde, en vertu de la commission qu'a donnée Sa Majesté,
SOUS LE GRAND SCEAU DE l' ANGLETERRE ET AVEC l' APPROBATION DU PAR- LEMENT, A l'Honorable W°* Courteen, esq., et a Thomas Kynnaston,
NÉGOCIANT, de QUI j'aI REÇU LES POUVOIRS A CET EFFET. DèS qUC,
par la volonté de Dieu, les vents seront favorables, vous mettrez à la voile et, quittant cette baie de Saint- Augustin, vous vous rendrez dans l'île de Messeiage [Boina] et Assada [baie d'Ampasindava], où vous achèterez autant d'esclaves et de vivres pour eux que vous pourrez vous en procurer avec les marchandises que vous emportez d'ici à cet elTet. Avec votre cargaison d'esclaves qui vous coûteront de 3 à G Ps" 8* [piastres de 8 réaux]
milles, doDt celle qui est le plus au nord ressemble beaucoup à une forteresse. C'est à environ un mille au sud de celle-ci que le Roebuckey dont le commandant était W" Aires, a jeté Tancre par 46 brasses. Près de terre, il n'y a que 14 brasses. A deux câbles du rivage, il y a une petite ville fortifiée du côté de la mer, où vous tâcherez de vous procurer des renseignements au sujet d'un rubis dont M. Aires a oflert 300 piastres; si vous le trouvez, vous pourrez le payer ce prix-là et même plus si vous le jugez utile.
Dans le cas où, au retour, vous toucheriez à Johanna [Anjouan], prenez-y une cargaison de « jaggara » [soukkar (sucre ou mélasse)], etc., avec lequel on pourra faire de Tarack [rhum] ou (le Teau-de-vie; prenez également du riz, des chèvres, des volailles, des bananes, etc., en un mot tout ce que vous jugerez nécessaire pour notre colonie.
Rappelez-vous que M. Goubard a dit qu'on trouvait en grande abondance à Assada [Ampasindava] de l'ébène, du bois de santal, de Tambre gris, de Técaille de tortue, de la mélasse et des cannes à sucre; profitez-en si vous en trouvez l'occasion. Mais, avant tout, organisez votre trafic de façon à ne pas dépenser plus de la moitié de l'argent en espèces que vous rapporterez de l'I nde. En effet, quand vous serez à Messelage [Boina] et à Assada [Ampasindava], si vous voyez qu'on pourra à l'avenir s'y procurer dos esclaves, du riz, des fèves, etc., en même temps que de la monnaie d'argent, il sera plus profitable que vous rapportiez ici une moitié de votre argent en espèces et qu'avec l'autre moitié vous acheliez des articles pour le commerce et des vivres et des provisions pour notre colonie.
Au cas où vous ne pourriez pas vous procurer une quantité suffisante d'esclaves pour vous rendre directement d'Assada [Ampasindava] et de Messelag-e [Boina] à Gombroun [Bender
qu'à fabriquer de petites poutres et des chevrons pour la construction des maisons.
Comment donc pourriez- vous espérer que vos navires se ravitailleront ici, tant à Taller qu'au retour, étant données les difficultés que nous avons à nous procurer les aliments nécessaires à notre existence? Parfois, nous sommes restés dix jours sans vivres, nos réserves étant presque entièrement épuisées et n'ayant pas même un filet, un hameçon ou une ligne pour pêcher. Veuillez prendre en considération cet état de choses. D'autre part, il nous est impossible d'avoir du sel pour la cuisine, et nous n'avons ni vase pour conserver la viande, ni chaudière.
En vérité, Monsieur, un navire qui arriverait ici d'Angleterre mal approvisionné, avec la pensée de s'y ravitailler, paierait fort cher — j'en ai la triste expérience — les quelques rares et mauvaises provisions qu'il trouverait à y acheter, ce à quoi, ni nous ni personne au monde, nous ne pouvons rien changer.
