AU LECTEUR
Ami lecteur', ce livre devait paraître en août 1044, mais j"ai eu à lutter contre des obstacles nombreux : d'abord, j'ai été et je suis encore malade, puis le censeur s'est opposé à sa publication, sous le prétexte que le style en est trop mauvais et que je place l'île de Madagascar en Asie, tandis que j'aurais dû la rattacher à l'Afrique; mais je ne suis pas du tout assuré que j'ai eu tort, puisqu'il ne manque pas de marins qui en font une dépendance du continent asiatique. J'ai été encore retardé parce
Asia ocer, and the great Profit gained thcrehy ; the chief Place in thc World to inrich men hy Trade, io and from India, Persia, Moclto [iMoka], Atchin, China and other rich Eastern Kingdoms : it being thc fittest Place for a Magazine or Store-Home for Trade between Europe and Asia, far excceding ail other Plantations in America or elsewhere. Likeivise, the excellent Means and Accomodation to fit the Planters there, with ail Things needful and superfluoiis for Back and Belli/, ont of India ncar adjacent, at one fourth Part of the Price, and cheaper, than it irill cost in England; yea, fat Bullocks, Shcp, Goats, Swine, Poidlry, liice, Wheat, Barley, etc., excccdingly cheap; for the value of tivelve Pence, or one Shilling English, ivill purchase or biiy of the Natives as much as five, six, seven Pounds, or more, in England, in this famous Island, at their first Arrivai, xvhich no other country hath afforded, by Richard Boothby, merchant, London. Printed by E. G. for •loliii Hardosly, at the sign of the Black-spread Eagle in Duck-Lane, 1646, in-i», 72 pages. — Reproduit dans Uarleian Collection of voyages and travels, compiled from the liirary of the Earl of Oxford, vol. II, 174o, p. 623- 663 (a); voir aussi, dans VAntananarivo Annual, 1877, p. 98-101, la Note sur Davenant et Boothby par Staniland Wake, dont le Bulletin de la Société des Etudes Coloniales et Maritimes a donnr la traduction dans son numéro d'octobre 1883, p. 38'i-388.
1. Nous avons raconté dans le tome II do celte Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar, p. 433-43;!, d'après les deux factums de Waller liamond et de Richard Boothby, la visite que ce chirurgien et ce facteur au service de la C''' anglaise des Indes ont faite de juin à septembre 1630 à la baie de Saint-Augustin, sur la côte S.-O. de Madagascar, avec les deux navires le Charles et le Jonas, que commandait le capitaine Weddell, ainsi ijue leur relâche aux îles Comores.
(n) 11 y a dans l'éililion originale une dédicace au roi Charles, qui tient l pages, el une liste des chapitres qui occupe également 4 pages, lesquelles nian(iuent dans la collcciiun de Churchill, mais qui ne présentent aucun intérêt.
CONCERNANT MADAGASCAR 7f
que j'ai communiqué mon manuscrit à plusieurs membres influents du Parlement, qui, étant très occupés, l'ont gardé longtemps, et aussi parce que, ayant reçu pendant ma longue maladie la visite d'un négociant des Indes Orientales, M. Francis Lloyd, qui est de mes amis et que je n'avais pas vu depuis sept ans, je lui ai remis, sur sa demande, mon travail. M. F. Lloyd après l'avoir lu, ce qui lui a pris quelque temps, m'a offert d'y ajouter différentes notes au sujet de la colonisation de Madagascar et des grands bénéfices qu'on en retirerait certainement en en faisant l'entrepôt commercial entre les nations chrétiennes et les nations païennes de l'Orient. J'ai naturellement accepté son offre avec reconnaissance, sachant qu'aucun de nos compatriotes n'était aussi expert que lui en ces matières; M. Lloyd a en effet été l'agent commercial et l'agent comptable de plusieurs navires amiraux anglais qui ont été dans l'Inde ; ayant visité cinq fois l'île de Madagascar et ayant été souvent dans l'Extrême- Orient, il a forcément acquis une grande expérience dans le commerce de ces pays lointains; or, je viens seulement de recevoir ses observations que je me suis empressé d'insérer dans mon livre et dont j'ai eu bien soin d'indiquer la provenance, car je . ne veux pas m'attribuer indûment des idées qui ne m'appartiennent pas, d'autant plus que je n'ai pas son expérience, n'ayant été qu'une fois aux Indes et seulement pendant une année et demie, et encore, pendant ce temps, ai-je été longtemps retenu en prison, non pas parce que j'avais commis un crime, mais par un méchant Président et consul de la Compagnie des Indes qui a cherché à se venger bassement de moi. J'ai donc eu grand soin que les avis de M. Lloyd, qui n'a pas son pareil en Angleterre pour ces questions, soient bien distincts des miens qui ont une valeur bien moindre.
