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Lilt. : Le chef qui a une belle prestance

2. Les Français, comme nous Pavons déjà dit dans la note 2 de la page 201 ,

chef était en ce moment même prisonnier à Tolongaer [Taolankarana] et qu'on avait transporté les treize principaux meneurs à l'île Mascareigne [Ile Bourbon], mais que les Malgaches continuaient à les assiéger. Quant au Saint-Laurent, il était parti, et leurs deux chaloupes avaient été submergées pendant une violente tempête.

Un Malgache de la baie de Sainte-Luce [Manafiafy] affirma que les Anglais avaient abandonné la baie de Saint-Augustin, ce qui fut confirmé par les officiers du Sun, qui vint à Maurice pendant l'absence de Yan der Meersch et qui avait à son bord trois femmes et un ministre ayant fait partie de cette colonie; la plupart des colons avaient été tués, et le reste avait été emmené à Radjapour [dans l'Inde].

Van der Meersch essaya de saler de la viande, mais, comme les Français avaient ravagé toute cette région, il ne put se procurer des bœufs en nombre suffisant, et il s'en retourna à Maurice, d'où il renvoya, au commencement d'octobre, le Zeemeuw à Batavia, jugeant qu'il ne lui était plus nécessaire d'avoir un yacht à son service, puisque les Anglais avaient quitté Madagascar et que la colonie française « agonisait » et que, d'autre part, les opérations commerciales faites à Antongil n'avaient pas produit de bénéfice * (Lettres du gouverneur de Maurice et

se révoltèrent en 1646 contre Pronis qu'ils saisirent le 15 février et tinrent aux fers jusqu'au 26 juillet, jusqu'à l'arrivée du Strint-Laurent. On fit alors la paix, mais il y eut une nouvelle mutinerie trois mois après (voir Fiacourt, Histoire de Madagascar, 1658, pp. 203-209).

1. Depuis 1647, les gouverneurs de Maurice n'ont plus été autorisés à faire de voyages à Madagascar. En 1655, Maximilien de Jongh, le cinquième gouverneur de cette ile, construisit un bateau avec l'espérance qu'on l'y laisserait aller, mais le fondateur de la colonie du Cap, Van Riebeeck, qui se réservait ce monopole, lorsqu'il envoya la Tulp en 1655 à Madagascar pour y faire le commerce (voir plus loin, pp. 218 et 281-284, fit toucher d'abord ce navire à Maurice, afin de faire remettre à M. de Jongh une lettre où il lui faisait remarquer que le bateau qu'il avait construit ne pouvait lui

CONCERNANT MADAGASCAR 2fl

du gouverneur général des Indes hollandaises, conservées à la Haye dans les Rijks Archief, fonds Mauritius, etDrK. Heeringa, De Nederlanders op Mauritius en Madagascar, De Indische Gids, Juli 1895, p. 1026-1027).

REIMER POR, QUATRIEME GOUVERNEUR HOLLANDAIS DE L'ILE MAURICE, 01 1648 A 1653; MAXIMILIEN DE JONGH,

CINQUIÈME GOUVERNEUR DE MAURICE, de 1653 A 1654; ABRAHAM EVERTSZ, SIXIÈME GOUVERNEUR DE MAURICE,

de 1655 A 1658

Van der Meersch ayant insisté pour qu'on le relevât de ses fonctions de gouverneur, Reinier Por, sous-chef de traite, alla à Batavia solliciter sa succession. Parti à bord du Zeemeuw au commencement d'octobre 1647, il renouvela son engagement et revint avec le WiUe Paard à Maurice, où il arriva avec sa famille le 11 avril 1648, ayant obtenu sa nomination de gouverneur de Maurice. Van der Meersch resta avec lui jusqu'au 17 août pour le mettre au courant des affaires, puis, après lui avoir remis ses pouvoirs, il partit à bord de la Concordia.