Les indigènes sont d'un caractère vil et perfide; ils n'ont pas sous ce rapport leurs pareils dans le monde entier. Ils ne tiennent jamais leur parole ni leurs promesses, et M. Hamond* m'excusera si je lui dis qu'il ment en prétendant qu'ils sont justes et loyaux; il n'y a pas sur toute la terre de gens plus voleurs et plus perfides. A plusieurs reprises, ils nous ont volé plus de cinquante têtes de bétail et, le jour même où le navire de la Compagnie est parti d'ici, Andréa May [Andriamay] , qui était cliargé de surveiller le troupeau d'une quarantaine de bêtes que nous possédions, s'est sauvé avec toute sa famille, emmenant ce troupeau, sans nous laisser une seule bête pour notre subsistance, de sorte que ce jour-là nous n'avons eu pour notre
1. Voir Ilamoiui, t. III de cette Coll. d-is Ouvrages anciens conc^.rnant Madagascar, pp. 5, 20-21, 46-47, 52-53.
samies » [samsams (petites perles de verre rouges)] et en somme toute espèce de perles, et ils ne veulent que du Gl de laiton. Ayez donc la bonté de nous en envoyer par le prochain navire une bonne quantité, assez gros, ayant de 16 à 20 anneaux à la livre, conforme au modèle ci-joint, mais qu'on prenne grand soin qu'il soit bien étiré et bien poli; celui que nous avons apporté est de la fabrication la plus grossière qu'on puisse imaginer, à tel point que nous avons été forcés de l'étirer à nouveau avant de pouvoir le vendre. Nous n'en avons plus que 75 livres; M. Hogg en a emporté 230 livres, le navire le James 80 et le Sun quelque peu. En somme, il nous a fallu jusqu'ici vivre avec notre provision Je oOO livres de laiton, n'ayant pu utiliser (jue fort de peu de « rangoes » [haranga] et de « samysamies » [samsams], et, s'il n'avait plu à Dieu de nous envoyer le capitaine Jérémie Blackman qui nous a comblé de ses faveurs et qwi nous a notamment fourni 146 livres de fil de laiton, nous ne savons comment nous aurions pu vivre jusqu'au moment où il nous viendra des provisions ; nous espérons recevoir au moins de 1 500 ou 2 000 livres de ce fil de laiton qui, comme nous vous le disons, est l'article principal de vente courante, aussi bien à Saint- Augustin que dans l'intérieur du pays, d'où Mathew Catchpole, qui a été jusqu'à 140 milles dans l'Est, est revenu depuis trois jours, ramenant avec lui quarante têtes de bétail qu'il a achetées en échange de fil de lailon; il aurait pu avoir cent bêtes de plus s'il en avait eu suffisamment. Les indigènes n'ont voulu accepter aucune des autres marchandises qu'il avait emportées. Ces gens ont également du goût pour une espèce de « rangoes » [haranga] que nous avons fait fabriquer par des bijoutiers avec du verre imitant le saphir, 1 emeraude ou l'améthyste et que les indigènes semblent beaucoup estimer; car, dans le sud, à
est ci-joint. Sans ces objets, nous n'aurions pas pu vivre; aussi vous prions-nous instamment de prendre particulièrement note de cet acte généreux du capitaine Blackman qui, de son initiative, a disposé de ces objets pour le plus grand intérêt de votre service et qui a été très bienveillant pour vos humbles et pauvres serviteurs : John Smart, Thomas Clarke, Humphr. Morse, Samuel Levett, Powle Waldegrave, John Stocke, Daniell Wheatlye, Henry Barrett.
9° Conseil tenu a terre a l'établissement de Saint-Augustin a Madagascar, le 29 octobre 164S. — Notre grande chaloupe est arrivée aujourd'hui même, venant du nord où nous avions envoyé Daniell Wheatlye le 20 courant pour y acheter du bétail. Dans ce but, nous lui avions fourni les divers articles dont nous disposions, c'est-à-dire du fil de laiton, des « rangoes » [haranga] et des « samysamies » [samsams].
Une fois rendu sur les lieux, il a traité avec Birinde [Barandy?] au sujet de la mission dont il était chargé, qui consistait à acheter du bétail. Birinde [Barandy] lui a donné toutes sortes d'espérances, lui promettant de lui amener le bétail qui nous avait été volé et de lui en vendre d'autre. Mais, après avoir attendu en vain six jours et avoir constaté que c'étaient des promesses en Tair, qui n'avaient point de suite, Wheatlye est revenu aujourd'hui, n'ayant pas pu se procurer plus de sept bœufs qui arriveront par terre.