Donc, chers lecteurs, je vous prie d'accueillir avec bienveil-
lance le travail que je soumets à votre jugement et qui a été entrepris clans la pensée qu'il servira à la gloire de Dieu, à l'honneur de notre Roi et au bien-être et à la prospérité de notre chère patrie.
THAITÉ AVANT POUR BUT d'eNCOURAGER LES ANGLAIS À ÉTABLIR UNE COLONIE À MADAGASCAR, EN ASIE.
Chap. I. — Motif pour lequel ce traité, tout imparfait qu'il
EST, EST PUBLIÉ. — PrO.IET DU PbINCE RupERT DE COLONISER l'ÎLE
DE Madagascar. — Le livre de Maître Waltek Hamond, qui
CÉLÈBRE LES LOUANGES DE MADAGASCAR, NOUS ENCOURAGE AVEC RAISON À NOUS Y ÉTABLIR. CeLUI QUI SERA LE 3IAÎTRE DE MADA- GASCAR POURRA FACILEMENT, AVEC LE TEMPS, DEVENIR l'EmPEREUR DES
Indes. — Tous les objets nécessaires a la vie des colons, tant
POUR l'habillement QUE POUR l'aLIMENTATION, PEUVENT ÊTRE AU DÉBUT
TIRÉS À BON MARCHÉ DE l'Inde. — Au printemps dernier [de 1643], il a été beaucoup question, en Angleterre, de la colonisation de Madagascar ou île de Saint-Laurent, qui est située en Asie [!], à proximité de l'Inde, et plusieurs de nos compatriotes ont manifesté le désir de s'y installer et d'y fonder des établissements comme d'autres l'ont fait en diverses parties de l'Amérique. Il jtaraît même qu'il y en a qui sont déjà partis dans ce but.
Comme j'ai été moi-même à Madagascar, il y a onze ou douze ans [en 1630], et que j'y ai séjourné pendant plus de trois mois, le très respectable D"" Henry Gouch, maître au Trinity Collège de Cambridge, qui lui aussi a relâché dans cette île lorsqu'il a accompagné en Perse les très honorables Sir Dodmore Cotton, ambassadeur du roi Charles d'Angleterre auprès du Schah de Perse, et Sir Robert Sherley, m'a prié de faire connaître mon opinion au sujet de ces entreprises et j'ai tâché de lui donner satisfaction, le mieux que j'ai )>u du moins, en m'aidant des
notes sommaires que j'ai recueillies pendant mon voyage sans prévoir que j'aurais un jour à formuler mon avis sur un semblable sujet; si j'avais pu m'en douter, je me serais plus fortement documenté et j'aurais fait mes observations avec plus de soin.
Toutefois, je crois lui avoir procuré quelque contentement, en lui prêtant un livre que j'ai rapporté de Madagascar et où il a étudié l'écriture des prêtres de ce pays. Cette écriture, à ce qu'il m'a expliqué, est celle des anciens Egyptiens; ce sont des hiéroglyphes ou caractères de forme étrange, qui représentent des bêtes, des oiseaux, des vers, des serpents, etc., ou qui figurent des ustensiles ou outils d'ouvriers de professions diverses. Après avoir parcouru et copié entièrement ce livre, il me l'a rendu en me remerciant (voir plus haut, p. 60 et la note).