De temps en temps, l'utilité de l'occupation de Maurice était

être d'aucune utilité, puisque le gouverneur général des Indes hollandaises ne lui permettrait jamais de faire le commerce avec Madagascar, et où il lui demandait de le remettre à la Tulpen même temps que le Journal et les papiers de Van der Stel relatifs à Madagascar. Si de Jongh a déféré à ces désirs, la barque et les papiers en question ont sombré avec la Tulp dans le cyclone du 2 décembre 1655. A bord, se trouvait le sous-chef de traite, Fmlerik Verburgh qui avait été Tannée précédente avec ce même navire à l'île Sainte-Marie et a la baie d'Antongil, où il avait acheté du riz, article très demandé au Cap. Van Riebeeck l'avait envoyé cette fois [en 1655] pour nouer des relations amicales avec les chefs malgaches et explorer la rôle jusqu'à la baie de Saint- Augustin ; il se réservait d'entreprendre sérieusement le commerce lorsqu'il aurait reçu de Hollande un navire de plus fort tonnage qu'il y avait demandé, mais il n'en vint point (Lettre de Van Ri'beeck à M. de Jongh du 10 août 1655, conservée aux Rijks Archief de la Hay. fonds des lettres du Cap, et George Me Gall Theal, History of South Africa. pp. 79 et 71).

mise en question par les XVII Seigneurs, qui l'auraient certainement fait évacuer s'ils n'avaient pas attaché un très grand prix à l'ébène qu'on en tirait. Ils ne cessaient de réclamer des renseignements sur la quantité qu'on en pouvait encore extraire et se plaignaient qu'ils ne fussent pas assez clairs ; c'est qu'en effet chaque gouverneur s'efforçait de diminuer les mérites de son prédécesseur et cependant, dans son intérêt, cherchait à présenter l'avenir sous les plus belles couleurs.

Reinier Por était dans cet état d'esprit et, quoiqu'il fût mécon- * tent de ne pas avoir été placé par ses chefs au même rang que ses prédécesseurs qui avaient touché 60 florins par mois, tandis qu'il ne lui en était alloué que 80, il n'en servit pas moins la Compagnie avec zèle. Il poussa activement l'exploitation du bois d'ébène et, chaque année, un navire venait de Batavia en prendre une cargaison et lui apporter du riz : en 1649, ce fut le Wtgeest, en 1650, le Wolf et, en 1651, le Zwarte Béer. Cette exploitation n'était pas cependant sans présenter des difficultés ; ses prédécesseurs avaient coupé tout le bois qu'on pouvait facilement mener au port et le transport jusqu'à la baie aux Tortues de celui qu'on exploitait aux environs du c Récif brisé », où était alors le chantier d'abatage, demandait environ deux mois \ D'autre part, on lui envoyait de Batavia, au lieu d'ouvriers vigoureux comme ceux que Yan der Stel et Yan der Meersch avaient eus à leur disposition, des malades et des condamnés qui ne travaillaient pas à son entière satisfaction ; il dut même demander qu'on le débarrassât d'un certain nombre d'Amboinais qui réclamaient à cor et à cri leur rapatriement et qu'il craignait de voir se joindre aux Malgaches marrons et mettre le feu au bois d'ébène abattu. Le Wtgeest les emmena

1. La baie aux Tortues est située à 4 milles i/2 au Nord de Port-Louis.

et ils furent remplacés par quatorze individus malingres, avec lesquels Por ne pouvait pas faire d'aussi bonne besogne que ses prédécesseurs, ni parcourir utilement les forêts, de sorte qu'il ne put faire une estimation exacte de la quantité d'ébéniers qu'il restait à exploiter.

Sur ces entrefaites, en 1650, le Wolf apporta l'ordre de réduire l'envoi d'ébène (Lettres des XVII au gouverneur général des Indes hollandaises du 29 mars et du 23 septembre 1649), car les magasins de la Compagnie en Hollande en étaient pleins ; elle recommanda donc de ne pas couper plus de 400 arbres par an, car, comme la Compagnie hollandaise des Indes était la seule à en importer, en raréfiant l'article, elle en obtiendrait un prix supérieur, et les 400 billes qu'on importerait par an feraient autant d'argent que les 800 ou même les 1 000 qu'on apportait auparavant. De cette manière, on pourrait épargner les jeunes arbres et on n'aurait pas besoin de pousser le travail au détriment de la santé des ouvriers.