Dans ce Conseil, après avoir discuté ces faits, ainsi que les
vols dont nous avons été précédemment victimes, lorsque,
d'une part, les indigènes nous ont enlevé les bœufs que nous
leur avions achetés et payés et que, d'autre part, ils ne nous ont
pas donné les cinquante têtes de bétail qu'ils nous avaient
promises pour les aider à combattre leur ennemi Rajament V. 30
laisserez ici des lettres à votre départ, comme aussi à Atchin, à Carwar et aux autres ports.
Donnez votre aide complète à vos traitants et à vos facteurs, aussi bien à terre qu'à bord, particulièrement à Jervas Davies, et mettez vos marins et vos embarcations à leur disposition pour toute besogne qu'ils jugeraient utile.
Au cas où les facteurs achèteraient à Atchin ou ailleurs une ou plusieurs jonques pour naviguer de conserve avec vous, mettez à bord de chacune d'elles quatre de vos matelots, que vous remplacerez par des noirs ou par des gens du pays que vous embaucherez à leur place.
Notez que la commission que je vous octroie n'a de valeur que tant que vous vous comporterez en homme honnête, prudent et sobre, ce dont, du reste, nous ne doutons pas ; votre administration sera contrôlée à Atchin par le chef de la factorerie, à la disposition de qui vous vous mettrez.
Priant Dieu de vous être miséricordieux et de bénir et de faire prospérer vos opérations, nous restons vos amis affectionnés. Fait à la baie de Saint-Augustin, le novembre
1645 (voir aussi plus loin pp. 48i-485).
12° Conseil tenu a terre en l'établissement de Madagascar, LE 17 DÉCEMBRE 1645. — Le dimanche 14 de ce mois [le U décembre 1645], le vent soufflant du N.-N-O., il a plu à Dieu de déchaîner une violente tempête dans la baie de Saint- Augustin où étaient à l'ancre l'excellent navire le Friendship, commandé par James Moorecocke, et la Rebecca qui venaient d'An^'^leterre de conserve, ainsi que le Thomas and John, commandé par William Far, qui était arrivé ce matin-là même de l'Inde. Ces trois navires ont chassé sur leurs ancres et ont été pendant cette tempête en danger de sombrer, et le
Le 2, nous sommes arrivés à la ville de Metorees [Mahaloro?*] qui est à 20 lieues au nord de la baie de Saint-Augustin. Les indigènes manifestèrent une grande joie en nous voyant arriver et nous souhaitèrent la bienvenue; ils nous dirent que Dian Brindah [Andriambarandy?], qu'ils appelaient « Captain King » [le capitaine roi], ne pourrait pas venir nous voir ce soir même, mais qu'il allait toutefois nous envoyer un bœuf, ce qui eut lieu en effet, et qu'il viendrait le lendemain de bonrfe heure, ce qui nous arrangeait parfaitement, car nous avions l'intention de nous saisir de lui et de ses enfants, afin de nous faire rendre les cinquante bœufs qu'il nous avait précédemment promis en récompense du service que, à la fin du mois de mai dernier, nous lui avions rendu contre son ennemi Ragiment [Uasoamanana?], et aussi pour nous venger de toutes les déprédations que ses sujets avaient commises à notre égard et des nombreux vols de bétail qu'ils avaient faits à notre préjudice ainsi que des affronts que nous avions reçus d'eux à diverses reprises.
