‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 5)Chapitre 104 sur 108 · Il y a en réalité un pou plus de trois lieues marines · texte numérisé non relu

Il y a en réalité un pou plus de trois lieues marines

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et que, pour y atterrir sans danger, il suffit de faire attention à ce que l'on voit. Les points de repère, en cet endroit, se réduisent à une chaîne de collines qui paraît blanche le matin et rougeâtre le soir; cette chaîne se détache très nettement sur l'horizon et s'étend au loin; elle est d'ailleurs la seule de tout le pays, et elle est placée sur un plateau assez élevé, à l'Ouest et auprès de l'embouchure du fleuve.

De Mazalagem le Vieux [baie de Mahajamba] jusqu'au Nouveau Mazalagem, que les naturels appellent Béni ou Bueni [Boinal, la côte a une direction Ouest-Sud-Ouest [en réalité Sud-Ouest] ; elle n'est échancrée par aucune baie ni par l'embouchure d'aucun fleuve important et elle ne présente aucun danger; elle est basse et la plage est belle et de sable blanc. Cinq à six lieues avant d'arriver à Bueni [Boina], on trouve le fleuve Managâra [Mananara ou le Betsiboka actuel] qui a peu d'eau, mais dont les eaux sont douces dans l'intérieur des terres. J'ai entendu dire que, près de la côte et vis-à-vis de ce fleuve [baie], il y a des hauts-fonds ou bancs de sable sur lesquels il y a peu d'eau et qui s'étendent loin au large; à trois lieues de terre, il n'y a que de 7 à 10 brasses.

Bueni [Boina], qui est le port le plus fréquenté par nos navires, est situé un peu au delà du 16" degré de latitude [en réalité par 15° 49']. On le reconnaît très facilement grâce à une petite île triangulaire, nommée Macàmbe [Makamby], qui est élevée, très escarpée dans sa jiartie sud et remarquable par sa couleur rouge; elle est environ à une lieue de la côte à laquelle la relie un grand banc. Le seul repère qu'on ait pour entrer dans cette baie est une touffe épaisse d'arbres qui se trouve sur un îlot situé à son entrée même du côté Ouest [Nosy Antseranandava]. A partir de cet îlot, commence un autre bas-fond , étendu, très dangereux, qui s'étend vers le Nord-Est pendant plus

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•l'une demi-lieue. 11 faut être très prudent en cet endroit; ceux qui viennent de l'Est doivent serrer ce côté le plus possible, c'està-dire autant que le tirant d'eau le leur permettra; quant à ceux qui viennent de l'Ouest, ils doivent atterrir au moins à une lieue à l'Est de l'île Macàmbe [Makamby], puis se diriger vers le Sud- Est et le Sud-Sud-Est en appuyant du côté Est autant que le leur permettra le brassiage. En longeant la côte Est, on n'a }»as à craindre le bas-fond, qui est fort étendu et que recouvrent deux brasses d'eau environ à marée basse, et trois ou quatre à marée haute.

Pour savoir si l'on a atteint le bas-fond, il suffit de regarder dans l'Ouest, et, si l'on aperçoit une colline assez longue, formant promontoire, qu'on appelle Tanzo [Tanjona] et qui est à six ou sept lieues [cinq lieues en réalité] de l'île Macàmbe [Makamby], c'est qu'on est par le travers de son extrémité Nord; si cette colline est cachée, c'est qu'on est par le travers du milieu du banc, et alors on voit nettement l'entrée de la baie et en même temps la petite île habitée, ainsi que les grands arbres qui la couvrent et qui se trouvent au Sud-Sud-Ouest. Dès lors, on peut suivre le milieu de l'entrée, où il y a dix brasses d'eau, ou bien longer l'îlot aux grands arbres, tout le long duquel il y a un chenal avec six brasses d'eau et fond de sable; ce dernier passage est le meilleur à suivre, car on évite ainsi un rocher qui se trouve près du côté Est et que l'eau recouvre toujours. Dès qu'on arrive à ces îlots, on voit un bois de |)alétuviers, et de là on découvre toute la baie qui a une forme ovale. On peut mouiller en cet endroit, où, en allant un peu vers le Sud-Ouest, on trouve des fonds de (juaire brasses, à une bonne [>ortée de mousquet de ce bois de palétuviers dont je viens de parler; les eaux y sont peu limpides et on n'y a ]»as une grande sécurité. C'est derrière le récif, qui s'étend à