Por renvoya à Batavia une partie de son personnel qui devenait dès lors inutile et il se contenta d'amener au bord de la mer les 400 billes d'ébène demandées. N'ayant plus grand'chose à faire, il organisa une grande battue avec quinze hommes pour tâcher de reprendre les esclaves marrons qui s'étaient réfugiés dans les forêts de l'intérieur de l'île. En effet un certain nombre de Malgaches amenés à Maurice par Van der Stel en 1642 s'étaient enfuis dans la brousse et, quoiqu'on en eût repris quelques-uns, il en restait encore beaucoup, qui de temps en temps volaient du bétail. Il réussit à en tuer un et à capturer quatre femmes ; ces femmes racontèrent qu'il y avait environ deux ans, à la suite dune querelle, les fugitifs s'étaient séparés en deux groupes : le groupe principal comprenait quatorze hommes, beaucoup de femmes et beaucoup d'enfants et avait semé de

pièges et de chausse-trapes les alentours de la zone où ils s'étaient établis, de sorte qu'il était presque impossible de les atteindre. Ils sortaient de leur repaire pour razzier des bœufs, et il était à craindre qu'ils ne devinssent à la longue les maîtres de File.

Reiniersz, le gouverneur général des Indes hollandaises depuis 1650, approuva la chasse faite « à cette dangereuse vermine », et il donna des instructions pour que la garnison de Maurice essayât la culture de la canne à sucre. Le Wolf en apporta quelques plants avec les indications pour les cultiver. Por s'occupa activement de cet essai, mais, en même temps, il attira de nouveau l'attention du gouverneur général sur Madagascar, pensant se donner ainsi plus d'importance, quoiqu'il souhaitât fort d'être envoyé dans un autre poste, d'autant qu'il n'avait pu depuis longtemps remplir ses devoirs religieux et que ses deux enfants n'étaient pas encore baptisés.

Le gouverneur général se montra assez disposé à donner satisfaction à Por; toutefois il eût désiré qu'auparavant il visitât les Iles voisines, malheureusement il n'y avait pas à ce moment de bateau disponible. Au printemps de 1652, la galiote le Hazewind passa â Maurice en se rendant à Ceylan et lui fournit les provi sions les plus nécessaires; mais la quantité de riz fut insuffi* santé, ce qui eut par la suite de tristes conséquences.

Il y avait à cette époque à Maurice une centaine de personnes, au nombre desquelles était une demi-douzaine de condamnés. Comme l'exploitation du bois d'ébène ne prenait plus beaucoup de temps, pour occuper son monde, Por le faisait travailler aux plantations de cannes à sucre, qui étaient magnifiques ; malheureusement une invasion de rats mit â néant toute espérance de récolte.

La chasse â l'homme réussit en partie, car si on ne prenait

pas d'esclaves mâles, on capturait assez facilement des femmes parce qu'elles ne voulaient pas abandonner leurs enfants; tous ces Malgaches marrons, dès qu'ils se sentaient poursuivis, se réfugiaient dans des cavernes où ils avaient la prévoyance de conserver des provisions de viande fumée. Ils s'entre-tuaient du reste quelquefois, lorsque, ayant perdu leur femme, ils cherchaient à enlever celles de leurs compagnons. Un jour, les Hollandais trouvèrent un enfant d'une dizaine de mois exposé en pleine forêt; Por s'éleva avec indignation contre cette horrible coutume des Malgaches de laisser ainsi de petits enfants innocents devenir la proie des bêtes féroces, et il donna l'ordre de leur tirer des coups de fusil afin de les amener à se rendre.

Pendant les derniers mois de 1652, les colons de Maurice souffrirent d'une grande misère ; il n'y avait plus de riz et ils durent aller en quête de nourriture dans les bois. Enfin, le 23 décembre, le Goa arriva avec 23 lasts [46 tonnes] de riz; ce yacht, qui avait été récemment pris aux Portugais, apportait Tordre de cesser complètement l'exploitation du bois d'ébène, d'abandonner les plantations de cannes à sucre et de se contenter de cultiver les légumes et les fruits nécessaires à l'entretien des colons. Le gouverneur général faisait dire aussi qu'il ne fallait pas garder à Maurice plus de quarante à cinquante hommes, et il donnait à Por la liberté de choisir pour son successeur soit le comptable Joost van der Woutbeek qu'il lui avait recommandé, soit le sous-chef de traite Maximilien de Jongh, venu a bord du Goa; celui qui ne serait pas désigné pour lui succéder devait partir sur le yacht avec les gens dont on n'avait plus besoin à Maurice. Le Goa avait à bord, à destination de Ceylan, un pasteur, M. Backerus, qui, pendant la relâche de trois mois que fit ce navire à Maurice, s'occupa des douze enfants non encore baptisés. Le gouverneur général annonçait du reste qu'il y

enverrait de temps en temps un ministre du culte et qu'un médecin serait dorénavant attaché à la colonie.

