‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 22 sur 102 · Voir t. II de la Coll. Omit. anc. Madagascar, p · texte numérisé non relu

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ordre fut enjoint au gouverneur de l'honorable Compagnie des Indes, Sir Maurice Abbot, à Sir Henry Garway et à d'autres membres du Comité de lui donner, lorsqu'il serait dans l'Océan Indien, tout leur concours et tout leur appui pour qu'il pût mener i bien son projet; j'étais présent lorsque le Conseil des Ministres émit cet ordre et donna les instructions correspondantes aux membres de la Compagnie des Indes Orientales. Mais, le prince Rupert s'étant sur ces entrefaites rendu en France et en Allemagne où l'appelaient d'importantes affaires, on jugea opportun de décider que le comte d'Arundel, comte maréchal d'Angleterre, se rendrait à sa place comme gouverneur à Madagascar, qui est le pays le meilleur du monde pour rétablissement d'un entrepôt commercial.

Le noble comte a écrit à ce sujet l un livre et il était si bien résolu et prêt à partir qu'il a recruté plusieurs marins ayant l'expérience des pays d'Orient et de Madagascar, auxquels il a donné une solde hebdomadaire; des affiches imprimées, annonçant son projet, ont été collées sur les piliers de la Bourse royale ainsi que dans diverses parties de la Cité; mais la réunion du Parlement a empêché la réalisation de ce dessein.

Chap. XVII. — L'artillerie, les armes à feu et l'imprimerie

ÉTAIENT EN USAGE EN CHINE BIEN AVANT QUE LES CHRÉTIENS LKS CON- NUSSENT. — Il faut s'adresser à Dieu pour réussir dans la colonisation de Madagascar comme du reste pour toute entreprise ici-bas. — Il y a des événements, fâcheux à deux points de vue différents, qui frappent notre nation. D'une part, le revenu des douanes en Angleterre subit une très grande perte, perte qui atteint certainement plusieurs milliers de livres sterling par an, du fait de la privation de tous les droits que le commerce avec les

1. Malgré tous nos recherches, il nous a été impossible de trouver trace de ce livre. Voir t. II de la Coll. Omit. anc. Madag., p. 462463.

Indes Orientales aurait produits et de l'augmentation du trafic qui en serait résulté si la Compagnie des Indes Orientales avait obtenu réparation des dommages que lui ont causés les Hollandais. D'autre part, comme les Hollandais pèchent sur nos côtes, nous perdons ce qu'ils y gagnent; car il en résulte pour eux une notable augmentation du nombre de leurs navires et de leurs marins et une plus grande extension de leur commerce, qui les enrichit à notre détriment.

Les Indiens n'ont pas si grand tort de se glorifier de leur intelligence et de considérer le reste du monde comme aveugle par rapport à eux; ils appellent les Européens « les gens à un œil ». Dans son histoire des Indes, Maffei remarque en effet que, dans leur orgueil sans bornes, ils attribuent aux Chinois deux yeux et aux Européens un seul et qu'ils disent que le reste du monde est aveugle. Je les trouve perspicaces, car, quoiqu'ils soient placés aux antipodes des chrétiens et qu'ils soient aussi éloignés que possible de l'Europe, ils trouvent cependant le moyen de jeter des regards indiscrets dans les mines et les trésors du monde chrétien.

Les Chinois sont le peuple le plus remarquable du monde. Ils faisaient usage de l'imprimerie, de la poudre et de l'artillerie cinq cents ans avant qu'aucun chrétien les connût, et ils possèdent l'Ancien Testament; je les ai, en effet, vus dans l'Inde jouer des pièces de comédie qui en sont certainement tirées. Leurs livres font remonter la création du monde à six mille ans avant la date qu'indiquent les nôtres et ceux des autres nations. Ce que j'avance est absolument vrai. Aussi est-il grand temps que le Parlement s'occupe de notre commerce qui est si mal organisé, car sa décadence est grande et il en résulte une perte considérable pour notre nation '.

1. Ce chapitre est écrit d'après les renseignements fournis par M. Lloyd.

Pour en finir avec cet écrit qui est lourd et mal composé, mais véridîque, veuillez, Lecteurs, au cas où il plairait à Dieu, dans sa miséricorde et sa bonté, d'accorder à notre nation par ces temps de troubles la très grande grâce de nous permettre d'établir une colonie à Madagascar, et, au cas où ce mémoire déciderait de bons chrétiens à y aller chercher un refuge pour leurs personnes et des ressources pour leur existence, ainsi que la liberté de bien servir Dieu suivant les préceptes de l'Évangile, veuillez, dis-je, accepter le bon conseil que Moïse donnait aux enfants d'Israël : c Lorsque vous aurez mangé et que vous serez rassasiés, vous bénirez le Seigneur votre Dieu à cause du beau pays qu'il tous aura donné »; et dans la dernière partie du chapitre vm du Deutéronome, il est dit : c Gardez-vous de dire dans votre cœur : c'est à ma puissance et à la force de ma main que je dois l'abondance dans laquelle je suis ». Ces bons conseils sont en harmonie avec ceux que le fameux Du Bartas a donnés en français et qu'a traduits le digne Josuah Silvester :

Ne va disant : « Ma main a faict cet œuvre, Ou ma vertu ce bel œuvre a parfaict » ; Mais dis ainsi : « Dieu par moy l'œuvre a faict, Dieu est l'autheur du peu de bien que j'oeuvre ».

(A brief Discovery or Description of the mort famo'us island of Madagascar or Saint-Lawrence, in Asia, near unto the East- Indies and proposai for an english plantation there, by Richard Boothby, rnerchant, 1644, Londres, in- 4°, 1616, et Harleian Collection ofTravels9t. II, 1745, pp. 625-663). — Powle Waldegrave a publié en 1649 en réponse à ce factum de Boothby un pamphlet où il réfute ses attaques contre la Compagnie des Indes et ses assertions sur la fertilité incomparable et la grande richesse de Madagascar, pamphlet dont nous publions la traduction pp. 221-258.

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