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l'Est de l'îlot habité, qu'on trouve un excellent npouillage, très sur; il est au S. ou au S. 1/4 S.E.; en mettant le cap sur ce mouillage, on suit un chenal profond de dix brasses, tout le long d'un récif escarpé. Après avoir doublé ce danger, on entre dans un autre chenal qui sépare ce récif de la côte et qui n'a que des fonds de 4 et de 3 brasses, avec sol de vase, mais où l'on est complètement à l'abri des vents; du côté de l'Est, le chenal en question a toujours des eaux claires avec des fonds de 5 à 6 brasses; dans le reste de la baie, il n'y a pas de grands fonds. Dans ce port, les marées, trois jours avant et trois jours après la nouvelle et la pleine lune, se comportent de la manière suivante : le Hux commence à midi et le reflux à la chute du jour avec une telle régularité que l'on ne constate pas entre leur établissement de variations de ]dus d'un quart d'heure. Les vents ordinaires sont, pendant toute l'année, du Sud, du Sud-Est ou du Sud-Ouest, en passant parfois du Nord à l'Ouest. Les habitants sont des Maures; ils parlent les deux langues de l'île, la langrue bouque [le malgache] et la langue de la côte de Malindi [lesoahili], avec laquelle ils entretiennent des relations commerciales, ainsi du reste qu'avec l'Arabie. On y fait surtout un grand commerce d'esclaves des deux sexes, surtout d'enfants que les Maures et principalement les Arabes achètent en grand nombre pour les faire servir à des usages infâmes; on peut s'y procurer beaucoup de bœufs, du riz en abondance, un }teu de maïs et beaucoup de farine faite avec une racine appelée Tindy [Tindrij ou Von findry, litt. : écrasé en poudre fine (problement du tavolo qui est une sorte d'arrow-root malgache)], des bananes vertes et sèches, beaucoup de santal blanc, beaucoup de tortues, de grandes quantités de bois d'ébène avec peu de nœuds, des tissus de paille de palmier fde rafia (rabanes)] très blancs et fort jolis, du miel, de la cire, des chèvres, des

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moutons, de la volaille, le tout en échange de piastres, lorsqu'il s'ag-it d'objets de valeur, ou de petites chaînes d'argent à mailles fines pour les objets de valeur moindre. Les indigènes acceptent aussi en paiment des étoffes fines et grossières, des perles de verre de la grosseur des grains de chapelets, des barres d'étain et des manilles ou bracelets en laiton. Ces indigènes sont laborieux, mais sans foi; dans les marchés qu'ils font, qu'il s'agisse d'une vente ou d'un achat, ils regardent comme une chose toute naturelle, les prix étant fixés et même les marchandises étant livrées, de manquera leur parole; il est vrai qu'ils admettent, par contre, que nous agissions de même lorsque bon nous semble.

GuAP. V. — Des fleuves '^baiesI Sarangâçô, [Mahoamiutsy], Bâlue [Baly], Muïo-Moqunto [Manombo] jusqu'au cap St-André. — A partir de Mazalagem [Boina] jusqu'au cap Saint-André qui est par iô^'iO' [en réalité par IG^Til"], la côte est orientée du Nord-Est au Sud-Ouest et de l'Est à l'Ouest pendant un peu moins de quarante lieues [en réalité pendant une trentaine de lieues]. Quand, sortant de la baie de Boina, on arrive au Nord de l'île de Macàmbe, [Makamby], on aperçoit de suite le cap Tanzo [Tanjona] qui est Est-Ouest avec cette île; entre ces deux points, il y a une grande anse [où débouche la Mahavavy] et, au delà du Tanzo [Tanjona] qui la limite à l'Ouest, débouche un fleuve appelé Sarangâçô [Maroambitsy], où l'eau est douce, mais peu abondante; sur les rives de ce petit fleuve, les bananiers sont en quantité extraordinaire et, tout auprès, s'élève une ville où réside un roi (|ui est, comme la plupart de ses sujets, Cafre [Malgache] par la langue et par les mœurs.