Le roi arriva vers les 8 heures du matin. M. Reade lui servit du vin, puis de l'eau-de-vie, boissons qui furent les bienvenues et dont il se donna à cœur joie; quant à moi, je me tins à l'écart. Quand le roi eut bu tout son soûl, la marée étant haute et toutes choses se trouvant à point suivant nos désirs, je fis prendre les armes à nos hommes et j'ordonnai à mon lieutenant Samuel Levett de se tenir sur la plage avec eux prêt à obéir à mes ordres. Dès que nos embarcations furent à flot, je me dirigeai vers le lieu où dormait Brindah [Barandy] ; me dissimulant au milieu de la compagnie qui avançait sous les ordres de mon lieutenant, au moment voulu, je criai le mot d'ordre : « King Charles ! » le roi et trois de ses fils furent aussitôt appréhendés
1. Il est probable qu'il s'agit de la ville située à l'embouchure du Manombo, et que Mabatoro était le nom du chef.
navire, conformément à vos ordres. Nous prions pour leur heureux succès et nous souhaitons que i*aflaire ait une base plus solide que nous ne le croyons.
Quant au Friendship, nous l'avons gardé ici pour les raisons suivantes : d'abord, Thomas Lamberton dit que, s'il était en ce moment à Atchin, il ne pourrait en repartir pour une autre destination que vers le mois de juin prochain ; qu'il serait donc obligé d'y rester sans rien faire, tout en ayant de gros frais à supporter; en outre, ce serait un déshonneur et un discrédit pour notre Compagnie que deux navires arrivassent dans ce port et y séjournassent trois ou quatre mois avec peu ou point de marchandises dans Tattente d'un emploi aussi incertain. D'autre part, il était avantageux pour nous de l'utiliser pour explorer la côte nord-ouest de Madagascar jusqu'au Cap d'Ambre et tâcher d'y acheter des esclaves et des vivres pour toute une année; car, s'il lui fallait s'approvisionner à Atchin, son stock de marchandises en serait considérablement diminué. C'est, du reste, le meilleur moyen de nous assurer de ce qu'on peut trouver dans cette île et de savoir quel est le résultat qu'a obtenu le James à Assada [baie d'Ampasindava] et à Messelage [baie de Boina]. Si Dieu le permet, j'ai l'intention de faire moi-même ce voyage, car je suis résolu à ne plus me fîer aux yeux ni à la langue d'autrui; j'ai été trop souvent trompé. La tâche sera pénible, mais j'y consacrerai assez de temps et j'y risquerai, s'il le faut, ma vie plutôt que de continuer à vivre dans la misérable prison qu'est le lieu où nous résidons et qu'il m'est impossible de qualifier autrement. Notre départ doit avoir lieu dans six jours. Que Dieu dans sa miséricorde favorise notre voyage!
Le navire le Thomas and John est arrivé ici le 14 de ce mois; il a jeté l'ancre vers huit heures du matin, et presque aussitôt il s'est élevé une si furieuse tempête qu'il lui a été impossible
CONCERNANT MADAGASCAR kTl
à abandonner toute opération à Saint-Augustin, où il ne faut pas, du reste, penser à trouver de mines, car il a parcouru le pays dans tous les sens jusqu'à 100 milles et il n'a rien découvert, pas même une mine de fer. Partout où nous avons vu des indigènes avec quelque objet en métal, lorsque nous leur avons demandé d'où ils le tiraient, ils nous ont toujours répondu : Lavick [Lavitra], c'est-à-dire de loin! Ce sont les seuls renseignements que nous avons pu tirer d'eux sous ce rapport.
Le fait que nos lettres envoyées des Canaries ne vous sont pas parvenues, nous a causé un tort considérable. Nous y donnions des détails sur tout ce qui s'était passé jusque-là. Nous vous en avons envoyé des duplicata par M. Lawrence Browning, ainsi que des copies [des lettres écrites] du Cap. Je ne doute pas que quelques-unes vous soient arrivées, et je prie Dieu que vous ne me croyiez pas de mauvaise foi, car mes intentions sont droites et, comme je l'ai toujours proclamé, je n'hésiterai pas, s'il est nécessaire, à risquer ma vie à votre service; aussi ne voudrais-je pas recevoir de reproches.