Depuis, il y a six ou sept ans, l'honorable Endymion Porter et le noble et intelligent capitaine John Bond m'ont, de leur côté, demandé de consigner par écrit queh{ues-unes de mes observations sur la possibilité de coloniser Madagascar. C'était au moment [en 1636-1637) où le comte d'Arundel et d'autres honorables personnages poussaient le prince Rupert à tenter cette entreprise, qui, s'il l'avait exécutée, aurait eu sans aucun doute un meilleur effet pour la gloire de Dieu et aurait été plus profitable et plus honorable pour lui-même et pour son prochain que l'appui qu'il a donné ici à la guerre civile. J'ai fait de mon mieux, quoique, ayant perdu mes papiers, je n'aie pas pu accomplir cette mission aussi bien et aussi complètement que je l'eusse voulu. Toutefois, ils ont bien voulu adopter mes opinions et ils ont présenté à Sa Majesté, comme un présent de quelque valeur, le manuscrit malgache dont j'ai parlé ci-dessus et qui, quoiqu'il fût grossièrement écrit et relié par des sauvages, ne m'a pas coûté moins de cinq à six bœufs gras. J'ai
donné en outre à monsieur Porter quelques-unes des armes que j'ai rapportées de Madagascar, des sagayes, un grand couteau mesurant environ deux pieds, dont la lame et le manche qui étaient d'un seul morceau avaient tous deux à peu près la même longueur, enfin un arc curieusement recouvert d'une peinture indienne et des flèches dans un carquois garni de velours rouge \ Pour me remercier de ces cadeaux, ces messieurs m'ont offert de me présenter à Sa Majesté dont il m'aurait été donné de baiser la main, mais j'ai refusé, n'estimant point que mon présent valût un si grand honneur.
Enfin, je viens d'apprendre que, dans le but d'encourager nos compatriotes à aller coloniser Madagascar, M. Walter Hamond, chirurgien, qui était à bord avec nous à mon dernier voyage dans cette île, en a récemment célébré les louanges dans un livre qu'il a dédié au noble gentilhomme et capitaine John Bond, mais je ne l'ai pas encore \u.
Pour toutes ces raisons, je me suis hasardé à soumettre par écrit mes opinions au public, quoique je ne puisse pas prétendre à écrire avec l'élégance et l'habileté d'une personne aussi éminente que M. W. Hamond. Mon but est d'encourager le plus possible les Anglais, qui ne craindront pas de hasarder leur fortune et leurs personnes dans une entreprise louable et utile, à tenter de coloniser Madagascar, et peut-être pourrai-je leur donner, au point de vue du commerce et des échanges sur lesquels j'ai des connaissances spéciales, quelques bons et utiles avis, car là-bas les affaires sont meilleures que dans nos colonies actuelles d'Amérique.
Nous avons deux proverbes anglais qui disent qu'aucun service ne vaut celui du roi et qu'aucune pêche ne peut être
1. Ce carquoi-s et cet arc ne provenaient certainement pas de Madagascar.
plus fructueuse que celle qu'on fait dans la mer; à quoi j'ajouterai ce troisième, qui est tout aussi vrai, qu'il n'y a pas de commerce qui soit, au point de vue des bénéfices, comparable à celui des Indes Orientales et des pays voisins; or, ces bénéfices seront encore accrus par les facilités que procurera aux marchands l'île si fertile et si opulente de Saint-Laurent ou Madagascar, qui est située tout près de l'Inde, de la Perse, de la mer Rouge, d'Atchin [Sumatra], de Java Major [île de Java], de Bantam [ville de Java], de Jombee [Djambi, ville de Sumatra'], de Macassar, de Malabar, des cinq royaumes de Decanii [Dekkan], de Golconde, de Bengale, de Chine, etc., et de beaucoup d'autres riches états de l'Orient.
Si l'île de Madagascar était habitée par des chrétiens, elle deviendrait l'entrepôt du commerce de tout l'Orient, comme jadis Ormouz en Perse et comme à présent chez nous en Hollande Amsterdam. Il y a de grandes chances, suivant ma modeste opinion, pour que le prince chrétien, qui prendra possession de cette île si belle, si fertile, si agréable à tous les points de vue et si grande puisqu'elle a, suivant les calculs, une étendue trois fois supérieure à celle de l'Angleterre, et qui s'y installera avec des forces suffisantes, devienne sans grandes difficultés le vrai Monarque ou Empereur des Indes Orientales et de tous ses vastes et riches royaumes; elle est certainement le point de mire de maini prince d'Europe, que les troubles graves, qui existent dans la plupart des pays, comme malheureusement aujourd'hui en Angleterre, empêchent de réaliser leurs desseins. Aussi, dans mon zèle pour la gloire de Dieu, pour l'honneur de mon gracieux soi>verain et pour le bien-être et la prospérité de mon pays, ai-je le vif et grand désir qu'une plume plus savante et