Par 16" 20', à onze ou douze lieues [à environ douze lieues marines et demie] de Mazalagem [Boina], débouche le lleuve Bàlue |Baie de BaliJ, beau cours d'eau [baie] très important,

qui a une direction Sud pendant plus de six lieues [quatre lieues]; il a, à son embouchure, plus d'une lieue de large [environ deux] et, en amont, sa larg-eur est de trois lieues. Au milieu de l'embouchure, sa profondeur minimum est, à marée basse, de six brasses d'après les sondages que nous avons effectués en trois ou quatre endroits, mais, presque partout, on rencontre des fonds de huit, de dix et de douze brasses, avec un sol en partie de vase et en partie de sable. On peut y pénétrer sans craindre d'autres dangers que ceux qui sont visibles à l'œil. On assure qu'au fond de cette baie il débouche une rivière [l'AndranomavoJ, sur les bords de laquelle est bâtie une ville nommée Fombony. Le point de repère est la falaise du côté Ouest qui est plus élevée et qui, coupée à pic, avance davantage dans la mer que celle du côté opposé, qu'on n'aperçoit qu'en allant à l'Est, lorsqu'on se trouve au Nord même de l'entrée de la baie. Sur la côte Ouest, il y a, le long du rivage, des falaises, les unes rouges, les autres blanches. A peu près dix lieues au delà de ce fleuve [baie], où les plus gros vaisseaux de guerre semblent pouvoir pénétrer, on en trouve un autre [le Manombo] qu'une galiote pourrait remonter, et qui est par 16° 30' [16° 13' environ], au bout des falaises; on l'appelle Muto- Mocûlo' [Manombo]; il vient du Sud. A son embouchure, devant laquelle sont semés quelques bancs de sable, il y a un village habité par des Cafres [Malgaches]. Les autres fleuves qui débouchent entre celui-ci et le cap Saint-André [Bekarana, Vilamatsana, etc.] sont à sec et de peu d'importance; dans tous, cependant, on trouve un peu d'eau douce. Dans ces parages, les indigènes sont d'un bon caractère; ils ressemblent aux Cafres.

1. D'Anville, en 1749, le nomme Motarioculo et D'Après de Mannevillelte, en 1775, Montamacul!

Chap. YI. — Du CAP DE Saint-André. Du grand récif. Des FLEUVES Caçâne [Kasany (Sambao)] ET Unala [Onara]. — Le caj» de Saint- André est situé par 16° 40' [en réalité 16°11'4""], à 80 lieues environ de Mozambique. La côte est basse et entièrement couverte d'arbres jusqu'au bord même de la mer; au milieu de toute cette brousse, se détacbe un arbre beaucoup plus haut et plus gros que tous les autres. C'est à ce cap que commence le grand récif de Saint-Laurent [banc de Pracel], qui s'étend, d'une part, à 15 ou 20 lieues [15 lieues marines] dans l'Ouest et l'Ouest-Nord-Ouest et, d'autre part, dans le Sud jusqu'auprès du 19^ degré. A deux lieues autour du cap, il n'y a que 4 à 5 brasses d'eau, mais, au delà, cette profondeur va en augmentant jusqu'à 10, 20 et 30 brasses et plus; le brassiage est du reste très variable sur tout cet immense banc, ainsi que le fond qui est un mélange de vase, de sable et de galets, quoique, près de terre, ce soit la vase qui prédomine et, un peu plus loin, le sable et les galets. Je ne puis dire d'une manière certaine quel est le nombre exact de brasses qu'il y a dans ces parages, mais on j»eut mouiller partout où l'on veut. A partir du 17" degré, là où le banc est le plus éloigné de la terre, assez loin pour qu'on ne la voie point, on trouve sur ses bords de 25 à 30 brasses d'eau, avec fond de galets. A dix lieues [en réalité, à onze lieues marines] dans l'Ouest du cap de Saint- André, par 16° 30', il y a un grand banc de sable [l'île Chesterfield], qui mesure une lieue de l'Est à l'Ouest et au milieu duquel il y a un rocher; tout autour les fonds sont de 20 à 30 brasses'.

1. « L'île Chesterfield, dont le centre est à 34 milles eiiviion dans ro. q. S. 0 du cap Saint-André, a, dit-on, un mille détendue de TEst à rOuest et une hauteur de 4 à 6 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il y a sur ce banc une roche. Sur une distance de 40 à 42 milles dans l'Ouest de cette île, on a trouvé de 40 à Xi mètres d'eau et le même brassiage jusqu'à 22 milles dans le N. N. E. » {hifitructions nautiques sur Madagascar, Paris, 188:;, p. 1()3).