Ayez la bonté de prendre connaissance de la lettre de M. Billidge ci-incluse, qui est datée de Goa; je l'ai reçue des mains de M. John Dorrill qui vous portera la présente. A ce sujet, permettez-moi de vous exprimer mon étonnement que le capitaine Bond * soit désigné comme le chef de la colonie résidant ici et qu'il n*y soit pas fait la moindre mention de moi. C'est M. Hogg, de Mozambique, qui, volontairement ou non, est la cause de cette erreur; comme je vous l'ai signalé, ce généreux gentleman ne se conforme pas à vos ordres et, de sa propre autorité, il se lance, pour l'honneur de l'Angleterre, dit-il, dans
1. I.e capitaine Bond a eu, en effet, des leltres-palenles pour coloniser l'île de Madagascar, mais il n'a pas mis son projet à exécution (voirie t. III de la ColL Omit. anc. concernant Madagascar, p. 43, 44-45, 46 et 73-74).
Telle est la déplorable situation dans laquelle nous sommes, «yant perdu la plupart de nos meilleurs hommes, comme le montre la liste que je vous envoie, et n*ayant à manger que de la viande de bœuf maigre, sans pain ni farine, et à boire que de Teau minérale, excepté depuis le premier de ce mois. Car, comme nous sommes en pleine saison des pluies, j*ai alloué à chaque homme une demi-pinte de c sacke by » [de vin des Canaries?], prélevé sur les deux pipes que les deux navires nous ont données pour la consommation de rétablissement. G*est une légère amélioration dans notre régime, qui durera ce que cela pourra.
Si, après ce que je viens de dire, Monsieur, connaissant notre triste situation, vous ne nous envoyez pas de renfort en hommes, car, quant aux femmes, nous n'en avons que trop, il faut vous attendre h ce que cet établissement soit avant peu réduit à néant, car, en ce moment, nous ne pouvons pas mettre sur pied trente hommes, tous les autres étant dangereusement malades de la fièvre ou de la dysenterie, et nous n'avons rien pour les guérir. La botte de médicaments que j'ai apportée est depuis longtemps épuisée et, du reste, comme je vous l'ai déjà écrit, il n'y avait dedans rien qui fût propre à guérir ces maladies. Envoyez aussi avec les médicaments quelqu'un qui soit capable de s'en servir.
L'arrivée inattendue du Thomas and John et son prompt départ» d'autant que, à cause de la tempête, nous avons été tout un jour sans savoir quel navire c'était, sont cause que je ne vous envoie pas la copie de mon journal depuis le départ du capitaine Blackman; je crois néanmoins convenable de vous envoyer une copie de notre livre de comptes, afin que vous puissiez voir ce que nous avons dépensé et ce qui nous reste.
Si, au lieu de Tétain que nous ont apporté les derniers
latitude. Les hommes ont mis à Teau leur grande chaloupe et sont arrivés sains et saufs à Madagascar avec leur cargaison en or. Ils ont séjourné à Saint-Augustin jusqu'au mois de mai et sont partis sur [le navire de] M. Bowen qui allait à Masulipatam, emportant leur or. Quand ils sont arrivés dans ce port, où ils pensaient trouver un navire pour Atchin, la Compagnie des Indes Orientales a saisi cet or et leur a donné des traites sur TAngleterrc pour rembourser M. Courteen au taux de 5 p. le dollar. C'est très croyable, car elle a fait beaucoup d'actes semblables. C'est le capitaine Blackman qui nous a apporté ces nouvelles de l'Inde.
Pendant qu'il était ici à Saint-Augustin, M. Cockcs, le commandant du petit William, a penlu dix de ses hommes; à son départ, il n'a laissé aucun écrit relatant cr qui s'était passé; mais, par une lettre que M. Bowen a remise à des noirs pour la délivrer au capitaine de quelqu'un des navires de M. Courteen qui viendrait à passer, nous avons su que, si le bateau était arrivé sain et sauf, vous auriez eu une riche cargaison. Il a plu à Dieu qu'il en fût autrement; il faut nous soumettre à sa volonté avec résignation.
Vous désirez sans doute avoir des détails sur l'emploi des navires le Sun et le James qui sont venus avec moi en compagnie du Hester, Il serait ennuyeux de vous raconter tous les événements qui se sont passés et les étranges chimères que certaines personnes se sont mises en tète en Angleterre; je laisse le soin de vous faire ce récit au porteur de la présente, M. Thomas Clarke, qui est à môme de le faire en détail. Ces deux navires sont partis d'ici, l'un pour la côte de l'Inde, l'autre, le James, pour la Perse, avec une petite cargaison, allant chercher fortune.