Reinier Por mourut le 1 janvier 1653, peu de jours après l'arrivée du Goa, sans avoir fait choix de son successeur, de sorte que Van der Woutbeek et de Jongh prirent tous deux en mains d'un commun accord l'administration de Maurice et écrivirent de concert une lettre au gouverneur général pour tâcher de le faire revenir sur l'interdiction d'exploiter à l'avenir le bois d'ébène, lui faisant remarquer que leurs gens étaient faits à ce genre de travail et qu'on pouvait abattre les gros arbres et les mettre à sécher en magasin où on les trouverait quand besoin serait; ils ajoutèrent aussi qu'un bateau leur serait très commode pour aller faire le commerce à Madagascar, où l'on pouvait acheter des esclaves pour le Cap de Bonne-Espérance.

Le Goa ayant approvisionné l'Ile Maurice pour une année, le gouverneur général des Indes hollandaises n'y envoya aucun navire en 1653, puisqu'on n'y exploitait plus d'ébène; ce fut seulement en 1654 que le Haes s'y arrêta en allant au Cap. Ce navire apporta la nouvelle de la mort de Reiniersz et une lettre de son successeur Maetsuijker qui nommait définitivement M. de Jongh seul gouverneur de Maurice etrappelaità Batavia Van der Woutbeek et qui, en réponse aux propositions qu'ils avaient faites, annonçait que les XVII Seigneurs n'étaient pas d'avis que pour le moment du moins on coupât du bois d'ébène et qu'ils voulaient qu'on portât tous les efforts vers l'agriculture et qu'on fît la chasse aux esclaves marrons même à coups de fusil \ mais qu'il y avait lieu de prendre en considération l'idée d'aller chercher à Madagascar des esclaves pour le Cap où Van Riebeeck avait

1. Les administrateurs de la Compagnie hollandaise des Indes avaient jusque-là désapprouvé l'emploi des armes a feu contre les esclaves.

fondé une colonie en 1652, vu que le climat du Sud de l'Afrique leur conviendrait probablement mieux que celui de Java {Lettres des XVII au gouverneur général des Indes hollandaises des 15 avril et 8 octobre 1654). 11 amena aussi douze malades et trois condamnés chinois.

Yan Biebeeck avait, comme nous venons de le dire, fondé, en 1652, au Cap de Bonne-Espérance un établissement qui prit de suite faveur auprès des XVII Seigneurs, de sorte que l'abandon de Maurice, dont il avait été déjà question plusieurs fois, revint à Tordre du jour. Il fut décidé qu'on n'y enverrait plus régulièrement de navires et que dorénavant le Cap serait le lieu ordinaire de déportation (Lettre des XVII au gouverneur général des Indes hollandaises du 2 novembre 1655).

Peu de temps après le départ du Haes, la galiote le Roode Vos y attachée à la colonie du Cap, vint visiter Maurice 1 et en rapporta une lettre qui fut transmise à Batavia par la PeerL

Le gouverneur général des Indes hollandaises ne trouvait pas que l'Ile Maurice fût administrée comme il convenait; il reprochait à M. de Jongh d'avoir laissé un ancien condamné et sa famille composée de seize personnes profiter des magasins de la Compagnie et d'avoir permis à des agents de la Compagnie, même i quelques officiers, d'exercer diverses professions, notamment de tenir des cabarets, où ils s'enrichissaient au détriment des colons libres; il recommandait aussi de prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'on ne volât pas d'ambre gris. De Jongh crut bien faire, pour empêcher ces vols, d'interdire la chasse sur le rivage, mais cette mesure fut désapprouvée et il dut la rapporter. Il reçut l'ordre de ne pas conserver, en outre des colons libres et des condamnés, plus de 30 hommes et de

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