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Au Sud (lu cap Saint-André, la côte a, jusqu'au 18* dei:ré [en réalité jusqu'au H'^ degré et demi], une direction N.E.-S.O., différente de celle qu'indiquent les cartes hydrographiques. En longeant cette côte, on aperçoit à une grande distance dans l'intérieur des terres une haute montagne, toute ronde [en pain de sucre], à laquelle nous avons donné le nom de Monte-Formoso (la Belle Montagne) [Ambohitsosy (790 m.)]. On commence à la voir à partir de Muto-Mocijlo [Manombo] et, étant à une distance de huit lieues en mer, on en a encore la vue par 17" 30' de latitude; quand on est devant la bouche du Muto-Mocûlo FManombo], elle est au Sud; mais, (|uand on est à l'Est quart Sud-Est, à une lieue et demie de la côte, on n'en voit plus que le sommet, la base se trouvant cachée par des collines.

Il faut être très vigilant le long de cette côte où le premier point de repère est l'embouchure du fleuve Caçâne [Kasany (Sambao)], qui est située un peu au-delà du 17" degré [en réalité par 10 36' 30"[Nosy Voalavo)] ', le deuxième une colline au bord de la mer avec des falaises rougeàtres, à deux lieues environ au Nord du fleuve, et le troisième la nature du fond qui, vis-à-vis de la bouche du fleuve, est mélangé de vase, de sable et de galets. Pour bien s'orienter, il faut viser quelques arbres assez élevés qui se trouvent près de l'endroit oii la }»lage présente une solution de continuité, en face d'un bouquet de palétuviers qui sont en partie desséchés. L'entrée de ce fleuve est difficile, car, à marée basse on ne trouve que six palmes d'eau sur la barre de sable et, à marée haute, deux brasses ou deux brasses

1. Il y a lieu de remarquer que les latitudes de Mariano sont de 30' trop fortes. Voir plus haut, p. 657, la latitude du Cap Saint-André qu'il indique par 16° 40' au lieu de 16'^ 11' 47"; et, plus loin, p. 601, celle de la bosse que forme la cote par 18° au lieu de 17° 30'; p. 660. l'embouchure de rOnara par 17° 40' au lieu de 17° 9' 30" ; p. 661, Nosy Vao par 18° au lieu de 17° 29'; la bouche du Mania [^Rafinenta^ par 20'^ au lieu de 19° 33', etc.

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et demie tout au plus. Des deux côtés, il y a de grands récifs. Comme il nv a pas de repères sûrs, il est convenable et presque nécessaire, pour éviter les dangers, de faire précéder le navire par une barque ou d'installer des balises sur le banc de sable. On pourra encore, à marée basse, relever au moyen de la sonde la pointe où il y a le plus d'eau et ensuite entrer dans la rivière en gouvernant d'abord au Sud-Ouest pendant environ un tiers de lieue, puis au Sud. On peut jeter l'ancre en face de la barre, et à peu de distance d'un bouquet de palétuviers, sur un fond de sable dur recouvert à marée basse par 3 brasses d'eau. De là, on peut reconnaître et sonder le fleuve entier, qui se jette dans la mer par dilTérents bras. La ville est située au Sud-Sud- Ouest, à une bonne lieue de la barre; ses babitants, ([ui sont au nombre d'une centaine, sont presque des Cafres, et leur roi n'a pas une grande autorité sur eux. On y trouve des bananes, des moutons, de belles chèvres, des bœufs, du manioc, d'excellents citrons et de l'eau de puits. Les indigènes vendent leurs articles de commerce très cher; ils acceptent en payement des piastres, des réaux, des chaînes d'argent, des bracelets d'étain, de grosses perles de verre, des étoffes de diverses qualités. Les embarcations y sont nombreuses.

A trois lieues de Gaçâne [Kasany (Sambao)] vers le Sud, il y a un autre lleuve, appelé Mûto-Aml)ûzi [Atsa] ', que peuvent remonter de petites galiotes, et dans l'Ouest duquel, à (juatre lieues en mer, il y a un récif très dangereux [Kiakala ou récif Porpoise] qui a une bonne lieue de tour; à marée haute, par les

1. Entre le Kasany ou Sambao etl'Onara ou Andranobé, il y a les rivières suivantes : Marolondro, Ampandra, Bemarivo (qui est la plus grande et la plus importante) et le Sarabisay. C'est cette dernière qui est à l'Est du récif do Kiakala, mais elle est à 9 lieues environ de Kasany (et non à 3). F. a bouche (lu Marolondro en est à 4 lieues, mais il n'y a pas de récif à Heur d'eau dans lOuest.

