ET DU NAVIRE FRANÇAIS LE SAINT-CHARLES
QUI AMENAIT DES COLONS À BOURBON, en 1663.
Ayant reçu avis du naufrage de VAei'nhein, le Comité d'Amsterdam envoya à sa recherche le yacht Lansmeer qui, parti le 20 avril 1663 avec cinquante-et-un marins à hord, toucha au Cap de Bonne-Espérance, d'où il fit voile le 4 septembre par ordre de M. Overtwater pour les îles Maurice et Mascarenhas [Bourbon], où Ton pensait que quelques-uns des naufragés s'étaient réfugiés; mais on n'y trouva personne.
Le capitaine du yacht, Reynier Brinkmans, a tenu pendant ce voyage un journal dont nous extrayons les passages suivants :
« Le 20 octobre 1663, nous vîmes l'île Maurice et jetâmes l'ancre dans le port du Sud-Est [Le Grand Portj. Nous n'y avons trouvé âme qui vive.
« Le 23, nous avons envoyé quelques matelots dans un canot faire le tour de l'île ; ils sont revenus le 5 novembre sans avoir rencontré personne, mais ils ont cependant rapporté diverses épaves qu'ils avaient recueillies çà et là, telles qu'une hacbe, un couperet, des morceaux de fer rouilles, une petite robe de baffetas [de grosse toile de coton blanche], des morceaux d'assiettes de porcelaine, du tabac, etc., d'où l'on pouvait conclure que des hommes avaient passé par là. Ils n'avaient pas fait le tour complet de l'île, empêchés par un grand récif qui s'allonge au
loin dans la mer et qu'ils ne purent réussir à franchir. Un peu en deçà de cette pointe, par 19" de latitude Sud, ijs ont découvert une baie où un navire pourrait se mettre à Tabri et oîi il y avait beaucoup de tortues de mer.
« Le Lansmeer mit à la voile le 7 novembre et, le 10, jeta l'ancre dans la baie du Nord-Est [baie de Saint-Paul] de l'île Mascarenhas [Bourbon]. Quelques matelots allèrent avec le canot visiter la côte Ouest de cette île; arrivés à sa pointe Sud, ils tentèrent en vain d'y atterrir, car la plage y est molle et vaseuse et il y a un récif qui s'étend jusqu'à un mille dans la mer. Ils constatèrent qu'il n'y a pas de meilleur mouillage que la baie du Nord-Est, oii ils revinrent le 14, n'ayant trouvé personne pendant leur exploration.
« Pendant leur absence, était arrivé un navire français du nom de Debora ou de Saint-Charles, dont le capitaine M. de Carquedien [Quergadiou ou Kercadiou '] et le second M. Jean Tourne [Le Tourneur] étaient Français, mais dont le patron, Jan Willemsz Leyel, le premier et le second pilotes, Andries Steenet Herman Meyer, et le haut-bosseman [le contre-maître], Hendrik Paulusz % étaient Hollandais. Ils arrivaient, nous dirent le lieutenant et le patron qui vinrent à notre bord, de Madagascar, où ils avaient débarqué cent soldats dans la baie de Sainte-Luce [Manafiafy] pour Fort-Dauphin, et ils venaient prendre possession de l'île Mascarenhas [Mascareigne], qu'ils ont baptisée du nom d'île Bourbon et où ils se proposaient de laisser une dizaine
1. Ce gentilhomme breton est retourné à Madagascar à bord du « Taureau » le 7 mars 166rj avec les sieurs de Beausse, Souchu de Rennefort, etc. Voir Souchu de Rennefort, Histoire des Indes orientales, 1688, p. 8, etc.
2. Il n'y avait pas longtemps que cet Andries Steen était parti des îles Mascareignes pour les Pays-Bas à bord du Maersschevcn (Dagh-Uegister).
3. Hendrik Paulusz avait été antérieurement au service de la Compagnie hollandaise des Indes {Dagh-Register).
de Français avec une douzaine de malg-aches qu'ils avaient amenés avec eux dans le but de la peupler. Une fois cette affaire terminée, ils devaient se rendre à l'île Sainte-Marie et dans la baie d'Antongil afin d'y charger du riz à destination de Fort-Dauphin, puis aller prendre au Cap de Bonne-Espérance les canons et les marchandises qui avaient été sauvés du naufrage d'un navire français qui s'y était mis à la côte et retourner en France. « Notre navire et ce navire français partirent tous deux le même jour, le 15 novembre, de l'île Mascareigne [Bourbon]. Nous lui remîmes une lettre pour le commandant du Cap Wag-enaer, et nous nous dirigeâmes vers l'île Maria [île Sainte-Marie], parce que le capitaine français nous avait rapporté qu'il avait entendu dire que des naufragés hollandais y avaient été ou y étaient même encore; mais les courants violents qui poussent vers le Sud dans ces parages et les vents contraires du Nord-Nord-Est qui n'ont cessé de souffler à cette époque nous ont empêchés d'y atteindre; nous nous sommes alors décidés à retourner à Batavia » {Dagh-Begister gehouden int Casteel Batavia, d664 [Batavia, 12 février], p. 40).