1. Cette ville, qui est le chef-lieu de la province de Sumatra du même nom, est située dans le Sud de l'île.
plus éloquente que la mienne, qui est rustre et ignorante, arrive à convaincre Sa Gracieuse Majesté le Roi Charles, la très honorable haute Cour du Parlement et toutes les personnes respectables et courageuses de la haute et de la petite noblesse, aussi bien que de la bourgeoisie, de l'utilité et des avantages qu'il y aurait, malgré les temps troublés actuels, à ce que chacun consacrât une petite partie de ses ressources à la colonisation de Madagascar. Ces sommes minimes que chacun pourrait liasarder sans gêne aucune, réunies, formeraient pour tout le royaume un total considérable, qui suffirait pour permettre d'exécuter cette entreprise comme une affaire nationale.
Pour plus de commodité, les colons pourront, au commencement, tirer des Indes Orientales tout ce qui leur sera nécessaire au point de vue de l'habillement comme de la nourriture, sans que cela leur coûte plus d'un quart de penny [0 fr. 03J de transport, c'est-à-dire trois fois meilleur marché qu'on ne paie pour transporter les marchandises d'Angleterre à nos colonies d'Amérique, et pourtant l'Amérique, si je ne me trompe, est à la même distance de l'Angleterre que Madagascar l'est de l'Inde et des pays de l'Extrême-Orient.
Je vais maintenant donner, suivant mes faibles moyens, les conseils et les encouragements que je crois utiles, et pour cela, j'entrerai dans quelques détails.
Chap. II. — L'ÎLE DE Madagascar est situiîe au-dessous du TROPIQUE DU Capricorne. — Sa salubrité. — La haie de Saint- Augustin, on est le principal port de cette île, est excellent et
PELT RECEVOIR UN GRAND NOMBRE DE NAVUIES. AsPECT AGRÉABLE
ET FERTILITÉ DK CETTE ÎLE, QUI EST UN NOUVEAU PAYS DE ClIANAAN, UN VRAI PARADIS TERRESTRE. RiCUE COMMERCE DES PORTUGAIS AVEC
MussAMRERG [Mozambique], SUR la cote de Malindia [MalindiJ. — Je jtarlerai d'abord de la baie de Saint-Augustin, qui est le prin-
CONCKRNANT MADAGASCAR 77
cipal port de l'île et qui est située auprès du tropique du Capricorne, par 23° de latitude Sud. Le pays autour de cette baie, comme tous ceux qui sont rapprochés de l'Equateur, est chaud, moins cependant, à mon avis, que Surate dans Flnde, qui est par 21° de latitude Nord, auprès du tropique du Cancer. Durant mon séjour à Madagascar qui a duré plus de trois mois, de juin à septembre 1630, j'ai toujours porté un vêtement en drap, ce que je ne pouvais faire dans l'Inde. En outre, le climat y est si salubre que, pendant ce séjour de près de quatre mois, sur les quatre cent soixante personnes qui composaient les équipages des navires le Charles et le Jonas, non seulement nous n'avons pas perdu un seul homme, mais qu'il n'y en a pas eu un seul qui, à ma connaissance du moins, ait été malade. Les quatre navires venant d'Angleterre, que nous avons trouvés dans cette baie et dont les équipages se sont divertis et ont festoyé avec nous pendant environ trois semaines, navires qui ne contenaient certainement pas moins de six cents hommes, n'ont eu non plus, autant que je m'en souviens, aucun décès, ni même aucun cas de maladie à enregistrer. Il en a été de même d'un cinquième navire, portant cent cinquante personnes, qui y est arrivé avec nous de l'Inde et qui, ayant séjourné sur cette rade plus longtemps que les quatre bâtiments dont nous venons de parler, nous a quittés pour retourner dans l'Inde trois ou quatre jours avant l'arrivée de la flotte anglaise.