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temps calmes, on le voit à peine à fleur d'eau. Le ciienal, entre ce récif et la côte, est bon et très sûr; il y a de 10 à 12 brasses d'eau et, au centre, le fond est en partie de vase, en partie de sable; plus loin, du côté de la mer, il est formé de galets.

Le fleuve Unala [Onara ou x\n(1ranobé (Beravina)] débouche dans la mer, par 17° 40' [en réalité par 1"° 9' 30"] entre deux récifs qui sont dans le Sud-Est; il y a en somme peu d'eau, une brasse et demie seulement; les galiotes seules y peuvent entrer. A son embouchure, il y a un village de SO habitants. Les conditions sont les mêmes qu'au Gaçàne [Kasany (Sanibao)].

Chap. vil — Description de la côte et des fleuves, des

BANCS DE SABLE, DES RÉCIFS, DU BANC DE PrACEL, ETC., DEPUIS LE 18'' jusqu'au 20" DEGRÉ, AVEC UNE DESCRIPTION SPÉCIALE DU FLEUVE

DE SADiA [Manambolo]. — Jusqu'au 18" degré, la côte a une direction du Nord-Nord-Est au Sud-Sud-Ouest et, à partir de là, Nord-Sud jusqu'au 20'. Elle est basse presque partout, mais dans l'intérieur des terres on aperçoit une grande chaîne de montagnes qui se prolonge pour ainsi dire sans interruption. Les fleuves y sont nombreux, mais si peu profonds qu'une « flûte » y peut tout au plus pénétrer. D'ailleurs c'est le cas ordinaire pour les fleuves qui ont un banc de sable devant leur embouchure et dont les eaux n'ont pas un courant assez fort pour y creuser un chenal d'une certaine profondeur. Les plus importants de ces fleuves [ou bras de merj sont l'Iqualàne [Kingala], le Quârecle, [Tamboharano?] le Manambao et le Sàtengoa [Kanatsy ou Ampandahy?], ces deux derniers ayant des villes importantes sur leurs bords. Ensuite on trouve le Quivinjane, [Kivinja, à la bouche Nord du Demoka , le Mùto- Aziôna [bouche Sud du Demoka?], le Camalila Ampandikoharana], le Tondolône [Tondrolo], le Xaôane [Sahoany], le

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Mùlo Açambe [Nainakia ou Manombo?] et le Sadia [Manam-

bolo].

Un peu avant d'atteindre le 18" degré [en réalité par 17" 29'], on trouve une petite île [Nosy Vao] qui est à quatre lieues [en réalité à un peu plus de trois lieues] de la côte et dont les bois de palétuviers, qui sont touffus, se voient de loin; elle est entourée d'une plage de sable fin et, à son extrémité Nord, il y a un lirand récif qui se prolonge vers le Sud. A quatre lieues plus loin, dans le Nord-Ouest, se trouve un grand banc de sable [Banc Vulla ou banc Philomel], au Sud duquel s'étend un vaste récif. Cependant, entre le banc de sable et la petite île [Nosy Vaoj comme entre cette île et la côte, il y a des chenaux grands et sûrs, où, à environ une lieue de l'île, on trouve de 10 à i'i brasses d'eau.

Vers le 18" degré et demi [par 18°], et même un peu avant, commencent les dangereux hauts-fonds de la Trindade [de la Trinité], (|ui sont au moins au nombre de cinq et qui sont disposés du Nord-Ouest au Sud-Est : celui qui est le plus loin de la côte, dont il est éloigné de huit à neuf lieues environ [banc du Flying Fish (par 17° 5"')], a des roches pointues [pointes de corail] sur lesquelles la mer brise à certains moments; le deuxième [le banc du Nord (i)ar 18" 3')], qui est grand, est toujours battu par les vagues; le troisième [l'îlet de sable (par 18° 8')], est un banc de sable qu'entoure au Nord, à l'Ouest et au Sud un grand récif; le quatrième | le banc du Vaudreuil (par 18M2')] est également un grand récif, mesurant environ deux lieues et orienté comme la côte, (|uoiqu'il en soit très éloigné. Plus au Sud, à une lieue environ, il y en a un autre [le banc Bayfield], ([ui est plus près de terre. Il nous a semblé, de loin, qu'il y a entre ces divers hauts-fonds des chenaux assez profonds, mais nous n'avons pu les explorer tous. Je me rappelle cependant qu'on a trouvé sur

