‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 90 sur 102 · LE PIRATE CORNÉLIUS À MADAGASCAR · texte numérisé non relu

LE PIRATE CORNÉLIUS À MADAGASCAR

Après avoir fait de nombreuses prises au long de la côte occidentale d'Afrique, le pirate irlandais Cornélius doubla à bord du Morning Star le Cap de Bonne-Espérance, auprès duquel il se croisa avec le Lizard et deux autres navires de guerre sous les ordres du commodore Littleton; il voulait leur donner la chasse, ses hommes s'y refusèrent sous le prétexte qu'ils n'étaient pas en nombre, n'étant en tout que soixante-dix, et que c'étaient probablement des navires de guerre. Il continua donc sa route vers Madagascar et, entrant dans la baie de Methelage [baie de Bombétoke] qui est sur la côte occidentale, il mouilla devant le petit village indigène de Pombotoque [Ampombitokana (Bombétoke)].

Le quartier-maître descendit à terre, où il trouva plusieurs Malgaches qui parlaient anglais. Quand le chef de la ville, qui était noir, sut que les pirates venaient trafiquer et acheter des provisions, il leur envoya deux bœufs à bord et il fit conduire le quartier-maître chez le roi qui demeurait à une vingtaine de milles de la mer. Les matelots du canot, en voyant venir à eux une troupe de Malgaches sans le quartier-maître, eurent tout d'abord peur qu'il ne lui fût arrivé malheur, mais leurs craintes se dissipèrent lorsqu'ils virent les deux bœufs

qu'on leur amenait et qu'ils surent qu'il avait été faire visite au roi du pays et qu'il serait de retour le lendemain.

Le roi, à qui le quartier-maître remit une espingole, un fusil et une paire de pistolets comme cadeaux, lui ayant demandé où allait son navire et ayant appris qu'il cherchait fortune, lui dit : « Je ne vous demande rien à vous autres blancs que je considère comme mes parents, car ce sont les blancs qui m'ont aidé à conquérir ce pays, et tout le bétail qu'il renferme est à leur disposition. Je vous enverrai une grande quantité de provisions et, quand elles seront épuisées, je vous en renverrai d'autres ». Il envoya en effet à la côte un troupeau de mille bœufs, disant aux pirates de prendre ceux qu'ils voudraient; ils en choisirent une centaine bien gras, qu'ils salèrent.

Voici en quelques mots l'histoire de ce roi qui s'appelle Andian Chimenatto [Andriantsimanatona] ' et qui est le second fils d' Andian Lifouchy [Andriandahifotsy], le roi du pays compris entre Methelage [Bombétoke] et la baie de Saint-Augustin ; son frère aîné est Timanangarivo [Tsimanongarivo] \ A la mort de son père Andian Lifouchy [Andriandahifotsy], Chimenatto [Tsimanatona] tâcha, avec l'aide de son jeune frère et d'un grand nombre de Sakalava, d'arracher le pouvoir à son frère aîné Timanangarivo [Tsimanongarivo], mais il fut vaincu et obligé de fuir; toutefois, il ne cessa de le harceler et de lui faire subir des pertes qui l'affaiblirent. Puis, il alla dans le Nord, où il fit sans grand succès la guerre à Andian Methelage 3, et il

1. Le nom posthume de ce roi est Andriamandisoarivo (le Seigneur qui disperse mille personnes).

2. Le nom posthume de Tsimanongarivo (celui que mille personnes ne peuvent atteindre), qui a succédé dans l'Ouest à son père Andriandahifotsy (le Seigneur blanc) ou Andrianihanininarivo (le seigneur regretté par mille personnes), est Andriamanetriarivo (le Seigneur qui dompte, qui soumet mille personnes).

3. Andian Methelage signifie le seigneur de Methelage [de Bombétoke].

s'établit sur un cap, au bord de la mer, où les Tyloutes [Antalaotra], c'est-à-dire les habitants de la côte qui sont des descendants d'Arabes, et les Vaujimbos [Vazimba], qu'on regarde comme la dernière caste de toute l'île, lui causèrent toutes sortes de vexations et l'entretinrent en de perpétuelles alarmes.

Sur ces entrefaites, deux navires, qui appartenaient à Frédéric Phillips de New-York et qui venaient à Madagascar chercher des esclaves, passèrent en vue du cap où était établi Chimenatto [Tsimanatona] ; ils venaient de Youngowl [Ony olika? * (bouche du Morondava dans la baie de Lovobé)], où les capitaines avaient compté prendre leur cargaison, mais, ayant appris que le vieux roi Andian Lifouchy [Andriandahifotsy], qui était un grand ami des blancs, était mort et que son fils aîné et successeur Timanangarivo [Tsimanongarivo] avait massacré l'équipage d'un brigantin parce qu'il l'avait soupçonné d'avoir empoisonné son père qui y avait bu tant d'eau-de-vie qu'il en était mort, ils n'avaient pas voulu s'y arrêter et étaient partis en quête d'un meilleur lieu pour faire la traite. Chimenatto [Tsimanatona], les ayant aperçus, alluma un grand feu qui attira leur attention et qui fut cause qu'ils envoyèrent à terre quelques matelots dans un canot ; le roi leur fit un excellent accueil et invita les navires à entrer dans la baie, faisant toutes sortes de promesses. Les capitaines lui ayant demandé s'il avait des esclaves à leur vendre, il répondit qu'il n'en avait pas beaucoup, mais que, s'ils lui donnaient quelques-uns de leurs gens pour l'accompagner à la guerre, il leur en fournirait autant que leurs navires pourraient en prendre. Ils lui dirent alors que, son frère Timanangarivo [Tsimanongarivo] ayant fait tuer plusieurs de leurs compatriotes, ils n'osaient se fier à lui, mais il se défendit d'avoir

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