La baie dans laquelle nous avons tous jeté l'ancre, s'appelle la baie de Saint- Augustin; c'est un port très vaste dont les marins pourront donner une description meilleure et plus détaillée que moi; il peut, dit-on, recevoir plusieurs centaines de navires à voile et même mille; le mouillage est bon et sûr partout et l'eau est profonde jusqu'à une portée d'arc du rivage. Le pays autour de cette baie a un aspect plaisant; il est plein
de belles forêts et de champs fertiles, ainsi que de rochers et de collines de marbre blanc. De ce qui se trouve dans l'intérieur du pays, je ne saurais pas dire grand'chose, ne m'étant jamais éloigné de plus dun mille du rivage ; mais beaucoup de nos gens, qui se sont aventurés plus loin, ont fait des rapports satisfaisants de ce qu'ils ont vu. En outre, d'après le renom qu'a cette ile, d'après ce qu'en disent les personnes qui ont entendu parler de ses richesses naturelles, elle abonde en mines d'or, d'argent et d'autres métaux.
On prétend qu'il y a à Madagascar une vaste plaine, couverte de prairies et de pâturages, qui est aussi grande que l'Angleterre tout entière; j'ai quelque doute sur l'étendue de cette plaine, mais il n'est pas douteux qu'elle est très grande et qu'on peut être assuré d'y rencontrer beaucoup d'oiseaux et d'animaux divers qui fourniront aux colons non seulement la nourriture et le vêtement, mais leur procureront le plaisir de la chasse et tout ce dont ils pourront avoir besoin. Ces contrées basses sont arrosées (»ar une foule de rivières, petites et grandes, qu'habite une foule d'excellents poissons et d'oiseaux aquatiques.
Tout cela est certain ou tout au moins est très probable, puisque nous avons pu nous procurer, pour huit, neuf ou dix pence [de 0 fr. 80 à 1 fr.] la pièce, un grand nombre d'excellents bœufs gras, bœufs qui auraient coûté en Angleterre de six à dix livres sterling [de 150 à 250 fr.] par tète. Les chèvres et les moutons se vendaient à des prix analogues, peut-être un peu plus cher; les indigènes nous fournissaient de beaux chapons à raison <l'un penny et demi à deux pence [0 fr. 15 à 0 fr. 20] l'un et de très bonnes oranges et des citrons à des prix minimes. De plus, ils apportaient aux matelots de fort bon lait, mais dans des calebasses qui n'étaient pas propres. La baie et la crique voisine abondent en excellents
poissons de maintes sortes, tels que brochets, mulets, brèmes et beaucoup d'autres dont je ne me rappelle pas les noms, ainsi qu'en écrevisses, crevettes, salicoques, homards, huîtres, etc. Il y a certainement sur ces côtes une foule de coquillages étranges, comme le montrent les diverses coquilles de formes si curieuses, très estimées en Angleterre, que Ton voit dans les collections de MM. John Tradescant' et Slade auprès de Lambeth et qui non seulement excitent la curiosité des visiteurs, mais servent aussi à orner les rochers et les jets d'eau dans les jardins des grands personnages. J'ai fait don gratuitement à Slade d'un certain nombre de ces coquilles.
Il n'y a pas de doute que l'Ile de Madagascar est très supérieure à toutes les contrées de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique qu'ont colonisées les Anglais, les Français, les Hollandais, les Portugais et les Espagnols; elle aura, pour le prince et le peuple chrétien qui s'y installeront et y établiront une colonie durable, une valeur et une importance beaucoup plus grandes que n'en ont les Indes Occidentales pour le Roi d'Espagne. Elle forme en efïet un petit monde très diCférer^t de toutes les autres terres; c'est un véritable paradis terrestre et on peut sans crainte la comparer au pays de Chanaan où coulent le miel et le lait.
D'après les informations que m'a données M. Lloyd, cette belle île de Madagascar fournit les riches marchandises suivantes : ambre gris, poudre d'or (le vieux comte de Denbigh a apporté de cette île de la poudre d'or qu'il a offerte au roi et au conseil des Ministres, auquel j'assistais lorsqu'il l'a présentée), écaille de tortue qui se vend à Surate douze shillings [15 fr.] la livre, cuivre, aloès socotrin, riz excellent, miel et cire, sangde-dragon, diverses gommes précieuses, ébène, bois de santal, bois de cohooe [?J qui se vend à Surate quatre pence [0 fr. 40]