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tout ce banc [de Pracel] un brassiage très suffisant, quoique très variable, avec sol de roches, et, d'autre part, qu'il y a entre le banc de sable [ou banc de Bayfîeld] et le grand récif [le banc du VaudreuilJ un chenal excellent, dirigé vers le Sud- Ouest, où le fond est de sable, avec 9 à 14 brasses d'eau, mais il importe de bien se tenir au milieu, car il y a, à trois ou quatre lieues dans le Sud-Ouest, deux ou trois bancs de sable [banc Amarella, etc. . En tout cas, il est prudent de se tenir au moins à deux lieues de la côte, où les fonds sont de 10 à 14 brasses avec sol en partie de vase et en partie de sable.

On ne tarde pas à apercevoir les deux premières des sept îles de l'archipel du Corpo-de-Deos [les îles Stériles]. Ces sept îles' sont toutes dénuées d'eau et inhabitées, mais on y trouve, ce qui n'est pas sans intérêt, un grand nombre de tortues que l'on peut y pêcher aux mois de janvier, de février, de mars et d'avril.

Les deux premières [Nosy Mavony et Nosy MaroantalyJ sont situées un peu avant le 19^ parallèle [en réalité, respectivement par 18" 18' et 18''24'], et les cinq autres [Nosy Androtra, Nosy Andrano, Nosy Mangily, Nosy Dondosy et Nosy Lava] exactement par 19° [en réalité, respectivement par 18°28', 18" 32' 15", 18"32'o", 18° 32' 45" et 18° 34']. Il est prudent de passer entre les deux premières, dont l'une [Nosy Maroantaly] est couverte de beaux arbres et est à environ trois lieues de la côte et dont l'autre, qui est [tlus au large, est au Nord-Ouest. En continuant vers le Sud, on ne tarde pas à voir les cinq autres, qui sont tout près les unes des autres, dirigées du Nord-Ouest au Sud-Est et entourées de grands récifs du côté du Sud. Ces sept îles, grâce à

1. Ces sept îles sont, du Nord au Sud : Xosy Mavony (Smyth's Island des Anglais), Nosy Maroanlaly (Flinders Island), Nosy Androtra (Beaufort Island), Nosy Andrano (Dalrymple Island , Nosy Mangily (Horsburgli Island), Nosy Dondosy (Hewetl Island) et Nosy lava (Heywood Island).

leur disposition, forment une sorte d'amphithéâtre maritime, où les navires trouvent un excellent abri, avec un bon fond de sable, très égal, et 12 à 14 brasses d'eau. Pour en sortir, on dispose de deux chenaux qui sont bien connus et excellents et dont l'un, qui est entre la côte et les cinq dernières îles, est large de trois grandes lieues et a 14 brasses d'eau et un fond de sable blanc, très dur. En quittant cet archipel, on trouve un grand haut-fond qui s'étend du Nord au Sud pendant trois ou quatre lieues à partir de la dernière île [bancs Simpson, Purdy ou du Sud (par 18''42')]; entre ce haut-fond et l'île [Nosy Lava], d'une part, et la côte de Madagascar, d'autre part, le passage est magnifique et sûr, avec des fonds de 10 brasses et une eau claire. Le second chenal est entre les deux îles les plus avancées dans la mer [les plus occidentales] des cinq dernières [Nosy Androtra et Nosy Mangily], qui n'offrent pas de points de repère particuliers; l'une d'elles est très petite et toute couverte de végétation; elle a un bon port, qui est bien abrité du côté de l'Ouest. Quand on est au milieu de cet archipel, on aperçoit ce passage dans rOuest-Sud-Ouest, et, en suivant cette direction ou même en gouvernant droit vers l'Ouest, on le franchit facilement avec des fonds de 12 brasses et sol de roche. Au sortir du chenal, l'eau est très profonde; parfois même on ne trouve pas de fond, car le récif est interrompu en cet endroit pendant six à huit lieues. On voit d'après cette description que les cartes marines ne sont pas exactes pour ces parages, pas plus du reste que pour les hauts-fonds de la Trindade (de la Trinité) [bancs du Flying Fish, du Nord, de Sable, du Vaudreuil, Bayfield]; l'énorme gouffre qui y est indiqué sur la côte en face des îles de Corpo de Deos [îles Stériles] n'existe pas. Passons maintenant à Sadia.