Le 13 octobre dernier, sont arrivés ici le navire le Friendship,
honnête et zélé pour le service de ses armateurs. Je vous laisse
le soin de Tannuler ou de la ratifier selon ce que vous jugerez
convenable. Cet homme, qui est d'un caractère présomptueux,
sera ainsi obligé de veiller sur sa conduite. Je vous conseille
de tenir tous ces gens-là à distance et de ne pas les laisser
devenir trop familiers; c'est la meilleure manière d'être respecté et obéi, autrement ils deviendront vite insupportables et
insolents. Comme vous connaissez leur caractère, il n'est pas
besoin, je crois, que je vous en dise davantage (voir pp. 465-468).
Vous serez peut-être étonné que j'aie gardé ici le navire le Friendship et que je ne l'expédie pas en compagnie de ce navire-ci. Mes raisons sont, je crois, péremptoires et d'accord avec nos intérêts et les vôtres.
En effet, Thomas Lamberton m'a affirmé par écrit que, s'il était en ce moment à Atchin, il serait obligé d'y rester sans rien faire jusqu'en juin, tout en ayant de grands frais à supporter; dans ce cas, je ne pouvais mieux faire que de le garder pour explorer sous ma direction toute la côte nord-ouest de cette île, car le pays autour de la baie de Saint-Augustin ne se prête en aucune manière à l'établissement d'une colonie, ne produisant rien de ce qui est nécessaire à la subsistance de l'homme ou du bétail.
J'emporterai tout l'argent que nous avons ici afin d'acheter à Assada [baie d'Ampasindava] ou à Messelage [baie de Boina] une quarantaine d'esclaves pour Atchin et d'y faire des provisions au moins pour une année. En agissant ainsi, je ne ferai du reste que me conformer aux ordres do M. Courteen qui nous a recommandé d'explorer Madagascar. J'ai déjà envoyé le Sun sur la côte est, où les Français sont établis à Sainte-Luce, à Mattatana [Matitanana] et à l'île de Sainte-Marie, et les Hollandais à Antongil ; or, si ceux-ci venaient sur la côte nord-
Vous recevrez sans doute de M. Goubard une longue liste des objets que, suivant lui, on peut trouver à Saint-Augustin et vous expédier par ces navires. Je vous préviens de ne compter sur aucun, car ils n'existent pas ici, comme pourra vous le dire le porteur de cette lettre [Thomas Clarke], à moins cependant que nous ne trouvions dans le nord quelque produit intéressant à Assada [baie d'Ampasindava] et à Messelage [baie de Boina], ce qu'il faut espérer.
Veuillez, je vous prie, accueillir M. Thomas Clarke avec une grande bienveillance. Il a été autrefois agent de la Compagnie sur la côte de Coromandel, et, ici, il était comptable. Il nous quitte par ordre de M. Courleen pour être employé soit à la baie du Bengale, où il a déjà séjourné du reste, soit dans un autre poste, comme vous le jugerez à propos. Il me manquera beaucoup, mais le désir d'agir au mieux des intérêts de M. Courteen, de vos besoins et de ses propres préférences m'ont décidé à me séparer de lui.
Hier, est arrivé de l'Inde le Thomas and John avec une pleine cargaison; M. Jérémie Honeychurch, que le capitaine Blackman a laissé derrière lui pour charger ce navire qu'il avait affrété, est à bord pour retourner en Angleterre. Au moment où il venait de jeter l'ancre, il s'est élevé une grande tempête qui a duré jusqu'à une heure ce matin; je crois que, sans cela, la Rebecca aurait mis à la voile aujourd'hui. Le Fiuendship, que commande M. Moorecocke, a perdu deux ancres; il ne lui en reste plus qu'une. Jamais, depuis que nous sommes à Saint- Augustin, nous n'avons eu un aussi mauvais temps; j'espère qu'à l'avenir nous serons plus favorisés.