L'embouchure du fleuve de Sadia [Manambolo] est située un

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peu au-delà de 19''20' [en réalité, entre t8"oo' et 19""' 'J; il n'y a pas de points de repère saillants. Quand on vient de la pleine mer, les sept îles dont nous venons de parler servent à reconnaître ces parages, ainsi qu'une sorte de falaise rougeàtre, blanche par endroits, qui est un peu au Nord du fleuve de Sadia [Manambolo^, et une autre falaise située à trois lieues environ au Sud, qui forme comme un petit plateau au bord de la mer; on aperçoit dans l'intérieur des terres, à l'Est quart Nord-Est, une haute montagne toute boisée. L'embouchure du Sadia [Manambolo] est rétrécie par les hauts-fonds qui Tenserrent des deux côtés ; il y a sur la barre plus d'une brasse d'eau à marée basse et, à marée haute, plus de deux brasses. Le lit du fleuve va droit à l'Est jusqu'à une distance de deux portées de berço (ancien canon court) ; il est bon de longer la rive Nord et de virer ensuite vers le Sud, pour jeter l'ancre tout près d'un bois de palétuviers très épais, oîi la rive est fort escarpée et où l'on trouve un fond de plus de trois brasses; on v est à Tabri de tous les vents. Le lit du fleuve continue vers le Sud pendant encore plus d'une demi-lieue, mais il y a moins d'eau, puis il tourne à l'Est-Sud-Est et à l'Est, formant un S, jusqu'à sa jonction avec un autre cours d'eau douce sur le bord duquel est située la ville de Sadia, ville très grande, qui est à une bonne lieue de la barre. Sur la langue de terre comprise entre le fleuve et la mer, il y a un village de cinquante habitants, oii l'on trouve des puits de bonne eau.

Les habitants sont des Cafres [Malgaches] sauvages, mais d'un bon naturel. Ils s'habillent avec des étoffes d'herbe [de

1. Le Manambolo se jette dans le canal de Mozambique par de nombreuses bouches, et il est impossible de fixer d'une manière sûre à laquelle Mariano a appliqué le nom de Sadia, qui n'est plus aujourd'hui connu dans le pays.

rafia (ral>anes)] ou de coton ou d'écorce d'aliconde. Ils ont des troupeaux de bœufs, de chèvres et de moutons, des volailles, des bananes et des tortues, du santal blanc, des bois aromatiques, du goudron, de Tébène et enfin quelques esclaves. On peut leur acheter ces divers objets en échange de tissus de toutes qualités, de bracelets d'étain, de cuivre et de laiton, de grosses perles de verre, surtout de perles jaunes. Ces diverses marchandises ont cours sur toute la côte comprise entre les 18" et 20" degrés de latitude, qui est sous l'autorité du même roi. Le fleuve Màni [Mania ou ïsiribihina '] a son embouchure un peu au Nord du 20° parallèle [en réalité, par 19°33'] ^ Ses eaux sont douces. Tout près de la plage, de môme du reste qu'en amont, il a un courant très fort, avec plus de trois brasses d'eau; toutefois il y a, à son embouchure, tant de bancs de sable que de petites « fustes » [de petits bâtiments] y peuvent seuls pénétrer; on nous a assuré qu'il y avait une autre bouche, mais nous n'avons pu le vérifier, faute de temps. Le point de repère consiste en un groupe d'arbres très élancés, que l'on voit du large. On peut remonter très facilement le fleuve avec un bateau quelconque, et même avec une fuste, sur un long parcours ; il y a de nombreux habitants en amont.

CiiAP. VIII. — Route X suivue, fleuves, «écu-s et îles, jusqu'au 22' degré de latitude. — Aussitôt après avoir dépassé

i. Le Mania ne porte plus aujourd'hui ce nom que dans son cours supérieur (depuis sa source au N.-E d'Aml)Ositra jusqu'à sa sortie du massif central, à sa jonction avec le Sakahany); son cours inférieur, qui s'appelait aussi Mania iui xww siècle, s'appelle maintenant Tsiribihina.

2. Le Mania ou Tsiribihina se jelte dans le canal de Mozambique par plusieurs bras dont le plus Nord est Hatlnenta (par 19» 33' 30") et le plus Sud Namangoa (par 19° 50' 30"). Mariano parle certainement du premier, comme le montre la description qu'il donne de l'orientation de la côte au soitir du Mania (voir au commencement du chap. Vlll).

CUNCKHNANT MAItAfiASCAR 667

le Màni [bras Nord du Mania (Tsiribihina) qui débouche à Rafinenta], la côte décrit une forte courbe en se dirigeant vers rOuest-Sud-Ouest pendant plus d'une lieue, puis, jusqu'à 22" et demi, elle a une direction Sud-Ouest quart Sud. Il y a dans ces parages quelques fleuves, mais sans grande importance; il suffira donc il'en parler sommairement. Le Saûme [Mandelikia ou Namangoa (bras Sud du Mania ou Tsiribihina)], qui est par 20° 15' [en réalité, par 19° 49' ou 19°50'30"], a à son embouchure de grands bancs de sable qui, à marée basse, sont recouverts d'une brasse et demie d'eau; plus en amont, la profondeur est de deux brasses; son lit a d'abord une direction Est quart Sud- Est, puis Sud. Le village qui est situé à son embouchure est habité par une cinquantaine de Bouques [Malgaches].

Le Mandaùto [Ambato (par 20''ir), bras Nord du Morondava] est à environ quatre bonnes lieues plus loin; il y a aussi à son entrée des bancs de sable et il a à peu près le même débit que le Saûme [bras Sud du Mania]; il n'y a pas de villages.

L'embouchure du Manapùta [Morondava (baie de Lovobé)] est par 20°30' [en réalité, par 20^20']; c'est un fleuve d'eau douce, dont le débit est si faible qu'une barque peut tout au plus le remonter, mais il y a sur ses bords une ville importante.

L'Isango [baie de Belo], qui est par 21° [en réalité par 20°44'30"], a deux passes, l'une Est-Sud-Est et l'autre Sud-Est; il n'y a qu'une brasse sur la barre à marée basse; le mouillage est par trois brasses; il y a un village d'une cinquantaine d'habitants, qui sont très pauvres comme tous ceux dont nous avons déjà parlé. On ne peut entrer dans aucun de ces cours d'eau sans avoir au préalable disposé des balises sur la barre.

Tout le long de cette côte jusque par 21°30', il y a beaucoup de grandes falaises, tantôt blanches, tantôt foncées, et aussi beaucoup de bancs de sable et toute une série d'îles qui sont

séparées de la côte par un chenal d'au moins deux lieues ou même plus, avec des fonds de 7, de 10 et de lo brasses. Deux de ces îles se font remarquer par leur belle végétation. La première [Nosy Andriangory 'j n'est pas loin de Tembouchure de risango [baie de Belo], qui en est à quatre lieues dans le Nord- Est. Au Sud de ces îles, il n'y a plus de récifs ou les récifs sont tout petits. Par 21° et demi [en réalité, par 21°n'], la côte décrit une grande courbe et se dirig'e pendant plus de quatre lieues vers l'Ouest; à l'ang^lc rentrant que forme cette côte, il y a un fleuve du nom île Ferrir [baie d'Ampasilava], qui dans les terres a une direction Sud-Est et qui, comme tous les précédents, a à son embouchure des bancs de sable; à l'intérieur, sur le bord Nord-Est, on trouve un mouillage par trois brasses d'eau; on n'y peut entrer sans baliser la passe. Le village qui est à l'entrée est très pauvre.

Après s'être dirigé, comme nous l'avons dit, pendant quatre lieues de l'Est à l'Ouest, la côte va Sud-Ouest quart Sud et, quoique basse, forme le cap Saint-Vincent; c'est le nom qu'il porte sur les anciennes cartes. En cet endroit, les marins qui naviguent à bord d'un grand navire doivent faire beaucoup d'attention, car par le travers de ce cap, à deux lieues en mer, il arrive qu'en certains points on ne trouve pas le fond ou qu'on trouve un grand nombre de brasses, puis, tout d'un coup, on donne contre des rochers au-dessus desquels il n'existe qu'une hauteur d'eau très irrégulièrement répartie, 10 à 7 brasses seulement. Cependant, aussitôt qu'on a doublé le cap, on retrouve des fonds très réguliers de 8 et de 9 brasses, sur une largeur d'une lieue et même plus. A l'intérieur des terres, tout le long de cette côte, il y a de grandes montagnes qui ont les aspects les plus divers.

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