Je suis très fâché que ce lieu soit, comme peut en témoigner M. Clarke, tout à fait stérile et ne produise rien que je puisse vous envoyer en cadeau, mais je ne manquerai pas de vous
ship mettra à la voile au premier vent favorable pour se rendre à Assada [Baie d'Ampasindava], etc. Nous prions Dieu de faire que ce voyage soit prospère. Signé : John Smart, gouverneur, Humphr. Morse, Samuel Levett, Abraham Reade, Powle Waldegrave, John Stocke, Daniell Wheatlye.
16^ Conseil tenu a terre en l'établissement de Madagascar, LE 6 JANVIER 1646*. — Etant donné que votre gouverneur, le capitaine John Smart, vient de partir pour aller explorer la côte nord-ouest de cette île, à bord du navire le Friendship que commande M. James Moorecocke, étant donnée, d'autre part, la petite quantité de bétail que nous avons avec nous, nous jugeons utile et urgent de retirer le plus tôt possible des mains des indigènes le grand troupeau dont nous leur avons confié la garde. Dans ce but, nous avons envoyé mardi dernier, c'est-à-dire le 30 décembre 1645, John Stocke et John North avec un de nos noirs auprès de Andrean Peallah [^Andriampela^] à Virrinyooke [Voronioka '] pour aller chenher notre bétail et en môme temps pour en acheter d'autre afin de faire de la salaison; dans ce but, ils ont emporté des marchandises.
Le vendredi 2 janvier, notre noir est arrivé avec 27 tètes de bétail, petit et gros, ayant laissé Stocke et John North, ce dernier gravement malade, venant derrière lui. Inquiets de n'avoir aucune nouvelle de nos deux camarades, nous avons donné l'ordre à M. Reade de partir avec six mousquetaires pour Vir-
1. Le manuscrit porte 1645, mais c'est évidemment une erreur.
2. Voir dans le t. Il de cette ColL Oiivr. anc. concernant Madag., p. 434, et dans le t. Ill, pp. 5, 9, 15, 55, 59, 8i et 88-89.
3. Voronioka est le nom d'une grande famille d'Antifiherenana ou habitants do la province de Saint-Augustin, et non pas le nom d'une ville. D'après ce passage, il semblerait qu'Andriampela n'appartenait pas à la famille royale des Andraivola (?),mais à celle des Voronioka, simples chefs de la cùte.
verneur, nous n'avons pas perdu moins de dix-sept, de sorte qu'il nous est impossible de quitter notre établissement, qui est dans une situation très misérable et pour ainsi dire désespérée, et d'aller en d'autres lieux; considérant en outre que nous nous sommes mis le mieux que nous avons pu en sûreté dans un fort et que quelques-uns de nos hommes, ce dont Dieu soit loué! ont assez bien recouvré leur santé; considérant encore que notre bétail est presque entièrement épuisé, car nous n'avons plus en ce moment que cinq misérables vaches, et que nous n'avons aucune certitude de voir revenir à bref délai notre gouverneur ou arriver quelque navire qui puisse nous venir en aide :
Nous avons jugé bon d'expédier Abraham Reade avec une troupe d'hommes à Vernuke [Voronioka] pour demander à Deane Pela [Andriampela] de nous restituer le reste de notre bétail. Au cas où il entrerait en pourparlers avec les indigènes, il a pour instruction d'agir avec douceur à leur égard et de s'abstenir pour le momonl, jusqu'au retour de notre gouverneur, de nous venger des nombreuses injures que nous avons reçues d'eux, mais, si Dean Pela [Andriampela] refuse de lui remettre notre bétail et lui résiste, de se défendre et de prendre tous les moyens possibles pour s'emparer de tout le bétail qu'il rencontrera. Signé : Samuel Levett, Abraham Reade, Henry Barrett, Daniell Wheatlye.
18® Conseil TENU a terre en l'étarlissement de Madagascar, le 14 3LVRS i6i6 '. — Considérant que le voyage de découverte dans le nord de Madagascar, qui a été commencé le 28 décembre dernier sous la protection de la divine Providence avec l'excellent navire le Friendship que commande M. James Moorecocke, n'a